Les compétences visuelles précoces

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Nous vous proposons de découvrir un extrait de l'ouvrage Le développement du bébé de la vie foetale à la marche

Coordonné par Emmanuel Devouche Joëlle Provasi

Le développement du bébé : de la vie fœtale à la marche

Les compétences visuelles précoces

Les compétences visuelles élémentaires du nouveau-né

Le nouveau-né a longtemps été considéré (à tort) comme étant « aveugle » à la naissance, puis lorsque la vision a été envisagée comme fonctionnelle, elle fut d’abord considérée principalement comme passive et répondante aux seules sollicitations externes. Les progrès des méthodes et outils d’études (en particulier la caméra vidéo) ont permis de révéler que le bébé utilisait très précocement sa vision pour explorer activement son environnement (pour une revue récente, voir Gentaz et Mazens, 2014). Les chercheurs ont développé ainsi des méthodes originales comme la préférence visuelle et l’habituation/réaction à la nouveauté en mesurant l’orientation du regard et le temps de fi xation des stimuli. Bien que des compétences prénatales aient été mises en évidence (le foetus est répondant aux fortes variations de luminosité à travers la paroi abdominale à partir de la 36e semaine de gestation), le système visuel est encore largement immature à la naissance. Certaines compétences vont se développer très rapidement sous les effets conjugués de la maturation biologique et des stimulations de l’environnement.

Acuité visuelle

Lorsqu’on « interroge » par exemple l’acuité visuelle des nouveau-nés , c’est-à-dire la capacité de percevoir les détails fi ns d’une cible visuelle, on observe que celle-ci est 10 à 30 fois plus faible que chez les adultes. Pour en avoir une idée, elle permet au nouveau-né de distinguer une barre noire de 1 cm de large sur un fond blanc à une distance de 50 cm. Il faut attendre quelques mois (4 à 6 mois) avant que l’acuité visuelle (maculaire) du bébé soit comparable à celle de l’adulte.

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Accommodation visuelle

L’accommodation visuelle , c’est-à-dire la capacité d’eff ectuer une mise au point des objets visuels en fonction de distances variables, s’améliore également pendant les premiers mois, passant d’une réelle diffi culté à accommoder à la naissance à une accommodation satisfaisante à 6 mois. On considère que l’acuité et l’accommodation à 2-3 mois permettent par exemple de percevoir correctement les traits d’un visage situé à 20-30 cm de celui du bébé, par exemple lors de la situation de portage.

Profondeur

L’appréciation des distances relatives va également permettre d’appréhender une dimension importante de la vision tridimensionnelle, la profondeur. D’ingénieuses expériences utilisant un dispositif simulant une falaise visuelle (une table possédant un côté plein et un côté « vide » composé d’une plaque en Plexiglas® permettant de voir le sol sous la table), ont montré qu’en dépit de réactions émotionnelles diff érentes en fonction de l’âge face au vide, les bébés perçoivent la profondeur à partir de 6 mois.

Perception des couleurs

Concernant la perception des couleurs , celle-ci dépend de notre capacité de discriminer ou non les longueurs d’onde de la lumière. Les seuils de discrimination de ces longueurs d’onde donnent lieu à une catégorisation des couleurs qui diffère en fonction de la maturation du système visuel. Le nouveau-né serait sensible à des différences de couleurs, mais avec un niveau de saturation beaucoup plus élevé que chez l’adulte. Il est ainsi capable de différencier le blanc de couleurs vives mais pas le blanc de couleurs pâles, et distingue mieux le rouge et le vert que le jaune, le bleu et le violet. Le nouveau-né percevra donc mieux un jouet avec des couleurs vives qu’avec des couleurs pâles.

Objets en mouvement

Nous avons également tous pu constater que les bébés s’intéressent beaucoup aux objets en mouvement. La condition d’intérêt pour ces objets est d’être capable d’effectuer une « poursuite oculaire » qui permet de garder l’objet en déplacement au centre de la vision (région centrale ou fovéale de l’oeil). Un nouveau-né est capable de suivre du regard un objet en mouvement à certaines conditions. Il faut tout d’abord que le bébé soit bien éveillé, dans une position confortable, que l’objet soit bien visible, et qu’il se déplace à une vitesse lente. La poursuite est d’abord décrite comme saccadée. La saccade correspond au petit mouvement rapide de l’oeil. Les saccades oculaires sont présentes à la naissance mais moins bien contrôlées que chez l’adulte. Elles sont d’abord déclenchées par le passage de l’objet en mouvement dans le champ périphérique du sujet, ce qui explique ce type de poursuite. Le meilleur contrôle des saccades oculaires avec le développement permettra une poursuite de plus en plus fluide.

