La pratique régulière d’un sport est-elle recommandée

au patient asthmatique ?

Asthme et sport, une association bénéfique

La pratique régulière d’un sport est recommandée au patient asthmatique. Elle lui permet de développer sa capacité pulmonaire et de renforcer ses muscles respiratoires. Toutefois, le respect de certaines précautions est indispensable. Un bon contrôle de l’asthme est notamment impératif avant le démarrage de l’exercice. Le compétiteur prenant un traitement antiasthmatique à base de médicaments contenant une substance interdite doit obtenir une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques.

Mots clés – asthme; asthme d’effort; dopage; exercice physique; sport; traitement anti-asthmatique

Sébastien LABARDE: Docteur en pharmacie Adresse e-mail: labarde.seb@gmail.com (S. Labarde). 51 rue Pierre-Loti, 87100 Limoges, France

Asthma and sport, a beneficial combination. Asthma patients are advised to do regular sport as it enables them to develop their lung capacity and strengthen their respiratory muscles. However, certain precautions must be taken. Proper asthma control in particular is essential before starting any exercise. Competitors taking asthma medications which contain a banned substance must obtain a therapeutic use exemption.

Keywords – asthma; asthma treatment; doping; exercise-induced asthma; physical exercise; sport

L’asthme concerne environ quatre millions de personnes en France, avec une prévalence de 6 à 7% chez l’adulte et de 7 à 15% chez l’enfant. C’est une affection chronique des voies respiratoires qui provoque une inflammation des bronches, une bronchoconstriction et une hypersécrétion de mucus. L’asthme se manifeste par des crises plus ou moins fréquentes et peut constituer une atteinte à la qualité de vie s’il est mal contrôlé.

Cette pathologie est généralement d’origine allergique mais peut également être provoquée par une baisse de la température extérieure ou l’exercice physique [1]. Cet asthme d’effort (ou bronchospasme induit par l’exercice), qui se manifeste quelques minutes après un effort physique intense, résulte d’une hyperventilation prolongée provoquant simultanément un refroidissement et un assèchement des voies respiratoires. Les signes cliniques de cette obstruction bronchique transitoire sont une dyspnée, des sifflements et une toux. Certains symptômes atypiques peuvent évoquer un asthme d’effort comme des quintes de toux, une douleur thoracique ou une diminution de la performance. En dehors d’autres facteurs déclenchants associés, la récupération se fait généralement dans l’heure, mais ce bronchospasme induit par l’exercice peut parfois entraîner une crise grave.

Les bienfaits du sport sur la maladie

Contrairement à une idée reçue, l’activité physique n’est pas déconseillée mais, au contraire, bénéfique au patient asthmatique. Un enfant asthmatique peut et doit faire du sport. En effet, bien que l’exercice puisse être un facteur déclencheur, l’inactivité, qui entraîne le patient dans le cercle vicieux de la sédentarité, est particulièrement délétère.

En arrêtant le sport à cause des gênes respiratoires qu’il rencontre à l’effort, le malade entre dans un état de déconditionnement physique qui potentialise les effets de l’hyper-réactivité bronchique. À l’inverse, la pratique sportive régulière augmente la tolérance à l’exercice en diminuant la dyspnée d’effort et améliore le contrôle de l’asthme. Quant au ré entraînement à l’effort, il permet une diminution de la dose inhalée de corticoïdes chez la moitié des sujets. Enfin, l’exercice diminuerait la prévalence de la maladie [2].

La pratique sportive régulière a des bénéfices multiples sur la physiopathologie de l’asthme: elle augmente les capacités respiratoires en améliorant le débit cardiaque et le contrôle ventilatoire, diminue l’intensité des crises et permet un meilleur contrôle respiratoire. L’asthmatique, comme tout sportif, acquiert peu à peu une meilleure perception corporelle qui lui permet d’identifier précocement les signes d’aggravation de sa pathologie. Au-delà de ces bénéfices physiologiques, l’activité physique a des bienfaits psychologiques et sociologiques non négligeables, puisqu’elle est un facteur de santé et de développement moteur et relationnel. Le sentiment de maîtrise de la maladie ainsi acquis peut permettre au patient de la vivre avec moins d’anxiété. Il ne la perçoit plus comme un handicap, reprend confiance en ses capacités et se sent moins isolé socialement.

