Dermatite atopique canine

Épidémiologie

Il n’existe presque aucune étude à proprement parler épidémiologique de la DAC. La plupart des publications reprennent des chiffres issus, soit de la prévalence de l’affection dans le cadre de consultations spécialisées ou universitaires, soit de données de compagnies d’assurance (pays anglo-saxons et nordiques). Des tentatives d’études ont été faites, soit sur des races prédisposées, soit en étudiant les variations raciales selon les continents [1–4].

Nous ne mentionnerons pas ici les résultats sur des mesures d’IgE spécifiques ou totales, évoquées au chapitre 3 et qui n’apportent rien à l’épidémiologie de la DAC.

Les biais de ces études épidémiologiques sont légion, à commencer par le biais de recrutement (animaux assurés, clientèle référée, motif de consultation…), mais aussi l’absence de critères de diagnostic homogènes et fiables. Ainsi, certaines études excluent-elles les otites apparemment isolées ou bien les animaux ayant répondu favorablement à un régime d’exclusion. On peut illustrer ce déficit de diagnostic en analysant l’étude faite dans des clientèles généralistes en Grande-Bretagne. Dans une étude, la DAC représente 1 % des consultations, alors que le prurit est le premier motif de consultation (22 %), mais les sondés identifient des motifs de consultation qui pourraient être en rapport avec la DAC, mais ne sont pas répertoriés comme tels (otites 4 %, pyodermites 3 %), sans compter les 6 % de dermatoses non diagnostiquées [5].

Prévalence et incidence

On ignore si, comme en médecine humaine, il existe une augmentation de la prévalence de la DA durant ces 50 dernières années. Andrew Hillier, en charge de l’article sur la prévalence de la DAC dans les premières publications de l’ITFCAD, était forcé en 2001 de reconnaître qu’il n’existait aucune donnée fiable [6]. La plupart des auteurs s’accordent pour dire qu’il s’agit aujourd’hui de la première cause de prurit en clientèle référée, alors que dans les années 1980–1990, la DAPP occupait cette place. Cette évolution traduit probablement plus une amélioration des traitements APE qu’une augmentation de la prévalence de la DAC elle-même. Aux États-Unis, des études faites auprès de praticiens généralistes avancent une prévalence de 9 % [7]. En clientèle référée, en France, la DAC représente près d’un tiers des cas de dermatoses canines vues en consultation. Il existe probablement de grandes variations entre les milieux urbains et ruraux, les chiens vivant en milieu urbain développant plus souvent une DAC (pour une même race) et appartenant majoritairement à des races prédisposées à la DAC, sans compter qu’en altitude, il est rare que les chiens allergiques aux acariens développent des signes de DAC (chapitre 6).

Prédispositions raciales

Une DAC peut être observée dans toutes les races de chiens et chez les croisés. Toutefois, les prédispositions raciales sont spectaculaires et connues depuis longtemps. Elles sont si fortes que la DAC est la cause quasi-exclusive du prurit du jeune adulte dans certaines races. Ces données sont variables d’un pays à l’autre (voire selon les clientèles) et dans le temps. De l’ensemble des données publiées se dégage une liste non exhaustive qui comporte de nombreuses races très en vogue [1, 8–11].

Une étude menée en Australie, en Allemagne et aux États-Unis montre une prédisposition sur les trois continents des races retriever et berger allemand, bien que cela ne soit pas significatif d’une clientèle à une autre au sein de chaque pays [1].

Trois groupes de races prédisposées (Labradors, terriers et mastiff) appartiennent à un même clade. Les causes génétiques au sein de ce clade pourraient donc être communes [11].

Une seule race ressort régulièrement comme épargnée: le pinscher (du nain au Doberman).

Prédisposition sexuelle

On admet couramment qu’il n’existe aucune prédisposition sexuelle, quelle que soit la forme de DAC, mineure, classique ou grave, intrinsèque ou extrinsèque, associée à une hypersensibilité alimentaire ou non [2 , 12]. Toutefois, une étude australienne récente montre une nette prédisposition des chiens mâles dans les races bichon et carlin [11].

Prédisposition d’âge

Toutes les études concordent sur une nette prédisposition à présenter les premiers signes cliniques générateurs de consultation entre 6 mois et 3 ans.