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Perception de l’objet comme un tout

Beaucoup d’objets sont observés alors même qu’ils se trouvent partiellement cachés. L’intégrité des objets est cependant préservée car nous imaginons et complétons, sans difficulté, les zones cachées afin de percevoir l’objet comme un tout. Qu’en est-il chez les nouveau-nés et les bébés âgés de quelques mois ? Afin de répondre à cette question, les psychologues ont habitué des bébés à la présentation d’un bâton partiellement caché en son centre (par une boîte), se déplaçant horizontalement (de gauche à droite et vice versa), et dont seules les extrémités sont visibles. En phase test, la boîte écran est enlevée et on présente en alternance soit un bâton entier, soit uniquement les deux morceaux de bâton visibles lors de la phase d’habituation. Les bébés de 4 mois regardent plus longtemps les deux morceaux de bâton que le bâton entier. Ce résultat est également obtenu à 2 mois, à condition que la taille du cache soit réduite de 20 % environ. Cela signifi e que les deux bâtons sont davantage nouveaux pour les bébés et donc que le bâton était bien perçu dans la phase d’habituation comme étant un seul objet. En revanche, les nouveau-nés ne semblent pas se représenter le bâton entier, et ce malgré l’ajout d’indices visuels supplémentaires comme des textures maximisant le contraste entre les objets. Il faudrait donc attendre 2 mois pour que l’unité d’un l’objet partiellement caché soit perçue. Cette perception de l’unité de l’objet a également été observée en manipulant les figures de Kanisza qui donnent l’illusion des contours subjectifs d’une forme géométrique. Dans ce cas, les bébés de 3 mois traitent comme familière la forme géométrique (un carré) qui correspond à la fi gure dont les contours subjectifs ont été présentés en phase d’habituation (un carré également), et regardent par conséquent plus longtemps la nouvelle figure présentée en phase test (un triangle).
Comprendre l’objet comme un tout consiste également à faire une synthèse des différentes expériences sensorielles que nous livrent les interactions avec cet objet. Cela suppose que nos sens sont capables de communiquer entre eux. Les psychologues ont étudié les capacités de transfert de la forme d’un objet de la main à la vision. Ils ont fait toucher un petit objet aux nouveau-nés, un prisme ou un cylindre, jusqu’à ce qu’ils soient « habitués » à sa forme. Les deux objets, habitué et nouveau, ont ensuite été présentés visuellement, «côte à côte», pendant 60 secondes. Les nouveau-nés ont regardé plus longuement l’objet qu’ils n’ont pas préalablement exploré tactilement, ce qui suggère que les nouveau-nés sont capables de reconnaître visuellement la forme d’un objet qu’ils ont préalablement exploré avec la main (droite). Cette capacité est cependant fragile car elle est mise en évidence seulement avec la main droite et la communication réciproque, à savoir une reconnaissance tactile d’un objet regardé, n’est pas observée avant 5 mois. De plus, la communication «toucher vers vision» disparaît provisoirement à cet âge pour réapparaître quelques mois plus tard. D’autres travaux ont également révélé un transfert de la texture d’un objet entre la main et la vision. L’ensemble des données montre ainsi que les sens ne sont pas séparés à la naissance et que l’expérience perceptive n’est donc pas indispensable pour unifi er les sens, même si elle améliore leur communication.
D’autres aspects plus « techniques » de la vision de l’espace et des objets que nous n’aborderons pas ici témoignent également d’un développement pendant la première année de vie et parfois même au-delà. Des synthèses relativement récentes existent et en font la liste exhaustive (par exemple Chokron et Streri, 2012 ; Streri, 2017).

