Pain management program

Pain management program a new benchmark for physical medicine and rehabilitation

Michel Morel Fatio

Centre d’étude et de traitement de la douleur, centre médecine physique réadaptation de Coubert, 77170 Brie-Comte-Robert, France

Résumé

La médecine physique réadaptation (MPR) est une ressource souvent méconnue dans la prise en charge des patients douloureux chroniques. Elle comporte deux versants, la rééducation traite les lésions, la réadaptation organise des programmes centrés sur la compensation des déficits identifiés. Les pain management programs (PMP) entrent dans ce deuxième cadre. La douleur chronique y est abordée non plus comme le symptôme d’une lésion, mais comme un état séquellaire source d’incapacité par inhibition de l’activité motrice. Ils se caractérise par l’introduction dans le processus de réadaptation à la douleur chronique, d’un mode opératoire issu des thérapies comportementales et cognitives. Les pain management programs sont des programmes de réadaptation construits sur le modèle biopsychosocial de la douleur chronique. Contrairement au modèle biomédical qui met l’accent sur la guérison ou au moins sur l’élimination d’une quantité significative de la douleur, ils mettent l’accent sur l’interaction complexe et dynamique entre les facteurs physiques, physiologiques, psychologiques et sociaux. Pour être efficace, un PMP comporte obligatoirement quatre composantes : traitement médical ; thérapie comportementale ; reconditionnement physique ; programme d’éducation. Notre expérience des PMP développée par le Centre d’étude et de traitement de la douleur au sein d’un Centre de médecine physique réadaptation nous a permis de vérifier la pertinence de ces programmes lorsqu’ils sont réalisés dans le respect des recommandations de la British Pain Society et de l’American Pain Society. Sur la base de ces recommandations nous proposons de fournir aux cliniciens de la douleur une synthèse des meilleures pratiques actuelles de la médecine physique et de réadaptation.

Mots clés: Pain management program ; Thérapies cognitives et comportementales ; Programme multidisciplinaire pour les patients douloureux chroniques

Summary

Physical medicine rehabilitation (PMR) is a resource often overlooked in the management of chronic pain patients. It has two sides, one dealing with injuries and the other onewhich organizes programs focused on the compensation of identified deficits. The pain management programs (PMP) come under this second sides, chronic pain is not addressed as a symptomof an injury, but as a sequelae state inducing disabilities. The pain management programs arerehabilitation programs based on the biopsychosocial approach of the chronic pain. They includefour mandatory components: medical treatment; behavioral therapy; physical reconditioning; education program. The biomedical model focuses on healing or at least on the removal of asignificant amount of pain. The PMP focus on the complex and dynamic interaction between thephysical, physiological, psychological and social factors that perpetuate the experience of painand disability. Our PMP experience developed in the Pain Center in a Rehabilitation MedicineCentre has enabled us to validate the relevance of these programs when they are conductedin compliance with the recommendations of the British Pain Society and the American PainSociety. On the basis of these recommendations, we offer pain clinicians a synthesis of physicalmedicine rehabilitation current best practice.

Keywords: Chronic pain; Pain management program; Cognitive behavior altherapy; Chronic pain rehabilitation programs

Introduction

En 1997, la Pain Society [1] (actuelle British Pain Society) décrit pour la première fois les éléments constitutifs d’un programme de gestion de la douleur chronique basée sur le modèle biopsychosocial : « Il s’agit de la définition d’un ensemble de normes de soins et de directives à intégrer dans un programme de réadaptation du patient douloureux chronique ». L’objectif est de procurer aux « financeurs » et aux professionnels du soin les grandes lignes d’un cadre de prestations. Cette démarche d’analyse des processus d’incapacité liés à la douleur chronique est la base sur laquelle sont construits les programmes de réadaptation. En effet, comme l’illustre la Fig. 1, la médecine physique réadaptation comporte deux versants, d’une part la rééducation qui traite les lésions, d’autre part la réadaptation qui organise des programmes centrés sur la compensation des déficits identifiés et l’aménagement de l’environnement. Les pain management programs (PMP) entrent dans ce deuxième cadre, la douleur y est abordée comme un état séquellaire source d’incapacité et de handicap. La Fig. 2 illustre le double mécanisme d’incapacité des patients présentant une douleur chronique de l’appareil locomoteur : d’une part la perte de potentiel ostéo-articulaire ou moteur séquellaire après lésion, et d’autre part les mécanismes d’inhibition moteurs spécifiques de la douleur chronique : hypervigilance-émotion-cognitions-comportement-incapacité. La nouveauté de ces programmes a été d’intégrer dans le processus de réadaptation cette deuxième composante en utilisant le cadre des pratiques des thérapies cognitives et comportementales.

