Prise en charge de l’épidémie de COVID-19 en santé au travail des soignants

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Prise en charge de l’épidémie de COVID-19 en santé au travail des soignants : situation à Taiwan et en Italie au 20 mars 2020

Management of the COVID-19 outbreak for healthcare workers: Situation in Taiwan and in Italy, on March 20, 2020

Q.Durand-Moreau : Division de médecine préventive, département de Médecine, faculté de médecine et de dentisterie, université de l’Alberta, Edmonton, AB, Canada

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19 (maladie à coronavirus 2019, provoqué par un virus appelé SARS-CoV 2), les sociétés savantes se mobilisent pour partager des ressources, particulièrement au sujet de la protection de la santé au travail des personnels de soin. La Société française de médecine du travail a notamment publié le 10 mars 2020 un avis relatif à l’éviction des personnels de soins prenant en charge des patients à risque ou contaminés par le SARS-CoV2 [1].

L’American College of Occupational and Environmental Medicine (ACOEM) diffuse des ressources relatives aux questions de santé au travail dans ce contexte pandémique, en langue anglaise sur son site internet [2]. Nous vous proposons de résumer ci-dessous les grandes lignes d’un webinaire qui s’est tenu le 20 mars 2020, concernant la situation à Taiwan (présentée par le Pr Leon Guo, de la National Taiwan University) et en Italie (par le Pr Francesco Violante, de l’hôpital Sant’Orsola Malpighi de Bologne), que vous pouvez également visionner en ligne sur le site internet de l’ACOEM.

Situation à Taiwan – Pr Leon Guo

Taiwan a été rapidement considéré comme un pays à risque du fait de ses échanges fréquents avec la Chine. De ce fait, les autorités taiwanaises ont réagi rapidement. À partir du 5 janvier 2020, tous les passagers en provenance de Wuhan, en Chine, ont été screenés à leur arrivée à l’aéroport, et des enquêtes ont été menées rétrospectivement sur les voyageurs sur les 15 jours qui ont précédé. Le 20 janvier 2020, un centre de commande de l’épidémie a été mis en place. Sous le contrôle du ministère de la santé, il associe les ministères des Transports, de l’Économie, du Travail, de l’Éducation et de l’Environnement. Le premier cas taiwanais de COVID-19 a été diagnostiqué le 23 janvier 2020, en provenance de Wuhan.

Le Pr Guo précise que les taiwanais avaient déjà subi l’épidémie du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) de 2003, liée à un autre coronavirus (SARS-CoV). De ce fait, ils avaient modifié leurs habitudes de vie, et le port des masques est devenu habituel pour les taiwanais. À l’époque, les hôpitaux qui comprenaient les cas avaient été confinés. Ces cas de SARS venaient de Guandong en Chine, ou de Hong Kong. La notion de super spreader (« super contamineur ») avait également déjà été remarquée. En faisant les enquêtes autour de cas, ils ont notamment remarqué qu’un patient avait réussi à en contaminer 99 autres. Les soignants étaient très à risque des infections à SARS. Cette population de professionnels représentait 21 % de l’ensemble des cas.

À la date du 18 mars 2020, Taiwan compte 100 cas de COVID-19. Il y a 71 cas importés et 29 cas communautaires liés à des disséminations secondaires. Le Pr Guo rapporte le cas d’une femme de 50 ans, hospitalisée pour un autre souci de santé, présentant une toux et une pharyngite ayant contaminé 3 infirmières, un agent d’entretien, son voisin de chambre, un membre de la famille.

Les hôpitaux se sont organisés en mettant en place des circuits patients dédiés, des centres de triage en dehors des hôpitaux et de la télémédecine. Le Tableau 1 récapitule les préconisations taiwanaises en matière d’équipements de protection individuelle (EPI) en fonction de la catégorie de la population. La mise et le retrait des EPI (donning et doffing) sont particulièrement longs et stressants. Pour les personnes les plus protégées, le temps nécessaire à la mise des EPI peut prendre jusqu’à 15 minutes. Il devient alors difficile de pouvoir aller aux toilettes. Certains soignants portent donc des couches.

Tableau 1 Équipements de protection individuels requis à Taiwan pour les professionnels de santé.

Le Pr Guo raconte qu’après l’épidémie de SARS, beaucoup d’infirmières ont voulu démissionner. Certaines ont fait part d’un sentiment de rejet de la part de la population, peut-être par peur de la contagiosité.

Les distributions de masque ont été régulées par les autorités grâce au numéro de sécurité sociale. Il était alloué deux masques chirurgicaux par personne et par semaine, ce qui a représenté un moyen efficace pour s’assurer d’une couverture minimale de la population taiwanaise. Une carte représentation la disponibilité des masques a été tenue à jour en temps réel pour pouvoir identifier les lieux de pénurie.

Le Pr Guo conclut en précisant que la bataille contre le COVID-19 requiert d’une part beaucoup de précautions et le respect de bonnes pratiques, mais d’autre part, des ressources suffisantes. Cette situation engendre énormément de stress chez les soignants. Dans ce contexte, les patients devraient éviter au maximum de se rendre dans les hôpitaux.

Situation en Italie – Pr Francesco Violante

Au 19 mars 2020, 33 190 personnes étaient testées positivement pour le SARS-CoV 2 en Italie, et 3405 décès certifiés liés au COVID-19 ont été enregistrés. La situation est dorénavant plus critique que celle en Chine. La médiane des patients décédés se situe aux alentours de 80 ans. Les patients plus jeunes sont souvent asymptomatiques, ce qui complique l’identification de la diffusion. Les morts les plus jeunes avaient souvent des comorbidités.

La province italienne la plus touchée est la Lombardie, qui comprend 10 millions d’habitants. Le Pr Violante est basé à Bologne, en Emilie-Romagne (4 millions d’habitants). La police et l’armée contrôlent dorénavant l’efficacité des mesures de confinement de la population. L’effet de ces mesures coercitives est attendu dans les prochaines semaines.

Le Pr Violante évoque le manque d’EPI. Il invite les autres pays à se préparer à constituer des stocks en avance, notamment de masques chirurgicaux et FFP2. Son laboratoire s’est mis à faire des tests de conformité des masques fabriqués en urgence par l’industrie textile italienne. L’hôpital dans lequel il travail comprend environ 6000 salariés et il est plutôt réputé pour son activité de chirurgie. Il doit être transformé en « hôpital COVID ».

L’activité des médecins et des infirmières est bouleversée. Les médecins sont tous mis dans un pool qui va tourner sur les unités COVID. Son service de santé au travail suit 15 000 salariés. Il note 100 soignants infectés dont 90 % par d’autres collègues. Il est donc essentiel d’isoler les soignants infectés, afin de limiter la dissémination chez les soignants. Cela menace l’activité des hôpitaux.

Le Pr Violante termine son intervention en rendant hommage aux 14 médecins italiens décédés des suites du COVID-19 à ce jour.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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