Virus et environnement : les hépatites A et E

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Nous vous proposons de découvrir un article de la revue Option Bio de Janvier Février 2019

Option Bio

les virus des hépatites A et E,

Virus et environnement : les hépatites A et E

Hépatite A

Le virus de l’hépatite A (VHA) est un virus à transmission entérique de la famille des Picornaviridae, du genre Hepatovirus. Dans le sang les particules virales sont pseudo-enveloppées mais dans les selles, le VHA est un virus nu, possédant une capside lisse très résistante.

La conservation antigénique de ce virus pour lequel il n’existe qu’un seul sérotype est très importante. Le VHA est un virus cultivable ce qui a permis l’élaboration d’un vaccin pour prévenir l’hépatite A.

Hépatite A

Épidémiologie

La transmission du VHA est presque toujours féco-orale, soit par contact direct, soit par l’intermédiaire d’aliments, de boissons ou de surfaces contaminées (tasse, cuillères). L’endémicité de l’hépatite A est liée aux facteurs socio-économiques, les pays où cette endémicité est la plus élevée étant les pays d’Afrique, d’Asie du sud et d’Amérique centrale et du sud.
Dans les pays où l’endémicité est élevée, la prévalence est > 90 % à l’âge de 10 ans. Les infections sont le plus souvent asymptomatiques et les épidémies sont rares.
Dans ces pays l’amélioration des conditions d’hygiène, la réduction de la taille des familles et donc une amélioration socio-économique globale entraînent actuellement une évolution dans le sens de la diminution de la prévalence.
Une vaccination universelle a été mise en place dans 16 pays en 2016, pays où la prévalence de l’hépatite A est élevée ou intermédiaire.
Dans les pays où la prévalence est faible cette vaccination est ciblée et ne concerne que les groupes à risque (voyageurs dans les zones de forte endémie, milieux à risque…).
L’Europe et la France sont des zones de très faible endémie. En France la séroprévalence (< 50 % à l’âge de 50 ans) et l’incidence (2/100 000 h) de l’hépatite A sont faibles.
La mortalité de l’hépatite A est de 0,1 % avant 15 ans et augmente avec l’âge (2,1 % > 40 ans).
La transmission de l’hépatite A pouvant être interhumaine, un risque épidémique existe en Europe, le VHA pouvant diffuser à partir de groupes à risque non immuns en population générale. En 2017, 21 pays de l’Union européenne ont été touchés par une épidémie concernant au départ les homosexuels masculins. En France cette épidémie a causé en 2017 un nombre important de cas (figure 1).

Figure 1. Nombre de cas d’hépatite A notifiés en France entre 2006 et 2017.

Transmission alimentaire du VHA

La transmission alimentaire est en Europe la 2e cause des épidémies principalement liées à la consommation de fruits de mer (surtout les huîtres et les palourdes). Les fruits et légumes sont également souvent incriminés bien que moins souvent responsables que les fruits de mer. Ce sont surtout des baies rouges surgelées et des légumes semi-séchés (tomates séchées importées de Turquie) qui sont à l’origine de ces épidémies. La contamination des végétaux impliqués dans les épidémies d’hépatite A est dans > 50 des cas rapportés due à des manipulateurs infectés (élimination de 107 particules virales /mg de selles et VHA restant infectieux plusieurs heures sur les mains). Les épidémies d’hépatite A en relation avec l’alimentation peuvent également être liées à des contaminations environnementales des aliments (boues fertilisantes, eaux d’irrigation non potables, eau de mer quand dysfonctionnement ou absence de traitement des eaux usées).
La surveillance du VHA dans les eaux usées en France n’est pas systématique contrairement à ce qui est appliqué pour les indicateurs usuels de contamination fécale comme E. coli. La persistance du VHA dans l’environnement (eaux, sols et surfaces) est très longue et la perte d’Infectiosité très lente. Cette persistance est favorisée par l’humidité et les températures basses.
Sur les fruits et légumes la persistance du VHA est également longue, la congélation ne détruisant pas les virus (aucune altération à 90 jours sur des fruits rouges congelés à -20 °C). Par ailleurs les nombreux cas groupés observés notamment aux États-Unis et liés à la consommation de fruits rouges congelés montrent une persistance d’Infectiosité de plusieurs mois (framboises récoltées et congelées très en amont de la consommation).

Quelle est la part de la transmission alimentaire dans l’hépatite A

La détection des cas alimentaires d’hépatite A est compliquée. La transmission est rarement rapportée sauf en cas d’épidémies de grande envergure. De plus seuls les pays industrialisés effectuent une surveillance active avec notification des cas, or les aliments impliqués sont souvent produits en zone de moyenne et forte endémie où la surveillance est inexistante. Le produit source est rarement mis en évidence malgré la possibilité de détection du VHA par RT-qPCR.
En dehors des plans spéciaux il n’existe pas à l’heure actuelle de surveillance de la contamination naturelle des fruits, légumes et coquillages.
Grâce à l’épidémiologie moléculaire il est possible de connaître aujourd’hui la provenance des souches, 3 génotypes humains différents étant identifiés (un génotype Inde/Madagascar, un génotype Afrique de l’Ouest, un génotype de distribution mondiale).
La surveillance de l’hépatite A en France montre une différence considérable entre le nombre de cas infectés (déterminés par des études de séroprévalence), le nombre de cas symptomatiques (évalué par le nombre d’hospitalisations et de décès), le nombre de cas diagnostiqués et de cas notifiés pour lesquels il existe une sous-déclaration importante malgré la DO.

