Traiter les crampes musculaires d’effort. Bases neurophysiologiques

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Traiter les crampes musculaires d’effort. Bases neurophysiologiques

Treat effort muscle cramps. Neurophysiologi-cal bases

1. Introduction

Les crampes sont des contractions involontaires, imprévi-sibles et douloureuses des muscles striés. Elles peuvent êtrecausées par des troubles musculaires ou nerveux survenantaprès quelques efforts inaccoutumés, même mineurs. Ondistingue quatre formes de crampes : les crampes d’effort,les crampes de repos, les crampes secondaires à une mala-die et les crampes secondaires aux traitements [1]. À proposd’une histoire de cas, nous désirons aborder la physiopa-thologie et l’approche thérapeutique d’un problème béninmais potentiellement très handicapant, celui des crampesmusculaires d’effort du sportif.

2. Observation clinique

A. H, jeune sportif de 25 ans, se plaignait de crampes muscu-laires répétitives du triceps sural droit à l’exercice, pouvantdurer 2 minutes à 3 minutes, si fréquentes qu’elles l’ontprivé de son loisir préféré, le football. Le patient présen-tait aussi des crampes du muscle mentonnier qu’il faisaitcéder par son pincement. Il utilisait la même méthode pourles crampes du muscle triceps sural ; qu’il anticipait par unrelâchement et un pincement du muscle. L’anamnèse, chezce patient en bon état général, n’a retrouvé aucun pro-blème neuromusculaire familial, il n’y avait pas de notionde modification de la coloration des urines. L’examen neu-romusculaire était normal : pas de phénomène myotoniqueà la percussion, pas de crampe ni de faiblesse induitepar la flexion plantaire répétée en appui monopodal. Letaux de créatine phosphokinase (CPK) était normal, NFS,CRP et ionogramme, hormones thyroïdiennes et thyroid-stimulating hormone (TSH) étaient normales. La recherchede myoglobinurie était négative. L’EMG était sans parti-cularité, de même que l’échographie musculaire qui était symétrique et sans signe de myopathie. Enfin ECG et écho-graphie cardiaque étaient normales. En l’absence de touteanomalie clinique et paraclinique, le diagnostic de cramped’effort a été retenu.
Les crampes sont une plainte très fréquente, rencontréepar les médecins de soins primaires et les neurologues. Leurimportance varie d’une symptomatologie bénigne, isolée,de repos ou d’effort, sans cause évidente, à des formes plussévères, secondaires à une maladie associée du muscle oudu neurone moteur telle que la sclérose latérale amyotro-phique, ou de cause médicamenteuse [1].
L’examen neurologique et les examens paracliniques,décrits dans l’histoire de notre patient, documentent lediagnostic, mais la prise en charge des crampes répéti-tives d’effort chez un sportif, qu’il soit amateur ou de hautniveau, pose problème. Les crampes d’effort se produisentfréquemment avec l’exercice [2]. Les exercices physiquescausant le plus de crampes de jambes sont le football,la course de piste et la natation [1], plus fréquemmentdans les mollets que dans les cuisses [1]. Leur physiopa-thologie n’est pas claire : elles seraient favorisées par unlarge volume musculaire des triceps suraux pour certains [3].Elles peuvent être indépendantes d’un déséquilibre hydro-électrolytique, tel que démontré dans une étude portantsur des marathoniens [3]. Leur prise en charge, sur le ter-rain, ou leur prévention, en différé devraient être comprisesaussi bien des sportifs que des médecins du sport ou desmédecins généralistes. Qu’en est-il de la crampe aiguë ? Ilressort de la littérature que le traitement non pharmaco-logique des crampes aiguës est l’allongement/l’étirementdes muscles et l’activation des muscles antagonistes [4].Néanmoins, cette constatation est basée sur l’observationqu’expérimentalement, les crampes induites ne se pro-duisent pas à l’allongement des muscles [4] ; mais qu’enest-il des bases