Organisation face à une situation sanitaire exceptionnelle

les attentats de Paris

Le 13 novembre 2015, huit attaques terroristes se déroulent en 30 minutes à Paris et Saint-Denis (93). Six plans rouges alpha sont déclenchés afin de porter secours aux victimes, mobilisant sur les lieux plus de 1 000 personnes, professionnels et bénévoles. Les secours prendront en charge 352 blessés.

Mots clés: attentat multisite, extraction, plan rouge alpha, tri, urgences, victime

Plan

  • Chronologie des attentats du 13 novembre 2015
  • Déroulement des opérations
    • Évaluation liminaire
    • Prise en charge
  • Conclusion
  • Déclaration de liens d’intérêts

En 1978, les sapeurs-pompiers de Paris créent le plan rouge. Il s’agit au départ d’un plan de secours interne pour nombreuses victimes, et déclenché uniquement sur leur territoire de compétence, c’est-à-dire Paris et les départements limitrophes (Hauts-de-Seine, Seine-Saint-Denis, Val-de-Marne). En 1989, il deviendra obligatoire pour tous les départements français. Après les attentats de Madrid (Espagne) le 11 mars 2004 et Londres (Grande-Bretagne) les 7 et 21 juillet 2005, le plan rouge est décliné par les sapeurs-pompiers de Paris en plans rouges alpha qui permettent la prise en charge d’attentats multisites, en délégant les responsabilités et en limitant les effectifs.

Depuis, de nombreux exercices en temps et moyens réels, étudiant les situations des plus graves, ont été effectués en catimini par les pompiers de Paris, la police et les partenaires du secteur associatif comme la Croix-Rouge, la Protection civile… et la participation aléatoire des services d’aide médicale urgente (Samu). Dans ces scenarii, le triage est binaire et rapide : il vise à différencier les urgences absolues (UA) des urgences relatives (UR). Ces plans rouges, par la volonté de la direction de la sécurité civile, s’appellent maintenant “plans d’organisation de la réponse de la sécurité civile à de nombreuses victimes (Orsec Novi)”.

Parallèlement au plan rouge, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP) crée le plan blanc qui est un plan de restructuration en urgence des hôpitaux, avec le maintien sur place des personnels présents, le rappel des personnels soignants de repos, le report des interventions non urgentes et l’acceptation uniquement des urgences avérées, afin de permettre l’accueil d’un afflux massif de victimes. À ces mesures s’ajoutent un renforcement des équipes de régulation du Samu zonal et la mobilisation de services mobiles d’urgence et de réanimation (Smur) plus ou moins éloignés.

Chronologie des attentats du 13 novembre 2015

Le vendredi 13 novembre 2015, au Stade de France (Saint-Denis, 93), le président de la République et près de 80 000 spectateurs assistent au match amical de football France-Allemagne.

  • À 21 h 20, une explosion extérieure au stade, très peu perçue par le public, se produit au niveau de la porte D. Un terroriste vient de déclencher sa ceinture d’explosifs. Le Président, averti qu’un attentat vient d’avoir lieu, se rend au PC sécurité du stade et, sur les conseils de la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP), autorise la poursuite du match.
  • À 21 h 26, rue Bichat (Xe arrondissement de Paris), les restaurants Le Petit Cambodge et Le Carillon sont le siège de tirs de Kalachnikov à partir d’une voiture. Il y aura 15 morts et 10 UA.
  • À 21 h 30, une seconde explosion se produit au niveau de la porte H à l’extérieur du Stade de France. Un terroriste et une victime décèdent.
  • À 21 h 32, des tirs de Kalachnikov font 5 morts et 8 UA au café La Bonne Bière , rue de la Fontaine-au-Roi (XIe arrondissement de Paris).
  • À 21 h 38, une fusillade éclate au café La Belle Équipe , rue de Charonne (XIe arrondissement de Paris), faisant 19 morts et 9 UA.
  • À 21 h 43, un terroriste déclenche ses explosifs au café Le Comptoir Voltaire (boulevard Voltaire, XIe arrondissement de Paris). Il sera le seul à mourir sur ce site, mais l’explosion fera une vingtaine de blessés, dont 4 graves.
  • À 21 h 49, une fusillade, suivie d’une prise d’otages, éclate à la salle de spectacles Le Bataclan, boulevard Voltaire.
  • À 21 h 53, une troisième explosion retentit au Stade de France, avec pour bilan : un mort – le terroriste –, 5 UA et 33 UR.

