Prescription d’une activité physique adaptée : l’action du pédicure-podologue

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Revue du Podologue

Prescription d’une activité physique adaptée : l’action du pédicure-podologue

Le pédicure-podologue agit en lien avec les équipes médicales et paramédicales afin de favoriser les activités physiques adaptées et, en particulier, la marche. Celle-ci devra être confortable afin de permettre au patient d’intégrer l’activité comme un véritable outil thérapeutique et de ne pas bloquer le processus motivationnel indispensable à la pleine réussite de cette nouvelle prescription. Le pédicure-podologue, à travers l’arsenal sanitaire à sa disposition, contribuera à l’efficience de cette prise en charge.

© 2018 Publié par Elsevier Masson SAS

Mots clés - éducation thérapeutique ; chaussage ; confort ; pédicure-podologue ; prévention

Prescriptions for adapted physical activity: action of the pedicurist-podiatrist.

The pedicuristpodiatrist works together with medical and paramedical teams to promote adapted physical activities, and in particular walking. This walking must be comfortable in order to enable the patient to view the activity as a real treatment tool and to maintain motivation, essential for ensuring the success of the scheme. The pedicurist-podiatrist, using the treatment options at his or her disposal, can contribute to the efficacy of this care.

© 2018 Published by Elsevier Masson SAS

Keywords - comfort; footwear; pedicurist-podiatrist; prevention; therapeutic education

Christophe CAILLIET
Pédicure-podologue Adresse e-mail : christophe.cailliet@aphp.fr (C. Cailliet). Hôpitaux Universitaires Paris Centre Groupe Hospitalier Cochin (AP-HP) Service de Rééducation et de réadaptation de l’appareil locomoteur et des pathologies du rachis 27, rue du Faubourg- Saint-Jacques 75014 Paris, France

La loi de modernisation de notre système de santé [1] introduit la possibilité, pour les médecins généralistes, de prescrire une activité physique aux personnes souffrant d’une affection de longue durée (ALD). Cette mesure concerne plusieurs millions de Français atteints par exemple de diabète, de la maladie de Parkinson ou d’Alzheimer, de sclérose en plaques ou d’un cancer, d’une obésité ou autres...

Principes de l’activité physique adaptée

Il s’agit d’une activité physique qui prend en compte la sévérité de la pathologie, les capacités fonctionnelles et le risque médical du patient.

  • Cette activité physique peut se pratiquer dans un contexte quotidien, de loisir, sportif ou d’exercices programmés. Elle dépend des aptitudes et des motivations du patient. Le but est de lui permettre d’adopter un mode de vie actif sur une base régulière, afin de réduire les facteurs de risque et les limitations fonctionnelles liés à son ALD. La pratique de l’activité sportive adaptée (APA) peut nécessiter la présentation d’un certificat médical attestant de l’absence de contre-indications à la pratique du sport mentionné.
  • La prise en charge du patient est personnalisée et progressive en termes de forme, d’intensité et de durée de l’exercice. L’intervenant doit transmettre périodiquement un compte rendu du déroulement de l’activité au médecin traitant, avec l’accord du patient (qui reçoit une copie). L’intervenant peut formuler des propositions quant à la poursuite et aux risques inhérents de l’activité.
    Le médecin traitant peut, de son côté, adresser le patient vers d’autres professionnels et intervenants. Les professionnels admis pour donner des conseils concernant une APA peuvent être les pédicurespodologues, masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens (dans le respect de leurs compétences respectives).

Conseils du pédicure-podologue

Le rôle du pédicure-podologue répond à une priorité de santé publique. Son intervention s’inscrit utilement dans une prise en charge pluridisciplinaire :

  • examen clinique et bilan diagnostique en pédicuriepodologie, prévention et traitements des affections des pieds ;
  • éducation thérapeutique du patient ;
  • conseils pour le port de chaussures adaptées, appareillage par orthèses plantaires ou orthoplasties.

