Pathologies Rhumatologiques et Judo

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Découvrez un extrait : pathologies rhumatologiques et judo

Découvrez ci-dessous le chapitre 10 de "L'actualité rhumatologique 2018" par Marcel-Francis Kahn, Thomas Bardin, Philippe Orcel, Frédéric Lioté, Philippe Dieudé, Pascal Richette, et Martine Cohen-Solal.

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L'équipe du centre Viggo Petersen s'attache à présenter, non seulement au praticien mais aussi à l'étudiant et au spécialiste, les faits les plus marquants de l'actualité rhumatologique de l'année, depuis 1964. L'actualité rhumatologique constitue, tant pour chaque volume pris séparément que pour l'ensemble de la collection, une réalisation sans équivalent dans le domaine rhumatologique en France et à l'étranger.

En fin d'ouvrage, une partie rend compte des tout-derniers points d'actualité évoqués lors du congrès en matière d'affections inflammatoires et des os.

L'actualité rhumatologique 2018


Chapitre 10 : Pathologies rhumatologiques et judo

A. Haddad

Résumé

La Fédération internationale de Judo reconnaît comme « judo » celui créé par Jidoro Kano en 1882, le judo Kodokan.
Les complications ostéoarticulaires doivent être distinguées en lésions traumatiques (blessures survenant lors des entraînements ou des combats) et complications dégénératives secondaires. Celles-ci constituent la véritable pathologie rhumatologique du judo.

Les accidents traumatiques, microtraumatiques et certaines contraintes articulaires et rachidiennes (très fortes compte tenu des techniques employées) peuvent au fur et à mesure des années, entraîner des lésions chroniques chez le vétéran, voire chez des sujets plus jeunes. On voit ainsi apparaître des pathologies inhabituelles pour l'âge, la coxarthrose par
exemple. La connaissance des accidents traumatiques et des techniques de combat est indispensable à la compréhension des pathologies rhumatologiques plus tardives de ce sport.

Les seules entorses représentent 80 % des blessures. Elles sont plus fréquentes que les luxations et les fractures. L'épaule (acromioclaviculaire), le coude, les genoux et le rachis sont le plus souvent touchés. L'atteinte du genou est plus souvent qualifiée de grave dans les différentes études. L'étude vidéo des combats permet souvent de comprendre le mécanisme de la blessure. Comme toujours en pathologie du sport, la prévention est un élément important : qualité de l'échauffement et de l'entraînement, maintien d'un poids de forme, mais aussi respect de l'adversaire et qualité de l'arbitrage qui permettent d'éviter un certain nombre d'accidents articulaires, notamment les luxations sur des techniques de bras par exemple.


La Fédération internationale de judo reconnaît comme « judo » celui créé par Jidoro Kano en 1882, le judo Kodokan. Il s'agit d'un sport de combat essentiellement défensif, fondé sur la souplesse : « le souple peut vaincre le fort ». Comme d'autres sports de combat, le judo propose un développement physique, moral et spirituel. Actuellement, on compte en France environ 600 000 judokas licenciés [8] (figure 10.1).

Le judo apparaît dans notre pays dans les années 1930 mais se développe surtout après la Deuxième Guerre mondiale sous l'impulsion de Maître Kawaishi et de Paul Bonet-Maury, président fondateur de la Fédération française de judo (FFJ) en décembre 1946 [5]. Les premiers championnats de judo apparaissent en 1930 au Japon. En 1960, le judo est inscrit au programme des JO de Tokyo. Quatre catégories sont alors définies : moins de 68 kg, moins de 80 kg, plus de 80 kg, toutes catégories. Ces catégories ont été modifiées [8] et actuellement on en distingue sept chez l'homme (de –60 kg à plus de 100 kg) et chez la femme (–48 kg à plus de 78 kg). Les catégories d'âges existent également (nous sommes vétérans à 36 ans et plus). En 1961, la France organise pour la première fois les championnats du monde de judo à Paris. En 1972, le judo est
définitivement reconnu comme sport olympique aux JO de Munich. En 2006, aux championnats d'Europe en Finlande, la France devient la première nation européenne de judo avec huit médailles, dont trois en or. En 2010, aux championnats du monde à Tokyo, la France remporte cinq médailles, dont celle de Teddy Riner en plus de 100 kg, dont on connaît depuis la fulgurante carrière.

prises de judo

Figure 10.1. Exemples de technique au judo (a, b).