Importance de l’éducation thérapeutique

Avant de penser à entreprendre un effort physique, il est nécessaire de bien connaître sa pathologie. Pour cette raison, de nombreuses écoles de l’asthme agréées par la Haute Autorité de santé (HAS) existent en France. Elles proposent des formations sous forme d’ateliers interactifs, dispensées par des professionnels de santé, qui visent à éduquer les patients à la connaissance et à la prise en charge de la maladie [3].

L’éducation thérapeutique a pour objectif de mieux faire connaître les symptômes de l’asthme, ses facteurs aggravants et ses risques, les signaux d’alarme et la conduite à tenir. Les traitements de la crise et de fond ainsi que la technique d’inhalation sont assimilés. Les principes de l’auto surveillance sont aussi évoqués: le débit expiratoire de pointe (DEP), lors duquel le patient peut évaluer son souffle grâce à un débitmètre de pointe ou peak flow, et le test de contrôle de l’asthme (TCA), simple et adapté à l’âge qui permet d’évaluer le niveau de contrôle de la maladie.

Les facteurs de risque bien identifiés

Le bronchospasme n’apparaît pas systématiquement chez l’asthmatique lorsqu’il fait du sport. Il existe un certain nombre de facteurs de risques parmi lesquels:

  • L’hyper réactivité bronchique
  • La durée de l’exercice
  • L’intensité de l’exercice
  • La période d’exacerbation bronchique (contre-indication temporaire)
  • La prise de certains médicaments

Les bêtabloquants, y compris en collyre, et les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) sont susceptibles de déclencher ou d’aggraver une crise d’asthme.

L’environnement joue un rôle très important. L’air inspiré doit être réchauffé et humidifié dans les voies aériennes avant d’atteindre les alvéoles, ce qui explique qu’un air froid et sec limite la pratique sportive de l’asthmatique. Pour cette raison, il faut toujours considérer les conditions climatiques et atmosphériques:

  • Préférer une activité en milieu chaud et humide comme la natation
  • Éviter les sports en altitude où l’oxygène est plus rare
  • Prendre en compte la présence éventuelle d’allergènes; il est donc préférable d’éviter l’exercice un jour de forte pollinisation ou de forte pollution atmosphérique.

Le choix de l’activité physique

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Les activités sportives en piscine sont vivement conseillées car elles occasionnent peu de réactions bronchiques en raison de l’atmosphère chaude et humide, à condition qu’il y ait peu d’émanation de chlore.

Il est nécessaire de choisir une activité adaptée à sa pathologie. Chez l’asthmatique, la plupart des sports sont autorisés même si certains sont plus conseillés que d’autres. Seule la pratique de la plongée sous-marine avec bouteille est interdite, d’une part, parce qu’il est impossible techniquement d’inhaler un médicament au fond de l’eau et, d’autre part, parce que l’air comprimé dans la bouteille contient une forte concentration de substances pouvant déclencher une crise. L’équitation est, quant à elle, déconseillée en raison d’un environnement allergique puissant. La course à pied (activité physique prolongée), le ski de fond, le hockey sur glace et le patinage (climat froid et sec), le football ou encore le rugby sont des sports que le patient asthmatique peut pratiquer, mais qui sont asthmogènes. Il faut donc être vigilant.

Les efforts brefs, entrecoupés de phase d’arrêt, sont recommandés tels que les sports de raquette (tennis) ou de combat (karaté, judo, boxe), le sprint ou la gymnastique. Les activités collectives comme le handball sont bien tolérées (leur dimension sociale est importante), ainsi que le cyclisme (hors compétition), le golf, le ski alpin ou la marche [1].

Les activités sportives en piscine sont vivement conseillées. En effet, la natation, le plongeon, l’aquagym et le water-polo occasionnent peu de réactions bronchiques car l’atmosphère est chaude et humide, ce qui aide les bronches à se détendre. Il faut faire attention cependant en cas d’émanation importante de chlore (chloramine). Les bassins désinfectés avec peu de chlore, voire aucun, et les piscines d’eau de mer ou ouvertes doivent être privilégiés. Les sports en salle sont supportés, à condition que les locaux soient bien nettoyés et aérés.

