Violences
12 février 2026
Nous vous invitons à découvrir le 1er chapitre de l'ouvrage Violences, dans la collection des monographies de psychiatrie.
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Chapitre 1
Violences : étude clinique d’un oxymore
M. Lacambre
Introduction
La violence est un signifiant-valise polysémique omnipotent1 qui désigne des faits, des actions et leurs conséquences, mais aussi des comportements et une manière d’être. C’est un concept hétérogène, universel et relatif, façonné par le groupe socioculturel et linguistique qui l’utilise sur les plans sémantique, systémique et structurel. En effet, les violences, véritables « performances interactionnelles » (interactional accomplishment) désignant à la fois processus et résultats, participe de l’agencement des organisations humaines et structure les organisations sociales dans un référentiel de normes et de valeurs partagées.
Après un rappel sur les origines du concept et ses définitions actuelles, nous présentons un bref panorama des principales théories sociologiques de la violence, puis nous proposons un éclairage psychopathologique pour discerner les dynamiques humaines à l’oeuvre dans l’émergence des contraintes et des souffrances. Ainsi, la violence dans sa nature, ses fonctions et ses déclinaisons ne peut se réduire à l’exercice d’une « contrainte avec force » ou se mesurer à l’aulne des traumas, des peines, des souffrances et des pertes qu’elle afflige. Vivante et complexe, elle s’infiltre et s’exprime de manière passive ou active dans nos interactions et nos relations, sur la base des liens qui nous (dés)unissent.
C’est probablement la raison pour laquelle l’apport de la clinique nous paraît à la fois utile et nécessaire pour compléter le champ épistémique de la violence, ou plutôt des violences, tout en restant pragmatique et prudent sur le risque de surmédicalisation de comportements jugés problématiques.
Histoire de maux
Le mot « violence », issu du latin violentia (« caractère emporté, farouche et indomptable ») apparaît tardivement dans la langue française au XIIIe siècle pour désigner une manifestation de la vis, « la puissance et la force en action [1] ». Le terme dérive du verbe violare (« porter atteinte, attaquer, transgresser, profaner ou déshonorer ») qui se limite, au Moyen Âge, au cas particulier du viol [2]. Ainsi, d’un point de vue ontologique et à partir du développement de son usage courant, l’idée de violence est d’emblée associée à un usage illégitime de la force ou à un excès condamné par la morale.
Pourtant le mot latin vis est issu du verbe volere, signifiant « vouloir », découlant lui-même du mot grec bia (βία) désignant « la force vitale ». Pour Aristote et Platon, bia s’oppose à la volonté du sujet et s’impose de manière non naturelle pour le rendre violent [3]. Or, bia (force vitale) et bios (vie, au sens de l’existence), bien que différents, partagent la même racine étymologique pour une complémentarité sémantique intrinsèque : disposer et mobiliser des ressources (bia) pour maintenir la vie (bios). On voit ainsi apparaître l’organisation sémantique de violences « nécessaires » pour accéder aux ressources (exploitation, domination, utilisation) ou vivre (chasse, prédation) et survivre aux menaces (combat, guerre).
Et d’après ses racines étymologiques grecques, la violence serait cette force nécessaire à la vie, mobilisée en réaction à une menace vitale pour le sujet ; bien éloignée de l’agression froide et calculée, réalisée pour nuire ou pour jouir au détriment d’autrui. En effet, le mot « agression » émerge au XVe siècle dans la langue française à partir du latin ad-gredi (« aller vers, attaquer, marcher de l’avant ») pour désigner une attaque soudaine et brutale. L’intention est tout autre et les ressorts de l’agir très différents. Cette distinction nous paraît essentielle pour mieux appréhender les niveaux individuel et interpersonnel d’expression de la violence, dans ce que nous nommerons plus tard le « passage à l’acte ».
Définitions
Pour Émile Littré, la violence est au XIXe siècle « la qualité de ce qui agit avec force [4] », les notions de contrainte, de domination et de destruction ont été associées bien plus tard au cours de XXe siècle. Initialement réservée aux domaines des sciences humaines, sociales et politiques, la violence s’est progressivement imposée au début du XXIe siècle comme « un problème prioritaire de santé publique » d’après l’Organisation mondiale de la santé (OMS). C’est probablement une des raisons pour laquelle nous l’abordons, dans une approche contemporaine, par un versant clinique et psychiatrique.