Il existe des variations selon les races dans une étude hongroise (tableau 2.1) et dans une étude suisse. Dans cette dernière, la majorité des animaux présentent les premiers symptômes entre 6 mois et 3 ans, sauf chez le bouledogue français et le sharpeï (< 6 mois). La DAC est donc une maladie pouvant apparaître chez le chiot, mais diagnostiquée le plus souvent chez le jeune adulte .

Influence de l’environnement

Des quelques études faites chez le chien dans des races prédisposées se dégage systématiquement la vie en milieu urbain (tableau 2.2).

Dans la même logique, promenades en forêt et vie en milieu rural sont associées à une prévalence moindre de la DAC.

Les conditions d’élevage pourraient avoir un impact: les chiots Labrador élevés dans une remise à l’extérieur de l’habitat présentent un risque plus élevé [3]. Ceux vivant seuls sans congénères présentent un risque plus élevé (odds ratio 1,95) [3].

Un Labrador acheté tardivement à la campagne et qui vit seul en ville présente donc un risque très accru de développement de DAC, comparé à un congénère de même race adopté avant 2 mois (illégal), mais vivant avec d’autres chiens à la campagne. D’ici à imaginer que l’on peut appliquer la théorie hygiéniste au chien, il n’y a qu’un pas… difficile à franchir.

Ces données initiales doivent être confirmées par des études de plus grande ampleur dans d’autres races et avec des protocoles limitant les biais. En effet, cette étude multicentrique peut être biaisée par la multiplicité des modes de diagnostic de DAC ou d’observation des critères selon les investigateurs, l’alimentation des mères ou des chiots, les traitements APE, les vermifugations.

Le seul élément en faveur de cette théorie aujourd’hui est apporté par une étude américaine comparant les teneurs en endotoxines au sol, sur les lieux de couchage et dans le pelage de Labradors atopiques et non atopiques. Elle a permis de montrer qu’une faible teneur en endotoxines est retrouvée dans le pelage des chiens atopiques comparée aux chiens sains [13]. Une forte teneur en endotoxines aurait donc potentiellement un effet protecteur. Ces endotoxines sont des éléments de la paroi des bactéries Gram négatives retrouvées dans l’environnement. On a pu démontrer chez l’enfant qu’une forte exposition à ces endotoxines a un effet protecteur vis-à-vis du développement de la DA.

Une étude basée sur la consommation tabagique des propriétaires de chiens atopiques et non atopiques a été faite en France [14]. Les résultats de ce travail ne sont hélas pas interprétables, notamment à cause de biais de recrutement importants et parce qu’il existait un plus grand nombre de races de chiens prédisposées dans le groupe DAC. Il faudrait mettre en place une étude prospective de très grande ampleur au sein d’un nombre restreint de races prédisposées pour pouvoir étudier ce paramètre.

Quand bien même, un rapport de causalité serait impossible à établir entre tabagisme et DAC. En effet, on pourrait imaginer que la DAC prédispose au tabagisme des propriétaires, tant cette maladie est un facteur de stress pour eux. Le tabac peut aussi aider à masquer l’odeur de certains animaux très malades…

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Influence de la saison de naissance

La date de naissance (mois, saison) n’est pas un facteur de risque dans la seule étude ayant étudié ce paramètre [3].

Influence de l’alimentation

L’alimentation de la mère et du chiot peut avoir potentiellement un impact majeur sur le développement de la DAC, soit en influant sur le microbiote digestif, soit en influant par ses apports sur la fonction de barrière cutanée. Les données chez le chien sont fragmentaires et contradictoires. Dans l’étude suisse, sur le Labrador, aucun des facteurs étudiés ne semble significatif : alimentation sèche ou humide, ménagère ou industrielle, supplémentation ou non en acides gras essentiels [3]. Une étude prospective suédoise met, elle, en évidence l’apparente influence positive de l’alimentation ménagère chez la chienne en lactation. Les chiots de races à risque (bull terrier, West Highland white terrier et boxer) issus de chiennes auxquelles a été administrée une ration ménagère (seule ou associée à une ration industrielle) présentent deux fois moins de risque de développer une DA que ceux issus de mère ayant été nourries exclusivement avec une alimentation industrielle [15]. Cette étude présente un fort biais de recrutement et ces données n’ont jamais été confirmées. A contrario, une étude prospective testant un aliment enrichi en certains nutraceutiques montre la nette influence de l’alimentation sur le développement ultérieur de DA chez le Labrador [16] (chapitre 9).

Vous venez de consulter un extrait de l'ouvrage Dermatite Atopique Canie.

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