Le judo se pratique sur un tatami. Les techniques du judo [16] sont nombreuses mais peuvent être décomposées en deux types : les techniques au sol (Ne-Waza) et les techniques en position debout (Tachi-waza). Les techniques au sol comportent les techniques d'immobilisation, d'étranglement et les techniques de clés. Les techniques de projection, debout, comportent les techniques de mains et de bras, les techniques de hanches, les techniques de jambes, d'épaule et les techniques de sacrifice (sacrifice de la face et de sacrifice latéral). Chacune de ces techniques a de multiples variables ; on distingue par exemple une douzaine de techniques d'étranglement. Les judokas suivent un enseignement progressif, chaque stade étant validé par une couleur de ceinture ou grade : la ceinture blanche, la ceinture blanche/jaune, la ceinture jaune, la ceinture jaune/orange, la ceinture orange, la ceinture orange/verte, la ceinture verte, la ceinture bleue, la ceinture marron, la ceinture noire (1er à 5e dan), la ceinture rouge et blanche (6e à 8e Dan), la ceinture rouge (9e et 10e dan). À partir de la ceinture noire, les grades ne sont plus délivrés au sein du club mais par des professeurs agréés.

Soixante-dix pour cent des judokas ont moins de 20 ans et 25 % environ sont des femmes [8]. Le combat dure en senior 5 minutes. Il est gagné soit par projection, soit par immobilisation au sol 20 à 25 secondes, soit par abandon (technique de strangulation, clé de bras). Seul le Ippon arrête le combat. Selon la qualité de la technique on attribue un score (Ippon 10, Wazari 7, Yuko 5, Koka 3). Il existe des pénalités.

Au fur et à mesure de l'apprentissage, le judoka reçoit l'enseignement des différentes techniques. En compétition, chaque compétiteur a quelques techniques spécialisées qu'il utilise de façon très préférentielle. Chacune de ces techniques porte un nom japonais bien connu des pratiquants.

Le judo est responsable de blessures ou accident lors des combats et de complications dégénératives qui ont pour origine les microtraumatismes répétés ou l'accumulation des blessures sur une même zone anatomique.


Blessures et accident lors des combats

Données statistiques

Les comptes rendus de l'IRMES (Institut de Recherche biomédicale et épidémiologique du sport), en 2013, rapportent l'analyse des blessures survenant lors des compétitions de judo en France [9]. Le niveau de compétition le plus exposé semble être le niveau départemental, les autres niveaux étant équivalents. Parmi les tranches d'âge, les juniors sont les plus exposés aux blessures. Il n'y a pas de différence notable de nature ou de gravité de blessures entre homme et femme. Les poids lourds semblent moins exposés globalement aux blessures. Notons qu'il n'y a pas de surclassement en poids au judo.

Les blessures les plus fréquentes sont les entorses suivies des luxations et fractures en nombre similaire. Nous y reviendrons. Depuis 25 ans, la Fédération française de judo [8] a promu la mise en place d'une surveillance médicale de toutes les compétitions sur le sol français [10]. Ceci permet une étude analytique précise des différents traumatismes. De 1993 à 2002, sur 233 433 compétiteurs et 311 244 combats, on note 1,03 % d'arrêt de combat pour blessure et dans 6,5 % des combats l'appel à un médecin. Globalement, 1 % des combats a été responsable de blessures et 1,34 % des combattant ont subi des blessures dans cet intervalle de temps. En 2000, une modification des règles d'arbitrage a permis de faire diminuer la fréquence des accidents [8].