À retenir

La vision du nouveau-né est immature à la naissance et son développement prendra encore de longs mois pour atteindre une vision comparable à l’adulte. Lors du dépistage des troubles visuels ou lors des jeux d’éveil, les stimulations visuelles doivent donc s’effectuer à environ 30 cm du visage du bébé. Les stimuli doivent comporter de forts contrastes ou des couleurs vives, des détails organisés selon une faible fréquence spatiale, et le mouvement permettra de «capter» l’attention du nouveau-né. Par ailleurs, la vision du bébé «communique» avec les autres sens et participe à la construction d’une représentation multimodale de son environnement. N’hésitez donc pas à favoriser les expériences multisensorielles lors des jeux d’éveil, et à diversifier les stimuli car les bébés discriminent de nombreuses formes ; mieux encore, ils manifestent déjà des préférences.

Existe-t-il des préférences visuelles précoces ?

Mouvements biologiques et non biologiques

Si les nouveau-nés sont capables d’observer les objets en mouvement sous certaines conditions, tous les mouvements ne présentent pas le même intérêt. Ainsi, les nouveau-nés âgés de seulement 3 jours sont capables de diff érencier les mouvements « biologiques » et « non biologiques », et manifestent une préférence envers les mouvements « biologiques » (c’est-à-dire ceux produits par les humains par exemple). Méary et al. (2007) ont testé cette hypothèse à l’aide d’une tâche de préférence visuelle confrontant des scènes dans lesquelles des points lumineux décrivent des trajectoires (cercle ou ellipse) selon des cinématiques biologiques ou non biologiques (satisfaisant ou non la loi puissance deux-tiers qui lie la cinématique et la géométrie d’un point en mouvement et qui est un moyen très sûr pour dire si un mouvement est biologique ou non). L’analyse des temps de regard des nouveau-nés a révélé que ces derniers regardent plus longtemps le mouvement non biologique que le mouvement biologique pendant les premières secondes de l’expérience. Ce temps de regard supérieur pour le nonbiologique ne traduirait pas une préférence mais une violation des attentes du nouveau-né. Des patterns de préférence en faveur des cinématiques biologiques ont en revanche été observés à 3 mois lorsque des points lumineux décrivaient (ou non) les caractéristiques biomécaniques des mouvements humains ( Bertenthal, 1993 ). Des débats subsistent quant à l’origine de cette compétence visuelle. Plus important, il a été suggéré qu’une difficulté à reconnaître les mouvements humains chez le jeune enfant plus âgé pourrait servir de dépistage très précoce du trouble du spectre autistique ( Pierce et al., 2011 ). Par ailleurs, une étude précise que ce ne serait pas le caractère humain des mouvements qui « intéresse » les nouveau-nés, mais le fait qu’ils représentent un déplacement spatial, humain ou non, c’est-à-dire dirigé vers un but ( Bidet-Ildei et al., 2014 ).

