Intoxications accidentelles domestiques

C. Pulce: Praticien hospitalier

Centre antipoison, Hospices Civils de Lyon, site Lacassagne, 69424 Lyon cedex 03, France

Résumé

Les intoxications accidentelles domestiques sont fréquentes. Les produits mis en cause sont hétérogènes : médicaments, produits ménagers, plantes, produits d’hygiène et cosmétiques, matériel de bureau, pesticides à usage domestique, etc. Les expositions touchent le plus souvent l’enfant en bas âge, bien que l’adulte ne soit pas épargné par les projections oculaires, cutanées ou les ingestions de produits déconditionnés. Elles restent le plus souvent sans conséquence, ce qui ne doit pas faire oublier les situations les plus à risque du fait des produits (médicaments à faible marge thérapeutique, produits corrosifs comme la soude ou l’ammoniac, bifluorure d’ammonium), du fait des patients (antécédents neurologiques, cardiaques, déficients mentaux, etc.), du fait des circonstances d’intoxication (grandes quantités, produits très concentrés, etc.). Toute exposition doit donc bénéficier d’une évaluation de risque personnalisée qui prend en compte la toxicité des produits, les quantités mises en jeu, le patient, les circonstances d’intoxication et conduit à une prise en charge adaptée.

Mots-clés: Intoxication accidentelle, Accident domestique, Accident de la vie courante, Produits ménagers

Introduction

Ces expositions restent, dans bon nombre de cas, asymptomatiques ou peu sévères, la majorité des produits présents en milieu domestique étant peu dangereux et les quantités mises en œuvre faibles. Il n’en reste pas moins que certaines situations restent plus à risque du fait des produits eux-mêmes (produits corrosifs, produits de bricolage, de jardinage, ou produits ramenés du travail, etc.), du fait des antécédents des patients (pathologies cardiocirculatoires, épilepsie, etc.), de l’ingestion d’une plus grande quantité liée à l’état neuropsychiatrique du patient (autistes, déments, etc.). Toute exposition doit donc bénéficier d’une évaluation de risque personnalisée, prenant en compte le produit, les circonstances d’exposition, le patient et ses antécédents. La conduite à tenir doit être adaptée à cette évaluation, tant en ce qui concerne le lieu de prise en charge que les traitements symptomatiques et/ou spécifiques à mettre en œuvre. Le suivi clinique et la connaissance de l’évolution de toute intoxication grave ou rare vont permettre d’améliorer les connaissances toxicologiques, les données épidémiologiques et d’émettre une alerte rapide devant un phénomène nouveau.Les intoxications accidentelles survenant à domicile sont fréquentes. Les situations d’expositions sont stéréotypées. Elles sont liées aux activités de ménage, de bricolage, de jardinage, aux erreurs thérapeutiques, mais surtout, en dehors d’une activité spécifique, elles touchent l’adulte du fait du déconditionnement d’un produit par exemple, et plus encore l’enfant, du fait de sa non-perception du risque. Ce sont ces expositions, hors d’une activité spécifique, qui constituent plus classiquement les intoxications accidentelles domestiques. Elles surviennent dans toutes les pièces d’habitation de la maison, bien que certaines d’entre elles, comme la cuisine, les W.-C. et la salle de bain, soient plus à risque car lieux de stockage de produits ménagers. D’autres parties de la maison sont pourvoyeuses d’expositions particulières, aux plantes dans le jardin, à des pesticides ou à des produits de bricolage dans la cave ou le garage. Les produits en cause sont, par ordre de fréquence, les spécialités pharmaceutiques, les produits ménagers, les plantes, les produits cosmétiques, etc.

Ces expositions restent, dans bon nombre de cas, asymptomatiques ou peu sévères, la majorité des produits présents en milieu domestique étant peu dangereux et les quantités mises en œuvre faibles. Il n’en reste pas moins que certaines situations restent plus à risque du fait des produits eux-mêmes (produits corrosifs, produits de bricolage, de jardinage, ou produits ramenés du travail, etc.), du fait des antécédents des patients (pathologies cardiocirculatoires, épilepsie, etc.), de l’ingestion d’une plus grande quantité liée à l’état neuropsychiatrique du patient (autistes, déments, etc.). Toute exposition doit donc bénéficier d’une évaluation de risque personnalisée, prenant en compte le produit, les circonstances d’exposition, le patient et ses antécédents. La conduite à tenir doit être adaptée à cette évaluation, tant en ce qui concerne le lieu de prise en charge que les traitements symptomatiques et/ou spécifiques à mettre en œuvre. Le suivi clinique et la connaissance de l’évolution de toute intoxication grave ou rare vont permettre d’améliorer les connaissances toxicologiques, les données épidémiologiques et d’émettre une alerte rapide devant un phénomène nouveau.