Si la lombalgie chronique a servi de modèle d’étude pour l’analyse des mécanismes d’incapacité liés à une douleur chronique, l’indication des PMP a été généralisée par la British Pain Society à toutes les pathologies douloureuses chroniques non évolutives de l’appareil locomoteur. Ces programmes se sont imposés comme « le traitement le plus efficace et le meilleur rapport coût/efficacité pour les patients présentant une douleur chronique comparés à l’ensemble des traitements » [1,2].

Notre expérience des PMP développée par le Centre d’étude et de traitement de la douleur au sein d’un Centre de médecine physique réadaptation nous a permis de valider la pertinence de ces programmes lorsqu’ils sont réalisés dans le respect des recommandations de la British Pain Society[1,3,4] de l’American Pain Society [2].

Sur la base de ces recommandations nous proposons de fournir aux cliniciens de la douleur et de la médecine physique réadaptation une synthèse des éléments constitutifs d’un programme de réadaptation spécifiquement dédié aux patients présentant une douleur chronique invalidante de l’appareil locomoteur.

Parce que la douleur chronique non cancéreuse est considérée aux États-Unis comme un problème de santé publique majeur, deux agences, l’Agency for Healthcare Research and Quality (AHRQ) [5], et l’Agency for Clinical Innovation (ARCI) [6] ont été chargées de faire une analyse technologique des PMP en se basant sur des données probantes, fondées sur la science.

Figure 1. Rééducation vs réadaptation. Références: OMS classification internationale des handicaps.


Les deux rapports de ces agences décrivent les indications, les populations et les sous-groupes de patients concernés, mais aussi les facteurs contextuels qui influent les décisions concernant la participation des patients aux PMP. En parallèle, la British Pain Society [3] et l’American Pain Society [2] ont publié des recommandations destinées à:

  • S’appuyer sur le modèle biopsychosocial de la douleur chronique pour établir un ensemble de normes de soins et de directives utiles à l’élaboration d’un pain management program
  • Informer les parties prenantes des fondements scientifiques de ces programmes, et des questions relatives à leur qualité.

Dans les pays anglo-saxons, les PMP ont acquis une reconnaissance scientifique et de santé publique. En pratique, tout nouveau programme se présentant comme PMP est soumis à une commission d’accréditation spécifique telle que l’American Academy of Accreditation of Program Pain Gestion. Cette démarche de qualité est transposable en France pour les centres de médecine physique réadaptation. Nous aborderons successivement:

  • Le contexte
  • La définition et les objectifs d’un pain management program (PMP)
  • Un cadre thérapeutique référencé : associant programme d’éducation thérapeutique et pratiques guidées
  • Composition de l’équipe multidisciplinaire et rôle de chacun
  • Résultats thérapeutiques attendus
  • Identification des variables du processus qui affectent les résultats
  • Orientation du bon patient au bon moment, pour le bon programme


Figure 2. Douleur chronique et incapacité. Le programme de réadaptation doit répondre aux deux mécanismes impliqués dans le handicap: la part du handicap liée à la douleur chronique: pain management programs et la part du handicap liée aux déficiences neuro-musculo-squelettiques: programme de réadaptation ciblé sur les déficiences.

Contexte historique

Le but du traitement de la douleur chronique a progressivement évolué, d’un objectif d’élimination de la douleur il est passé à celui de gestion de la douleur. En agissant sur le rétablissement du fonctionnement physique et émotionnel du patient et sur l’amélioration de sa qualité de vie. C’est le modèle de soins fournis par le programme multi-disciplinaire de la douleur (PMP). Depuis 1997, le volume des connaissances sur les PMP a augmenté, tant en base de données factuelles que dans la prise de conscience générale et l’acceptation de cette forme de soins. Il a été constaté dans les pays qui développent ces programmes un manque de ressources des services susceptibles de proposer des PMP.

Il est utile de rappeler ici les étapes qui ont vu progressivement ces programmes s’imposer dans l’offre de soins dont peuvent bénéficier ces patients.