En 2009, une revue établie sous l'impulsion de B. Vessel [27], médecin fédéral national, permet une approche assez précise des statistiques françaises : parmi les localisations des blessures, on recensait : 49 % de blessures aux membres supérieurs (notamment 27,4 % à l'épaule, 12,9 % au coude, 4,1 % poignet, 4,2 % aux mains), 27 % aux membres inférieurs (dont 12,2 % au genou, 6 % à la cheville, 2,6 % aux orteils), et 9,2 % au rachis et 6 % de traumatismes crâniens.

Plusieurs revues de la littérature [12, 17, 20, 23, 24] ont étudié les blessures pendant les combats. Le ratio de blessures semble assez constant, environ une blessure par an en moyenne par compétiteur. Certaines rapportent cependant des statistiques un peu différentes, le genou étant parfois plus fréquemment touché que l'épaule et les atteintes des doigts souvent plus fréquentes dans certains pays qu'en France.


Description des lésions

Les entorses

Elles représentent 55 % des traumatismes dans l'étude française de la FFJ.

  • Les entorses acromioclaviculaires représentent 23,8 % des entorses [10]. Elles sont le plus souvent liées à un traumatisme direct sur le moignon de l'épaule lors d'une chute. En cas d'entorse simple (stade I ou II), le traitement médical symptomatique et l'arrêt du sport suffisent. En cas de distension capsuloligamentaire, le sportif peut conserver une touche de piano inesthétique et reprendre assez vite l'entraînement, en 6 à 7 semaines environ.
  • Les entorses du coude sont fréquentes (12,8 %). Elles surviennent lors d'une clé intéressant le membre supérieur lorsque le mouvement est trop poussé ou à l'occasion d'une chute. Il s'agit ici d'une simple élongation ligamentaire qui affecte le plus souvent le ligament collatéral médial. Elles sont souvent négligées bien que fréquentes en compétition.
  • Les entorses du genou intéressent, soit le ligament latéral médial (LLI) (10 %), soit le ligament croisé antéro-externe (LCAE) (9 %). En cas de rupture du LCAE, le recouvrement d'une stabilité normale du genou nécessite une chirurgie de ligamentoplastie avec une reprise de la compétition retardée de plusieurs mois. Le mécanisme est la torsion violente et brusque du genou dans le plan frontal pour le LLI et un déplacement en pivot avec blocage du pied d'appui pour le LCAE.
  • Les entorses cervicales sont le plus souvent bénignes. Elles représentent 10 % des entorses. Elles se traduisent par une raideur axiale sans radiculalgie. Elles sont plutôt en augmentation actuellement. Les clichés dynamiques décalés de quelques jours ne montrent pas de signe d'instabilité. La contention dans un collier cervical et le traitement anti-inflammatoire non stéroïdien permettent une régression rapide des symptômes. Le mécanisme est double : le plus souvent une mauvaise réception sur une projection, rarement une prise en étranglement. Les accidents graves sont exceptionnels (fractures luxations, étranglements compliqués), mais signalés dans la littérature [18, 26].
  • Les entorses de chevilles sont sans particularité. Elles représentent près de 10 % des entorses.
  • Les entorses sterno-claviculaires sont plus rares.
  • Les doigts et les orteils peuvent être victimes d'entorses. L'entorse grave de la MTP du pouce est le plus souvent chirurgicale. Les entorses des MCP et des IPP des doigts longs ont une récupération souvent longue.
  • D'autres lésions traumatiques rares ou anecdotiques sont également décrites [13, 14].

Les fractures

Elles représentent 16 % des lésions et sont presque toujours liées à des chutes sur des projections [25]. Par ordre décroissant, on note les fractures de la clavicule de loin les plus fréquentes (plus d'un tiers des lésions), les fractures du carpe (chute en appui sur la main), les fractures de côtes et du coude, les fractures de la tête humérale. Leur prise en charge n'a aucune particularité. Elles écartent des tatamis les compétiteurs pendant plusieurs semaines ou mois mais en général la reprise du sport n'est pas compromise à terme. Les fractures des métacarpiens et des phalanges obligent souvent à une interruption assez longue du sport car elles affectent la préhension — préalable obligé à toute technique de combat.

