La médiation musicale

Avec la participation de Marie Matherat pour l’étude de cas

« L’usage de la musicothérapie comme agent de lutte contre les maladies est aussi vieux que la musique elle-même » déclare Rolando Omar Benenzon (2004), psychiatre et psychanalyste, musicien et compositeur originaire d’Argentine. Fondateur de la première Faculté de musicothérapie, à Buenos Aires, il y a plus de 30 ans, il est aussi le découvreur du principe de l’ISo (identité sonore) et d’une nouvelle voie en psychothérapie.

Mais les liens entre musique et thérapie sont anciens. Les premiers écrits faisant référence à la musique et à son influence sur le corps humain ont été retrouvés sur des papyrus médicaux égyptiens et datent de 1 500 av. J.-C. environ. Les Égyptiens pensaient que la musique avait un impact sur la fertilité des femmes. La musique s’est vue attribuer un caractère magique et cosmique, depuis des siècles et encore aujourd’hui d’une certaine façon. Selon certaines croyances, le son était présent au commencement du monde, puis il s’est transformé et a pris une forme verbale. Pour les Égyptiens, le dieu Thot avait créé le monde non par la pensée ou l’action, mais seulement grâce à la voix.

Si on se réfère à d’autres civilisations, chez les Perses et les Hindous, l’univers fut créé par une substance acoustique. Par ailleurs, on constate que, pour l’homme primitif, le son fut un moyen de communication depuis et avec l’infini. Margaret Mead (1973), anthropologue américaine, évoque que, dans certaines tribus de Nouvelle-Guinée, les individus ont la conviction que les voix des esprits peuvent être entendues à travers divers instruments de musique. Dans les civilisations totémiques, il existe une croyance selon laquelle chacun des esprits habitant le monde possède un son propre, de même que les hommes primitifs pensaient que le son rendait les êtres vivants ou morts vulnérables à la magie. Quoi qu’il en soit, chaque homme naît avec un son interne propre à lui auquel il répond.

Dans de nombreuses civilisations, des rituels mettant en scène le chant, la musique mais aussi la danse étaient, et sont encore aujourd’hui, effectués pour délivrer les « malades » des démons, pour faire sortir les « esprits malins » du corps des possédés. Dans les premiers textes médiévaux, on constate qu’il est fait mention de musiciens appelés auprès des malades pour les soulager. Des vertus magiques étaient parfois également attribuées aux instruments musicaux. Certains auteurs comme Jean-Baptiste de Porta, dans Magia naturalis (1558), considéraient même que le son des instruments qui étaient fabriqués à partir de plantes médicinales avait le même effet thérapeutique que les plantes elles-mêmes.

Les Grecs, quant à eux, utilisaient la musique dans la prévention et le soin des maladies, qu’elles soient physiques ou mentales. Aristote évoquait l’importance de la musique dans la catharsis, Platon préconisait son utilisation dans le traitement de certains troubles. Cependant, contrairement aux écrits mentionnés précédemment, on note que les Grecs se servaient de la musique dans le soin sans faire référence à la magie ou à la religion.

Au début du XVIe siècle, de nouveaux écrits apparaissent dans la littérature faisant également référence au soin par la musique. Bartolomé Ramos de Pareja, mathématicien espagnol, associe les quatre tempéraments à quatre tons, et Marsile Ficin s’efforce de donner une explication physique aux effets produits par la musique. C’est au XVII e siècle que l’on voit naître de nombreuses thèses et de nombreux autres traités tentant de montrer que les vibrations musicales ont un impact sur le soin. Le père Athanasius Kircher décrit comment la musique avait une influence favorable sur les maladies de la « bile jaune et de l’atrabilaire ».

Au XVIIIe siècle, les effets des sons sur les fibres de l’organisme ont été évoqués ainsi que leur effet excitant, calmant ou harmonisateur chez les patients atteints de mélancolie. De plus, la musique commençait à être considérée, de façon plus pragmatique, comme une stimulation permettant de détourner le malade de ses préoccupations.

Plus récemment, la médecine contemporaine s’empare de ce phénomène : Jean-Étienne Esquirol déclare que la musique est un élément profitable aux patients.

Il est bien sûr essentiel de faire la distinction entre musicothérapie et éducation musicale, même si certains éducateurs en la matière furent des précurseurs de la musicothérapie sans jamais la pratiquer. Émile Jaques- Dalcroze pensait en effet que la musique jouait un rôle incontournable dans l’éducation car elle répondait aux désirs les plus variés de l’homme. Ses disciples ont été les pionniers de la thérapie rythmique éducative ; par exemple, Angèle Porta donna le premier cours de rythmique pour les enfants anormaux à Genève en 1917. Joan Llongueras fit un cours sur la rythmique pour les aveugles et Mimi Scheiblauer pour les enfants sourds.

C’est à la suite de la Première Guerre mondiale que les médecins ont commencé à s’intéresser de plus près à la thérapie musicale et, suite à des expériences concluantes, ils ont saisi la nécessité d’une formation spécifique pour que le musicien devienne un thérapeute à part entière. C’est ainsi qu’en 1950 un collectif de professionnels s’est réuni pour fonder la National Association for Music Therapy qui assurait une formation à la musicothérapie donnant accès à un diplôme universitaire.

Les demandes étant de plus en plus nombreuses à l’époque, de nouvelles écoles se sont créées comme en Grande-Bretagne dès 1958, où Juliette Alvin fonda la Society for Music Therapy and Remedial Music. À l’Académie de musique de Vienne des cours étaient dispensés pour les jeunes musicothérapeutes. De nombreuses associations ont vu le jour dans différents pays comme l’Italie, l’Espagne, le Brésil, l’Argentine, le Mexique. En France, Vincent Jost et Édith Lecourt ont fondé l’Association de recherches et d’applications des techniques psychomusicales et le premier congrès mondial de musicothérapie eut lieu à Paris en 1974. C’est à partir de cette effervescence autour de ce domaine que sont apparus le besoin de poser des limites entre les notions d’éducation musicale et de musicothérapie, mais aussi la nécessité de mettre en place une formation professionnelle spécifique.

Définitions

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Quelques éléments techniques

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Bilan psychomusical

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Une place particulière pour la voix

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Le déroulement d’un atelier corps et voix

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Auteurs

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