Mobilier scolaire et lombalgies chez l’enfant et l’adolescent

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Les lombalgies sont des pathologies qui débutent souvent dès l’adolescence.

Leurs causes sont diverses et le rôle des professionnels de la santé scolaire est primordial dans leur dépistage et leur prévention.

La prévalence des lombalgies chez l’enfant et l’adolescent se situe entre 30 et 50 %.[1]

Pour 8 % d’entre eux, la lombalgie est récurrente voire permanente, interférant avec la vie quotidienne (arrêt des activités physiques et sportives, absentéisme scolaire) [1]. Cette problématique de santé publique a été longtemps rattachée au poids des cartables. Même si ce dernier n’est pas anodin (et n’est toujours pas résolu malgré des décennies de recommandations des différents ministres de l’Éducation nationale [2]), différentes études démontrent la part importante de la position assise dans l’apparition des douleurs dorsales : position assise prolongée en corrélation avec le mobilier scolaire [3].

Le mobilier scolaire au fil du temps

Le mobilier scolaire a peu évolué au fil des années.

Sous Charlemagne, les rares élèves étaient assis par terre et écrivaient sur leurs genoux.

Jusqu’au xixe siècle, le mobilier scolaire se réduit à une grande table pour environ une douzaine d’élèves et des bancs. Une amélioration notable est apportée dans le courant de ce siècle, par souci de la santé des élèves.

Au XIXe siècle, la restructuration normalisatrice de l’enseignement conduit à une rationalisation de l’environnement scolaire. Le savoir médical, la formalisation de normes hygiéniques, les préoccupations architecturales et à l’usage des techniques de la statistique vont s’intéresser à l’équipement matériel de l’écolier, la répartition spatiale des meubles dans la classe. Ainsi, « La promiscuité y est vue comme un danger favorisant l’entretien des contagions et la propagation des épidémies » [4].La table se réduit à deux places et l’éclairage est transformé par l’arrivée de l’électricité. C’est à cette époque que se créent les premiers services de médecine scolaire.

Vers les années 1950, les premiers bureaux à une place arrivent dans les écoles. Cependant, à l’aube du xxie siècle, malgré des années de questionnement et de critique, le débat reste toujours d’actualité [5] : « Les ergonomes travaillent sur la conception d’un mobilier scolaire le plus adapté à la taille et à la tâche de l’écolier […] Seul, le mobilier réglable en hauteur, avec une table permettant de s’incliner ou de s’horizontaliser, pourraient être adaptés à la taille, à la croissance et aux activités de l’élève. Cela implique qu’il puisse se régler selon toutes les hauteurs possibles. » Il s’avère cependant que le mobilier du XIXe siècle, avec des bureaux hauts et des plans de travail inclinés, impliquant une position droite, « était plus adapté à la physiologie rachidienne des enfants que le mobilier actuel » [2].

La prévention des lombalgies à l’école aujourd’hui

La prévention primaire des lombalgies repose sur l ’aménagement de l ’environnement et la formation [6].

Le mobilier ergonomique coûte cher et est fragile. Ne faudrait-il pas alors prendre le problème différemment et se demander si les lombalgies ne sont pas dues aussi à une mauvaise prise en compte de la fatigue de l’enfant ? « Les postures spontanées de l’écolier reflètent son vécu des tâches scolaires.

Plus celles-ci dépassent sa capacité de vigilance ou de compréhension, plus le corps réagit. Le mobilier amplifie les postures spontanées, soit dans le sens de l’aide à la vigilance, soit dans le sens de tension musculaire et de mouvement. Il faut garder l’esprit pour leur prévention et leur traitement que les déformations posturales de l’écolier se constituent d’abord dans la tête avant de se révéler dans le dos. » [7]

Le professeur d’éducation physique et sportive (EPS) est souvent sollicité dans le repérage des enfants à risque. Grâce à sa formation, il connaît la motricité, la posture et la morphologie des enfants [6], et met ainsi en œuvre « l’observation morphologique de l’enfant, pratiquée de façon systématique et répétée durant la période de transformation pubertaire (CM2, 6e, 5e) à la recherche d’une hypercyphose, d’une scoliose, d’une raideur ou d’une incoordination ». Bruno Troussier, rhumatologue membre du Groupe interdisciplinaire de lutte contre les lombalgies, estime qu’« une répartition harmonieuse des cours d’EPS durant la semaine d’école et l’augmentation du nombre d’heures seraient souhaitables pour tenir ces objectifs, à côté de la formation spécifique des enseignants d’EPS » [6].

Des actions de prévention et d’éducation peuvent être mises en place, en collaboration avec la médecine scolaire et les professeurs de sciences et vie de la Terre (SVT) :

  • Recommandation de certaines activités physiques et sportives ;
  • Éducation posturale avec des données d’anatomie et de pathologie de la colonne vertébrale ;
  • Exercices adaptés à la préservation du dos (éducation posturale), aussi bien dans les gestes du quotidien qu’en séances sportives. De rares expériences ont été réalisées en France, notamment en CM1 et CM2. D’autres expériences réalisées à l’étranger ont prouvé leur efficacité [6].

Le rôle primordial des équipes de santé scolaire

Les infirmières et médecins scolaires sont, par leur qualifi cation (reconnue pour leur expertise sur la santé de l’enfant par la création de la médecine scolaire au XIXe siècle), les professionnels qui peuvent le mieux coordonner de tels projets.

Lors de la visite obligatoire de la 6e année, les professionnels de santé scolaire sont amenés à examiner les enfants, à rencontrer les parents et à visiter l’école. Notamment, lors des dépistages, les infirmières scolaires peuvent questionner l’enfant sur son vécu à l’école, son sentiment de bien-être ou de souffrance, expliquer aussi à l’enfant et aux enseignants les causes des lombalgies, et réfléchir ensemble à leur prévention. L’apprentissage des bonnes postures, du bon geste avant l’entrée au CP sera plus bénéfique que la remédiation lorsque les lombalgies sont installées. Faire de la prévention primaire est bien de son rôle propre.

Conclusion

La prévention des lombalgies est un vrai sujet de santé publique, puisque à l’âge adulte leur prévalence peut atteindre plus de 50 % de la population. Une prévention dès le plus jeune âge (10-11 ans), avec du mobilier scolaire adapté, a montré son efficacité. Malgré cela, il semble que peu d’actions soient mises en place en dehors de quelques initiatives [6].

Les équipes médicoscolaires sont, au sein des établissements scolaires, les mieux placées pour dépister, conseiller et prévenir l’apparition des lombalgies chez l’enfant. La prévention de ce problème de santé publique ne relève pas de la seule compétence des kinésithérapeutes et des professeurs d’EPS ; la médecine scolaire doit également jouer un rôle.

À l’heure où les cartables tendent à s’alléger avec l’ère du numérique, la prévention des lombalgies de l’enfant et de l’adolescent doit s’inscrire, dès le plus jeune âge, dans des projets ambitieux et pluridisciplinaires, avec toutes les parties prenantes : élus locaux, parents d’élèves, enseignants, et surtout avec les professionnels de la santé scolaire.

Déclaration de liens d’intérêts: l’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

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