Données épidémologiques

Les données épidémiologiques sont peu nombreuses. En 2006, les centres antipoison et de toxicovigilance ont recensé, en France, 197 042 cas d’expositions humaines à un toxique dont 82,5 % étaient des expositions accidentelles. L’analyse de 130 463 dossiers montre que ces expositions accidentelles surviennent à domicile dans 85,1 % des cas. Les accidents de la vie courante et les accidents liés à un défaut de perception du risque, correspondant aux deux circonstances les plus fréquentes de ces accidents domestiques, représentent 60,6 % de l’ensemble des circonstances d’exposition, les erreurs thérapeutiques 10,5 %. Parmi les agents en cause, les spécialités pharmaceutiques (28 %) et les produits à usage domestique (19,2 %) sont les plus souvent impliqués dans les expositions accidentelles. Les substances chimiques (8,5 %) et les produits industriels (7,9 %), qui sont les troisième et quatrième causes d’intoxications accidentelles, sont le plus souvent en jeu dans les intoxications professionnelles ou lors des activités de bricolage. Viennent ensuite les plantes (5,4 %) et les produits cosmétiques (4,4 %). Les produits phytopharmaceutiques (4,2 %) sont plus souvent le fait d’une intoxication professionnelle de l’agriculteur ou accidentelle du jardinier du dimanche. Ces derniers produits sont cependant sources d’intoxications accidentelles de l’enfant lorsqu’ils restent à sa portée, stockés dans le garage par exemple. Les produits alimentaires ou diététiques (3,4 %) et les champignons (2 %) sont parfois impliqués dans les intoxications domestiques [1]. Les intoxications accidentelles, non alimentaires, par ingestion d’un morceau de champignon cru, trouvé dans leur jardin par des enfants, représentaient, à Lyon, 18 % des intoxications par champignons pour les années 2005 et 2006 cumulées. L’ingestion de corps étrangers et de matériel scolaire ou de bureau (respectivement 1,1 et 0,9 % des cas) sont, dans la plupart des cas, le fait d’accidents domestiques. Quel que soit le produit, la classe d’âge de 1 à 4 ans est la plus représentée (46,3 %) [1].

Les centres antipoison français sont sollicités à la fois par des particuliers et par des professionnels de santé. Il est certain que l’ensemble des cas qui leur sont notifiés ne permet pas d’estimer l’incidence réelle des expositions. Les professionnels ne font généralement appel aux centres antipoison qu’en présence d’intoxications inhabituelles pour lesquelles ils ne disposent que de peu d’information, mettant en cause des produits dont ils ne détiennent pas la composition ou lorsqu’ils souhaitent être confortés dans la prise en charge médicale d’une intoxication grave

Ces résultats sont similaires sur un grand nombre de points à ceux d’autres centres antipoison européens et américains. L’exposition a lieu majoritairement au domicile: dans 88,9 % des cas britanniques et 85,5 % des cas belges, quelles que soient les circonstances. Les classes de produits le plus souvent impliquées sont les médicaments et les produits domestiques: respectivement dans 63 et 13 % des cas au Royaume-Uni, et 46,5 et 27,8 % en Belgique, quelles que soient les circonstances [1].

Intoxications accidentelles domestiques

Intoxications médicamenteuses

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Intoxications par produits ménagers

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Intoxication par les produits d’hygiènes et de cosmétiques

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Intoxications par le matériel de bureau

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Intoxications par les produits non classables

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Conclusion

Les intoxications accidentelles survenant à domicile sont fréquentes. Les produits en cause sont hétérogènes et leur dangerosité très variable. Des mesures préventives efficaces peuvent limiter le nombre et la gravité des cas. Ces mesures peuvent être mises en œuvre par les pouvoirs publics. Elles concernent alors l’étiquetage, parfois l’interdiction d’utilisation de certaines substances, plus rarement l’adjonction obligatoire d’amérisant (liquide de refroidissement), les campagnes de sensibilisation au risque. Les mesures préventives concernent bien sûr les fabricants : utilisation de substances moins dangereuses, clarté des étiquetages, bouchons de sécurité, amérisation des produits ayant un goût agréable, etc. Elles concernent aussi les particuliers : lecture des notices avant utilisation, respect des consignes d’utilisation, prohibition du déconditionnement, rangement des produits les plus dangereux hors de la portée des enfants.

Si malgré tout une intoxication survient, les centres antipoison qui détiennent les compositions de milliers de préparations commerciales peuvent être contactés, aussi bien par la famille que par le médecin. En l’absence de détention de cette composition, le fabricant est tenu de la fournir en urgence au centre antipoison qui la réclame. Dans ce cas, l’emballage du produit en cause peut être une source d’information précieuse. Il permet d’identifier formellement le produit (gamme de produits aux noms souvent proches), le fabricant et d’avoir recours à ce dernier pour obtenir la composition. En attendant, l’étiquetage peut donner des indications parfois intéressantes (notamment la notion de « corrosif »). Des éléments de composition, voire des principes actifs précis, dans le cas des produits phytosanitaires par exemple, figurent sur l’emballage. Une fiche de données de sécurité, si elle existe, permet d’identifier le fabricant ou le distributeur, fournit des informations sur les composants dangereux et indique le pH de la solution. Ces différents éléments, ainsi que l’analyse des circonstances de l’intoxication permettent de faire une évaluation du risque personnalisée et de proposer une conduite à tenir adaptée au cas concernant le lieu de prise en charge, les traitements symptomatiques et/ou spécifiques à mettre en œuvre ainsi que les dosages toxicologiques à réaliser.

Déclaration d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts en relation avec cet article.

Références

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Vous venez de lire un extrait de l’EMC  Pathologie professionnelle et de l’environnement.

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