Rougeole

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Nous vous proposons de découvrir un extrait de l'ouvrage Dermatologie de l'enfant par Anthony J Mancini, Daniel P Krowchuk, Alice Phan

Dermatologie de l'enfant

Introduction/Étiologie/Épidémiologie

  • Maladie fébrile aiguë causée par le virus de la rougeole, virus à ARN du genre Morbillivirus de la famille des Paramyxoviridae.
  • L'homme est l'unique hôte naturel.
  • Transmise par contact direct avec des gouttelettes infectées ou, plus rarement, par voie aérienne.
  • Un programme d'immunisation aux États-Unis, débuté en 1963, a permis de diminuer l'incidence de plus de 99 %. Deux doses vaccinales sont nécessaires pour assurer la protection.
  • Une augmentation notable des cas de rougeole aux États-Unis est intervenue de 1989 à 1991 en raison du faible taux d'immunisation chez les enfants d'âge préscolaire, en particulier dans les zones urbaines.
  • Les cas autochtones devenaient beaucoup moins fréquents jusqu'à récemment, quand un nombre croissant de cas ont commencé à être observés de nouveau ; en 2011, 222 cas ont été rapportés aux centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (Centers for Disease Control and Prevention), et en 2014, 644 cas ont été signalés1.
  • Une grande épidémie dans plusieurs États américains est survenue au début de 2015, en lien avec un parc d'attractions en Californie ; parmi les tout premiers patients, 45 % n'étaient pas vaccinés, 5 % n'avaient reçu qu'une seule dose et 43 % n'avaient pas de statut vaccinal connu ou documenté.
  • Un échec vaccinal survient chez près de 5 % des enfants qui ne reçoivent qu'une dose unique de vaccin à l'âge de 12 mois ou plus.
  • Les patients sont contagieux 1 à 2 jours avant le début des symptômes (3–5 jours avant l'éruption) et jusqu'à 4 jours après l'apparition de l'éruption.
  • La période d'incubation est de 10 à 14 jours à partir de l'exposition jusqu'au début des symptômes.
  • Survient classiquement en hiver ou au printemps ; des cas sporadiques peuvent survenir toute l'année.

1. NdT : Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), plus de 41 000 cas de rougeole ont été recensés en Europe sur les six premiers mois de 2018, soit presque le double par rapport à l'ensemble de l'année 2017. En France, Santé publique France a recensé 2 741 cas depuis novembre 2017. Plus de 8 malades sur 10 n'ont jamais été vaccinés, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies.

Signes et symptômes

  • Des prodromes à type de fièvre élevée, toux, rhinite et conjonctivite précèdent l'exanthème de 2 à 4 jours.
  • Énanthème caractéristique : taches de Koplik.
    • Apparaît pendant la phase prodromique et régresse 2 à 3 jours après le début de l'exanthème.
    • Papules punctiformes blanches ou gris-bleu sur fond érythémateux, localisées sur la muqueuse buccale, souvent en regard des molaires (figure 17.1).

Figure 17.1. Taches de Koplik (flèches) : papules punctiformes blanc-gris sur fond érythémateux apparaissant sur la muqueuse buccale.

  • L'exanthème commence derrière les oreilles et sur le liseré du cuir chevelu, s'étend rapidement vers le bas pour atteindre une grande partie du corps (extension céphalocaudale).
  • De discrètes macules et papules érythémateuses apparaissent et deviennent progressivement confluentes (figure 17.2).
  • Le prurit est rare.
  • L'éruption dure 4 à 7 jours avant de régresser, souvent avec une fine desquamation.
  • Des adénopathies diffuses et une splénomégalie peuvent survenir avec l'exanthème.
  • Une rougeole modifiée peut survenir chez les nourrissons ayant des anticorps maternels résiduels :
    • maladie moins sévère ;
    • phase prodromique raccourcie ;
    • exanthème moins confluent.

Figure 17.2. La rougeole réalise une éruption érythémateuse maculopapuleuse.

  • Une rougeole atypique survenait autrefois chez les personnes recevant un vaccin à virus tué et qui étaient par la suite exposées au virus sauvage de la rougeole. Elle se présentait sous forme d'un tableau avec fièvre élevée, douleurs abdominales, lésions pulmonaires nodulaires, céphalées intenses et éruption acrale (extrémités distales, mains, pieds) avec des lésions vésiculeuses, vésiculopustuleuses, ou purpuriques.

Comment faire le diagnostic

  • Le diagnostic est posé cliniquement devant les symptômes et les signes cliniques typiques (par ex. taches de Koplik).
  • Le diagnostic peut être confirmé par une des techniques suivantes :
    • anticorps IgM antirougeole ;
    • augmentation d'un facteur 4 ou plus du titre des anticorps IgG antirougeole entre les sérums prélevés en phase aiguë et en phase de convalescence ;
    • isolement du virus2 de la rougeole à partir des urines, du sang, ou des sécrétions nasopharyngées ;
    • polymerase chain reaction (PCR).

Diagnostics différentiels

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Traitement

  • Aucun traitement antiviral spécifique n'est disponible.
  • Une supplémentation en vitamine A se discute dans les zones de malnutrition – des taux faibles en vitamine A ont été associés à un taux plus élevé de complications.

Pronostic

  • Habituellement bon avec un traitement symptomatique.
  • Les complications sont l'otite moyenne bactérienne, la pneumopathie, la laryngo-trachéo-bronchite, la thrombopénie, l'hépatite et les diarrhées.
  • Les complications rares sont l'encéphalite (dont la panencéphalite sclérosante subaiguë, qui peut survenir plusieurs années après l'infection), la myocardite, la péricardite, la glomérulonéphrite aiguë et le syndrome de Stevens-Johnson.
  • Les nourrissons, les enfants dénutris, les enfants immunodéprimés sont les plus à risque de complications.

2. NdT : La culture et l'isolement du virus de la rougeole sont difficiles.

Quand s'inquiéter ou adresser à un spécialiste

  • Une consultation auprès d'un spécialiste en maladies infectieuses pédiatriques est recommandée si le diagnostic est suspecté.

Documentation pour les familles

© 2019, Elsevier Masson SAS.

Vous venez de découvrir le chapitre 17 de l'ouvrage Dermatologie de l'enfant. Guide pratique des pathologies et infections cutanées du nourrisson à l'adolescent, d'Anthony J. Mancini et Daniel P. Krowchuk.

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