Les luxations

Avec 14 % des traumatismes répertoriés, les luxations sont presque aussi fréquentes que les fractures.

  • La luxation antéro-interne de l'épaule représente à elle seule près d'un tiers des luxations au judo. Elle est fréquemment réduite sur place par le médecin du sport. Elle pose les mêmes problèmes que toute luxation de l'épaule. En cas de luxation récidivante ou d'épaule douloureuse et instable, l'indication chirurgicale est légitime. Les judokas, comme tous les sportifs, constituent une population à haut risque de récidive, notamment en raison de la fréquence de lésions osseuses associées. La luxation antéro-interne de l'épaule représente 4,5 % des traumatismes observés en compétition. Le mécanisme est presque toujours le même : chute sur la paume de la main, coude en hyperextension, épaule en abduction-rotation externe. L'immobilisation doit être de 3 à 6 semaines. En cas d'instabilité, lorsqu'il existe un défect osseux, même minime, l'intervention de Latarget (butée osseuse coracoïdienne) doit être préférée à l'intervention de Bankart (restabilisation capsuloligamentaire). En fait, chez le sportif, de nombreux auteurs préfèrent l'intervention de Latarget de principe car elle permet la reprise du sport chez 2/3 des compétiteurs à 8 mois. Les luxations postérieures sont beaucoup plus rares. Les complications neurologiques seront recherchées de principe sur le tatami. Les explorations sont celles de toute luxation de l'épaule.
  • La luxation vraie acromioclaviculaire est rare. Le traitement chirurgical devrait être appliqué aux formes traversant le trapèze, à savoir les stades IV et V de la classification de Rockwood [19]. Certains préconisent aussi la chirurgie au stade III en cas de séquelles douloureuses. Le traitement chirurgical, lorsqu'il est décidé, est le même dans les formes récentes et chroniques : la suture des lésions ligamentaires acromioclaviculaires et coracoclaviculaires, après réduction et brochage acromioclaviculaire, est souvent réalisable. Cependant, en cas d'impossibilité de réparer les ligaments coracoclaviculaires, on procède d'emblée à la résection de l'extrémité latérale de la clavicule avec transfert du ligament acromioclaviculaire selon la technique de Weaver et Dunn [29]. La reprise sportive peut être envisagée, comme chez le rugbyman au 4e mois de l'intervention avec 90 % d'épaule indolore et un score de Constant à 90.
  • La luxation du coude. Le coude est une des localisations traumatiques les plus fréquentes au judo. La luxation du coude représente 4,4 % des accidents traumatiques en compétition. Le bilan vasculonerveux doit être fait sur le tatami. En l'absence de fracture, la luxation peut être réduite sur place mais le bilan radiographique est indispensable en cas de doute avant toute manoeuvre de réduction. L'immobilisation est de 10 jours à 3 semaines en fonction de la stabilité. La rééducation est précoce.
  • Les luxations des doigts. Les traumatismes de la main représentent plus de 4 % des accidents des combats. Les luxations peuvent intéresser les MCP des doigts longs et du pouce et les interphalangiennes. Elles sont souvent réduites sur place. La luxation dorsale de la MP du pouce ou luxation de Farabeuf nécessite une réduction particulière en utilisant la manoeuvre de Farabeuf, en exagérant l'hyperextension de la phalange en la maintenant appuyée sur l'articulation pour qu'elle garde un contact intime avec le dos du métacarpien. Cette manoeuvre doit être réalisée par un médecin qui en a l'expérience.

