Surdités

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Découvrez un extrait de l'ouvrage Surdités : le Chapitre 4 Dépistage et prévention

Surdités

Dépistage et prévention

E. Lescanne, S. Borel, C. Blanchet

Dépistage aux différents âges

Dépistage néonatal de la surdité

Organisation et outils

Le premier cadre législatif en France portant sur le dépistage et l'éducation précoce de l'enfant déficient auditif de la naissance à 6 ans repose sur une circulaire publiée le 24 janvier 1977. Cette circulaire préconisait la réalisation d'un dépistage néonatal, à 9 mois, 24 mois et à l'école maternelle. Le dépistage néonatal à l'époque n'utilisait que des tests subjectifs. Les années 1990 ont vu des avancées technologiques majeures avec l'apparition progressive de matériels portatifs permettant la réalisation de tests objectifs. Des programmes expérimentaux régionaux au début des années 2000 ont été suivis d'une évaluation dans six villes menée par la Caisse nationale d'assurance maladie en 2005. C'est en 2012 qu'un arrêté ministériel fixe le cadre du dépistage auditif néonatal universel, en termes de programme de santé public national (arrêté du 23 avril 2012). Le financement de ce dépistage a été acté en 2013, par la circulaire de la Direction générale de l'offre de soins (DGOS) R1/2013/144 du 29 mars 2013, à hauteur de 18,70 € par naissance vivante pour les établissements dans lesquels les enfants naissent ou sont transférés. L'organisation du dépistage a été confiée à l'échelon régional aux Agences régionales de santé (ARS), qui ont mandaté des centres coordinateurs impliquant différents acteurs déjà partie prenante dans les domaines de la périnatalité ou des dépistages des maladies métaboliques. Au moment de la généralisation du dépistage, des protocoles structurés étaient déjà fonctionnels sur près de la moitié du territoire français. Un cahier des charges national a été publié en 2014 précisant les grands axes organisationnels (arrêté du 3 novembre 2014) tout en tenant compte de l'existant.
Comme dans la majorité des pays européens où il est implanté, le dépistage auditif néonatal est universel, proposé à tous les nouveau-nés. Dans une étude récapitulative des programmes de dépistage néonataux européens, Vos et al. ont noté des organisations différentes selon les pays : 7 % n'avaient pas de protocole défini à l'échelon national, 33 % avaient un protocole unique pour tous les nouveau-nés et 60 % avaient deux protocoles différents en fonction du service d'hospitalisation (maternité versus néonatalogie) ou de la présence de facteurs de risque [1].

En France, le cahier des charges national recommande des protocoles différents selon le service d'hospitalisation des nouveau-nés. En maternité, un protocole en deux étapes est préconisé (test/retest si le premier test est anormal) mais avec choix possible à l'échelon régional dans l'utilisation des otoémissions acoustiques (OEA) provoquées ou des potentiels évoqués auditifs automatisés (PEAA). En néonatologie, les PEAA sont recommandés dès le premier test, du fait du risque de neuropathie auditive. Certaines régions ont organisé une étape de dépistage supplémentaire après la sortie de maternité avec de nouveaux PEAA. Notons qu'il existe des différences selon les régions dans la conduite à tenir quant aux tests de dépistage anormaux unilatéraux : bilan diagnostique immédiat ou à distance à un an de vie. Les acteurs impliqués dans l'étape de diagnostic après dépistage anormal varient selon les régions (centre de diagnostic et d'orientation de la surdité, ORL libéraux), mais sont en tout cas clairement identifiés pour faciliter la prise de rendez-vous post-dépistage et limiter le nombre de perdus de vue. L'étape de diagnostic repose sur la réalisation de potentiels évoqués auditifs avec recherche de seuils et d'une otoscopie dans le mois suivant la sortie de la maternité.

Efficience

Les données du dépistage néonatal auditif sont colligées à l'échelon régional et permettent un suivi d'indicateurs, transmis à l'échelon national à Santé Publique France. Les données statistiques nationales depuis la généralisation ne sont pas encore accessibles. Les études françaises publiées sont antérieures, mais reposent sur des expériences régionales solides et structurées [2–4]. Sur le plan international, des programmes de dépistage néonatal ont été mis en place plus précocement et permettent des évaluations sur des cohortes importantes.

