Accompagner dans l’apprentissage de l’écriture

Illustration clinique n°1

Accompagnement dans l’apprentissage

De plus en plus souvent, des parents nous sollicitent pour accompagner dans l’apprentissage de l’écriture, des enfants de grande section de maternelle ou CP qui semblent présenter des difficultés. Les professeurs des écoles peuvent aussi être à l’origine de cette demande, conscients que l’enfant a des difficultés, mais ne sachant comment les résoudre. Il ne s’agit donc pas de rééducation, mais le plus souvent d’adaptation des techniques pédagogiques au cas personnel de l’enfant, en prévention d’éventuels troubles dysgraphiques ultérieurs.

Examen graphomoteur

Caroline a 6 ans et 2 mois. Elle est droitière (œil, main) et est en classe de CP. Nous sommes à la fin du mois de février. Elle vient consulter en raison d’une mauvaise préhension du crayon qui entraîne une fatigabilité gênante pour suivre le rythme scolaire. Elle a cependant de bons résultats.

C’est une petite fille vive pour laquelle un examen psychomoteur a été réalisé en raison d’une suspicion de trouble déficit de l’attention/hyperactivité (TDA/H). Celui-ci avait montré des acquisitions correspondant à son âge et une capacité à se concentrer sur des activités motivantes. Une évaluation des aptitudes intellectuelles, réalisée en complément, avait mis en évidence un développement homogène et harmonieux avec de solides aptitudes tant sur le plan verbal que non verbal.

Lors de l’observation, le mode de préhension du crayon n’est pas stable. La prise se fait soit à trois doigts sur l’instrument, soit le majeur à proximité de la pointe, l’index au-dessus, chevauché par le pouce en verrouillage (figures 24.1 et 24.2 )

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Figure 24.1 . Prise à trois doigts. Le pouce est face au majeur, l’index entre les deux, au-dessus. Le majeur et l’index sont brisés.

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Figure 24.2 . Le majeur, combiné, est à proximité de la pointe du crayon, l’index au-dessus. Le pouce vient en verrouillage au niveau de la phalange intermédiaire et ne prend pas appui sur le crayon.

La mobilité et la précision digitales sont faibles. L’inscription se fait au prix d’une forte tension. Selon le mode de préhension, le crayon se positionne plutôt bien dans l’axe du bras ou perpendiculairement à celui-ci. Dans tous les cas de figure, l’inscription se fait en balayage, voire au-dessus de la ligne d’écriture.

La progression est lente. Le geste est décomposé à hésitant. L’inscription se fait par morceaux de lettres ou lettre à lettre. Caroline exprime rapidement sa fatigue et sa lassitude lorsqu’elle écrit. Elle a mal au pouce, a l’impression que sa main est molle. Elle présente une importante tension visuelle et des syncinésies au niveau de la bouche. La posture globale est relativement stable et adaptée.

L’analyse qualitative de l’écriture au moyen de  » La lettre à l’ami  » d’Ajuriaguerra et du BHK (figures 24.3 et 24.4  ) ne met pas en relief de difficultés particulières.

Figure 24.3 . Compte tenu de l’âge et de la classe, l’échelle E d’Ajuriaguerra ne signale pas de difficultés spécifiques. On remarque néanmoins : de nombreuses lettres au tracé inadapté ( n , t , d , a , m , etc.), une liaison interlettres non maîtrisée, une tenue de ligne difficile et des inégalités de dimension.

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Figure 24.4 . Au BHK, on retrouve les mêmes caractéristiques avec en plus, une méconnaissance du tracé de la lettre « b » en cursive. Caroline ne peut convertir le texte de script à cursif pour cette lettre.

Néanmoins, à l’inscription des lettres de l’alphabet, Caroline ne parvient à restituer que 21 lettres sur 26. Neuf d’entre elles ont un tracé inadapté en deux morceaux, une en trois, une autre est imprécise. Les proportions des hampes ne sont pas respectées.

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L’analyse de la vitesse de l’écriture ne permet pas d’objectiver de décalages au niveau du rendement aussi bien en situation de copie d’un modèle cursif donné, que pour le BHK. Cependant dans cette situation, dès la deuxième minute, Caroline supplie d’arrêter car elle n’en peut plus.