Autres lésions

  • Les lésions musculaires (5,4 %) sont fréquentes. Il s'agit de claquages, d'élongations ou de contusions directes des muscles.
  • Les traumatismes crâniens et les lésions par souffrance cérébrale lors d'étranglements sont exceptionnels [18].
  • Les dorso-lombalgies sont liées à des chutes mal contrôlées ou à des techniques de hanche mal réalisées. Elles peuvent comporter des lésions discales avec leurs conséquences habituelles non spécifiques (radiculalgies, lombalgies chroniques).
  • Certaines lésions du nerf thoracique long, de la coiffe des rotateurs, voire des lésions neurologiques d'origine cervicale peuvent également s'observer mais, elles aussi, n'ont rien de spécifique à la pratique du judo.

Les lésions dégénératives ou tardives

Trois chapitres méritent d'être isolés : judo et rachis, la hanche du judoka et la main du judoka.

Judo et rachis

Depuis les travaux de J. Villaumey, rhumatologue et médecin fédéral national en 1960 [21], et de J.-C. Brondani [4, 5], tous les auteurs s'accordent pour constater que la pratique du judo affecte le rachis.

Il apparaît à l'analyse radiographique que les judokas présentent des images de dystrophies rachidiennes de croissance plus fréquentes que celles constatées dans la population générale ou chez les sportifs n'ayant pas les contraintes de chutes projetées ou de ports de charges.

Pour Brondani [4], la proportion d'images de dystrophies rachidiennes de croissance est de 74 % pour les judokas. On retrouve des résultats très proches chez Creusillet 64 % [6] ; pour Barré 45 % [3] et pour Rumilly 62,9 % [22]. Cette proportion est au double en moyenne de celles constatées dans la population de sportifs non judokas.

La liaison entre dystrophie de croissance et judo est expliquée par plusieurs éléments :

  • Le judo est un sport que l'on pratique souvent très jeune.
  • Le début des entraînements et des compétitions se font en période prépubertaire et pendant la période de croissance.
  • La dystrophie de croissance (et ses conséquences) est probablement la conséquence d'ébranlements répétés du rachis lors des techniques et des chutes.
  • ll ne semble pas que ce mécanisme intervienne sur les articulations périphériques (ostéochondroses de croissance). Aucune lésion de ce type n'est notée avec une plus grande fréquence chez le judoka.

En tout état de cause : prudence et bonne formation des éducateurs. Chez l'enfant, la surveillance médicale est obligatoire.

Les spondylolisthésis L5-S1 ont également été évalués par Villaumey et Brondani [2, 4]. Leur fréquence est élevée, respectivement à 12,3 % et 8 %. On s'accorde pour évaluer à moins de 3 % ce type de lésions dans la population générale. Pour autant, il ne semble pas exister de parallélisme absolu entre les manifestations cliniques (essentiellement la lombalgie) et les images radiologiques.

En revanche, il existe une corrélation certaine entre la lyse isthmique et le début précoce avant 7 ans de la pratique du judo. De même, on retrouve une corrélation entre l'existence de discopathies lombaires marquées ou de dystrophies de croissance marquée et la pratique prolongée du judo (plus de 17 à 18 ans). Un dépistage radiologique de la lyse isthmique (avec ¾ lombaires) est recommandé lorsque l'enfant s'inscrit en club avant 7 ans. Il vaut mieux écarter les enfants qui présentent une lyse isthmique.

Chez 300 judokas ceinture noire souffrant de lombalgies, Wiedemann [30] ne trouve pas une charge différente des autres judokas en termes de nombre et de durée des entraînements hebdomadaires. En revanche, la pratique d'autres sports traumatisants, des antécédents traumatiques lombaires sévères étaient retrouvés. Les lombalgies apparaissent donc plus comme le résultat de traumatismes accidentels accumulés que de la pratique régulière du sport.

