Anthony nous parle de l’olfactothérapie

Son sujet de TFE de 3ème année

Accroche 
Lors de ma 3 ème année d’études au sein de l’Institut de Formation en Soins Infirmiers (IFSI) de l’hôpital Foch, il a été demandé à chaque étudiant de réaliser un Travail de Fin d’Etudes (TFE) concernant une situation qu’il ou elle avait rencontré au cours de ses 3 ans de formation. J’ai alors choisis de décrire une situation traitant de la communication  avec une patiente en soins palliatifs ainsi que l’utilisation d’un soin non médicamenteux novateur : l’olfactothérapie.

Genèse 
Chaque individu possède des caractéristiques propres à lui même tant au niveau physique qu’au niveau émotionnel.

Néanmoins, en matière de communication et de transmission d’information, chacun possède son canal propre représentant l’un des cinq sens : la vue, l’ouïe ou l’auditif, le kinesthésique, l’odorat et le gustatif. Ces 5 sens forment ce que l’on appelle le système VAKOG (Visuel Auditif Kinesthésique Olfactif Gustatif). Bien évidemment, chacun d’entre nous utilise ses 5 sens mais au cours du développement chacun d’entre nous privilégie un canal de communication en particulier.

VAKOG

L’olfactothérapie correspond à sentir une odeur et en utiliser la mémoire pour être en lien avec ses ressources. Lors de la première séance, le soignant effectue une anamnèse ou recueil de données concernant le patient ainsi que son histoire de vie. En complétant ces données, le professionnel peut alors souligner quelles sont les préférences du patient ainsi que ses préférences par rapport aux odeurs mais aussi ses aversions.
Plusieurs essais peuvent être réaliser avant de trouver l’odeur ayant une forte charge émotionnelle pour le patient : l’odeur d’un gâteau de notre enfance, l’odeur du sable chaud et de l’iode, l’odeur du sapin en période de noël ou encore l’odeur du citron lors d’un voyage à Menton. Après avoir trouvé une odeur bénéfique, le patient doit alors visualiser intérieurement la situation dans laquelle il était, ainsi qu’essayer de se souvenir de son état de bien-être.

Il est donc important de souligner que le soignant est acteur de la prise en charge olfactive du patient, il prend en considération les goûts du patient ainsi que son histoire de vie : il n’exerce en aucun cas un rôle d’animateur d’odeurs c’est à dire faire sentir des odeurs à un patient sans faire le lien avec son passé et une émotion positive.  Le but étant donc de permettre aux patients de se sentir apaiser et dans un état de bien-être global.
Il est alors cohérent de faire le lien entre l’olfactothérapie et le concept de la madeleine de Proust car cela « fait allusion à ces petits actes, petits évènements, odeurs, sensations qui, brutalement, font ressurgir des tréfonds de notre mémoire de lointains souvenirs, souvent chargés d’émotion. »[1]

Pour réaliser ce soin, le médecin utilisait de petits flacons de senteurs ainsi que des touches senteurs ou appelées mouillettes.

Néanmoins, régulièrement les personnes confondent l’olfactothérapie avec l’aromathérapie qui est une technique utilisant principalement les huiles essentielles pour leurs vertus diverses et variées soit sous forme de vaporisation, de massages ou de tisanes. Mais ces deux techniques ne sont absolument pas identique et ne possèdent pas les mêmes objectifs pour les patients.

D’un point de vue biologique, l’olfactothérapie implique plusieurs organes.  Le bulbe olfactif cérébral envoie des informations au cortex olfactif répartissant alors l’information sur plusieurs parties du cerveau tel que : l’amygdale, l’hippocampe, le thalamus, le cortex orbitofrontal. Plusieurs de ces zones font parties du système dit limbique ou aussi appelé système des émotions. « L’olfaction est le seul sens en relation directe avec le système limbique, les odeurs ont un impact émotionnel fort. »[2]

Du fait, de cette organisation cérébrale, plus le patient sentira une odeur et l’associera à un sentiment heureux et plus il y aura de liaisons neuronales entre le cortex olfactif et le système limbique.