Au Bataclan, l’assaut est donné par la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) à 0 h 20. L’opération se termine à 1 h 11. On dénombre 89 victimes décédées et 3 terroristes tués.

Le bilan global de ces attentats est de 130 morts, incluant les 7 terroristes, et 352 blessés, dont 99 UA.

Déroulement des opérations

Le matin du 13 novembre 2015, par un hasard extraordinaire, un exercice fictif était organisé à Paris, associant de multiples partenaires notamment les sapeurs-pompiers, le Samu, les secours associatifs et la police. Le scénario portait sur des attentats multisites engendrant une soixantaine de personnes décédées et 120 blessés.

Le soir même, six plans rouges alpha seront déclenchés en quelques dizaines de minutes. Ils seront gérés de façon plus que satisfaisante par l’ensemble des participants, malgré le nombre d’équipes médicales limité en début d’exercice.

À partir de la première explosion, un peu plus de 700 appels ont été reçus en 30 minutes par le Centre de traitement de l’alerte des sapeurs-pompiers pour ce qui allait devenir un des attentats les plus meurtriers en France depuis le Seconde Guerre mondiale. Les appels du Bataclan en particulier ont été très difficiles à gérer car les opérateurs du 18 et du 112 ont eu au bout du fil des gens qui les suppliaient d’intervenir et de ne pas raccrocher. Ils ont entendu des coups de feu en bruit de fond sans rien pouvoir faire de façon directe ! Les opérateurs du Centre 15 ont reçu les mêmes types d’appels.

Évaluation liminaire

L’objectif est d’envoyer le nombre d’engins nécessaires pour traiter ces besoins d’interventions, de redéployer les autres moyens existants et/ou les renforts afin de ne pas altérer la capacité opérationnelle pour les “interventions courantes” et de renforcer les centres opérationnels pour faire face à toutes les demandes. Dans le cas présent, la dangerosité et l’évolutivité imprévisible de la situation ont compliqué les choses.

Quand un plan rouge est déclenché, la première demi-heure s’avère toujours très difficile avec une impression de désorganisation qui en fait n’est qu’apparente. Ensuite, les différentes composantes du plan se mettent en place très rapidement: phase de “ramassage”, de tri au Poste médical avancé (PMA), puis d’évacuation. Le 13 novembre 2015 existaient une composante d’espace (les interventions se déroulaient dans un périmètre de 4 km2), et une composante de temps (l’ensemble des attaques s’est déroulé en une demi-heure) (Figure 1). Cliquez sur le plan pour l’agrandir.

fig1att

Chronologie des attentats du 13 novembre 2015.

La première difficulté est d’évaluer le plus objectivement possible les faits et de localiser les différents sites à travers une foule de renseignements contradictoires et de rumeurs, afin de pouvoir engager les secours sans pour autant gêner l’action de la police en s’interposant accidentellement dans leur dispositif. Il faut ensuite essayer d’approcher les victimes tout en préservant sa propre sécurité. Ceci s’est illustré notamment lorsque les premiers véhicules de secours, arrivés sur site moins de 5 minutes après l’appel, ont croisé les terroristes et essuyé des tirs d’armes automatiques.

Sur place, il faut estimer la gravité de la situation, demander des renforts, soigner les blessés les plus graves et guider l’action des secours qui vont arriver, en évitant leur mise en danger. Malgré un bon entraînement, le stress est intense car tout va très vite, les victimes sont nombreuses et tout peut encore arriver puisque des terroristes sont en liberté.

Prise en charge

La prise en charge des victimes a été sensiblement différente en fonction des sites.

Dans les cafés et restaurants

En ce qui concerne les terrasses et les restaurants, la prise en charge des victimes, même si elle a pu paraître longue pour les témoins, a été bonne, d’après les intervenants, malgré le manque de matériel spécifique. Certains témoins ont reproché aux secours de ne pas s’occuper des personnes décédées. Mais, en médecine de catastrophe, seuls les blessés sont soignés en priorité aux fins de préserver un maximum de vies.

La formation de colonnes d’évacuation des victimes a permis de pallier le manque d’équipes médicales du début, alors engagées sur d’autres interventions. Plusieurs moyens non médicalisés, ambulances des sapeurs-pompiers ou associatives transportant des blessés graves, accompagnés d’une équipe médicale, se sont dirigés en “évacuation de sauvetage”, c’est-à-dire avec une mise en condition minimale des victimes, vers les hôpitaux désignés par le Samu.