Exhaustivité du dépistage
Un objectif supérieur ou égal à 90 % à l'échelon national, au terme des deux premières années de mise en œuvre du dépistage, était visé par le cahier des charges national de 2014. Les recommandations internationales allaient au-delà en ciblant un objectif supérieur ou égal à 95 % [5, 6]. Ces objectifs sont atteints dans la majorité des programmes [2–4, 6], avec même des taux proches de 99 % pour certains programmes [3, 4].

Taux de nouveau-nés référés (nouveau-nés avec dépistage anormal)
Les objectifs d'enfants référés varient selon les recommandations : taux inférieur à 10 % pour les recommandations anglaises, inférieur à 4 % pour les recommandations américaines [6, 7]. Pour diminuer le taux d'enfants référés, la plupart des protocoles de dépistage s'appuient sur une stratégie en deux étapes, avec deuxième test réalisé à la maternité avant d'envisager l'étape diagnostique. Ainsi, les taux de reconvocation en cas de test unique varient de 1,5 % à 16,7 % [3], alors qu'ils chutent à moins de 3 % [6] voire à moins de 1 % en cas de protocole en deux étapes [3, 4, 8]. À noter que le taux de nouveau-nés référés est plus élevé parmi les nouveau-nés hospitalisés en néonatalogie qu'en maternité [3, 8].

Taux de perdus de vue
Les perdus de vue peuvent correspondre aux nouveau-nés non dépistés à la maternité ou dépistés de façon incomplète. Ce taux est variable (de 5 % à 46 %) [2, 3, 9, 10]. Cependant, les taux élevés peuvent correspondre à des surestimations du fait de données manquantes dans les registres de suivi. Les perdus de vue peuvent également correspondre aux enfants dépistés anormaux, devant être référés chez l'ORL, mais qui n'accèdent pas à cette consultation diagnostique. Concernant ce deuxième groupe de perdus de vue, les taux atteignent en moyenne 20 % (7–40) [3, 6, 11]. Plusieurs actions peuvent être menées pour limiter ce taux de perdus de vue : organisation du pistage des enfants par tous les acteurs impliqués dans le dépistage et le centre coordinateur du dépistage, relance des familles par le centre coordinateur du dépistage, sensibilisation de tous les professionnels d'aval (médecins généralistes, médecin de protection maternelle et infantile [PMI], pédiatre, réseau d'aval de périnatalité, etc.).

Confirmation diagnostique et impact sur la prise en charge
Une surdité permanente est confirmée pour 1/700 à 1/1000 enfants après dépistage néonatal [4, 6, 12]. La répartition selon le degré de surdité est variable selon les études, avec une possible prédominance des surdités moyennes [2, 12]. Les enfants perdus de vue lors du suivi diagnostique sont plus nombreux en cas de surdité moyenne (possible difficulté à faire adhérer les parents face à une pathologie encore asymptomatique et à un développement de l'enfant qui paraît normal). Le diagnostic précoce de surdité permet une prise en charge précoce, notamment avec mise en place d'une réhabilitation auditive avant l'âge de 6 mois en cas de surdité sévère et profonde [2, 4, 12].

Dépistage à 9 mois et 24 mois

Si le dépistage néonatal de la surdité a montré son intérêt, des programmes de dépistage ultérieurs n'en sont pas moins nécessaires. En effet, la prévalence de surdité augmente avec l'âge. Watkin et al. ont ainsi trouvé un taux de 3,65 enfants sourds sur 1000 naissances à l'âge d'un an parmi une cohorte qui avait bénéficié du dépistage néonatal [13]. La prévalence continue d'augmenter avec l'âge jusqu'à atteindre plus de 9 % à l'adolescence sur les fréquences basses et médium [14]. En France, le cadre législatif du dépistage à 9 mois et 24 mois reste posé par la circulaire du 24 janvier 1977 [15]. Ces dépistages sont inscrits dans le carnet de santé (deuxième et troisième certificats de santé).

Dépistage à 9 mois

Les outils utilisables ont été précisés par une recommandation de la Haute autorité de santé (HAS) en 2005 [16]. À 9 mois, il est proposé de rechercher des signes d'appel (notamment concernant l'évolution du langage et les réactions de l'enfant à la voix), de rechercher des réactions à la voix et de réaliser une acoumétrie aux jouets sonores de Moatti. Aucune étude française n'évalue l'efficacité actuelle de ce dépistage. Certains pays comme le Royaume-Uni et les Pays-Bas ont abandonné l'étape de dépistage à 9 mois par test de « distraction » [17, 18] au profit du dépistage néonatal.

