L’asthme, une affection chronique des voies respiratoires

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L’asthme est une affection chronique des voies respiratoires très fréquente, engendrant une inflammation et une constriction bronchiques, ainsi qu’une hypersécrétion de mucus. Elle se manifeste par des crises plus ou moins rapprochées et intenses. Le préparateur doit savoir conseiller au mieux son patient sur la maladie et son traitement afin de favoriser une qualité de vie optimale.

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Mots clés - allergène ; asthme ; bronchoconstriction ; inflammation ; maladie chronique ; traitement bronchodilatateur

Asthma, a chronic disease of the airways. Asthma is a very common chronic condition affecting the airways which results in bronchial inflammation and constriction, as well as excessive mucus production. It manifests itself by more or less frequent and intense attacks. Pharmacy technicians must be able to advise their patients about the condition and its treatment in order to favour an optimal quality of life.

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Keywords - allergen; asthma; bronchoconstriction; bronchodilator; chronic disease; inflammation

Jacques BUXERAUDa,* Professeur émérite des Universités
Didier DENARDOUb Préparateur en pharmacie, directeur du CFA de la pharmacie de Limoges
*Auteur correspondant.

aFaculté de pharmacie, 2 rue du Docteur-Marcland, 87025 Limoges cedex, France
bEspace Galien, 40-42 rue du Mas-Loubie, 87100 Limoges, France

L’asthme touche environ 4 millions de personnes en France. Les premières crises surviennent souvent dans l’enfance, mais p euvent aussi se manifester pour la première fois à l’âge adulte.
Depuis 2012, une enquête nationale effectuée tous les deux ans en milieu scolaire permet d’estimer la prévalence de l’asthme : si 10 à 16 % d’enfants, selon leur âge, sont concernés, elle dimi nue ensuite chez l’adulte pour se situer aux alentours de 6,7 % [1].
La maladie peut être grave quand elle n’est pas prise en charge correctement ou lorsqu’elle échappe au contrôle des traitements. Environ 1 000 décès par an pourraient être évités grâce à des actions de prévention et d’éducation efficaces [1].

Depuis 2012, une enquête nationale effectuée tous les deux ans en milieu scolaire permet d’estimer la prévalence de l’asthme.

La maladie

L’asthme est une maladie inflammatoire chronique des bronches, le plus souvent d’origine allergique (encadré 1). En effet, l’expo sition des voies aériennes à un allergène entraîne la libération de médiateurs de l’inflammation : histamine, leucotriènes, cytokines et prostaglandines. Cette libération peut provoquer une obstruction réversible et d’intensité variable liée à une hyperactivité bronchique.

Encadré 1. Chronicité Le caractère “chronique” attribué à l’asthme signifie que s’il est impossible de la guérir, la maladie peut néanmoins être soignée correctement.

Le phénomène est qualifié de réversible car, lorsque la crise est passée, le patient asthmatique respire normalement.

Les principaux signes cliniques

Les symptômes respiratoires sont intermittents, plus volontiers nocturnes ou matinaux, survenant particulièrement au réveil :

  • toux ;
  • sifflements émis par des bronches de calibre réduit par le bronchospasme, lors de l’expiration ;
  • difficulté pour respirer (dyspnée) ;
  • oppression au niveau thoracique ;
  • expectoration d’un mucus clair. Les manifestations décrites sont d’intensité variable et diversement associées.

Les allergènes alimentaires, comme les arachides, le lait de vache ou le poisson, peuvent déclencher des crises d’asthme.

L’asthme se caractérise par le déclenchement d’épisodes aigus, ce qui explique la qualification de “crises d’asthme” dans le langage courant.

Les crises sont provoquées la plupart du temps par des facteurs déclenchants : allergènes, inhalation d’irritant bronchique, etc.

Elles sont qualifiées de légères, modérées ou graves selon leur niveau de gravité (tableau 1).

Tableau 1. Signes cliniques de la crise d’asthme.