La hanche du judoka

La coxarthrose chez le judoka est un bon modèle d'arthrose du sportif par hypersollicitation sans traumatisme. Démarais et Lequesne [7, 15], étudiant des radiographies du bassin de 40 hommes et 6 femmes de 20 à 30 ans pratiquant à un haut niveau depuis plus de 10 ans un sport exposant (football, rugby, judo et danse) ont trouvé 1 cas de coxarthrose et 39 % d'ostéophytose (signes indirects de coxarthrose) et dans le groupe témoin (50 sujets de 20 à 30 ans avec une pratique sportive faible ou nulle) aucune arthrose et 6 % d'ostéophytose seulement. Depuis les travaux de Ganz, on sait également que le conflit antérieur coxofémoral (CAFA) par dysmorphie de la tête fémorale est un facteur de coxarthrose précoce même pour des surcharges sportives modérées.

Le judo fait partie des sports arthrogènes. Le mécanisme est probablement lié aux pressions répétées lors des combats sur la hanche d'appui. Plusieurs éléments sont particuliers dans la coxarthrose du judoka :

  • Le début précoce avant 42 ans versus 55 ans. Les lésions arthrosiques apparaissent chez des sujets pratiquant régulièrement leur sport depuis des années.
  • Le côté atteint concerne la jambe d'appui ou d'appel de la technique.
  • Il y a peu ou pas de dysplasie, la seule exception étant le conflit type CAFA qui est parfois en cause.
  • Les phénomènes constructifs sont importants radiologiquement.
  • L'évolution est lente.
  • La douleur est souvent peu importante en regard de l'enraidissement progressif.

Le traitement pose les mêmes problèmes thérapeutiques que toutes les coxarthroses précoces en termes d'indication chirurgicale. La reprise des sports n'est plus une contre-indication après prothèse de hanche, la plupart du temps, les
combattants étant en catégorie vétérans, cette reprise sportive reste donc d'intensité modérée.

En ce qui concerne les techniques de chutes, il est intéressant de noter que des auteurs [31] ont noté dans le judo et les arts martiaux plus généralement, une diminution des forces d'impact sur la hanche au fur et à mesure de l'apprentissage des techniques de réception de chute. Il y a donc ici une piste dans la prévention des fractures du col du fémur chez les sujets à risque par la pratique douce du judo.

La main du judoka

La main « noueuse » du judoka n'est pas une expression usurpée. L'arthrose digitale est un mal affectant 90 % du haut niveau. Les mains se déforment à force d'encaisser les microtraumatismes, mais aussi en raison des entorses et fractures qui émaillent la carrière des sportifs. Les traumatismes de la main représentent 4 % des accidents des combats.


Conclusion

Comme nous l'avons vu, le judo expose à des accidents traumatiques nombreux, dominé par les entorses (plus de 50 % des lésions, notamment à l'épaule) et des complications dégénératives affectant le rachis, la hanche et les mains, mais aussi les autres articulations, sièges de traumatismes répétés (genoux, coudes, acromioclaviculaires).

Pendant les entraînements, le travail des techniques en pointant les erreurs [11] avec éventuellement avec un suivi vidéo [20], l'échauffement, la mise à niveau du matériel (tatami), les règles diététiques (hydratation) et de récupération, représentent autant de facteurs permettant de réduire le risque de blessures. Récemment, certains tests ont été mis en place pour simuler un combat au judo et évaluer le niveau de performance de l'athlète de façon scientifique (Uchikomi fitness test) [1]. Les compétiteurs sont donc médicalement suivis de très près, le judo français étant un exemple d'efficacité en termes d'action de la FFJ.

Au total, malgré ses risques, le judo reste un magnifique sport de force et d'équilibre, praticable à tout âge [28].

Conflits d'intérêts

L'auteur n'a aucun conflit d'intérêt en lien avec le présent article.


Références

En savoir plus

Vous venez de lire le chapitre 10 de "L'actualité rhumatologique 2018" par Marcel-Francis Kahn, Thomas Bardin, Philippe Orcel, Frédéric Lioté, Philippe Dieudé, Pascal Richette, et Martine Cohen-Solal.

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