Dépistage à 24 mois

Pour le dépistage à 2 ans, la HAS propose, en plus de l'interrogatoire des parents, de réaliser un test de réaction à la voix chuchotée (avec possible acoumétrie vocale de désignation) ou une acoumétrie aux jouets sonores de Moatti ou objets sonores calibrés. En France, l'efficience de ce dépistage auditif réalisé par les pédiatres, médecins généralistes ou médecins de PMI n'est pas évaluée.

Dépistage à l'école maternelle

La circulaire de 1977 prévoit un dépistage entre 3 et 6 ans par un médecin de PMI ou un médecin scolaire. Celui-ci est en pratique généralement réalisé lors de la dernière année de maternelle. La méthode recommandée en France est une audiométrie à balayage qui doit permettre de repérer une perte auditive de plus de 25 dB (fréquences 500 à 8000 Hz).

Des listes calibrées en français sont disponibles pour réaliser une acoumétrie vocale avec désignation chez l'enfant de 4 ans [19], mais leur utilisation réelle sur le terrain n'est pas connue. Ont également été proposés des questionnaires parentaux, les OEA ou les PEAA [20]. Aucune technique de dépistage n'est validée de façon consensuelle sur le plan international à cet âge, les techniques objectives n'ayant pas démontré clairement leur supériorité par rapport à l'audiométrie à balayage [20, 21]. En France, aucune étude n'est disponible concernant la mise en oeuvre du dépistage entre 3 et 6 ans dans les établissements, les moyens dévolus ni son efficience. Au Royaume-Uni, de grandes disparités existent dans les pratiques selon les territoires [17].

Dépistage de 6 ans à l'adolescence

Le seul cadre est celui du carnet de santé, qui inclut des examens auditifs entre 500 et 8000 Hz lors des examens prévus entre 8 et 10 ans, 10 et 13 ans et 14 et 18 ans. Les modalités pratiques de réalisation ne sont pas définies. Dans le cadre d'une consultation médicale, de simples questions orientées peuvent être posées ; une mesure des seuils auditifs avec un audiomètre de dépistage ou une acoumétrie vocale peuvent être utilisées [22]. L'audiométrie serait réalisée lors de campagnes de dépistage dans les établissements scolaires, par exemple au moment de l'examen avant le passage au collège, ou durant la Journée nationale de l'audition. En cas d'anomalie, l'adolescent est adressé à un ORL pour un examen otoscopique et audiométrique plus approfondi.

