Well-Being Therapy. La psychothérapie du bien-être

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Découvrez un extrait de l'ouvrage Well-Being Therapy. La psychothérapie du bien-être le chapitre 19 : Les enfants et les adolescents

Well-Being Therapy. La psychothérapie du bien-être

Well-Being Therapy : Les enfants et les adolescents

Comme décrit au chapitre 3, un traitement séquentiel de fluoxétine et de combinaison de thérapie cognitivo-comportementale-Well-Being Therapy (TCC/WBT) s'est révélé efficace pour réduire le risque de rechute comparativement à la médication seule chez les enfants et les adolescents souffrant de dépression majeure [1]. Chez les adolescents, le protocole décrit pour les adultes en partie II peut être utilisé. Cependant, chez les plus jeunes, des adaptations importantes doivent être faites. La mise en oeuvre de la WBT pour traiter les problèmes psychologiques de l'enfance a été suggérée par une étude pilote comportant 4 enfants [2]. Dans cet essai, le protocole d'une WBT pour enfant de 8 séances a été formulé [2]. Elisa Albieri et Dalila Visani ont approfondi cette approche et l'ont étendue à 12 séances [3]. Contrairement à ce qui se passe chez les adultes, les dimensions psychologiques du bien-être sont introduites selon une modalité planifiée et non pas quand le matériel apporté par l'enfant y conduit. Personnellement, j'utilise une approche différente, fondée sur mon expérience clinique ; elle offre un degré de flexibilité plus élevé, mais prend en compte les renseignements obtenus en travaillant avec les enfants [1–3]. Dans une phase précoce de ma carrière professionnelle, je travaillais dans une clinique psychopédagogique [4]. Depuis, je continue à évaluer et traiter les enfants et les adolescents, bien que la majeure partie de ma pratique clinique soit appliquée à des adultes. Le protocole WBT peut être approprié dès l'âge de 8 à 14 ans.

Évaluation initiale

L'application du protocole doit être précédée d'une évaluation soigneuse. Généralement, je vois l'enfant seul dans un premier temps, puis je parle avec les deux parents (si disponibles) ou avec un parent. Avec l'enfant, j'utilise un entretien circulaire centré sur la vie quotidienne : j'examine dans l'ordre chronologique le moment où les enfants se lèvent, le temps scolaire, la rentrée, le temps passé à la maison et dehors, le dîner, l'après-dîner et la qualité du sommeil [4]. La démarche est circulaire ; je reviens ensuite sur les mêmes périodes de temps de la journée et je pose les mêmes questions à nouveau. La quantité d'information obtenue est étonnante, et je peux même répéter le processus une troisième fois. La révision de la semaine est répétée chaque fois que je vois l'enfant. Mon expérience avec les enfants m'a conduit à demander aux patients ce qu'ils veulent faire une fois adultes, pour ne pas limiter mon évaluation aux seuls symptômes qui peuvent être présents. Il est intéressant de quantifier l'information sur le mode de vie [5] que l'on peut obtenir par cette approche. Cette information vient compléter et affiner les informations dérivées d'un entretien standard qui fournit les critères DSM [6]. Les antécédents de traitements, s'ils sont présents, ne doivent pas être négligés non plus.
La macroanalyse est particulièrement importante chez les enfants et fournit la base d'application de la WBT à cette population de patients. Dans les troubles affectifs et anxieux, l'utilisation de la TCC pour évaluer les symptomatologies affectives précède généralement la WBT, mais le jugement clinique doit suggérer la voie la plus appropriée. Je vais décrire un programme de 8 séances d'une heure chacune, une fois toutes les 2 semaines, mais de larges variations dans le nombre de séances peuvent avoir lieu. Chaque séance peut comprendre des devoirs, des jeux et des jeux de rôle. Les 15 dernières minutes de la séance peuvent être consacrées aux parents, si besoin, particulièrement lorsque des suggestions comportementales sont données.

Tableau 19.1. Journal du bien-être.

Séance 1

Le thérapeute recueille de l'enfant la description de son état émotionnel, et de sa détresse actuelle et antérieure. L'enfant apprend à identifier, reconnaître et exprimer les émotions positives, par le moyen d'histoires simples, d'animaux, de couleurs, d'expressions faciales, de gestes corporels. On demande à l'enfant de noter les événements positifs qui lui sont arrivés dans un journal, d'une façon similaire à ce qui se passe avec les adultes (tableau 19.1).

Séance 2

Le thérapeute examine les deux dernières semaines et le journal, félicite l'enfant pour le travail fait et/ou analyse les difficultés liées à son exécution. On demande à l'enfant de se rappeler des compliments qu'il a reçus dans le passé et d'exprimer ses sentiments liés à ces compliments. L'enfant est encouragé à poursuivre la surveillance des situations de vie positives dans le journal. Il est important dans cette phase de mettre l'accent sur le bien-être psychologique de l'enfant afin d'induire un renforcement positif. Il est essentiel que l'enfant se rende compte qu'il est compétent dans certains domaines et que cela peut améliorer sa performance dans d'autres domaines. Il est également utile d'évaluer s'il y a des expériences optimales.