Selon Gilles Gras : « A la suite des stimuli olfactifs reçus par le système limbique, ce dernier envoie toute une foule de messagers chimiques. […] Parmi ces messagers, on trouve l’enképhaline, neurotransmetteur de l’analgésie, elle permet de lutter contre les sensations de douleur. Nous trouvons également les endorphines qui jouent à peu de chose près le même rôle que l’enképhaline à cela près qu’elles permettent une augmentation de la sensation de bien-être, en compagnie de la dopamine […] et de l’ocytocine […] Enfin nous n’oublierons pas la déjà très célèbre sérotonine impliquée dans la gestion de l’anxiété entre autres. »[3]

Cas clinique
La situation concernait Mme D âgée de 55 ans. Elle était mariée et avait deux filles âgées de 16 et 20 ans. Cette patiente présentait un cancer du sein avec des métastases hépatiques et osseuses. Elle était déjà connue dans ce service car elle était traitée depuis la découverte de son cancer du sein il y a 13 ans. Elle était hospitalisée depuis le 31 décembre au sein du service suite à une aggravation de son état général. Des traitements antalgiques et anti émétiques furent mis en place afin de traiter au mieux les symptômes de Mme D. Une chimiothérapie de « confort » fut réalisée afin de diminuer l’inconfort provoqué par la progression des métastases osseuses de la patiente.

Suite à son aggravation physique et à la constante progression de son cancer, le médecin référent de Mme D lui expliqua ce que représentait une démarche palliative afin de pouvoir apaiser ses douleurs  et ses nausées malgré l’évolution de sa maladie.

L’équipe médicale expliqua alors à l’équipe de soins de support de l’établissement hospitalier le cas de la patiente. Ainsi que la persistance de fortes nausées malgré la mise en place de plusieurs traitements anti-émétiques.

Le médecin des soins de support pris alors connaissance du cas de Mme D, échangea de nombreuses fois avec la patiente. Elle prit alors connaissance de l’état physique et émotionnel de la patiente à ce moment de sa prise en charge puis lui proposa d’essayer des séances d’olfactothérapie afin d’apaiser ses nausées ainsi que ses douleurs. La patiente accepta alors de réaliser ces séances.

Lors de la première séance, le médecin avais recueillis  les différentes informations concernant la patiente afin de réaliser une anamnèse et porta son intention sur les mots utilisés par la patiente afin de distinguer quels canaux de communication la patiente utilise.

Suite à ce premier temps, le médecin avait essayé après accord de la patiente une gamme de senteurs utilisées en cuisine suite au fait que la patiente appréciait cuisiner quand elle n’était pas atteinte d’un cancer. Ces odeurs n’ayant pas eu un impact assez fort pour la patiente elles n’avaient donc pas pu diminuer les nausées de la patiente.

Le lendemain, le médecin rendit de nouveau visite à la patiente et celle-ci l’interpella sur le fait qu’elle s’était souvenue d’un voyage fait à Menton avec son mari il y a quelques années.

Le médecin réalisa alors une séance auprès de la patiente en se concentrant uniquement sur l’odeur du citron mais en intégrant à cela la visualisation du champ de citronniers.

Ce souvenir ayant une forte charge émotionnelle positive pour la patiente lui permis de diminuer ses nausées en sentant uniquement une fragrance de citron.

Une collaboration pluri disciplinaire se renforça alors entre l’équipe soignante et l’équipe de soins de support et permis ainsi d’évaluer l’efficacité de ce soin novateur.

Limites de cette enquête: 
A l’heure actuelle, aucune documentation scientifique ne parle du bienfait de l’olfactothérapie en oncologie. De plus, aucune recherche clinique n’a été réalisé auprès de patients atteints de cancer et ayant des séances d’olfactothérapie. En effet, la découverte récente de ce soin a été un biais très important lors de la réalisation du TFE. Je pense d’ailleurs qu’il aurait été plus judicieux de réaliser ce mémoire sur l’utilisation de l’olfactothérapie en cas d’anxiété et non en cas de douleurs car je me suis aperçu que les patients ont souvent des douleurs « anticipatrices » du fait de la réalisation de certains soins invasifs et parfois de la non-information du patient.

Bibliographie :
ELLENA Jean-Claude. Le parfum. 2007 : Presses Universitaires de France, Paris.
GRAS Gilles. Parfums sacrés. 2013 : Book of Dante.
Reverso Softissimo : une madeleine de Proust. Disponible sur http://www.expressio.fr/expressions/une-madeleine-de-proust.php

[1] Reverso Softissimo : une madeleine de Proust. Disponible sur http://www.expressio.fr/expressions/une-madeleine-de-proust.php
[2] ELLENA Jean-Claude. Le parfum. 2007 : Presses Universitaires de France, Paris.
[3] GRAS Gilles. Parfums sacrés. 2013 : Book of Dante.

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