Anxiété sociale et phobie sociale : définition

La phobie sociale, dénommée également anxiété sociale, est un des troubles psychiques les plus fréquents puisqu’il touche environ 5 à 7 % des sujets de la population générale, sur une durée longue le plus souvent. Cette pathologie est définie par une peur excessive et gênante du regard de l’autre dans les situations d’interactions simples ou plus formelles, que ce soit devant un groupe ou une seule personne, avec des conséquences importantes en termes d’anxiété anticipatoire et d’évitements sociaux.

Il existe plusieurs sous-types (anxiété circonscrite aux situations de performance, phobie sociale généralisée) et différentes formes cliniques, dont la peur obsédante de rougir en public dénommée éreutophobie. Les principaux diagnostics différentiels, qui peuvent être aussi des troubles comorbides, sont les troubles schizoïdes et paranoïaques, la personnalité évitante et l’agoraphobie. Les complications les plus fréquentes sont les dépressions, qui surviennent dans au moins 50 % des cas sévères, et les addictions. Les bases psychopathologiques des phobies sociales sont cognitives (peur du jugement négatif d’autrui, faible estime de soi, perfectionnisme), tempéramentales (timidité, émotivité, inhibition), et comportementales (évitements sociaux renforçant les peurs, autocentration excessive). Ce trouble est associé à une hyperréactivité amygdalienne, avec défaut de régulation émotionnelle, aux stimuli sociaux perçus comme menaçants. Le traitement des phobies sociales repose en premier lieu sur les thérapies comportementales et cognitives, notamment en groupe, avec des méthodes d’exposition au regard de l’autre, de restructuration cognitive et d’affirmation de soi. Dans les formes sévères et fortement handicapantes, un traitement médicamenteux complémentaire à l’aide d’un antidépresseur sérotoninergique peut être prescrit sur plusieurs mois avec des effets souvent très positifs. Au vu de la prévalence élevée de cette pathologie, de son retentissement et de l’efficacité des traitements mis en place précocement, le dépistage de cette pathologie à un âge jeune, en médecine générale et en psychiatrie, est un objectif important.

Mots-clés : Anticipations, Anxiété sociale, Antidépresseur, Évitement, Exposition, Interaction, Performance, Timidité, Thérapie comportementale et cognitive

Plan

Introduction
Définition
Diagnostic
Mode de début et installation
Forme typique
Sous-types et formes cliniques
Diagnostic différentiel
Évaluation
Épidémiologie
Mécanismes et étiopathologie
Facteurs psychologiques
Facteurs éthologiques et neurobiologiques
Traitements
Psychothérapies
Traitements médicamenteux
Conclusion
Déclaration d’intérêts

Définition

La phobie sociale est définie par l’existence d’une peur durable, excessive et gênante du regard d’autrui dans des situations d’interaction sociale quelles qu’elles soient [3, 5]. Un certain nombre de critères permettent de fixer les contours de ce diagnostic, et notamment la limite entre le normal et le pathologique : intensité de la peur, persistance dans le temps, incapacité à la réguler, niveau de retentissement, etc. Dans la définition actuelle de la phobie sociale, on insiste sur un mécanisme psychologique important qui sous-tend la peur du regard de l’autre, à savoir l’anticipation et la crainte d’un jugement négatif sur soi-même, avec le vécu de rejet, de honte voire d’humiliation que cela peut comporter [6]. Il s’agit donc avant tout d’une peur de ses propres insuffisances (« ne pas être à la hauteur », être trop timide ou émotif, etc.), et non d’une crainte du comportement et des intentions de l’autre comme on peut le voir dans la paranoïa.

Comme dans toutes les phobies, la confrontation avec la situation redoutée peut déclencher instantanément une réaction anxieuse forte, qui peut aller jusqu’à l’attaque de panique. Mais cet état d’angoisse aiguë n’est pas toujours perceptible par l’entourage, car les personnes touchées redoutent particulièrement qu’on remarque leur gêne et font donc tout pour la dissimuler. Les autres symptômes de la phobie sociale sont l’anxiété anticipatoire, présente parfois des jours avant un événement redouté, une hypervigilance à l’égard des situations pouvant exposer le sujet au regard d’autrui, la tendance à les éviter de manière complète ou partielle, et puis également de fortes ruminations et sensations de honte après les confrontations vécues comme négatives. Pour pouvoir parler de phobie, il faut que la peur soit très excessive par rapport aux dangers réels de la situation redoutée, et que les symptômes soient à l’origine d’une gêne importante. Celle-ci peut venir aussi bien du stress provoqué par les contacts sociaux au quotidien que des contournements et évitements qui en découlent.