Séance 3

Le thérapeute examine les deux dernières semaines, le journal et/ou analyse les difficultés rencontrées pour le faire. On demande à l'enfant de considérer combien il peut être difficile d'être gentil avec quelqu'un, mais qu'il pourrait aussi être agréable de recevoir un compliment inattendu. On demande à l'enfant de continuer les devoirs, et d'y ajouter quelques émotions négatives qui peuvent se produire dans ce cadre temporel, selon le schéma du tableau 19.2.

Tableau 19.2. Journal de la détresse.

Séance 4

Le thérapeute examine les deux dernières semaines, le journal et/ou analyse les difficultés rencontrées pour le faire. En comparant les situations positives et négatives, le thérapeute explique que notre façon d'interpréter les situations peut beaucoup influencer nos émotions positives ou négatives. On demande à l'enfant de poursuivre uniquement son journal pour les situations positives.

Séance 5

Le thérapeute examine les deux dernières semaines et le journal. Il cherche les dimensions psychologiques du bien-être qui peuvent s'appliquer au matériel présenté. En particulier, le thérapeute et l'enfant essaient de rassembler une liste de situations dans lesquelles l'enfant déploie une maîtrise de l'environnement selon le cadre général décrit par Jahoda [7]. L'enfant est encouragé à ajouter d'autres situations dans le journal et à poursuivre les notes sur les situations positives. Les modifications de comportement demandées sont écrites dans le journal comme un devoir.

Séance 6

Le thérapeute examine les deux dernières semaines et le journal, cherchant les problèmes qui pourraient être analysés dans le cadre du bien-être psychologique. En particulier, on demande à l'enfant de considérer les capacités qu'il possède et celles qu'il voudrait développer. Quelques techniques de résolution de problèmes faciles sont discutées. On demande à l'enfant de poursuivre son journal. Les modifications de comportement demandées sont écrites dans le journal comme un devoir.

Séance 7

Le thérapeute examine les deux dernières semaines et le journal, cherchant les problèmes qui pourraient être examinés sous le spectre du bien-être. En particulier, on demande à l'enfant de considérer le genre de comportement qui peut entraîner une amélioration de son état émotionnel et ses relations avec les autres. Les modifications de comportement demandées sont écrites dans le journal comme un devoir.

Séance 8

Le thérapeute examine avec l'enfant et les parents lors d'une séance conjointe ce qui a été accompli et donne des conseils pratiques à l'égard des modifications de comportement après la fin de la thérapie. L'enfant et sa famille sont encouragés à téléphoner ou revenir si nécessaire.
La WBT chez l'enfant, en clinique, a été utilisée jusqu'à présent dans un seul essai randomisé contrôlé [1] et attend une confirmation par d'autres essais contrôles adéquats. Par conséquent, le protocole qui a été décrit n'est qu'un outil préliminaire.

Le cadre scolaire

Nous avons réalisé trois essais randomisés contrôlés dans le cadre éducatif, qui indiquent que les protocoles fondés sur la WBT peuvent convenir à la promotion des mécanismes de résilience et de bien-être psychologique. Je dois ce développement à un groupe de collègues (par ordre alphabétique : Elisa Albieri, Carlotta Belaise, Emanuela Offidani, Fedra Ottolini, Chiara Ruini, Elena Tomba et Dalila Visani). Dans la première étude pilote, les interventions scolaires (4 séances de cours de quelques heures) ont été réalisées auprès d'une population de 111 collégiens répartis au hasard ; un protocole utilisant des théories et des techniques dérivées de la thérapie cognitivo-comportementale, ou bien un protocole dérivé de la WBT ont été utilisés. Les deux interventions scolaires ont abouti à une amélioration comparable des symptômes et du bien-être psychologique [8]. Cette étude pilote a suggéré que les stratégies d'amélioration du bien-être pourraient égaler la TCC dans la prévention de la détresse psychologique et la promotion du fonctionnement optimal humain chez les enfants.
Les effets différentiels des approches WBT et TCC ont été explorés ultérieurement dans une autre intervention scolaire contrôlée, qui impliquait davantage de séances et un suivi adéquat [9]. Dans cet essai, 162 élèves de collège ont été répartis au hasard dans un protocole dérivé de la WBT ou un protocole de gestion d'anxiété. Les résultats de cette investigation ont montré que la WBT a produit des améliorations importantes sur l'échelle d'autonomie de la Psychological Well-Being scales (PWB) [10] et sur l'échelle de convivialité du Symptom Questionnaire (SQ) [11], alors que la gestion d'anxiété a seulement amélioré l'anxiété.
Les interventions scolaires de la WBT ont été étendues aux lycéens, qui sont considérés comme une population présentant un danger plus grand de présenter des troubles affectifs et anxieux [3]. Les interventions scolaires ont été faites sur un échantillon de 227 élèves [12]. Les classes ont été réparties au hasard pour recevoir soit un protocole dérivé de la WBT, soit un protocole dit « attention-placebo ». Il consistait en des techniques de relaxation, des discussions de groupe concernant les problèmes courants déclarés par les élèves et la résolution des conflits. La WBT a montré une efficacité pour le bien-être psychologique, notamment dans le sentiment de développement personnel, comparativement à l'attention-placebo. En outre, elle s'est révélée efficace dans la réduction de la détresse, surtout de l'anxiété et la somatisation. Les effets bénéfiques du protocole WBT en termes de réduction de l'anxiété et de la somatisation se sont maintenus lors du suivi, alors que dans l'autre groupe de gestion d'anxiété, les améliorations ont diminué et disparu [12]. Les résultats indiquaient alors que la WBT, dans le cadre éducationnel, pouvait fournir des résultats durables en termes d'émotions positives et de bien-être psychologique. Les protocoles utilisés dans ces études contrôlées [8, 9, 12] ont été décrits ailleurs [13]. Chaque séance est menée par deux psychologues en présence du professeur.
Il est certain que la WBT peut produire des résultats chez les enfants et les adolescents. La raison principale en est la grande flexibilité qui caractérise cette tranche d'âge, qui se prête à l'accomplissement de nouveaux équilibres selon les termes de Jahoda [7]. Ce potentiel peut être étendu aux cadres clinique et éducatif.

