La myopie, nouveau mal du siècle

La prévalence de la myopie est en forte augmentation, notamment dans les pays asiatiques. En France, des moyens simples de prévention existent. Un dépistage précoce des troubles permet d’en limiter les désagréments.

Martine Savary, Infirmière scolaire en lycée, 58, Grande-Rue, 95630 Mériel, France.
Adresse e-mail : martine.savary@neuf.fr

En 2012, Le Monde Sciences titrait « La myopie devient une épidémie mondialisée » [1], s’appuyant sur une étude parue dans le Lancet qui soulignait que « près de 90 % des jeunes en fin de parcours scolaire dans les zones urbaines des pays développés d’Asie (Chine, Singapour, Taïwan, Hong Kong, Japon, Corée) présentent une myopie » [2]. Toutefois, les Asiatiques ont une prédisposition génétique à développer cette anomalie. Une étude parue en mai 2015 confirme que l’Europe est également atteinte par cette “épidémie de myopie” et que le niveau d’éducation est positivement corrélé à la myopie [3]. En France, les troubles de la réfraction (myopie) ont une prévalence élevée chez les jeunes enfants : 20 % [4].

Déjà, le 1er juillet 1925, la Médecine scolaire soulignait le caractère néfaste de la scolarité sur le développement de la myopie chez les écoliers [5]. À cette époque, deux éléments étaient mis en cause :

  • Le mobilier scolaire mal adapté (tables trop basses, écoliers couchés sur la table pour écrire) ;

Le mauvais éclairage des salles de classe.

Le rapporteur concluait : « Quand verrons-nous l’enfant, cet être si fragile que la loi oblige à fréquenter l’école, mis dans des conditions qui ne nuisent pas à sa santé . » Aujourd’hui, près d’un siècle plus tard, ces paroles font encore écho.

Mécanisme de la myopie

La myopie est couramment considérée comme un trouble de la vision pour les objets éloignés. Un œil trop long est le plus souvent à l’origine de cette myopie. L’image des objets se forme en avant de la rétine (Figure 1) : la vision de loin est floue, mais elle est nette pour les éléments proches. Ainsi, la lecture est possible sans lunettes, mais plus la myopie est forte, plus il faut approcher le texte des yeux. La personne sans défaut de vision peut voir à l’infini ; chez le myope, le point le plus éloigné de l’œil pouvant être vu net (punctum remotum ) se situe à moins de 5 mètres [6].

Figure 1. Représentation de la vision d’un œil normal (en haut) et d’un œil myope (en bas).


Parmi les symptômes de la myopie, on note : vision floue de loin, nette de près ; étourdissements ; céphalées ; douleur oculaire ; larmoiement excessif ; nécessité de fermer les yeux pour mieux voir.

Les causes de la myopie

Les causes de la myopie sont recherchées depuis de nombreuses années. Si certaines ont été identifiées, d’autres, notamment dans les mécanismes d’apparition, restent pour l’instant inconnues.

Facteurs génétiques

Le risque de développer une myopie est plus important lorsque l’un des parents est myope (1 sur 3), plus encore si les deux parents le sont. Bien souvent, plusieurs enfants d’une même fratrie sont touchés.

Les données d’une cohorte de 45 000 personnes ont permis d’identifier 24 nouveaux gènes spécifiques liés à des troubles de la réfraction comme la myopie et l’hypermétropie. Ces gènes présents chez toutes les populations interviennent dans la structure et le développement de l’œil. Ils seraient « responsables d’un risque 10 fois plus élevé de développer une myopie ou un trouble réfractif » [7].

Ces recherches pourraient permettre de proposer un jour des traitements préventifs de l’évolution de la myopie et de ses complications.

Facteurs environnementaux

Pour certains, la probabilité de devenir myope est corrélée au temps de vision rapprochée sur un écran, jeux vidéo et livres par exemple.

Comme le soulignait l’article de la Médecine scolaire en 1925 [5], myopie et scolarité ne font pas bon ménage. En effet, il apparaît nettement que la prévalence de la myopie augmente dans les pays où la scolarité est longue.

Certains avancent l’hypothèse que l’enfermement pour étudier limite le temps d’exposition à la lumière du jour. Et cette lumière semble avoir un rôle bénéfique dans la prévention de la myopie. Ian G. Morgan et al. semblent confirmer cette théorie [2] : la lumière naturelle du jour favoriserait la sécrétion de dopamine qui éviterait une croissance excessive de l’œil pendant l’enfance.

Les différentes formes de myopie

L’acuité visuelle est mesurée en dixièmes. La puissance oculaire est mesurée en dioptries (D). Ainsi, la correction nécessaire pour :

  • Une myopie faible est inférieure à 3 D
  • Une myopie moyenne se situe entre 3 et 6 D ;
  • Une myopie forte est supérieure à 6 D. ;

Myopie axile et myopie d’indice

La myopie axile est liée à un allongement excessif du globe oculaire. C’est la plus fréquente des myopies ; elle apparaît souvent vers l’âge de 10 ans (myopie dite “scolaire”), puis se stabilise ou évolue peu à l’âge adulte. Elle ne dépasse en général pas -6,00 D [8].

La myopie d’indice est liée à un excès de puissance optique du noyau opacifié du cristallin. Elle peut être associée à la myopie axile [8].