La Pain Society [1] en 1997 décrit pour la première fois les éléments constitutifs d’un programme de gestion de la douleur: « Critères souhaitables pour les programmes de gestion de la douleur chronique »; « Définition d’un ensemble de normes de soins et de directives pour la gestion du patient douloureux chronique ». L’objectif est de « procurer aux ‘‘financeurs’’ et aux professionnels du soin les grandes lignes d’un cadre de prestations ».

En 2006, l’American Pain Society [2] publie à son tourdes recommandations « Task Force on Comprehensive Pain Rehabilitation » et valide l’intérêt thérapeutique de ces programmes: « ces programmes offrent le traitement le plus efficace et meilleur rapport coût/efficacité pour les patients présentant une douleur chronique comparés à l’ensemble des traitements largement utilisés ».

En 2007, la British Pain Society [3] publie « Les Recommandations de la Conférence de Consensus intitulées:« Recommended guidelines for Pain Management Programmes for adults », référence pour la pratique actuelle basée sur la recherche des éléments de preuve. Ce document s’appuie sur les concepts énoncés dans le document de 1997, qui décrivait un ensemble de normes de soins et de directives pour la gestion du patient douloureux chronique.

En 2009 et 2011, l’agence américaine l’Agency for Healthcare Research and Quality Department of Health and Human Services [5] (AHRQ) publie, à la demande des spécialistes de la douleur et de groupes de patients douloureux chroniques, un rapport permettant d’établir un cahier des charges précis à respecter en 3 points:

  • Comment garantir l’efficacité des PMP (multidisciplinary pain programs for chronic non cancer pain)?
  • Comment garantir une bonne couverture territoriale des programmes labellisés?
  • Préciser le mode d’orientation de ces patients vers un parcours PMP labellisés.

Cette requête faisait suite au refus de certaines assurances d’assurer le remboursement de ces programmes par manque de référence coût/efficacité.

En novembre 2013, la British Pain Society [4] publie la 3e édition de recommandations issues de la conférence de consensus « Guidelines for Pain Management Programs for adults »: validation de ces programmes, en précisant leurs modalités « An evidence-based review prepared on behalf of the British Pain Society ». Il y a eu une réactualisation de ce document en octobre 2018.

En décembre 2013, l’Agency for Clinical Innovation [5] publie un rapport intitulé Pain management programs—which patient for which program? Comment déterminer l’orientation du bon patient vers le bon programme?

Définition et objectifs d’un « programme multidisciplinaire de la douleur » (pain management program) (PMP)

Les programmes multidisciplinaires de la douleur sont des programmes de réadaptation. Ils sont construits sur le modèle biopsychosocial et multidisciplinaire de traitement de la douleur chronique. Ils reposent sur l’interaction entre les facteurs physiques, physiologiques, psychologiques et sociaux qui contribuent à perpétuer et à aggraver l’expérience de la douleur (Fig. 2). Contrairement au modèle biomédical, qui met l’accent sur la guérison ou au moins l’élimination d’une quantité significative de la douleur.

Le soulagement de la douleur n’est pas l’objectif principal, même si des améliorations de la douleur ont été rapportés (Morley et al., 1999) [7]. Guzmán et al., 2001[8]. Hoffman et al., 2007 [9]. L’objectif étant de prévenir ou réduire au minimum les conséquences fonctionnelles physiques, psychologiques, sociales et économiques des déficiences et des incapacités. Dans ces programmes, la douleur chronique y est abordée non plus comme le symptôme d’une lésion, mais comme un état séquellaire source d’incapacité et de handicap qui relève à ce titre du champ de la réadaptation. En distinguant dans la douleur deux versants, l’un lésionnel (biomédical), l’autre séquellaire (déficience), la British Pain Society rejoint la logique de la Classification internationale des handicap et de la CIF.

Le point clef rapporté aussi bien par la British Pain Society que par l’Agency for Healthcare Research and Quality Department of Health and Human Services, l’action thérapeutique des pain management programs est basée sur la présence obligatoire des 4 composantes suivantes :

  • Un cadre médical (diagnostic et traitement médical partagé)
  • Un cadre thérapeutique issu des thérapies cognitives et comportementales pratiquées par l’ensemble de l’équipe
  • Un reconditionnement physique basé sur les principes de l’exposition graduée aux activités évitées (application des principes des thérapies comportementales et cognitives)
  • Un programme d’éducation thérapeutique, cadre pédagogique partagé par l’équipe (autonomisation du patient)

Il y a une perte d’efficacité du PMP si ces quatre éléments ne sont pas associés au sein d’un même programme, par une même équipe.