Références

[1] Kennard BD, Emslie GJ, Mayes TL, et al. Sequential treatment with fluoxetine and relapse-prevention CB to improve outcomes in pediatric depression. Am J Psychiatry 2014 ; 171 : 1083–90.
[2] Albieri E, Visani D, Officani E, et al. Well-being therapy in children with emotional and behavioral disturbances : a pilot investigation. Psychother Psychosom 2009 ; 78 : 387–90.
[3] Albieri E, Visani D. The role of psychological well-being in childhood interventions. In : Fava GA, Ruini C, editors. Increasing Psychological Well-being in Clinical and Educational Settings. Dordrecht. Springer ; 2014. p. 115–34.
[4] Fava GA. Consultation psychiatry in an Italian child guidance center. Child Psychiatry Hum Dev 1981 ; 12 : 90–5.
[5] Tomba E. Assessment of lifestyle in relation to health. In : Fava GA, Sonino N, Wise TN, editors. The Psychosomatic Assessment. Basel. Karger ; 2012. p. 72–96.
[6] American Psychiatric Association. Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders. 5th Ed. Washington, DC : American Psychiatric Association ; 2013.
[7] Jahoda M. Current Concepts of Positive Mental Health. New York : Basic Books ; 1958.
[8] Ruini C, Belaise C, Brombin C, et al. Well-being therapy in school settings : a pilot study. Psychother Psychosom 2006 ; 75 : 331–6.
[9] Tomba E, Belaise C, Ottolini F, et al. Differential effects of well-being promoting and anxiety-management strategies in a non-clinical school setting. J Anxiety Disord 2010 ; 24 : 326–33.
[10] Ryff CD. Psychological well-being revisited. Psychother Psychosom 2014 ; 83 : 10–28.
[11] Kellner R. A symptom questionnaire. J Clin Psychiatry 1987 ; 48 : 268–74.
[12] Ruini C, Ottolini F, Tomba E, et al. School intervention for promoting psychological well-being in adolescence. J Behav Ther Exp Psychiatry 2009 ; 40 : 522–32.
[13] Visani D, Albieri E, Ruini C. School programs for the prevention of mental health problems and the promotion of psychological well-being in children. In : Fava GA, Ruini C, editors. Increasing Psychological Well-being in Clinical and Educational Settings. Dordrecht : Springer ; 2014. p. 177–85.

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Vous venez de découvrir un extrait de l'ouvrage Well-Being Therapy – La psychothérapie du bien-être

Les Auteurs :

Giovanni A. Fava : Professeur de psychologie clinique Université de Bologne, Italie Clinical Professor of Psychiatry State University of New York at Buffalo, États-Unis Università di Bologna Dipartimento di Psicologia Bologne, Italie

Traduit de l'anglais par :

Charles Siegfried Peretti : Praticien Hospitalier - Professeur Universitaire de Psychiatrie Chef du service de psychiatrie et de psychologie médicale, hôpital Saint-Antoine Faculté de médecine de Sorbonne-Université, Paris
Jean-Victor Blanc : Psychiatre et addictologue Service de psychiatrie et de psychologie médicale de l'hôpital Saint-Antoine, Chargé de cours à la Faculté de médecine de Sorbonne-Université, Paris
Marie-Victoire Chopin : Docteur en psychopathologie, psychologue clinicienne, et psychothérapeute Service de psychiatrie et de psychologie médicale Hôpital Saint-Antoine, Paris

Préface de Jesse H. Wright

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