Dépistage de la surdité en milieu professionnel

En milieu professionnel, l'exposition au bruit est évaluée à partir de deux paramètres : exposition moyenne quotidienne (sur 8 heures : notée LEX, 8 h) et exposition instantanée aux bruits très courts (niveau crête : noté LpC mesuré avec la pondération fréquentielle C). Chacun de ces deux paramètres est comparé à trois seuils :
● la valeur d'exposition inférieure (VAI) déclenchant l'action : c'est le seuil le plus bas qui déclenche les premières actions de prévention ;
● la valeur d'exposition supérieure (VAS) déclenchant l'action : c'est le deuxième seuil qui déclenche des actions plus sévères. Des actions correctives doivent être mises en œuvre ;
● enfin, la valeur limite d'exposition (VLE) : ce troisième seuil ne doit être dépassé en aucun cas. À la différence des seuils précédents, il prend en compte l'atténuation du bruit apportée par les protecteurs individuels.
La surveillance médicale et l'information des travailleurs font l'objet des articles R. 4435-2 à R. 4436-1 du Code du travail [23]. Ces règles s'articulent autour de trois axes : agir sur l'environnement de travail (réduction du bruit à la source, insonorisation des locaux dès leur conception, réduction du bruit dans les locaux) ; évaluer les risques ; protéger les travailleurs exposés. Les exigences de la réglementation varient en fonction des niveaux d'exposition : le dépassement de certains seuils déclenche une série d'actions à mettre en œuvre par le chef d'entreprise.
Dans le choix des mesures de protection les plus appropriées et dans le repérage des situations à risque, l'employeur peut être aidé par l'équipe pluridisciplinaire des services de santé au travail dont les actions sont conduites par le médecin du travail. Les services de santé au travail peuvent apporter leur concours au mesurage des niveaux de bruit (art. R. 4433-2 du Code du travail). Le dossier médical doit contenir une fiche d'exposition mentionnant les postes occupés, les dates et les résultats des mesurages de niveau d'exposition sonore quotidienne et, s'il y a lieu, du niveau de pression acoustique de crête (art. R. 4433-4). Les travailleurs exposés au bruit doivent bénéficier d'un contrôle audiométrique préventif dont la périodicité varie en fonction du niveau d'exposition (art. R. 4435.2). Le médecin du travail apporte son concours à l'employeur pour adapter les mesures de prévention aux besoins des travailleurs particulièrement sensibles (art. R. 4434-5). Il avise l'employeur lorsqu'une altération de l'audition est susceptible de résulter d'une exposition au bruit sur le lieu de travail et propose des mesures (art. R. 4435-4). Il informe et forme les salariés exposés, notamment en ce qui concerne : les effets physiologiques du bruit, le rôle de la surveillance médicale et audiométrique et l'action ototoxique des solvants. Le médecin du travail exerce une surveillance médicale renforcée pour les travailleurs exposés à des niveaux de bruit supérieurs aux valeurs d'exposition supérieures définies au paragraphe 2° de l'article R. 4431-2. Cette surveillance a pour objectif le diagnostic précoce de toute perte auditive due au bruit et la préservation de la fonction auditive.
Un travailleur dont l'exposition au bruit dépasse les valeurs d'exposition inférieures définies au paragraphe 3° de l'article R. 4431-2 bénéficie, à sa demande ou à celle du médecin du travail, d'un examen audiométrique préventif. Cet examen a pour objectif le diagnostic précoce de toute perte auditive due au bruit et la préservation de la fonction auditive, lorsque l'évaluation et les mesurages prévus à l'article R. 4433-1 révèlent un risque pour la santé du travailleur. Lorsque la surveillance de la fonction auditive fait apparaître qu'un travailleur souffre d'une altération identifiable de l'audition, le médecin du travail apprécie le lien entre cette altération et une exposition au bruit sur le lieu de travail. Le travailleur est informé par le médecin du travail du résultat et de l'interprétation des examens médicaux dont il a bénéficié. Lorsqu'une altération de l'audition est susceptible de résulter d'une exposition au bruit sur le lieu de travail, l'employeur : 1) revoit en conséquence l'évaluation des risques ; 2) complète ou modifie les mesures prévues pour supprimer ou réduire les risques ; 3) tient compte de l'avis du médecin du travail pour la mise en œuvre de toute mesure jugée nécessaire pour supprimer ou réduire les risques, y compris l'éventuelle affectation du travailleur à un autre poste ne comportant plus de risque d'exposition. Dans ce cas, le médecin du travail détermine la pertinence et la nature des examens éventuellement nécessaires pour les autres travailleurs ayant subi une exposition semblable.

