Littérature Scientifique en Santé: une alternative à l’anglais

An alternative in French to browse health scientific literature?

Internet permet aujourd’hui aux professionnels de santé francophones d’accéder à une grande quantité d’informations en français. De nombreux services de documentation en langue française [1]; [2]; [3] ; [4] recensent et permettent d’accéder à la « littérature grise » francophone (à savoir la production de toutes les instances du gouvernement, de l’enseignement et la recherche publique, du commerce et de l’industrie, qui n’est pas contrôlée par l’édition commerciale), et notamment aux recommandations de bonnes pratiques ou aux thèses. À l’inverse, pour les articles scientifiques, la plupart des services sont en anglais… même lorsque l’on recherche des références francophones. Cela peut sembler logique au vu de la prédominance de l’anglais dans les sciences de la santé, mais est ce judicieux ? Pubmed, Google Scholar, PASCAL, Web Of Science… Chaque base de données a des limites linguistiques qui rendent son utilisation délicate pour les professionnels de santé francophones. PubMed est intégralement en anglais : la plupart des informations sur les références (titre, résumé, mots clés…), aussi appelées métadonnées, ne sont disponibles que dans cette langue et le moteur de recherche n’est pas adapté au français. La ligne éditoriale de Google Scholar n’est pas explicite et les filtres par langue sont parfois d’une efficacité discutable. La base de données PASCAL n’est plus mise à jour depuis fin 2014 [5]. Web Of Science intègre de nombreuses sources de données mais souffre des mêmes défauts que PubMed. En définitive, il n’existe pas, à notre connaissance, de base de données bibliographiques à jour, couvrant tous les domaines de la santé et prenant en compte les spécificités de la langue française. La visibilité et l’impact des publications en français, incluses dans les bases existantes sont ainsi forcément limités. Leur valorisation, qui repose sur le facteur d’impact des revues, tant en termes de financement de la recherche par les institutions, qu’en termes de carrière pour les auteurs, s’en trouve amoindrie, accélérant encore la disparition des publications en français des bases de données.

Pourtant, lire en français est plus naturel que lire en anglais pour plusieurs dizaines de millions d’individus [6] ; et, malgré sa prédominance, l’anglais est un frein, voire un obstacle à la lecture pour de nombreux professionnels de santé [7] français ou francophones. Les articles de synthèse en français restent plébiscités par le lectorat francophone [8] et permettent une acquisition des connaissances plus aisée. Les publications en français ont encore toute leur utilité ; leur disparition sera sans doute préjudiciable à la mise à jour des connaissances et donc, in fine, à la qualité des soins.

Alors que l’accumulation continue des connaissances rend toute recherche d’information de plus en plus complexe, il est paradoxal d’y ajouter une difficulté : celle de la langue.

C’est de ces constats et de cette inquiétude, partagée par l’Académie nationale de médecine [9] qu’est née l’idée de créer une base de données bibliographiques améliorant la visibilité, l’accessibilité et le dynamisme de la littérature médicale et paramédicale en français. L’acte de naissance du site Internet « LiSSa, Littérature Scientifique en Santé » (URL : http://www.lissa.fr/) a été signé par l’Agence nationale de la recherche en 2015, quand elle accepte de financer, par le programme Technologies pour la Santé (TecSan), le projet de base de données bibliographiques en français (no ANR-14-CE17-0020). Ce projet réunit le service d’informatique biomédicale du CHU de Rouen, le CIC-IT de Lille et trois industriels : Elsevier Masson (EM), Alicante et Sensgates.

Bien qu’en cours de développement, ce site rassemble déjà les références bibliographiques des publications en français présentes dans PubMed, une grande partie des publications santé d’EM en français et des articles publiés dans la revue Exercer. À ce jour, LiSSa englobe 832 446 références, parmi lesquelles plus de 260 000 postérieures à l’an 2000 et 81 239 disposant d’un résumé en français (inexistant dans PubMed). Plus de 600 000 références en français, publiées dans 2769 journaux, ont été extraites de PubMed et intégrées dans LiSSa. Elsevier Masson a fourni des données sur plus de 200 000 références publiées dans 125 revues médicales en langue française, parmi lesquelles près de 70 non indexées dans PubMed.

L’intersection entre le corpus PubMed francophone et les ressources EM est de 154 483 références. Un effort particulier a été porté à la fusion des informations concernant les références de cette intersection, avec un effet positif sur la richesse des métadonnées et sur le nombre de « doublons ».

Ce travail a permis de mettre à disposition, de façon libre et gratuite, la base de données bibliographiques rédigées en langue française sans doute la plus riche existant actuellement dans le domaine de la santé. Les retours obtenus lors de l’évaluation ergonomique semblent indiquer que LiSSa est un outil prometteur pour les médecins.

Le contenu de LiSSa est sa principale force : plus de références que les standards du domaine (à l’exclusion de Google Scholar, déjà évoqué ci-dessus) ; des références plus riches avec plus de métadonnées en français (résumé, lien vers le texte intégral, gratuit ou pas…) ; et une couverture plus large que la biologie/santé, avec l’inclusion de ressources à destination des professions paramédicales, rarement considérées par PubMed. Ainsi, quoique cette base de données s’adresse surtout aux médecins qui lisent de la documentation en français plutôt qu’en anglais, elle concerne aussi les autres professionnels de santé. L’ensemble rédigé en langue française est plus accessible aux francophones et plus à même de répondre à leurs besoins d’information. Nous avons pris contact avec les principaux éditeurs de journaux en français, outre EM, pour étendre encore notre couverture et pallier nos manques (Annales françaises de médecine d’urgence par exemple).

Des actions spécifiques de formation ont déjà été menées à la Cité de la Santé, dans une école de kinésithérapie de Berck et dans 3 départements de médecine générale (Rouen, Lille et Nice). Le projet a pour objectif d’étendre ces formations à la moitié des facultés de médecine françaises avant fin 2017. Nous visons enfin une extension à l’ensemble des pays francophones via une collaboration avec l’Agence universitaire de la francophonie.

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