La violence peut être caractérisée selon :
son but (instrumentale ou hostile) ;
ses modalités (passive, réactive, préméditée, impulsive, désorganisée) ;
sa direction (soi, un tiers ou un groupe) ;
son organisation (structurelle ou systémique) ;
sa fréquence (ponctuelle, répétée, permanente) ;
sa nature (physique, psychique, sexuelle, financière, morale),
sa gravité (verbale, morale, sexuelle, etc.) ;
les protagonistes (caractéristiques de la ou des victimes et de l’agresseur, complices, proches, etc.) ;
les liens entre les protagonistes (parents, collègues, subordonnés, etc.) ;
ses modalités (violences conjugale, routière, éducative, catastrophe naturelle, etc.) ;
son contexte social (conflit, famine, révolution, génocide, terrorisme, etc.) ;
sa légitimité (maintien de l’ordre, guerre, légitime défense, résistance, etc.).
Mais elle finit toujours par s’écrire à l’encre indélébile de la souffrance psychique induite et s’inscrire par la force, dans le corps et l’histoire des victimes. L’OMS définit la violence comme étant « l’utilisation intentionnelle de la force physique, de menaces à l’encontre des autres ou de soi-même, contre un groupe ou une communauté, qui entraîne ou risque fortement d’entraîner un traumatisme, des dommages psychologiques, des problèmes de développement ou un décès [5] ». Sur la base de cette définition, l’OMS propose d’appréhender les violences selon la répartition suivante (figure 1.1) en distinguant les violences individuelles autoinfligées (dans lesquelles nous pourrions ajouter les violences sexuelles), interpersonnelles (dans la famille et la communauté) et collectives (sociales, politiques et économiques).
Cette modélisation résonne naturellement avec le modèle écosystémique de prévention en santé proposé par Urie Bronfenbrenner [6] et permet ainsi d’élaborer des stratégies de prévention des violences structurées et articulées entre différents niveaux : individuel (niveau micro), interpersonnel, (niveau méso), communautaire (niveau macro) et sociétal (niveau chrono).
Figure 1.1. Typologie de la violence. Krug EG (éd.). Rapport mondial sur la violence et la santé. Genève : Organisation mondiale de la santé, 2002.
Théories sociologiques contemporaines de la violence
De manière schématique, au-delà d’une forme de darwinisme social (la loi du plus fort s’impose et structure la société), deux courants s’opposent depuis le XVIIIe siècle sur les causes de la violence, les uns considérant ses origines au coeur de l’être humain, alors que, pour les autres, elle trouve son origine dans la société. Une troisième voie s’est ouverte progressivement au cours du XXe siècle, identifiant la source des violences dans la confrontation entre l’individu et les contraintes socioculturelles normatives de la société dans laquelle il évolue. Chaque courant a produit, en fonction de l’écho qu’il a trouvé dans les sociétés, des dispositifs, des mouvements et des prolongements théoriques dans des disciplines connexes : éducation, criminologie, psychologie, sociologie, médecine, etc.
L’humain est bon, et la société le rend mauvais
L’être humain serait spontanément indemne de velléités de violence, mais au contact de la société, par l’apprentissage social de comportements agressifs [7] et l’effet pervers du processus de civilisation [8], l’individu serait finalement détourné de ses aspirations naturelles et dépravé, jusqu’à la violence. Lorsqu’il se structure et s’organise en suivant un parcours délictuel [9], ce processus d’acquisition de comportements déviants et violents correspond d’après le sociologue et criminologue américain Edwin Hardin Sutherland, à la théorie de l’éducation déviante [10]. Ce processus trouve son origine dans un double mouvement renforçateur avec l’apprentissage des techniques de réalisation des infractions (savoirs et savoir-faire), d’une part, et l’adoption des valeurs antisociales du groupe social d’appartenance (savoir-être), d’autre part, l’incarcération, véritable « école du crime », soutenant ce processus.