Conclusion

La part alimentaire des infections VHA est faible alors que la transmission interhumaine du virus est prédominante.
La surveillance des épidémies permet d’identifier les sources alimentaires en combinant épidémiologie clinique et moléculaire ainsi que l’origine géographique des souches.
Actuellement le nombre d’investigations est faible. Des études cas-témoins ponctuelles sur des cas sporadiques permettraient de hiérarchiser les voies de transmission, les aliments à risque et les pratiques des consommations.

Déclaration d’intérêt : l’auteure déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Chantal Bertholom Professeur de microbiologie École nationale de physique-chimie-biologie – Paris

Source
D’après une communication d’Anne-Marie Roque-Afonso (Paris). Congrès national de la Société française de microbiologie, 1-3 octobre 2018, Paris (France).

Hépatite E zoonotique : modes de transmission et facteurs de risque

Le virus de l’hépatite E (VHE) comme le VHA est un virus à transmission entérique responsable d’une hépatite aiguë pour laquelle le temps d’incubation est long (2 à 9 semaines) après la contamination.

Les formes fulminantes sont observées dans 1 à 4 % des cas sauf chez les femmes enceintes en région d’endémie où le pourcentage est beaucoup plus important (15-25 % des cas). Les formes chroniques peuvent être observées chez les immunodéprimés mais les cas de carcinome hépato-cellulaire sont rares. Des syndromes neurologiques associés à l’hépatite E peuvent être observés (syndrome de Guillain Barré, syndrome de Parsonage-Turner) ainsi que des formes extra-hépatiques.

Hépatite E zoonotique : modes de transmission et facteurs de risque

Transmission et profils épidémiologiques

Dans les zones tropicales et subtropicales l’hépatite E est endémique et la contamination se fait par l’intermédiaire d’eau ou d’aliments contaminés par les virus éliminés dans les selles des sujets infectés. Ce sont les génotypes 1 et 2, uniquement humains qui sont incriminés.
En Europe, au Japon, aux États-Unis, pays de faible endémicité, les cas sont sporadiques et le plus souvent aujourd’hui autochtones. La contamination de l’homme est essentiellement liée à la consommation de viande (porc, sanglier, cerf). Ce sont les génotypes zoonotiques 3 et 4, concernant à la fois l’homme et les animaux qui sont impliqués avec une transmission inter espèce (homme -> animal, animal -> homme) possible.

Différentes sources de contamination par VHE3 ET VHE4

Si la contamination alimentaire est le mode de contamination le plus fréquent (foie et saucisse de porc destinés à être consommés cuits mais consommés crus ou insuffisamment cuits), les sources de contamination environnementales existent également (lisiers de porc, effluents des abattoirs, ustensiles utilisés dans les abattoirs, stations d’épuration, eaux de surface).
Des végétaux (fraises, salades, épices) ainsi que des coquillages (huîtres, moules) contaminés par l’eau ont également été décrits comme à l’origine de cas d’hépatite E.
Le nombre de cas rapportés d’hépatite E liée à l’alimentation a considérablement augmenté ces dix dernières années (x 10), cette augmentation étant peut-être aussi liée à une meilleure surveillance et à la mise à disposition pour les laboratoires d’un meilleur test de diagnostic.

Épidémiologie en France

Une enquête nationale de séroprévalence (effectuée chez 10 000 donneurs de sang) a permis d’estimer à 22,4 % la séroprévalence du VHE en France.
Des disparités géographiques ont été observées, 3 régions (Corse, Provence-Alpes Côte d’Azur, Midi-Pyrénées-Languedoc- Roussillon) ayant une endémicité beaucoup plus importante que les autres régions du territoire. Actuellement le nombre d’infections par le VHE est estimé à environ 60 000 cas par an mais en l’absence de déclaration obligatoire pour l’hépatite E environ 2 300 cas seulement ont été diagnostiqués en 2016 par le CNR avec 500 hospitalisations et 20 décès.
La contamination alimentaire de l’hépatite E concerne 75 % des Français, le réservoir majeur du virus étant le porc (65 % des élevages de porc contaminés par le VHE).

Conclusion

L’hépatite E en France est essentiellement autochtone et liée au réservoir porcin.
Les données récentes devraient inciter à mettre en place des systèmes de surveillance et questionner la mise en place d’une DO de l’hépatite E.

Déclaration d’intérêt : l’auteure déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Chantal Bertholom Professeur de microbiologie École nationale de physique-chimie-biologie – Paris

Vous venez de découvrir un article de la revue Option Bio n°591-592 - Janvier - Février 2019

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