Régimes à la mode, un article de l’EMC

Endocrinologie-Nutrition

Auteur

J.-M. Lecerf,  Service de nutrition, Institut Pasteur de Lille, 1, rue du Professeur-Calmette, BP 245, 59019 Lille cedex, France

Résumé

Les régimes à la mode fleurissent à une vitesse accélérée depuis quelques années. Cette prolifération a plusieurs origines qui sont analysées ici, en particulier une recherche de solution simple à des pathologies ayant un traitement difficile, mais aussi un individualisme qui s’exprime à travers ces choix, renforcé par une perte de transmission des repères alimentaires. Ces modes ne s’inscrivent pas dans une approche diététique rationnelle. Sont passés en revue successivement les régimes amaigrissants à la mode, les régimes d’exclusion dits régime « sans » (sans lait, sans blé – sans gluten -, sans viande, sans aliment cuit, paléolithique), et enfin le jeûne, nouvelle mode. Les justifications erronées ou non, les effets indésirables ou les bénéfices sont décrits. Il apparaît que la multitude de régimes amaigrissants expose aux mêmes risques de déficits, de troubles du comportement alimentaire et surtout de reprise de poids, du fait d’une résistance à l’amaigrissement dont ce texte détaille très largement les mécanismes. Les régimes sans lait n’ont que très peu d’indications réelles et exposent à des déséquilibres nutritionnels et à des conséquences négatives multiples pour la santé. Le régime sans gluten est totalement justifié dans la maladie cœliaque et ses différentes formes ; l’hypersensibilité au gluten est une entité mal définie qui est probablement le plus souvent due à un autre problème. Le régime végétarien est un choix le plus souvent philosophique; c’est un régime qui peut être équilibré alors que le régime végétalien entraîne des carences. Le régime paléolithique a des effets démontrés mais n’est guère applicable. Le régime cru n’a pas d’intérêt et plutôt des inconvénients. Le jeûne est une pratique qui a fondamentalement une signification spirituelle, à laquelle on attribue des vertus qu’il n’a pas démontrées. Désignant certains aliments comme mauvais, ils s’apparentent à de l’antinutrition.

Mots-clés: Régimes, Mode, Régimes amaigrissants, Régime sans lait, Régime sans gluten, Régime végétarien

Introduction

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Régimes amaigrissants

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Régimes d’exclusion

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Conclusion

Il est difficile de savoir pourquoi ces modes subissent un tel engouement. Indéniablement, elles se nourrissent des peurs alimentaires, en vivent et les entretiennent également. Sans faire de philosophie, elles traduisent aussi un désarroi par rapport à l’alimentation mais aussi une quête de réponse à un mal-être existentiel. C’est pourquoi elles fleurissent dans le monde du New Age, de l’ésotérisme, entretiennent une confusion entre alimentation et religion. C’est typiquement le cas du jeûne prôné dans une démarche de « purification ». Si la quête spirituelle est une véritable aspiration de chaque homme, ici l’on peut flirter avec des pratiques et donc des dérives sectaires où tous les ingrédients sont là : gourous, interdits dogmatiques, discours ésotériques, manipulations mentales par la privation de nourriture et de sommeil, avidité financière.

Pour autant, il n’est pas exclu qu’il y ait derrière certaines exclusions une part de vérité, et derrière certaines intolérances une part d’ignorance du côté de la science et de réalité clinique du côté de certains patients. Y a-t-il une hyperperméabilité intestinale ; quelle en serait l’origine ; n’y a-t-il pas une interaction avec une dysbiose, avec le passage de certaines protéines microbiennes ou alimentaires ? Autant de questions pour lesquelles les réponses sont trop fragmentaires.

Nos conclusions sont donc les suivantes:

  • Les régimes amaigrissants sont le plus souvent en échec à long terme et doivent nous conduire à ne pas les prôner et nous inciter à mieux comprendre les causes du surpoids, mieux définir les objectifs, faire évoluer les moyens à mettre en œuvre
  • Un grand nombre de régimes d’exclusion sont inutiles. Peu sont dangereux, mis à part le jeûne prolongé plus de 48 heures chez le sujet de plus de 65 ans; plusieurs, notamment les régimes sans lait, sont nocifs. Certains rendent la vie alimentaire compliquée, c’est le cas du sans-gluten. La plupart nous empêchent de manger ensemble, s’opposant ainsi au partage
  • En s’attaquant successivement à la plupart des nutriments et des aliments, en généralisant les interdits, ces modes font croire à une nocivité voire à une toxicité de l’alimentation. Non seulement cela induit une confusion contre-productive, mais en outre ce type de discours et de pratiques est de l’antinutrition.

Une nutrition satisfaisante est en effet fondée sur la variété et la modération comme principes de base liés à notre omnivorisme et à une certaine sagesse. L’alimentation a une triple finalité: nourrir, réjouir et réunir, qui est souvent mise à mal dans ces régimes restrictifs et d’exclusion. Ainsi, ces modes s’opposent d’une certaine façon à notre humanité quand elles ne sont pas justifiées.

Déclaration d’intérêts

l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

Vous venez de lire l’article Régimes à la mode de l’EMC Endocrinologie Nutrition

Toute référence à cet article doit porter la mention : J.-M. Lecerf. Régimes à la mode. EMC – Endocrinologie-Nutrition 2016;14(1):1-9 [Article 10-460-B-10].

Références

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