neurophysiologiques ? Notre patient, exposéà une crampe d’effort pinc¸ait les muscles touchés ets’immobilisait en relâchant le muscle où il sentait venir lacrampe. Cette fac¸on de faire a des fondements en neuro-physiologie : elle est expliquée par le réflexe d’étirementou myotatique et le réflexe polysynaptique ou réflexede flexion. Dans le réflexe myotatique, les mécanorécep-teurs sont représentés par les fuseaux neuromusculaires.Lorsqu’on étire un muscle, celui-ci développe une tension qui va durer aussi longtemps que dure l’étirement, cettetension s’oppose à l’étirement et vise à maintenir cons-tante la longueur du muscle, les muscles synergiques dumuscle étiré sont aussi concernés, les muscles antagonistesdu muscle étiré sont inhibés ; l’exemple type est représentépar la percussion du tendon rotulien et la contraction duquadriceps. Dans le réflexe de flexion, les récepteurs sontreprésentés par les récepteurs cutanés ; devant tout stimu-lus douloureux (piqûre d’aiguille. . .), on présente des réac-tions de retrait, en éloignant le membre ; il y a excitation desmuscles fléchisseurs et inhibition des muscles extenseurs dumembre stimulé, les réponses sont opposées dans le membrecontrolatéral. L’enseignement tiré de ces deux réflexes estne pas étirer un muscle en état de crampe, faire la contrac-tion de son muscle antagoniste et activer la nociception.
Qu’en est-il du traitement préventif, en dehors de lapériode aiguë ? Étirement, adaptation de l’exercice etrelaxation s’imposent, pour certains auteurs, qui recon-naissent la valeur du stretching avant l’exercice, bien quecela n’ait pas été étudié formellement. La recommanda-tion d’éviter la natation en eau glacée est aussi classiquepour éviter la crampe du nageur [1]. La déshydratation et ledéséquilibre hydroélectrolytique associés à l’effort soutenusont mieux connus et ont fait l’objet d’études thérapeu-tiques [2]. Au cours de l’effort prolongé, il y a perte de sel etd’eau par transpiration [1]. L’ajout de sodium (50 mmol/L)s’est montré efficace pour la rétention d’eau [5]. L’eau etl’ingestion de nourriture avec une certaine teneur en selfournit la meilleure combinaison pour remplacer les liquidesperdus. La perte de liquide remplacée par de l’eau potablesans ajout de sel est pourvoyeuse de crampe. Enfin, certainsmédicaments anticonvulsivants anesthésiques de membranetels la carbamazepine, la phénytoïne ou le sulfate de quininesont utilisés en dose vespérale pour prévenir les crampesnocturnes fréquentes [5], mais ils n’ont pas fait l’objetd’études dans les crampes d’effort et le ratio effet secon-daire/bénéfice est à peser pour prévenir un symptôme induitpar l’exercice.

3. Conclusion

L’importance des crampes varie d’une pathologie bénigne,peu fréquente à des symptômes annonc¸ant une maladieneurologique dévastatrice telle que la sclérose latéraleamyotrophique. Les crampes d’effort idiopathiques chez lesportif sont un problème sérieux, en effet, elles causent undésagrément, pouvant mener à l’arrêt d’une activité spor-tive ardemment désirée ; voire la mort par une noyade chezles sujets avec crampe douloureuse pendant la baignade [1]. La neurophysiologie privilégie, en traitement aigu larelaxation associée à une stimulation nociceptive du muscleconcerné, les étirements musculaires et l’adaptation del’entraînement associés à un remplacement adéquat despertes en eau et électrolytes sont recommandés en trai-tement préventif. Une attention particulière portée à laneurophysiologie peut ainsi servir de base aux explicationsdu clinicien pour aborder et atténuer la survenue de cesymptôme banal potentiellement handicapant, plutôt quela prescription de médicaments peu spécifiques.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

© 2018 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Par

H. Arabia,
N. Louhabb
H. Saidia

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