L’humain est mauvais, et la société le rend bon
Pour de nombreux auteurs, l’être humain porte de manière innée les germes de la violence que la société se doit de contenir et traiter, y compris par la force [11], conférant à l’État le monopole de la violence légitime [12]. Les théories criminologiques positivistes du XIXe siècle se sont fondées sur cette approche centrée sur l’individu à travers la phrénologie de Gall et les théories de Lombroso sur le criminel né [13], pour finalement alimenter au début du XXe siècle des thèses eugénistes fondées sur les caractéristiques anthropomorphiques de certains groupes humains qu’il fallait contrôler ou supprimer. La tentation du recours à la science pour justifier un contrôle social et à la psychiatrie pour « traiter » tous les comportements déviants (au regard d’une norme sociale) et/ou violents sera dénoncée plus tard, en particulier par Michel Foucault dans ce qu’il décrit comme un « complexe scientifico-judiciaire » au service d’une « société de surveillance » [14].
Une troisième voie : un individu vivant, dans un système en mouvement
Les comportements individuels violents peuvent être aussi appréhendés à l’aulne de la compréhension des normes, des structures et des contraintes sociales [15] ou culturelles [16], introduisant un certain relativisme ethnologique et anthropologique. L’illégalisme décrit par Michel Foucault, pour désigner la tolérance différentielle des comportements illicites en fonction des groupes sociaux, illustre cette dynamique à travers ce compromis social tacite d’adaptation de la réponse sociale à des individus délinquants. Dans une approche pragmatique écosystémique, Gary Slutkin, médecin épidémiologiste américain, considère la violence comme une maladie infectieuse transmissible en incubation qu’il s’agit de circonscrire dès son apparition, afin d’éviter des phénomènes de contagion, d’épidémie, voire de pandémie de violences [17]. Cette approche originale de santé publique a permis de décliner des programmes de prévention en milieu urbain dans différents pays avec des résultats prometteurs [18].
Dans le prolongement de cette troisième voie, la psychiatrie, la psychologie et la psychopathologie nous invitent à ne pas opposer l’individu au groupe social, mais à penser la dynamique d’un sujet vivant, avec ses manques et ses failles, mis en tension dans un environnement par des interactions subies ou choisies… C’est pourquoi, pour mieux appréhender la complexité des violences interpersonnelles, nous proposons de préciser leur champ respectif dans une clinique structurée du passage à l’acte, polarisée entre violence et agression.
Violence, agression, sujet(s) et subjectivité
Une mère qui tue son enfant et un mari paranoïaque qui tue son persécuteur désigné peuvent paraître bien éloignés sur le plan criminologique. Pourtant, sur le plan clinique (état délirant mélancolique), l’objectif peut être strictement identique : supprimer une menace vitale et retrouver en urgence une sécurité psychique. Et bien qu’il s’agisse d’un homicide, qui aura pu être préparé et être qualifié par conséquent sur le plan pénal d’assassinat, il s’agit sur le plan dynamique et psychopathologique de violences qui se sont imposées au tueur et à sa victime.
En effet, la violence sur le plan étymologique (voir ci-dessus) renvoie à la vie (bia/bios) et s’impose à son auteur pour se protéger d’une menace interne ou externe, parfois subjective ou délirante. Ainsi, il s’agit d’un état réactif transitoire intense de décharge anxieuse, pour supprimer une angoisse devenue insupportable et tenter de retrouver sérénité et sécurité psychique. Le sujet éprouve une expérience émotionnelle subjective douloureuse, avec altération diffuse du niveau de conscience associé au comportement défensif limité dans le temps. Cette altération du niveau de conscience avec automatisation de la réponse peut se prolonger et s’aggraver dans un processus de réactivation psychotraumatique avec déréalisation/dépersonnalisation et déplacement de la cible des violences.
Il s’agit de la définition même du passage à l’acte comme manifestation d’un débordement des capacités de mentalisation, moyen ultime de recours – physique dans le réel – contre l’effondrement narcissique dans une tentative désespérée de reprendre en main son propre destin.