Une prise en charge est décidée, en concertation avec les parents, en raison des douleurs et de la fatigue générées par la préhension du crayon et de sa réticence à aborder l’écriture.

Déroulement de la prise en charge

En conclusion du bilan graphomoteur, le projet thérapeutique proposait quatre axes de travail :

  • Des exercices de détente-relaxation pour limiter la tension à l’écriture.
  • Une optimisation des postures au niveau des techniques de préhension (prise tripode, positionnement du crayon dans l’axe du bras et inscription sous la ligne) et de progression (combinaison de l’inscription et de la progression).
  • Des exercices de mobilité digitale afin de renforcer les aptitudes des doigts dans le cadre de la nouvelle préhension du crayon.
  • Des exercices graphiques destinés à reprendre les formes de base, les tracés inadaptés, les proportions ; d’autres ayant pour objectif la mise en place d’une liaison interlettres.

Plan de rééducation

Dans ce contexte, le plan de rééducation suivant a pu être élaboré (tableau 24.1). Il sert de guide à la rééducation. Les points sont barrés ou surlignés au fur et à mesure, dès que les objectifs sont atteints.

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Tableau 24.1 . Plan de rééducation de Caroline, 6 ans, 2 mois, CP. Accompagnement dans l’apprentissage.

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Tableau 24.1. Plan de rééducation de Caroline, 6 ans, 2 mois, CP. Accompagnement dans l’apprentissage. (suite)

Déroulement de la rééducation

Dans le cas de Caroline, il s’agit plus d’accompagner l’apprentissage que de procéder à une rééducation d’un geste en cours d’acquisition. C’est une petite fille vive, qui comprend vite.

La graphothérapie s’est déroulée sur 11 séances. Le travail a consisté principalement à corriger un mode de préhension qui ne permettait pas un déploiement facile de l’écriture, à reprendre les tracés de lettres non maîtrisés ou inadaptés et à sensibiliser Caroline au rythme et aux proportions de l’écriture.

Chaque séance a débuté par un temps de relaxation pour essayer de canaliser une fébrilité sous-jacente. Les postures ont également été travaillées puis contrôlées de façon systématique jusqu’à ce qu’elles s’automatisent.

Les lettres non maîtrisées et leurs proportions ont été rapidement acquises grâce au travail sur les formes pré-scripturales. Après une explication des particularités de leur tracé et une reproduction isolée, elles sont rapidement insérées dans de petits mots pour favoriser le développement des unités motrices.

Un bon nombre d’exercices présentés dans le chapitre 18 de cet ouvrage ont été utilisés : grands tracés glissés, travail au tableau, grandes et petites progressions. Les supports et outils ont été diversifiés pour susciter et renouveler l’intérêt de Caroline. En parallèle, elle avait un petit travail à réaliser entre deux séances, reprenant les exercices de la séance précédente. Il a été systématiquement fait et rapporté.

La prise en charge s’est achevée en fin d’année scolaire. L’écriture de Caroline correspondait aux attentes pour une fin de CP (figure 24.5 ). Elle n’appréhendait plus de prendre un crayon et ne ressentait plus de douleurs particulières à l’écriture. Le rythme était conforme aux attentes. Deux semaines après son interruption, Caroline a reçu le prix d’écriture donné par son école.

Figure 24.5 . Carte postale envoyée pendant les vacances, après la rééducation. L’écriture est conforme aux attentes pour une fin de CP. La formation des lettres, la liaison, les proportions sont bien en place.

carte

Vous venez de lire le chapitre 24 de l’ouvrage La rééducation de l’écriture de l’enfant et de l’adolescent Pratique de la graphothérapie

Auteurs : Chantal Thoulon-Page, Florence de Montesquieu

Chantal Thoulon-Page est graphothérapeute. Ancien membre actif du groupement des graphothérapeutes rééducateurs de l’écriture et actuellement présidente d’honneur de l’association Graphidys, elle s’est consacrée pendant de nombreuses années à la rééducation de l’écriture de l’enfant et à la formation des graphothérapeutes en région Rhône-Alpes.

Florence de Montesquieu est graphothérapeute, rééducatrice de l’écriture et formatrice en graphothérapie dans le cadre de la formation professionnelle dispensée à l’Association Graphidys à Paris.

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