Les facteurs déclenchants et/ou aggravants

Le facteur de risque le plus souvent impliqué est l’inhalation de particules susceptibles de déclencher des crises :

  • les allergènes à l’intérieur des habitations, c’est-à-dire les acariens présents dans la literie, les tapis, les moquettes, les meubles rembourrés, et les squames d’animaux domestiques ;
  • les pollens et les moisissures ;
  • la fumée de tabac ;
  • les produits chimiques irritants présents sur le lieu de travail ou au domicile ;
  • les allergènes alimentaires, surtout chez le nourrisson ou le jeune enfant (lait de vache, arachide, poisson) ; * les infections virales, etc. (tableau 2).
  • Tableau 2. Facteurs déclenchant et/ou aggravant l’asthme.

La constriction bronchique qui entraîne la sensation d’étouffement et de “manque d’air” peut aussi être provoquée par d’autres stimuli :

  • un exercice physique intense ;
  • une inhalation d’air froid ;
  • un stress aigu (mauvaise nouvelle, examen, etc.) ;
  • certaines substances pharmacologiques (anti-inflammatoires non stéroïdiens [AINS] ou bêtabloquants, etc.) ;
  • une infection virale (rhume, grippe, etc.) ;
  • l’inhalation de polluants présents dans l’atmosphère.
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Le diagnostic

L’atopie prédispo se génétiquement au développement cumulé d’allergies courantes, elles-mêmes dites atopiques (eczéma, conjonctivite, rhinite). Elle se caractérise par une réponse du système immunitaire à des allergènes communs de l’environnement, se traduisant par une production spontanée d’immunoglobulines de type E (IgE). Il convient de rechercher les circonstances de déclenchement d’une crise : allergène, stress, médicaments, environnement particulier, travail, etc.

Les symptômes respiratoires doivent être évalués par le médecin : survenue ou aggravation des crises la nuit, déclenchement par l’effort ou le rire, exposition à des irritants ou à des substances potentiellement allergéniques (poussière, pollens, poils de chat, etc.) ou polluantes (fumée de tabac, pic de pollution atmosphérique).

La radiographie pulmonaire, systématiquement envisagée, permet d’éliminer d’autres causes de gêne respiratoire.

Des tests cutanés seront réalisés par un allergologue pour préciser si l’asthme est d’origine allergique et, le cas échéant, identifier les allergènes en cause.

Les tests respiratoires consistent principalement en une exploration fonctionnelle respiratoire (EFR). Ils permettent de mesurer les volumes d’air inspirés et expirés par le patient à qui il est demandé de souffler dans un tube. Le test de provocation bronchique évalue quant à lui le degré de réactivité des bronches. Il repose sur l’inhalation de substances comme la métacholine.

Le degré d’obstruction des voies aériennes peut être mesuré facilement au cabinet médical grâce à la mesure du débit expiratoire de pointe (DEP). La vitesse maximale du souffle (litres/minute) est calculée à l’aide d’un débitmètre de pointe ou peak flow, un dispositif utilisable chez les sujets âgés de plus de 5 ans. En présence de symptômes, ce contrôle doit être effectué matin et soir par le patient qui prendra note de la meilleure des trois mesures réalisées.

L’asthme peut être classé selon son niveau de sévérité après six mois ou un an de suivi sous traitement (tableau 3).

Tableau 3. Les diff érentes formes de l’asthme.

Les éventuelles complications

L’asthme sévère peut entraîner une insuffisance respiratoire chronique.

L’asthme aigu grave constitue la principale complication de la maladie [2]. Il peut engager le pronostic vital et nécessiter une prise en charge urgente. Il correspond à deux situations cliniques de détresse respiratoire aiguë :

  • un état de mal asthmatique installé progressivement en quelques heures ou jours ;
  • une crise d’asthme brutale et grave où le bronchospasme joue un rôle majeur, ce qui est plus rare et le plus souvent en cause dans les décès brutaux par asthme aigu.

Chez l’enfant, toute crise peut être sévère d’emblée ou s’aggraver et mettre en jeu le pronostic vital. La répétition des crises ou des exacerbations (persistance des symptômes pendant plus de 24 heures) doit entraîner la prescription d’un traitement de fond pendant trois mois pour éviter la détérioration de la fonction respiratoire. Il n’est pas rare que, quand un épisode sévère survient chez un enfant, les parents le conduisent aux urgences en quête d’une prise en charge appropriée.