Dépistage de la surdité chez la personne âgée

Enjeux et organisation actuelle

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), environ un tiers des personnes de plus de 65 ans sont touchées par une perte d'audition incapacitante (perte à 40 dB dans la meilleure oreille) [24]. Bien qu'elle soit une des affections chroniques les plus fréquences chez le sujet âgé, la déficience auditive est encore sous-détectée [25, 26] et la consultation ORL prescrite de manière tardive, au stade où la surdité entraîne déjà des difficultés de communication. La presbyacousie évolue souvent de façon très progressive, parfois sans plainte, le patient n'étant pas toujours conscient de ses difficultés. De plus, l'entretien avec le médecin, qui se déroule souvent dans des conditions optimales, dans une pièce calme, en face à face à faible distance, n'est pas propice à la mise en évidence des difficultés auditives du patient presbyacousique, qui se déclarent davantage en milieu bruyant. Les médecins généralistes pensent souvent ne pas disposer du matériel nécessaire pour faire le diagnostic [25]. Par ailleurs, la surdité du sujet âgé est encore parfois considérée comme faisant partie de l'évolution liée à l'âge, de façon inévitable voire inconséquente [27, 28]. Pourtant, l'association entre la présence d'un trouble auditif non compensé et l'accélération du déclin fonctionnel et cognitif chez les sujets âgés est de plus en plus documentée [29], de même que l'augmentation des symptômes dépressifs [30] ou anxieux [31] et la diminution de la qualité de vie [27]. En milieu hospitalier ou institutionnel, les personnes âgées dont la surdité n'est pas dépistée ont un risque plus important de mauvais diagnostic. Par exemple, les résultats d'un MMSE proposé sans adaptation à la baisse d'audibilité du patient risquent d'êtres biaisés [32]. De plus, la surdité chez le sujet âgé est associée au risque de chute [33]. Dépister la surdité, c'est dépister un risque accru de chute en milieu hospitalier ou institutionnel. Enfin, un patient dont la surdité n'est pas prise en compte risque d'être moins bien informé et adhérent au traitement qui lui sera proposé [34].
Aucun dépistage systématique n'est mis en place pour le moment, mais l'ensemble de ces éléments pointent la nécessité de sensibiliser les professionnels de santé au repérage et au dépistage des troubles auditifs chez les sujets âgés, en portant à leur connaissance les enjeux pour le patient et en mettant à leur disposition des outils simples, rapides et fiables [35]. Un essai clinique randomisé mené auprès de 2314 vétérans américains qui montre que le dépistage augmente le taux d'utilisation d'aides auditives à un an, par rapport à l'absence de dépistage [36], est un argument supplémentaire pour le développement du dépistage de la surdité chez le sujet âgé.

Outils

Questionnaires auto-administrés
L'autoquestionnaire est un outil de dépistage performant pour orienter un patient vers un ORL si le score est en faveur d'une surdité. Divers questionnaires dépistent et évaluent rapidement le retentissement de la presbyacousie.
● L'un des plus populaires est l'Abbreviated Profile of Hearing Aid Benefit (APHAB). Il quantifie le degré de difficulté causé par la perte auditive chez l'adulte [37].
● Le questionnaire Hearing Handicap Inventory for the Elderly-Screening Version (HHIE-S) est composé de 10 questions, cotées de 0 à 4, pour un score total de 0 à 40 [38]. Le score est considéré comme échoué à partir de 10 et la comparaison avec l'audiométrie tonale montre de très bons niveaux de sensibilité et spécificité [35].
● Le questionnaire Self-assessment for Hearing Screening of the Elderly (SHSE), développé et validé plus récemment, est un test de dépistage de l'audition calibré pour la personne âgée qui souhaite auto-évaluer son audition [39]. Ce test a été validé dans une population de 83 adultes et comparé à l'audiométrie tonale. À partir du score SHSE, l'audition peut être estimée avec précision. Ainsi, une audition normale équivaut à un score de 40 % à l'autoquestionnaire. Le score s'élève avec le degré de surdité dans la population testée : de 55 % en cas de surdité légère, 67 % en cas de surdité moyenne, il passe à 78 % en présence d'une surdité moyenne à sévère.
● Le Questionnaire de dépistage des difficultés d'écoute et d'audition développé au Québec et composé de 15 questions distribuant 60 points est un test francophone, accessible en ligne [40]. Un score supérieur à 14 points à ce test incite à l'audiométrie tonale. Ce questionnaire a été intégré à la batterie de repérage des fragilités sensoricognitives AVEC (Audition, Vision, Équilibre et Cognition) développé par la Société française de réflexion sensori-motrice (SOFRESC) dont la validation est en cours [41].

Acoumétrie vocale et tests de débrouillage
Les médecins généralistes, neurologues ou gériatres participent au dépistage des troubles auditifs chez les sujets âgés par quelques tests simples. Torres-Russotto et al. ont montré chez 221 sujets une corrélation de plus de 0,8 entre les résultats au test par frottement des doigts et ceux d'un audio-test à trois fréquences réalisé dans la chambre du patient [42]. Strawbridge et al. ont comparé, chez 125 sujets, les résultats aux quatre différents tests de dépistage à ceux de l'audio-test à trois fréquences (Earscan 3®). Les quatre épreuves consistaient en une question directe (« Pensez-vous que vous avez des difficultés à entendre ? »), une question indirecte (« Quelqu'un vous a-t-il fait remarquer que vous aviez des difficultés à entendre ? »), un test à voix chuchotée composé de séquences de 3 lettres et/ou chiffres (par exemple S-4-G), un test de frottement des doigts. Les résultats mettent en évidence une plus grande sensibilité du test de frottement des doigts (91 %), mais une meilleure spécificité (91 %) du test à voix chuchotée [43]. Ces différents tests à voix chuchotée se révèlent des outils simples, pratiques et fiables pour dépister les surdités [44]. Ils sont praticables en amont d'une audiométrie beaucoup plus exigeante en matériel, en conditions techniques et en temps.
Le test à voix chuchotée n'exclut en aucun cas l'audiométrie qui doit au contraire être envisagée d'emblée si le patient déclare des problèmes d'audition. Pour ces auteurs, l'acoumétrie s'avère un outil complémentaire, sensible et spécifique pour décider d'orienter un patient vers un examen ORL (figure 4.1).