Un cadre thérapeutique: associant programme d’éducation thérapeutique et pratiques guidées

Un programme d’éducation thérapeutique

L’enseignement est dispensé par tous les membres de l’équipe en fonction de leurs compétences, le style est interactif pour faciliter les échanges et mieux répondre aux difficultés d’application face à des situations particulière.

Ce programme se rapporte aux mécanismes de la douleur, aux pathologies associées, et aux règles d’hygiène de vie pour fonctionner en bonne santé:

  • Anatomie et physiologie de la douleur et les voies de la douleur, les différences entre la douleur aiguë et persistante
  • Psychologie et de la douleur, la peur et l’évitement, le stress, la détresse et la dépression
  • Sécurité et risques par rapport à une activité accrue malgré la douleur
  • Exercice pour retrouver une meilleure santé et une amélioration de la fonction
  • Avantages et inconvénients à l’utilisation des traitements et des médicaments
  • Autogestion des crises

Des pratiques guidées

Les pratiques guidées visent à faciliter l’émergence de« comportements bien portants » en activités. Elles sont programmées sur la base d’objectifs personnalisés choisis à partir de leur niveau actuel de performance et augmentées à un rythme toléré.

Les participants sont incités à généraliser ces pratiques chez eux et dans d’autres environnements. Les progrès sont suivis régulièrement par l’équipe qui ajuste les objectifs en fonction des progrès réalisés.

Exercices pour améliorer la condition physique et la mobilité

L’exercice améliore la condition physique et la mobilité de différentes manières:

  • Améliorer la confiance dans le mouvement et l’activité, par monitorage d’activités dont le niveau est progressivement augmenté par objectifs
  • Retour progressif à l’activité, par des soins auto-administrés, reprise d’activités sociales et sportives
  • Activité de stimulation motrice à quotas : exercices répétitifs, monitorés, quantifiés (compté ou chronométré), permettant de réaliser une exposition graduée à l’activité aux activités évitées (hypervigilance — phobie du mouvement susceptible de déclencher la douleur)
  • Les méthodes thérapeutiques cognitives pour l’identification des croyances et des préjugés concernant le lien entre douleur et activité
  • Compétences à la détente comme facteur d’amélioration :les pauses, le repos et le sommeil, les méthodes de contrôle d’attention
  • Amélioration des compétences en communication avec la famille, les amis et d’autres, comme les collègues de travail, ou des professionnels des soins de santé

Composition de l’équipe multidisciplinaire et rôle de chacun [3]

La British Pain Society a défini dans un document Clinical Standards Advisory Group (2000) ce que devait être le curriculum d’une équipe multidisciplinaire de réadaptation pour la réalisation d’un pain management program.

L’équipe multidisciplinaire exerce des compétences partagées en référence aux thérapies cognitives et comportementales, tout en conservant chacun leur spécificité professionnelle.

Médecin MPR formé aux thérapies comportementales et cognitives et à la prise en charge de la douleur chronique

Le rôle est donc de:

  • « Sélectionner les bons patients au bon moment pour le bon programme »: critères médicaux d’inclusion et d’exclusion, critères motivationnels [10]
  • Éliminer les personnes susceptibles de bénéficier d’un traitement curatif
  • Faciliter l’adhésion du « patient candidat » à la logique du programme, en lui fournissant des informations documentées
  • Coordonner l’équipe de réadaptation
  • Participer au programme d’éducation thérapeutique: neurophysiologie de la douleur, maniement raisonné des antalgiques, moyens non médicamenteux de la douleur. . .

Psychologue clinicienne compétente en thérapie cognitivo-comportementale

La psychologue « TCC » est l’une des personnes essentielles du programme. Elle encadre tous les membres de l’équipe dans l’exercice de leur activité en référence aux principes des thérapies cognitives et comportementales. Elle assure la formation et la supervision du personnel qui n’est pas formellement formé aux techniques psychologiques.

Kinésithérapeute

Il privilégie l’auto-rééducation comme modalité du programme d’éducation thérapeutique et la reprise d’activités réalisées selon les modalités issues des thérapies cognitives et comportementales : exposition graduée aux activités évitées, monitorées. . .

Ergothérapeute

Il identifie les mécanismes d’incapacité (liés à la douleur/liés aux déficits ostéo-articulaires). Utilise les techniques comportementales de résolution de problème permettant d’impliquer le patient sur des objectifs fonctionnels ciblés, planification d’activité, stimulation vers le retour aux activités. . .