C’est le même processus cathartique que l’on observe à travers des scarifications et automutilations de sujets jeunes dont les capacités de mentalisation sont débordées, en particulier chez les personnes souffrant de dysrégulation émotionnelle, psychotrauma ou de trouble grave de la personnalité de type borderline. La violence est ici l’ultime moyen de lutter contre la menace d’un effondrement narcissique individuel (par exemple, chez l’adolescent présentant des comportements à risque ou des conduites suicidaires pour se sentir exister), conjugal (jusqu’à l’uxoricide du paranoïaque en cas de menace de séparation) ou communautaire (mass-shooting et terrorisme).
L’agression, du latin ad-gressere, ne remplit pas de fonction cathartique mais instrumentale, car ce passage à l’acte offensif proactif et brutal permet à son instigateur de jouir froidement de son forfait (viol, par exemple), de son butin (vol, par exemple) ou simplement de sa position dominante (soumission, emprise, etc.). Il s’agit d’une attaque structurée et planifiée, le plus souvent non provoquée, non limitée dans le temps, réalisée en pleine conscience contre un tiers pour en tirer un bénéfice, généralement immédiat. Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité de type antisocial ou dyssocial, d’altération des interactions sociales avec déficit d’empathie (psychopathie, perversion, etc.) ou de sadisme, sont plus à risque d’avoir recours à cette modalité d’action, qui devient avec le temps une caractéristique fonctionnelle du sujet (marqueur trait). À partir de l’étude dynamique du passage à l’acte, on peut distinguer les processus (violence versus agression) à partir des critères présentés dans le tableau 1.1.
Tableau 1.1. Lecture dynamique du passage à l’acte.
| Empty table header | Violence | Agression |
|---|---|---|
Étymologie | Grec : bia | Latin : ad-gressere |
Objet | Défense | Attaque |
But | Protection | Jouissance |
Contexte | Réactif | Proactif |
Expression | Chaud et hostile | Froid et instrumental |
Marqueur | État (transitoire) | Trait (stationnaire) |
Entre ces deux modalités cliniques d’action sur son environnement ou sur des tiers, on trouve de nombreuses déclinaisons d’agissements contraignants. Citons par exemple, avec l’apport de l’éthologie humaine, les comportements agonistiques qui désignent l’ensemble des conduites de résolution de conflit entre individus rivaux, ou les comportements de prédation qui recouvrent les conduites trophiques (ou alimentaires) antagonistes entre proie (victime-objet de consommation) et prédateur (agresseur-consommateur). L’agressivité joue un rôle pivot (du latin ad gredere : « marcher vers/contre et entreprendre ») puisqu’il s’agit d’une modalité générale (impulsive, préméditée ou réactionnelle) d’interaction hostile de défense (violence) ou d’attaque (agression) sur une cible. La dynamique qui s’en suit majore systématiquement les risques d’escalade de violences. En effet, selon son intensité, l’agressivité signe l’état de dangerosité avant le passage à l’acte et caractérise donc une menace extrinsèque qui appelle une réaction de défense : la violence. Si la dangerosité est une variable stable, signant le fonctionnement du sujet ou organisant sa personnalité (risque intrinsèque), l’agression est hautement probable. La figure 1.2 présente une schématisation de ce processus.
Figure 1.2. Le cycle de la violence.
Comme nous l’avons vu, les violences humaines s’inscrivent dans une interaction, biaisée par les caractéristiques des protagonistes et leur subjectivité, selon que l’autre est considéré comme un « alter ego » (sympathique), un « alter xeno2 » (antipathique, menaçant ou offensant) ou un « alter conso » (pur objet de consommation, comme dans la prostitution). Mais l’« autre » peut aussi occuper d’autres espaces dans cette dynamique subjective, non plus en opposition du jeu de contraintes imposées, mais en collaboration ou en complémentarité de l’auteur, définissant coopétition, complicité et coaction.