La myopie maladie ou myopie forte

Dans la myopie forte, l’allongement de la partie postérieure de l’œil évolue même pendant la vie adulte : c’est une véritable maladie. Cela implique le plus souvent de porter une correction optique d’une puissance supérieure à 5,5 dioptries. Elle va créer des dommages rétiniens et différents types de complications ( encadré 1) [9].

Le traitement de la myopie

Le traitement de la myopie consiste à corriger le défaut visuel :

  • Par le port de lunettes avec des verres divergents dont la puissance en dioptries et corrélée au déficit de netteté ;
  • Par des lentilles de contact (souples ou rigides) ;
  • Par la chirurgie réfractive, actuellement dominée par la photo-ablation au laser Excimer® pour les myopies faibles ou moyennes.

Le dépistage de la myopie

Le ministère de la Santé souhaite faire passer la prévalence de l’amblyopie (acuité visuelle basse) de 3 à 1 % [10]. Le dépistage des troubles visuels doit être réalisé dès le plus jeune âge par des examens simples, réalisables par le médecin de l’enfant. Les anomalies sont pour la plupart réversibles sous traitement dans les toutes premières années de la vie, notamment grâce à la rééducation qui est d’autant plus efficace que la prise en charge est précoce.

Chez l’enfant plus grand, du fait des difficultés scolaires et de la gêne dans la vie courante, le dépistage de troubles visuels reste de première importance. L’ensemble des professionnels de santé au contact de l’enfant doivent y contribuer, et des repères figurent à cet effet dans le carnet de santé.

Dans tous les cas, si l’enfant ne voit pas bien, il est indispensable de corriger son défaut de vision. Le Dr Hana Abou Zeid, responsable de la polyclinique de l’hôpital ophtalmique Jules-Gonin à Lausanne, prévient : « Si on ne le fait pas, le cerveau peut rester bloqué sur cette vision et l’enfant ne verra jamais plus à 100 %, même avec une correction optique. De même, si la déficience est unilatérale, l’œil n’atteindra jamais la capacité de l’autre, d’où l’importance du dépistage » [11].

Rôle des équipes de santé scolaire

Les équipes de santé scolaire ont par leur mission un rôle prioritaire en ce domaine. Le médecin de l’Éducation nationale1 réalise des bilans de santé qui a entre autres objectifs [12], le dépistage des difficultés susceptibles d’entraver la scolarité des élèves, notamment le dépistage régulier des troubles sensoriels.

L’infirmière peut participer, en fonction de son rôle propre, à la détection précoce des difficultés d’apprentissage de l’élève. Dans ce cas, l’accent doit être mis sur la petite enfance et le début de la scolarité primaire afin d’aider les élèves les plus fragiles. À l’occasion de ce dépistage, elle effectue le dépistage des troubles sensoriels [13].

Conclusion

En Asie, 80 à 90 % des jeunes sont myopes à la sortie du lycée (en France, elle concerne pour l’heure 30 % de ces jeunes adultes). Même s’ils y sont génétiquement prédisposés, cette explosion semble liée à un mode de vie des Asiatiques derrière les écrans et les livres sans exposition à la lumière naturelle.

En tant qu’équipe de santé scolaire, nous avons un rôle déterminant dans la prévention, le dépistage, le conseil aux familles. La myopie devient une épidémie qui envahit la planète, soyons des messagers auprès des parents et des enseignants pour expliquer l’importance de la lumière naturelle pour la vue, mais aussi le rôle néfaste de la lecture et des écrans à haute dose, l’importance de pratiquer un dépistage précoce afin de les orienter vers les spécialistes si besoin.

Déclaration d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet article.

La lecture

Stress en vision de près

L’œil humain emmétrope (sans défaut visuel) est au repos quand il regarde au loin. Pour voir au près (lecture, écriture, dessin), il fait intervenir des mécanismes d’accommodation qui, maintenus d’une façon prolongée, entraînent une fatigue.

Adaptation

Si l’œil en a la possibilité, il s’adapte à la vision de près en devenant myope. La vision est alors confortable de près mais trouble au loin. Pour retrouver une bonne vision de loin, lamyopie est compensée par le port de lunettes.

Cycle myopique

Pour lire, écrire et dessiner, l’œil se retrouve dans la situation de stress qui l’a amené à devenir myope. S’il en a encore la possibilité, l’œil s’adapte à nouveau en devenant plus myope. C’est le cercle vicieux de la myopie adaptative. Dans ce cas, il peut être envisagé de soulager l’accommodation par une compensation différente en vision de loin et vision de près, en veillant évidemment aux conditions ergonomiques et posturales. Un entraînement visuel approprié dans le cadre scolaire sera positif, tant en termes d’efficacité lexique que de prévention du problème.

1 Source : Asnav. Vision et lecture. Paris: Afpssu; 1994. p; 33

Encadré 1. Les complications de la myopie

L’œil myope est plus fragile qu’un œil normal. Parmi les complications de la myopie sont retrouvées :

  • La fatigue visuelle ;
  • Les myodésopsies ou corps fl ottants ou “mouches volantes” ;
  • Le décollement de la rétine ;
  • L’atteinte maculaire ;
  • La cataracte précoce ;
  • Le glaucome.

La myopie est la 4e cause de malvoyance en Europe

La revue de santé scolaire & universitaire Septembre-Octobre 2015 n° 35

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Références

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