La classification de la cinquième version du Diagnostic and Statistical Manual (DSM-5) propose une définition de la phobie sociale qui a peu évolué par rapport aux versions antérieures [5, 6]. L’appellation de la pathologie a cependant été modifiée, car le DSM-5 affiche en premier lieu « anxiété sociale », en y ajoutant entre parenthèses « phobie sociale ». Le terme « anxiété » reflète plus fidèlement le fait que les phobies sociales ne consistent pas uniquement en des peurs conditionnées par des situations circonscrites, avec une réaction anxieuse forte et irrépressible face au regard des autres, mais comprennent aussi des symptômes d’anxiété diffuse, presque en continu dans la vie quotidienne du fait de la fréquence inévitable des confrontations sociales. L’anxiété de performance, l’anxiété anticipatoire, les ruminations avant et après les situations, une sensation de stress permanente et souvent une altération de l’estime de soi contribuent à un vécu particulier, proche de celui par exemple que vivent les personnes souffrant d’anxiété généralisée. Ceci est surtout vrai dans les formes dites « généralisées » de phobies sociales, même si cette terminologie a disparu dans le DSM-5 qui ne reconnaît qu’un seul sous-type : « seulement de performance » [5].

Critères diagnostiques de l’anxiété sociale (phobie sociale) dans le DSM-5[1]

  • A. Peur ou anxiété intense d’une ou plusieurs situations sociales durant lesquelles le sujet est exposé à l’éventuelle observation attentive d’autrui. Des exemples de situations incluent des interactions sociales (p. ex. avoir une conversation, rencontrer des personnes non familières), être observé (p. ex. en train de manger ou de boire) et des situations de performance (p. ex. faire un discours). NB: Chez les enfants, l’anxiété doit apparaître en présence d’autres enfants et pas uniquement dans les interactions avec les adultes.
  • B. La personne craint d’agir ou de montrer des symptômes d’anxiété d’une façon qui sera jugée négativement (p. ex. humiliante ou embarrassante, conduisant à un rejet par les autres ou à les offenser).
  • C. Les situations sociales provoquent presque toujours une peur ou une anxiété. NB: Chez les enfants, la peur ou l’anxiété peuvent s’exprimer dans les situations sociales par des pleurs, des accès de colère ou des réactions de figement; l’enfant s’accroche, se met en retrait ou ne dit plus rien.
  • D. Les situations sociales sont évitées ou subies avec une peur ou une anxiété intense.
  • E. La peur ou l’anxiété sont disproportionnées par rapport à la menace réelle posée par la situation sociale et compte tenu du contexte socioculturel.
  • F. La peur, l’anxiété ou l’évitement sont persistants durant habituellement six mois ou plus.
  • G. La peur, l’anxiété ou l’évitement entraînent une détresse ou une altération cliniquement significative du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants.
  • H. La peur, l’anxiété ou l’évitement ne sont pas imputables aux effets physiologiques d’une substance (p. ex. substance donnant lieu à abus, médicament) ni à une autre infection médicale.
  • I. La peur, l’anxiété ou l’évitement ne sont pas mieux expliqués par les symptômes d’un autre trouble mental tel qu’un trouble panique, une obsession d’une dysmorphie corporelle, un trouble du spectre de l’autisme.
  • J. Si une autre affection médicale (p. ex. maladie de Parkinson, obésité, défigurement secondaire à une brûlure ou une blessure) est présente, la peur, l’anxiété ou l’évitement sont clairement non liés à cette affection ou excessifs.

Spécifier si:

Seulement de performance si la peur est limitée aux situations de performance ou de parler en public.

Référence

  1. American Psychiatric Association, DSM-5 Task Force. Diagnostic and statistical manual of mental disorders: DSM-5. Traduction française Crocq MA, Guelfi JD. Elsevier-Masson, 2015.

Voir cet ouvrage sur notre site de e commerce

La définition de la phobie sociale inclut par ailleurs le fait que les sujets reconnaissent le caractère excessif de leur peur par rapport au danger réel des situations sociales rencontrées, ce qui permet de différencier cette pathologie de certains troubles psychotiques ou de la personnalité. Ce critère n’est cependant pas toujours explicite et a donc été supprimé dans le DSM-5; il est laissé à l’appréciation du clinicien. Enfin, un critère de durée a été introduit dans la nouvelle classification: les symptômes doivent évoluer depuis au moins six mois pour que l’on puisse porter le diagnostic d’anxiété sociale.

Vous venez de lire le résumé, le plan et la partie Définition de l’article Anxiété sociale et phobie sociale

Toute référence à cet article doit porter la mention: A. Pelissolo. Anxiété sociale et phobie sociale. EMC – Psychiatrie 2016;13(4):1-6 [Article 37-370-A-20].

Références

En savoir plus
Share
Tweet
Share
Share