Thérapie musicale : nouvelle approche thérapeutique dans la prise en charge des troubles Dys

La thérapie musicale

Alors que les bienfaits de la musique sur l’humeur, la régulation des émotions et la créativité sont connus de longue date, l’utilisation des techniques musicales dans la rééducation des troubles du neurodéveloppement en général, et de la dyslexie en particulier, remonte à une dizaine d’années, avec depuis, un véritable engouement. À ce jour, plus de 200 études scientifiques ont été publiées, lesquelles s’accordent pour la plupart sur les effets bénéfiques de cette nouvelle approche. En effet, si l’hypothèse d’un déficit du traitement phonologique reste centrale dans la dyslexie, l’étude des performances de sujets dyslexiques dans différents systèmes linguistiques objectivent une constellation de difficultés cognitives associées, affectant notamment les processus sensorimoteurs, le traitement temporal de l’audition, ou encore la rythmicité de la parole et celui, plus général, de la sensibilité aux rythmes. De fait, l’idée que la pratique musicale – couplant et synchronisant par nature rythmes perçus et rythmes joués – puisse améliorer la perception auditive des indices acoustiques intégrés dans la parole et les activités de lecture n’est pas incongrue, et pourrait représenter une approche intéressante, complémentaire des rééducations habituellement proposées dans les troubles du langage écrit. Une façon originale d’en témoigner est illustrée par Bishop-Liebler et al. [1] qui ont comparé les performances auditives de musiciens, avec ou sans dyslexie, à celles de dyslexiques non musiciens. Il ressort de leur travail que les musiciens dyslexiques ont une sensibilité auditive et à la perception des rythmes équivalente à celle des musiciens non dyslexiques. Cela tendrait à démontrer que l’expérience précoce (durant l’enfance) et régulière (pratique répétitive) d’une activité rythmique (ici sous la forme de la pratique musicale) pourrait soutenir positivement les processus auditifs de base, supposés dysfonctionnels dans la dyslexie.

Ainsi, la pratique musicale semblerait améliorer chez l’enfant, au cours du développement, la conscience phonologique, la segmentation des mots, la mémoire de travail ainsi que les capacités de lecture. Une étude randomisée (essai multicentrique, prospectif et en « ouvert ») publiée par une équipe franco-italienne est venue confirmer récemment ce bénéfice de l’entraînement musical (via l’amélioration des compétences rythmiques et du traitement temporal des informations auditives) sur les performances (phonologiques et en lecture) d’enfants dyslexiques, même sévèrement atteints [4].
Plusieurs programmes sont actuellement en cours de validation et l’on peut citer, ici, celui développé par Michel Habib et son équipe de Marseille [7]. Tirant parti des compétences d’intégration sensorielle transmodale du cerveau, cet auteur a mis au point un programme musical spécifique et soutenu d’entraînement cognitif s’appuyant sur différents type d’exercices sensoriels (sur entrée visuelle, auditive, somatosensorielle) et sensorimoteurs, en perception et en production, soutenus par la fonctionnalité rythmique et temporelle de la musique. Déclinée sur un groupe de 12 enfants dyslexiques (de 10 ans et 7 mois d’âge moyen), selon deux modalités (18 heures concentrées sur 3 jours consécutifs/18 heures reparties sur 6 semaines à raison de 3 heures par semaine), leur étude objective, d’une part, un effet significatif sur la perception catégorielle et temporelle de la parole, et d’autre part, une amélioration concomitante et durable de l’attention auditive, de la conscience phonologique et des compétences en lecture qui persiste à distance de l’entraînement (6 semaines dans leur étude).
Bien que des études répondant au gold standard de la médecine factuelle (études randomisées et en double aveugle) soient encore attendues pour donner lieu à des recommandations précises, ces données soulignent déjà pour certains auteurs l’intérêt d’associer plus systématiquement la pratique musicale à la rééducation de la dyslexie.

Pierre Fourneret, pédopsychiatre, professeur des universités-praticien hospitalier, chef de service, Université Claude Bernard Lyon 1 et Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod (L2C2 UMR 5304) Bron ; service psychopathologie du développement, Hôpital Femme Mère Enfant, Hospices Civils de Lyon

Vous venez de lire un extrait du chapitre 15 sur les Nouvelles approches thérapeutiques associées à la prise en charge des troubles Dys de l’ouvrage Les enfants Dys

Références

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