Infirmière

L’infirmière s’occupe de l’éducation à la gestion des traitements antalgiques et organise le protocole de sevrage des opioïdes. . .

Résultats thérapeutiques attendus [2—4]

Le volume des connaissances accumulées sur les pain management programs a contribué à faire reconnaître ce traitement aussi bien par les professionnels que par les organismes payeurs. Les principaux effets thérapeutiques observés au décours de ces programmes sont énumérés ci-dessous tels qu’ils ressortent des recommandations de la British Pain Society [2], de l’American Pain Society [3] et de l’Agency for Healthcare Research and Quality Department of Health and Human [4].

Les évidences concernant les domaines suivants : amélioration des indicateurs de la fonction physique, du statut fonctionnel général, du niveau d’activités de la vie quotidienne, de la perception de la douleur, de l’humeur. Réduction significative des scores de détresse émotionnelle. Progression des scores d’évaluation de l’efficacité personnelle face au syndrome douloureux chronique et des perspectives négatives liées à la douleur. Le retour au travail est significativement augmenté. Enfin, il existe une bonne efficacité des PMP pour le sevrage des antalgiques, et en particulier des opiacés et des hypnotiques. À la phase de douleurs résistantes aux antalgiques habituels, ils sont une alternative pertinente permettant d’éviter le recours aux morphiniques dans les douleurs chroniques bénignes de l’appareil locomoteur. Enfin, ils sont associés à une réduction du recours aux soins (nombre de consultations). Les données coût-efficacité sont rares, mais les effets positifs ont été démontrés.

Identification des variables du processus qui affectent les résultats [2—4]

Les programmes sont délivrés dans un format de groupe afin de normaliser l’expérience de la douleur, et maximiser les possibilités d’apprentissage entre membres du groupe, et pour en réduire les coûts. . .

La taille du groupe varie, mais la plupart des groupes se situent entre 8 à 12 participants. Il y a peu de recherche pour guider le choix du nombre de participants par groupe. La dynamique de groupe est affaiblie avec de plus petits nombres. Les PMP sont disponibles en ambulatoire ou en hospitalisation, dans les centres de réadaptation.

L’interaction entre les patients et l’équipe multidisciplinaire obéit aux principes comportementaux et cognitifs. Les incapacités sont abordées en termes de conséquences de la douleur sur le bien-être physique, fonctionnel et psychologique de l’individu, et non en termes biomédicaux. Les thérapeutes doivent traiter à la fois les séquelles comportementales et émotionnelles de la douleur. Si l’une des quatre composantes du PMP est absente ou réalisée en dehors de l’équipe pluridisciplinaire, le programme perd de son efficacité. Le personnel de ces programmes doit collaborer étroitement en équipe.

Un déterminant important de l’efficacité des PMP tient dans le fait qu’il réunisse une équipe pluriprofessionnelle formée à la prise en charge des patients souffrant de douleurs chroniques en un même lieu.

Le retour au travail est un objectif important pour beaucoup, mais pas pour tous. Les participants des PMP appliquent le contenu du programme à partir d’objectifs ciblés personnalisés, hiérarchisés (fiche d’autoévaluation), gradués du plus facile au plus difficile et selon la valeur attribuée à la récupération de chaque objectif.  Cette fiche objectivera l’évolution.

Initialement réservés aux patients en échec des autres traitements, il y a un haut niveau de preuves de leur efficacité à une phase plus précoce de la douleur. Par ailleurs, le fait de combiner les moyens actuels de dépistages précoces des personnes à risque de chronicisation à un programme de réadaptation précoce, est jugé rentable.

Il y a un risque de diminution d’efficacité du programme en réduisant sa durée, ou les compétences du personnel, ou en n’incluant pas les 4 composants.

Les programmes externes d’un minimum de 25—30 heures ont produit des preuves d’efficacité, mais des programmes plus intensifs permettent d’atteindre une plus grande amélioration. Par contre, il est impossible de spécifier un nombre minimum d’heures pour qu’un programme soit efficace. Format de groupe: 8 à 12 participants.

Plus le programme est intense et prolongé, plus il a d’effet sur le changement de comportement vis-à-vis de la douleur.

Les économies faites sur la réduction de durée du programme, ou de compétences du personnel réduit l’efficacité du programme.

Il y a de bonnes preuves de l’efficacité des programmes ambulatoires et en hospitalisation.

