Le binge drinking

Le binge drinking consiste à boire de l’alcool de façon massive en un laps de temps extrêmement court pour aboutir à l’ivresse. Cette pratique se banalise surtout auprès de la jeunesse. Les conséquences sur le cerveau sont immédiates, allant de la désinhibition au comportement dangereux voire le coma éthylique. Le binge drinking peut conduire à une consommation chronique, addictive.

Taline Ardic-Pulas: Cadre supérieur de santé c/o L’Aide-soignante, Elsevier Masson SAS, 92442 Issy-les- Moulineaux cedex, France

Mots clés – adolescent; alcool; binge drinking; consommation; ivresse

Depuis dix ans, l’Institut national de prévention et d’éducation pour la santé (Inpes), devenu Santé publique France en mai 2016, souligne « la hausse des consommations excessives d’alcool chez les 18-25 ans » [1]. Le terme anglosaxon binge drinking est communément traduit par “biture express” ou “beuverie express”. Ce phénomène, apparu aux États- Unis d’Amérique, en Irlande et en Grande-Bretagne, s’est peu à peu insinué sur le territoire national. Il s’agit d’aboutir à l’ivresse en un laps de temps ultracourt en absorbant un maximum d’alcool. Ce comportement est d’autant plus inquiétant que la plupart des jeunes banalisent l’ivresse.

L’alcoolisation chez les adolescents

Depuis 1982, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) suit particulièrement l’évolution et le comportement des adolescents.

En 2010, l’enquête Health Behaviour in School-aged Children (HBSC) montre que, en France, « 59,3 % des élèves de sixième ont déjà goûté à une boisson alcoolisée et 83,2 % en classe de troisième » [2]. Les données sont d’autant plus alarmantes qu’« un collégien sur dix dit avoir connu une ivresse » [2] et que l’écart entre les filles et les garçons se réduit. « Cette pratique du binge drinking concerne 1 personne sur 5 entre 15 et 44 ans. 14 % des 15-24 ans ont consommé de l’alcool pour rechercher l’ivresse au cours des 12 derniers mois » [3].

Selon le Baromètre Santé Inpes 2014, la recherche de l’ivresse mensuelle est la plus importante chez les jeunes (tableau 1).

Les raisons du binge drinking

Les happy hours dans les débits de boisson sont nées dans les pays anglo-saxons. Ce sont des créneaux, le plus souvent aux horaires traditionnels de l’apéritif (17/21 h), pendant lesquels certaines consommations, le plus souvent alcoolisées, sont à moitié prix.

Cette pratique commerciale incite le client à consommer double.  Les usagers donnent plusieurs explications à ce mode de consommation alcoolique express:

  • La distraction, le divertissement, l’amusement
  • Une échappatoire à l’ennui, au quotidien
  • Le fait de s’intégrer dans le groupe, c’est-à-dire d’être semblable aux autres membres du groupe
  • La croyance que l’alcool accroît la confiance en soi/donne du courage pour affronter les difficultés familiales et/ou sociales

Les risques encourus

Cette pratique d’absorber de l’alcool en grande quantité afin de connaître l’ivresse chez les jeunes est plus dangereuse et alarmante car les conséquences s’observent tant à court terme qu’à long terme.

Les effets de l’alcoolisation sur le cerveau sont immédiats. Elle s’accompagne d’une diminution de l’attention, de la concentration, de la réflexion, de la réactivité. Elle provoque des troubles de l’équilibre, de la vision et de la mémoire, de la fatigue, un épisode hypertensif. Elle désinhibe (exhibition, paroles insensées) et peut conduire à des comportements violents [4].

La répétition des épisodes de “beuverie express” augmente le risque de trou noir, d’un coma éthylique, de mise en danger (noyades, bagarres, accident1).

Le binge drinking augmente le risque potentiel de dépendance à l’alcool à l’âge adulte. Communément appelée alcoolisme, elle engendre de multiples maladies. Certaines d’entre elles sont uniquement imputables à l’alcoolisme comme par exemple la cirrhose ou le syndrome de Korsakoff 2.

L’alcool est identifié comme facteur de risque dans plusieurs autres maladies: cancers de la sphère ORL, de l’œsophage, du foie et du tube digestif; maladies cardiovasculaires (ischémies, hypertension, maladies du système nerveux et troubles psychiques).

L’alcoolisme est la deuxième cause de mortalité prématurée en France [5]; 22 % des décès des 15-34 ans sont dus à l’alcool.

La prévention

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) incite les États « à redoubler d’efforts pour éviter les décès et les maladies liés à l’alcool » [6]. Pour cela, elle dispense des préconisations qui reposent sur:

  • « La réglementation de la commercialisation des boissons alcoolisées en particulier auprès des jeunes 
  • La réglementation et restriction de l’offre alcool 
  • L’adoption de politiques adaptées de réglementation de l’alcool au volant 
  • La fourniture de traitements accessibles et d’un coût abordable aux personnes souffrant de troubles liés à la consommation de l’alcool

  • La réduction de la demande à travers des dispositifs fiscaux et d’action sur les prix 
  • La mise en œuvre de programmes de dépistage et d’interventions brèves en cas de consommation nocive et dangereuse de l’alcool. » [7]

Rappelons qu’en France il n’existe pas d’âge minimum légal pour la consommation d’alcool. Il est néanmoins interdit de faire boire un mineur jusqu’à l’ivresse [8]. L’âge minimum pour acheter de l’alcool est de 18 ans.

Les conséquences de la consommation massive d’alcool, la dépendance alcoolique, sont des enjeux majeurs pour nos sociétés de consommation. Ce phénomène est à prendre avec d’autant plus de gravité que l’absorption d’alcool se fait de plus en plus jeune: la première consommation se produit en moyenne vers 12/13 ans. La moitié des élèves de 11 ans ont déjà bu de l’alcool [2]. Ses impacts seront exponentiels dans l’avenir.

Conclusion

La banalisation de l’alcool chez les jeunes est inquiétante. Le binge drinking menace leur santé et la société (comportement dangereux). L’Association des parents d’élèves de l’enseignement libre révèle que, pour « 83 % des parents, la consommation d’alcool est une source d’inquiétude » [9]. Au-delà de la législation, il est important que chaque individu prenne pleinement conscience de ce problème et que cela peut arriver au sein de chaque famille.

Déclaration de liens d’intérêts : L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.


Vous venez de lire un article de la revue L’Aide-Soignante

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