Auprès du patient diabétique

  • Il est utile que le pédicure-podologue intervienne dans un véritable but préventif, dès le grade 1 voire le grade 0 et, évidemment, avant le stade de morbidité.
  • L’Assurance maladie prend en charge, sur prescription médicale, les séances de prévention des lésions des pieds chez le patient diabétique par le pédicurepodologue. Deux types de forfaits de prévention sont pris en charge sur prescription pour les patients diabétiques à risque podologique de grades 2 ou 3 :

    • un forfait annuel de prévention des lésions des pieds à risque de grade 2 comprenant 4 séances de soins de prévention par an au maximum ;
    • un forfait annuel de prévention des lésions des pieds à risque de grade 3 comprenant 6 séances de soins de prévention par an au maximum.

    Pour être prises en charge, les séances de soins de prévention réalisées au domicile du patient doivent faire l’objet d’une prescription médicale. Le médecin traitant évalue le risque podologique a minima une fois par an et coordonne la prise en charge préventive, incluant la prescription systématique de soins de podologie pour les patients de grades 2 et 3. Le forfait annuel de prévention comprend un bilan initial des pieds, les séances de soins de prévention et une fiche de synthèse [2].
    L’idée principale au-delà des risques podologiques connus, identifiés et traités, demeure le maintien de l’activité physique. La marche doit être confortable et il convient, dans le cadre d’une éducation thérapeutique adaptée, de s’assurer que le choix du chaussage est conforme et ne présente aucun risque.

    • Afin de toujours favoriser les activités physiques adaptées, la modification du chaussant peut être requise. La présence de plaie ou d’escarre, pour lesquelles une rigoureuse décharge de la zone doit être toujours réalisée, ne doit pas empêcher la marche (figure 1).

    Figure 1 (a, b). Décharge sur chaussant afi n de permettre la mise en charge et la marche malgré une escarre au niveau du talon.

    En cas de polyarthrite rhumatoïde évoluée

    • Plus de 90 % des patients souffrant de p olyarthrite rhumatoïde évoluée présentent des affections podologiques. Cette maladie inflammatoire, d’étiologie inconnue mais de mécanisme connu de type immunitaire, touche préférentiellement les articulations de façon multiple, bilatérale et symétrique. Elle est chronique, évolutive avec une tendance destructrice et touche surtout les localisations périphériques et plus encore les extrémités comme les mains et les pieds. La polyarthrite rhumatoïde peut ainsi débuter par une atteinte des pieds ; inévitablement au cours de l’évolution, les pieds seront concernés. La polyarthrite rhumatoïde va modifier la morphologie des pieds, laissant des séquelles pouvant nécessiter des traitements de type podologique. À un stade évolué, ces arthrites deviennent moins inflammatoires, mais l’atteinte mécanique devient évidente. Il s’installe une importante diminution de la mobilité articulaire et même des déformations par luxations : hallux valgus, avantpied triangulaire, coup de vent péronier, accentuation des troubles statiques existants, etc.
    • L’objectif des activités physiques adaptées sera de garder de la force musculaire et d’éviter les rétractions et les attitudes vicieuses. Les soins pédicuraux devront être faits précautionneusement du fait des différents traitements (corticoïdes, méthotrexate) et des problèmes de cicatrisation (peau fragile, appareillage). En plus des conseils de chaussage, l’intervention du pédicure-podologue sera particulièrement utile dès lors que le pied rhumatoïde présente des déformations structurales importantes entraînant des modifications dans la répartition des charges (figure 2). La marche demeurera possible et bénéfique afin de limiter les effets de la sarcopénie. Le choix des matériaux, souples et particulièrement amortissants en capitonnage sous les têtes métatarsiennes sera prépondérant afin de favoriser les APA.

    Figure 1 (a, b). Décharge sur chaussant afi n de permettre la mise en charge et la marche malgré une escarre au niveau du talon.

    Conclusion

    Le pédicure-podologue prévient, favorise et aide au bon maintien de la marche et de l’équilibre. Il participe à l’éducation thérapeutique du patient en expliquant, encourageant et facilitant l’exercice physique. C’est d’ailleurs ce qui a pu être mis en évidence lors d’une expérimentation en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) organisée dans les Pays de la Loire en 2017 [3].
    Il demeure essentiel de favoriser un dialogue autour du choix du chaussant afin d’assurer un confort de marche qui permettra la mise en place efficace d’activités physiques adaptées.
    La prochaine étape ? La prescription de la chaussure de série, mais cela nécessitera quelques notions de calcéologie…

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