Orientation du bon patient au bon moment, pour le bon programme

Le taux moyen d’abandon de ces programmes se situe aux alentours de 9 %. Ce constat a amené certains auteurs à améliorer le processus de recrutement des futurs candidats sur deux points [10—12]:

l’amélioration du processus d’adhésion: la consultation d’inclusion sera faite par un ou plusieurs membres du personnel clinique, éventuellement toute l’équipe pour cerner au mieux la façon dont le PMP peut répondre aux besoins de l’individu, et qu’il puisse valider le plan proposé avant de s’y engager

  • L’amélioration du processus de sélection« patient/programme »: à partir d’un profilage des patients en trois niveaux de gravité pronostique croissante bon/moyen/pauvre, Linton et al. [10,11] proposent d’orienter les patients vers l’un des trois programmes d’intensité croissante [12]:
    • Le « standard » non PMP qui associe, support/médicaments/conseil du médecin traitant,
    • Le « PMP léger » qui comporte un peu d’éducation sur la douleur et des conseils pour augmenter le niveau d’activités, 12 sessions de kinésithérapie et d’activités supervisées
    • Le « PMP intensif »: 4 semaines de TCC en hospitalisation/6 h par jour conduites par une équipe multidisciplinaire.

Les résultats de ce profilage ont permis d’identifier les pronostics des patients:

  • Les « patients bons pronostics » ont obtenu de bons résultats quelle que soit l’intensité du programme, de sorte qu’il est plus rentable d’affecter à ces patients le programme thérapeutique « standard » le plus léger
  • Les « pronostics intermédiaires » ont le plus bénéficié des programmes PMP légers et intensifs, mais pas des soins« standard ou ordinaire »
  • Les « mauvais pronostics » ont répondu le mieux au programme de traitement PMP intensifs, avec un taux de retour au travail maximum après 14 mois de 55 %, contre37 % pour ceux qui ont suivi le programme léger

Critères d’inclusion et d’exclusion : le critère d’inclusion est la présence d’une douleur persistante de l’appareil locomoteur entraînant une incapacité fonctionnelle significative (associée à une détresse émotionnelle). Il y a toutefois des critères d’exclusion:

  • Une pharmaco résistance primaire ou des problèmes d’alcool
  • Troubles psychologiques ou psychiatriques qui requièrent une attention urgente, ou qui empêchent l’utilisation de méthodes cognitives et comportementales dans un groupe
  • Handicap sévère qui dépasse les capacités actuelles du patient à participer au programme

Conclusion et perspectives

Parce que la douleur chronique non cancéreuse est considérée aux États-Unis et en Angleterre comme un problème de santé publique majeur, sous la pression des patients et des spécialistes de la douleur, des audits scientifiques et techniques ont été menés pour évaluer la pertinence et l’efficacité de ces programmes, leur positionnement dans la palette des thérapeutiques disponibles pour soulager les douleurs chroniques de l’appareil locomoteur.

Le résultat de ces données conjuguant analyses scientifiques et technologiques permet de valider l’apport thérapeutique de ces programmes pour ces patients. Cette validation s’inscrivant dans le respect d’un cadre thérapeutique technique soumis à labélisation. Leur nouveauté tient au fait que les incapacités sont abordées en termes de conséquences de la douleur sur le bien-être physique, fonctionnel et psychologique de l’individu, et non en termes biomédicaux. Que les thérapies comportementales et cognitives structurent les pratiques de l’équipe des rééducateurs en traitant à la fois les séquelles comportementales et émotionnelles de la douleur.

Les pain management programs ont acquis une reconnaissance des milieux scientifiques et de santé publique anglo-saxonne. L’important travail de validation et de définition de ces programmes par la British Pain Society donne un véritable mode d’emploi opérationnel pour guider la mise en place de ce type de programme en France, et proposer à nos concitoyens douloureux ce type de traitement. Nous en faisons l’expérience pratique depuis une dizaine d’années au sein du Centre de médecine physique réadaptation de Coubert où est implanté un CETD. La version française des pain management programs pourrait s’imposer comme une évidence, en s’inspirant de la démarche de la British Pain Society qui estime utile de réaliser une conférence de consensus sur le sujet tous les quatre ans.

Annexe A. Matériel complémentaire

Le matériel complémentaire accompagnant la version en ligne de cet article est disponible ici:

Le carnet de suivi commun d’une douleur

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

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