Apprendre à faire un effort

Faire un effort, c’est apprendre à le préparer: le début et la fin des exercices doivent être progressifs. L’échauffement, qui permet de préparer ses bronches à l’activité physique en accélérant progressivement le rythme respiratoire, est primordial. Il est adapté selon l’individu et le sport : il est d’autant plus progressif que l’activité et les conditions sont asthmogènes. Un échauffement général par des exercices respiratoires favorise la maîtrise du souffle. Il faut penser à bien respirer par le nez pour éviter d’assécher les bronches; l’air inhalé se réchauffe et s’humidifie en passant par les narines avant d’atteindre les alvéoles. Un échauffement par alternance de séquences (d’une à deux minutes) de course lente et de marche est souvent proposé. Des exercices fractionnés, avec alternance, cette fois-ci, de course à haute intensité d’environ trente secondes et de récupération d’environ deux minutes, peuvent également être conseillés. Enfin, une course continue de 15 minutes à faible allure peut permettre aux bronches de s’ouvrir. À la fin de l’exercice, il ne faut pas s’arrêter brutalement afin que les bronches se réadaptent à une respiration de repos.

Faire un effort, c’est apprendre à le réguler: il est question de couple intensité-durée. Les exercices brefs et intenses, ainsi que les exercices prolongés, c’est-à-dire supérieurs à 15 minutes mais faiblement intenses, entraînent peu de risque. Les exercices intenses de six à huit minutes sont les plus asthmogènes. Les courses de longue durée sont susceptibles de déclencher une crise. Il n’est cependant pas souhaitable de les contre-indiquer, mais plutôt d’en adapter l’intensité. Ainsi, l’asthmatique peut courir longtemps à une intensité d’exercice modérée correspondant à une situation de confort respiratoire, c’est-à-dire juste en dessous du seuil de dyspnée (moment où apparaît l’essoufflement), donc à la vitesse que le malade ne doit pas dépasser. Ce dernier doit pouvoir continuer à parler pendant l’effort.

À retenir

L’activité physique doit être adaptée à la tolérance à l’effort et peut être précédée, dix à quinze minutes avant l’exercice, de l’inhalation d’une à deux bouffées de bêta-2 mimétique dans le but de prévenir la crise d’asthme.

Le traitement médicamenteux

Suivant sa gravité, l’asthme nécessite un traitement dont les objectifs sont:

  • D’obtenir le contrôle des symptômes
  • De garantir la pratique normale des activités physiques
  • De maintenir une fonction pulmonaire proche de la normale
  • De prendre en charge les exacerbations
  • D’éviter les effets secondaires du traitement
  • De prévenir la mortalité liée à la maladie

Le traitement est composé d’un traitement de fond administré quotidiennement, même en l’absence de symptômes, et d’un traitement de crise. Le traitement de fond est efficace à long terme sur la fréquence et l’intensité des crises. Il est le seul à pouvoir réduire l’inflammation chronique et restaurer le bon fonctionnement des voies aériennes. Il s’instaure après une évaluation du contrôle et de la gravité de l’asthme menée tous les trois mois par le médecin traitant et une fois par an par un pneumologue. Cette évaluation repose sur les critères de contrôle de l’asthme définis par le programme Global initiative for asthma (GINA) [4]. Elle n’est pas indispensable en cas d’asthme intermittent, mais trouve son indication dans l’asthme persistant léger, modéré et sévère avec des symptômes plus fréquents et une fonction respiratoire altérée.

Les médicaments du traitement de fond sont généralement:

  • Les corticoïdes inhalés (traitement quotidien de base)
  • Les bêta-2 mimétiques de longue durée d’action (uniquement en association synergique avec les corticoïdes inhalés dans un asthme insuffisamment contrôlé par des corticoïdes seuls)
  • Les antileucotriènes administrés par voie orale. Il est également possible d’avoir recours
  • Àla théophylline à libération prolongée (en dernière intention dans le traitement de fond de l’asthme chez l’adulte et l’enfant en raison d’effets secondaires importants)
  • Aux corticoïdes oraux (dans l’asthme persistant ou sur des courtes durées en cas d’exacerbations, à la dose de 0,5 à 1 mg/kg/ jour de prednisolone ou de prednisone pendant cinq à dix jours, ou dans l’asthme aigu grave) [1]

Les médicaments fréquemment utilisés en première intention dans la crise d’asthme sont les bronchodilatateurs bêta-2 mimétiques inhalés de courte durée d’action. Ils soulagent immédiatement en favorisant la décontraction des muscles bronchiques mais ne réduisent pas l’inflammation des bronches. Les anticholinergiques inhalés (ipratropium) peuvent parfois être utilisés.