Des formes particulières

L’asthme induit par l’effort se manifeste durant un exercice physique rapide et intense, ou quelques minutes après, par un essoufflement avec sifflements ou par une toux. La récupération se fait généralement dans l’heure mais l’effort peut aussi parfois déclencher une crise grave. Le diagnostic peut être confirmé par un test d’effort ou une EFR. La mise en place d’un traitement de fond à base de bêta-2 mimétiques d’action prolongée et de leucotriènes permet de diminuer la fréquence de ces épisodes. La prescription de bêta-2 mimétiques d’action brève en prévention serait efficace.

L’asthme professionnel représente la maladie respiratoire la plus fréquente dans les pays industrialisés. Les manifestations sont causées ou aggravées par l’inha lation de certaines substances aux propriétés irritantes présentes dans l’environnement de travail ( encadré 2). Une réaction inflammatoire des bronches se caractérise alors par des symptômes de type asthmatique, tels qu’une dyspnée (difficulté à respirer), une toux et des sifflements. Il est habituel d’observer une amélioration en période de congés.

Encadré 2. Asthme professionnel, les métiers exposés
Six métiers particulièrement en contact avec des substances allergisantes (farine, solvants, peinture, latex, acariens, sciure de bois, produits d’entretien, etc.) comptabilisent plus de la moitié des asthmes professionnels en France : boulangers-pâtissiers, personnels soignants, coiffeurs, peintres, travailleurs du bois et agents d’entretien.

Le traitement

L’éducation du patient est indispensable et vise à rappeler les mesures préventives :

  • supprimer, dans la mesure du possible, les facteurs favorisants ou déclenchants (sevrage tabagique, exclusion des animaux et de la moquette, lutte contre les acariens et les moisissures) ;
  • ne pas prendre certains médicaments (AINS, bêtabloquants, analogues des prostaglandines, antitussifs, etc.) ; avoir recours à la kinésithérapie respiratoire ;
  • pratiquer une activité physique régulière ;
  • limiter les efforts en cas de pollution atmosphérique.

Le traitement de la crise, par bêta-2 mimétiques d’action rapide, vise à soulager rapidement les symptômes. L’absence d’efficacité après six bouffées et d’amélioration significative après une heure de traitement doit amener à appeler le service d’aide médicale urgente (Samu). Une corticothérapie orale de courte durée (cinq à six jours) peut être associée, à la dose de 0,5 mg/kg/jour d’équivalent en prednisone, si la voie inhalée n’est pas suffisamment efficace ou en cas d’exacerbation (persistance des symptômes pendant plus de 24 heures).

Le traitement de fond a pour objectif de diminuer la fréquence et l’intensité des crises. Étant donné que l’asthme est une maladie inflammatoire des bronches, il est incontournable. Il repose sur l’usage de corticoïdes inhalés ou d’antileucotriènes pouvant être associés à un bronchodilatateur de longue durée d’action. L’effet de ce traitement de fond s’avère parfois long à se manifester, entraînant souvent une mauvaise observance, voire un arrêt précoce.

Points à retenir
- L’asthme se caractérise par une bronchoconstriction et une infl ammation bronchique. L’obstruction des bronches qui en résulte est à l’origine des signes cliniques.
- La maladie asthmatique ne se guérit pas, même si des phases de rémission peuvent être obtenues.
- L’asthme entraîne des insomnies, une baisse d’activité et un absentéisme à l’école ou au travail.
- Le contrôle de la maladie repose sur un traitement de fond quotidien et un traitement de crise, en cas de survenue de symptômes.
- Il est indispensable de connaître et d’éliminer les facteurs déclenchants afin de limiter les crises.

Déclaration de liens d’intérêts Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références
[1] Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Asthme. Une infl ammation chronique des bronches de mieux en mieux contrôlée. 1er mars 2015. www.inserm.fr/ information-en-sante/ dossiers-information/asthme
[2] Faure E. L’asthme. www.caducee.net/ DossierSpecialises/ Pneumologie/asthme. asp#ctabs1

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