Différenciation des formes et préférence pour les visages

Concernant les objets eux-mêmes, le nouveau-né est capable dès la naissance de différencier les formes telles que les triangles, les carrés ou les ronds. Il préfère regarder des configurations structurées, régulières plutôt qu’irrégulières, des fi gures avec des courbes plutôt qu’avec des droites, des objets fortement contrastés plutôt que des objets faiblement contrastés, des objets en trois dimensions plutôt qu’une représentation en deux dimensions de ces mêmes objets (dessin ou photographie), des rayures horizontales plutôt que des rayures verticales, ou encore la partie supérieure et la partie extérieure d’une figure. Parmi les « formes » proposées au nouveau-né, il en est une qu’il semble préférer plus que tout autre objet, et ce dès 9 minutes de vie ! Il s’agit des visages humains ou toute configuration « humanoïde ». On peut supposer que cette préférence pour les visages va jouer un rôle très important dans le développement social et aff ectif du nourrisson en orientant préférentiellement son attention vers son entourage. On note d’ailleurs qu’il préfère regarder des visages d’adultes plutôt que des visages de nouveau-nés. Il semblerait également que l’intérêt pour le regard joue un rôle très important dans l’intérêt que le nouveau-né porte aux visages. Le bébé regarde ainsi davantage les yeux et préfère les visages ayant les yeux ouverts ou ceux dont les yeux sont dirigés vers lui.
Parmi les visages que le bébé est amené à rencontrer, certains sont traités préférentiellement en fonction d’autres dimensions que la familiarité (nous verrons plus loin la question de la reconnaissance du visage maternel). Il semblerait que le bébé manifeste une préférence pour les visages attractifs et ceux de son « groupe ethnique » auquel il est exposé . Lors de la présentation de paires de visages, l’un jugé attractif et l’autre non par un panel d’adultes, des bébés âgés de 72 heures montrent une préférence pour des visages attractifs qui n’est pas retrouvée auprès de bébés de 15 minutes ( Slater et al., 1998 ). Cette différence s’expliquerait par la plus « grande » expérience des visages (6 à 15 visages vus durant les 72 heures passées à la maternité) qui suffirait à créer le « prototype » du visage humain. L’attractivité d’un visage serait due à son caractère « moyen », c’est-à-dire davantage semblable à notre représentation prototypique du visage humain. À l’aide du même type de dispositif permettant de présenter des visages d’ethnies différentes, une autre étude a quant à elle montré qu’il n’existe pas de préférence ethnique à la naissance alors que les bébés âgés de 3 mois préfèrent leur propre groupe ethnique ( Kelly et al., 2005 ). Ce résultat a été étendu au genre (masculin ou féminin) du visage, de telle sorte que les bébés de 3 mois préfèrent également les visages du même genre que celui de la personne qui s’est le plus occupée de lui pendant les premiers mois. Ces études suggèrent que les visages auxquels le bébé sera confronté dans les débuts de sa vie auront une influence sur les premières représentations que le bébé se fera des visages.
Il n’aura pas échappé aux lecteurs attentifs que l’hypothèse d’un «apprentissage» du visage humain qui permet au bébé de 3 mois de manifester ces différents types de préférences (attractivité, ethnie et genre) semble incompatible avec l’orientation préférentielle que manifeste le nouveau-né pour le visage humain, dès 9 minutes de vie. Pour dépasser ce problème, Morton et Johnson (1991) ont fait l’hypothèse de l’existence de deux systèmes distincts de traitement des visages : l’un fonctionnel dès la naissance et dédié à l’orientation vers tout visage humain sur la base de la reconnaissance de la confi guration que forment les principaux traits du visage, l’autre apparaissant plus tardivement, permettant un traitement plus précis des visages, et visant à apprendre à diff érencier les visages pour permettre la reconnaissance des visages familiers. Ces deux systèmes ont été nommés respectivement CONSPEC et CONLERN, pour connaissances (du visage) de l’espèce et connaissances apprises. Selon ce modèle, il existerait bel et bien une représentation innée de l’espèce, c’est-à-dire du visage humain. Cependant, certaines données suggèrent que l’arrangement des traits du visage (notamment la présence d’une plus grande quantité d’informations à traiter dans la partie horizontale supérieure de l’image, comprenez l’alignement que forment les yeux) présenterait une certaine « aff ordance » vis-à-vis de l’organisation du système visuel qui répondrait préférentiellement à tout type de stimuli présentant ce type d’arrangement et non spécifi quement aux visages (pour une revue, voir Simion et Di Giorgio, 2015 ).

Reconnaissance du visage maternel

Intéressons-nous maintenant à une compétence essentielle pour le nouveauné, la reconnaissance du visage maternel . Des études récentes montrent que quelques jours (3 jours) suffi sent pour que le bébé manifeste une préférence pour le visage de sa mère par rapport au visage d’une personne étrangère, même si celle-ci ne diff ère pas trop de la mère (même couleur de cheveux, etc.). Des études complémentaires ont permis de comprendre sur la base de quelles informations cette reconnaissance du visage maternel reposait. Lorsque la mère et l’étrangère portent un foulard sur la tête, dissimulant ainsi le contour extérieur de la tête, les nouveau-nés ne manifestent plus aucune préférence entre les deux visages. Cela signifi e que la représentation visuelle de la mère, et donc sa reconnaissance par le nouveau-né, se fonde essentiellement sur le contour de la tête et les cheveux. Ce n’est que vers l’âge de 6-8 semaines que l’on constate des signes de reconnaissance du visage de la mère malgré le masquage du contour de la tête. Cependant, les contours seuls ne suffi sent pas à reconnaître le visage maternel, et ce jusqu’à 4 mois. À la naissance, le bébé a donc besoin de toutes les informations, externes et internes, pour permettre la reconnaissance du visage maternel (Turati et al., 2006). Une expérience a montré que si la mère ne parle pas à son bébé durant les premiers jours d’interaction, le bébé ne reconnaît pas sa mère visuellement ( Sai, 2005 ). Durant les premiers jours, le nouveau-né apprend donc à reconnaître le visage de sa mère en s’appuyant sur la voix qu’il a entendue depuis plusieurs semaines in utero (voici un bel exemple d’intégration intermodale, notion que nous évoquerons un peu plus loin). Quant à la reconnaissance du visage paternel par le nouveau-né, celle-ci reste à démontrer.