Dopage et autorisation d’usage à des fins thérapeutiques

Parmi les médicaments utilisés dans le traitement de l’asthme, certains font partie des substances interdites chez le sportif. La liste des substances et méthodes interdites est établie par l’Agence mondiale antidopage (AMA) et publiée par décret [5]. Les bêta-2 agonistes sont interdits en permanence (en et hors compétition), exceptés:

  • Le salbutamol inhalé (maximum 1 600 μg/j)
  • Le formotérol inhalé (dose maximale délivrée de 54 μg/j)
  • Le salmétérol inhalé, conformément aux schémas d’administration thérapeutique recommandés par les fabricants.

Tous les glucocorticoïdes sont interdits en compétition lorsqu’ils sont administrés par voie orale, intraveineuse, intramusculaire ou rectale. Des études sont actuellement menées pour connaître l’influence réelle d’une utilisation de tels traitements chez le sujet sain. Jusqu’à présent, certains travaux mettaient en évidence une absence d’effet chez le sujet sain tandis que d’autres arrivaient à une conclusion opposée.

De nombreux sportifs asthmatiques ont besoin de leur traitement médicamenteux pour pratiquer leur activité. L’usage de ces molécules, pour qu’il soit autorisé si elles font partie de la liste des substances interdites établie par l’AMA, impose au médecin d’accomplir quelques formalités administratives. Créée en 2007, l’autorisation d’usage à des fins thérapeutiques (AUT) permet aux sportifs de prendre un traitement à base de médicaments contenant une substance interdite. Elle doit être obtenue par tout sportif, licencié ou non, pouvant être soumis à un contrôle antidopage. La demande, adressée à l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), est remplie par le patient et son médecin. Elle doit être envoyée au moins trente jours avant le début de la compétition, sauf en cas d’urgence médicale (envoi ultérieur toléré). Elle est examinée par trois médecins experts désignés par l’AFLD qui doivent, pour l’accepter, répondre négativement aux trois questions suivantes:

  • Existe-t-il une alternative au traitement prescrit sans préjudice sanitaire pour le sportif?
  • Le traitement améliore-t-il la performance?
  • L’usage de cette substance est-il la conséquence de la consommation antérieure d’une substance dopante ? L’AFLD notifie directement au sportif la décision d’acceptation ou de refus de l’AUT. Si la demande est validée, il convient de la garder précieusement avec soi et de la présenter à chaque compétition lors de tout contrôle antidopage [6].

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L’autorisation d’usage à des fins thérapeutiques permet aux sportifs de prendre un traitement à base de médicaments contenant une substance interdite.

Conseils à l’officine pour une bonne pratique sportive chez l’asthmatique

  • Ayez toujours dans la poche un traitement d’urgence en cas de crise d’asthme (aérosol type Ventoline®).
  • Ne dépassez pas vos limites.
  • Buvez avant, pendant et après l’effort.
  • Tenez compte des conditions climatiques: évitez le vent, le brouillard, l’air froid et sec, ainsi que la pollution.
  • Respirez bien par le nez et portez un masque ou un foulard sur la bouche si besoin pour réchauffer et humidifier l’air.
  • Privilégiez la respiration diaphragmatique car respirer par le ventre permet de moins solliciter les muscles pour l’activité respiratoire, ce qui augmente la quantité d’oxygène disponible pour l’effort.
  • Pensez à bien vous échauffer.
  • Adaptez votre effort en fonction de votre état général et respiratoire : fatigue passagère, rhume…
  • Ne reprenez pas le sport en période de convalescence de maladie très fatigante pour votre organisme (grippe).
  • Arrêtez l’exercice et prenez rapidement un bronchodilatateur dès que survient une gêne respiratoire, une toux ou encore des sifflements.

Déclaration de liens d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Article extrait de la revue Actualités Pharmaceutiques n° 557 * juin 2016 *

Références

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