Fig4.1 - Dépistage de la surdité de l'adulte en milieu non spécialisé.

Autodépistage par téléphone ou sur Internet
L'explosion des nouvelles technologies a ouvert les perspectives d'un dépistage de masse grâce au développement d'outils faciles d'utilisation, fiables et peu coûteux. Des tests auditifs auto-administrés peuvent être proposés via une tablette, un ordinateur ou un téléphone. Des seuils auditifs peuvent être mesurés, mais le contrôle de la calibration et des conditions d'écoute du participant rend leur fiabilité aléatoire et oblige les concepteurs à appliquer des coefficients correctifs. À l'heure actuelle, rares sont les applications d'autodépistage proposées sur smartphone ayant fait l'objet d'une validation publiée [45, 46]. Afin de contourner l'écueil de la calibration dans la mesure des seuils auditifs, plusieurs auteurs ont choisi de développer des auto-tests de compréhension de la parole dans le bruit, qui, de plus, s'avèrent être davantage en lien avec les difficultés du patient en vie quotidienne. Par une procédure adaptative, ce n'est plus un seuil en valeur absolue qui est mesuré, mais le rapport signal/bruit auquel le participant répète 50 % des items, réduisant ainsi l'influence des conditions d'évaluation, qui peuvent être variables d'un participant à l'autre [47]. Le plus répandu est le test composé de 27 séries de 3 chiffres (Digit Triplet Test) traduit dans plusieurs langues dans le cadre du projet européen HearCom. La version française, The French Digit Triplet Test [48] est accessible en ligne (http://hein-test.fr). L'utilisation d'un casque audio est recommandée pour la passation.

© 2018, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Auteurs de ce chapitre :

E. Lescanne, professeur des universités-praticien hospitalier, service ORL et chirurgie de la face et du cou, hôpital Bretonneau, CHU de Tours ; Université François Rabelais, Tours
S. Borel, orthophoniste, service ORL et chirurgie de la face et du cou, hôpital Bretonneau, CHU de Tours ; Université François Rabelais, Tours
C. Blanchet, praticien hospitalier, service d'ORL et de chirurgie de la face et du cou, hôpital Gui de Chauliac, CHU de Montpellier, Montpellier

Références

En savoir plus

Les coordonnateurs de l'ouvrage

Éric Truy, professeur des universités-praticien hospitalier, service d'ORL, hôpital Édouard Herriot, et service d'ORL pédiatrique, hôpital Femme Mère Enfant, Hospices Civils de Lyon ; Inserm U1028 CNRS UMR5292, Équipe IMPACT, Centre de recherches en neurosciences de Lyon ; Institut des sciences et techniques de la réadaptation (ISTR) de l'Université de Lyon, Lyon
Emmanuel Lescanne, professeur des universités-praticien hospitalier, service ORL et chirurgie de la face et du cou, hôpital Bretonneau, CHU de Tours ; Université François Rabelais, Tours
Natalie Loundon, professeur associé du Collège de médecine des hôpitaux de Paris (CMHP), service ORL et chirurgie de la face et du cou, hôpital Necker-Enfants Malades, AP-HP, Paris
Stéphane Roman, professeur associé des universités, praticien hospitalier, service ORL pédiatrique et chirurgie cervico-faciale, Hôpital d'Enfants de la Timone, AP-HM, Marseille

Vous venez de découvrir un extrait de l'ouvrage Surdités, Rapport Rapport 2018 de la Société française d'ORL et de chirurgie cervico-faciale

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