Au Bataclan

Au Bataclan, la situation est différente. Trois terroristes, ayant pénétré dans la salle de spectacle, tirent au hasard sur des spectateurs du concert des Eagles of Death Metal. À l’arrivée des secours, ils sont toujours présents. Un certain nombre de personnes ont pu s’enfuir et sont indemnes ou légèrement blessées. Malheureusement, une grande partie d’entre elles se trouve piégée dans l’établissement. Les pompiers et la police, dans des conditions périlleuses, réussissent à extraire des blessés graves et à les mettre en sécurité dans des cours intérieures d’immeubles parisiens, où ils seront rejoints très vite par des équipes médicales des sapeurs-pompiers de Paris. Parmi ces victimes, il y a plusieurs morts et une soixantaine de blessés, presque toutes en UA. À 200 mètres de là, en retrait, deux PMA sont créés dans des cafés de la rue du Calvaire avec des médecins du Samu, des médecins sapeurs-pompiers et associatifs.

Dès l’assaut donné et la zone sécurisée, à 0 h 20, c’est-à-dire 2 heures et demie après l’arrivée des terroristes, les blessés traités dans les cours sont transportés rapidement vers les PMA. Leur évacuation rapide s’effectue par ordre de gravité. Le passage des blessés dans les PMA sera bref, et certaines UA seront évacuées directement vers les centres de traumatologie désignés par le Samu. De nombreux Smur, dont certains viennent de la grande couronne¹ ou de province, stationnent à proximité des PMA, comme d’ailleurs une grande partie des moyens non médicalisés.

Environ 200 à 300 “impliqués”² étaient regroupés, debout, dans une cour intérieure, en sécurité, dans l’attente d’être entendus par la police. Ceux qui le désiraient ont pu être ensuite dirigés vers deux cellules d’urgences médico-psychologiques (Cump) situées à l’Hôtel-Dieu et dans la mairie du XIe arrondissement, servant également de centre d’accueil. Des bus de la RATP ont été réquisitionnés pour permettre leur transport.

Total des moyens engagés

Le soir du 13 novembre 2015, dans la capitale, ont été mobilisés:

  • 450 sapeurs-pompiers, 21 équipes médicales des sapeurs-pompiers de Paris avec 7 ambulances de réanimation et 14 véhicules de secours et d’assistance aux victimes (VSAV) médicalisés
  • 500 secouristes de la Croix-Rouge, de la Protection civile, de l’Ordre de Malte, de la Fédération française de sauvetage et de secourisme
  • 45 unités mobiles hospitalières (UMH) sur le terrain et 35 en réserve dans les Samu de la petite couronne
  • 7 hélicoptères de secours
  • Des renforts sapeurs-pompiers zonaux et extrazonaux, prépositionnés et en réserve
  • Des forces de police et l’Armée

En ce qui concerne les évacuations, le plan Camembert du professeur Carli, directeur médical du Samu de Paris, a bien fonctionné. Il consiste à diviser la région parisienne en trois secteurs d’hospitalisation, ayant la forme de quartiers de camembert et qui sont agrémentés du plus près au plus loin par rapport à l’intervention.

Tous les blessés ont été soignés dans des hôpitaux parisiens ou de la petite couronne³, et les hôpitaux d’instruction des Armées de Bégin (Vincennes, 94) et de Percy (Clamart, 92). L’organisation et la mobilisation hospitalière ont été, de l’avis de tous, absolument remarquables.

Conclusion

Il s’agit du premier déclenchement d’un plan rouge alpha sur Paris. Il est bien entendu perfectible et évolutif. Les exercices et les retours d’expérience sont donc plus que jamais nécessaires pour que les secours soient les plus performants possible.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

  1. La grande couronne regroupe l’Essonne, les Yvelines, la Seine-et-Marne et le Val-d’Oise.
  2. Les victimes sont catégorisées en urgences absolues (extrêmes urgences et premières urgences), urgences relatives (deuxièmes et troisièmes urgences), impliqués (personnes présentes mais indemnes de toute lésion physique) et personnes décédées.
  3. La petite couronne comprend la Seine-Saint-Denis, le Val-de-Marne et les Hauts-de-Seine.

Vous venez de lire l’article Retour d’expériences sur les attentats de Paris du 13 novembre 2015 dans le Dossier Organisation face à une situation sanitaire exceptionnelle, l’article de la revue L’aide-soignante

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