Reconnaissance des émotions

Les visages ne sont pas seulement porteurs des informations renseignant sur l’identité. Ils transmettent également de précieuses informations dynamiques renseignant sur les émotions ressenties, comme la joie, la tristesse, la colère, la peur, la surprise, le dégoût, etc. Ces émotions sont le plus souvent exprimées par la voix, mais les nouveau-nés sont-ils capables de percevoir les émotions sur le visage des parents ? Les travaux menés chez le nouveau-né indiquent que les bébés discriminent les expressions faciales de joie, de tristesse et de surprise mimées par un adulte lors d’une procédure d’habituation/réaction à la nouveauté. Ces résultats sont actuellement très controversés car d’autres chercheurs n’ont pas réussi à reproduire ces résultats. Des travaux menés à l’aide de photographies de visages exprimant des émotions suggèrent qu’il faudrait attendre l’âge de 6 mois pour confirmer cette capacité de discriminer les émotions faciales. C’est ce qui a été montré récemment à l’aide de la technique de mesure des mouvements oculaires. Après avoir entendu des voix exprimant des émotions (auditives), les bébés de 6 mois regardent davantage l’émotion (visuelle) nouvelle plutôt que celle expérimentée auditivement juste avant (préférence pour la nouveauté), marquant une discrimination des émotions et même un transfert intermodal voix-vision des informations émotionnelles (au moins pour joie versus colère) véhiculées par la voix et les visages ( Palama et al., 2018 ). Ces recherches indiquent que le bébé discrimine les émotions, mais nous ne savons pas dans quelle mesure il est capable de comprendre ce que ressent le visage observé. Il existe cependant quelques travaux ayant tenté de tester la signifi cation attribuée aux émotions. Reprenant le dispositif de la falaise visuelle présenté plus haut, des chercheurs ont demandé aux parents des bébés testés de se tenir du côté de l’espace vide/profond et de produire des expressions faciales émotionnelles invitant (joie) ou non (peur) l’enfant à traverser l’espace vide pour les rejoindre. Les enfants de 12 mois ont ainsi été capables de tenir compte des émotions émises par les parents (en anglais, social referencing ) pour traverser ou non l’espace vide ( Sorce et al., 1985 ).

À retenir

Le bébé, dès la naissance, manifeste un intérêt particulier pour certaines formes. Plus que tout, il préfère regarder des visages, en particulier si ces visages lui rendent son regard. Soyez attentif à maintenir un contact visuel car cela l’incite à poursuivre les interactions. À l’intérêt inné pour les visages va rapidement succéder une expertise perceptive qui permettra bientôt de reconnaître les visages familiers, dont le visage maternel en premier lieu. Le bébé discrimine également les expressions faciales émotionnelles et les associe aux émotions transmises par d’autres vecteurs, par exemple la voix. Il sera ainsi capable d’agir en fonction de l’émotion lue sur les visages de son entourage.

Vous venez de découvir un extrait de l'ouvrage Le développement du bébé de la vie foetale à la marche , de Emmanuel Devouche et Joëlle Provasi.

© 2019 Elsevier Masson SAS

Emmanuel Devouche, maître de conférences, HDR, Laboratoire de Psychopathologie et Processus de Santé (LPPS EA4057), Université Paris Descartes, Boulogne- Billancourt
Joëlle Provasi, maître de conférences, HDR, enseignant-chercheur, Laboratoire CHArt, École pratique des hautes études – PSL (EPHE – PSL), Paris

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