Le concept de coopétion vient de l’économie de marché pour désigner une stratégie commerciale combinant compétitivité, concurrence et coopération pour engranger plus de bénéfices et agir sur les règles du marché à son avantage [19]. En matière de violences, il s’agit d’interactions entre plusieurs auteurs sur un tiers, favorisant l’escalade (par exemple, dans le crime organisé pour le contrôle des points de deal et la distribution de la drogue) en agissant sur le système (corruption, chantage, menaces, etc.). Les protagonistes poursuivent des objectifs différents et variables dans le temps avec un niveau d’implication très différent auprès de la cible, dans une compétition permanente aggravant le niveau de contrainte sur la ou les victimes.
La notion de complicité renvoie à une implication, une association intentionnelle à la réalisation de l’agression ou des violences, le plus souvent au sens d’une infraction, par aide, assistance, instigation ou provocation. Le mot est dérivé (avec le suffixe -ité) du mot complice (« prendre part ») issu du latin complicem, complex, dérivé de cum (avec) et plex (plié). Ainsi, le complice participe aux violences de manière directe ou indirecte, activement ou passivement, parfois sans son consentement mais juste son assentiment (situation d’enfants ou de personnes sous emprise, phénomène de groupe d’adolescents). Et le spectateur fortuit d’un forfait, lorsqu’il reste silencieux et passif, devient aussi pseudo-complice de l’agresseur (dans le processus du harcèlement, par exemple). Les objectifs poursuivis sont différents (le silence du témoin pouvant être défensif), l’implication du ou des complices variables, dans une relation de type commensal entre complice(s) et l’instigateur « auteur principal », le commensalisme étant entendu ici comme une relation facultative et provisoire, neutre pour les parties prenantes (mais pas pour la ou les victimes !).
Nous entendons la coaction (du latin préfixe co- et agere, « pousser ») comme l’action conjointe volontaire de plusieurs personnes, réalisée sciemment dans un même objectif, avec le même niveau d’implication (mais relative aux capacités réelles de chaque protagoniste), potentialisées entre elles par un phénomène d’entraînement mutuel, dans une relation équilibrée et symétrique de type symbiotique mutualiste, les partenaires des violences/agressions/infractions tirant un bénéfice identique de leur association.
Le tableau 1.2 résume les déclinaisons cliniques des relations entre coauteurs.
| Empty table header | Objectifs | Implication entre les acteurs | Relation entre les protagonistes |
|---|---|---|---|
Pseudo-complicité | Antinomiques | Opposée | Prédation |
Complicité | Différents | Variable | Commensalisme |
Coopétion | Convergents | Variable | Compétition |
Coaction | Identiques | Symétrique | Mutualisme |
Conclusion
Comme nous l’avons montré, les violences s’inscrivent dans une interaction, une relation et parfois un lien, à tous les niveaux (interpersonnel, communautaire ou sociétal) avec un risque intrinsèque de radicalisation, d’escalade et d’embrasement à chaque fois qu’elles prospèrent, surtout lorsqu’elles trouvent un terreau individuel favorable (vulnérabilité psychique, isolement affectif, sentiment de relégation sociale, antécédents de violences subies ou agies, etc.).
La psyché (ψυχή, psukhê, en grec) désigne l’âme, le souffle de vie et l’énergie vitale qui, lorsqu’elle est menacée, convoque la violence. Au chevet d’une psyché en souffrance, la psychiatrie tente d’apporter un éclairage sur ces comportements, ainsi que des soins nécessaires, adaptés, proportionnés et surtout efficients, à des personnes en souffrance, indépendamment des injonctions sociales et/ou sécuritaire. Mais le traitement de la violence, fait social total (et totalitaire) et symptôme d’une société en souffrance, ne peut relever d’une réponse médicale ou psychiatrique qui continuera de traiter à sa périphérie des « anormaux », des « monstres » ou autre « déséquilibrés ».
Et c’est dans notre rapport à l’altérité que se trouvent très probablement les réponses efficaces aux violences, à travers la constitution d’organisations humaines fondées sur la coopération, l’entraide, la solidarité, l’équité et la fraternité, notions fondamentales à notre condition d’être humain, inscrites dans notre patrimoine et complémentaires aux apports précieux des encyclopédistes des Lumières.
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Violences Evaluation, prise en charge et prévention Mathieu Lacambre ISBN 9782294783739 2026