Immunothérapie et cancer : quel impact pour les pathologistes ?

Récente et prometteuse, l’immunothérapie pourrait bien avoir d’importantes implications sur l’activité des pathologistes au cours de la décade à venir. Dans son numéro thématique de février, les Annales de Pathologie y consacrent un décryptage aux angles multiples, coordonné par Frédéric Bibeau et Cécile Badoual.

« Pourquoi un numéro spécial des Annales de Pathologie dédié à l’immmuno-oncologie ? Parce qu’après l’arrivée des thérapeutiques ciblées qui ont défrayé la chronique dans les années 2000, les traitements ciblant le microenvironnement immun vont entraîner des changements au moins aussi importants cette prochaine décennie. Et de façon similaire à ce qui s’était produit, le pathologiste va être naturellement impliqué dans la décision thérapeutique. Celle-ci va s’appuyer, d’une part, sur des éléments pronostiques, telle que la présence ou non d’une réponse immune coordonnée, qu’il aura à charge d’objectiver et qui conditionnera potentiellement l’ajout ou l’abstention d’un traitement adjuvant. Mais elle va, d’autre part, reposer sur la détermination de facteurs prédictifs qui vont rendre éligibles ou non les patients à certaines immunothérapies. La recherche de l’expression de PD-L1 par immuno-histochimie en représente un exemple, et qui sera très probablement suivi de paramètres complémentaires pour mieux sélectionner les patients à traiter. Mais les facteurs liés à la tumeur qu’ils soient pronostiques ou prédictifs (mutations de RASBRAF , d’EGFR , surexpression et mutations d’HER2 pour n’en citer que quelque uns…) seront toujours d’actualité dans le panel de biomarqueurs à fournir au clinicien. Ils constituent même une complémentarité heureuse, lorsque l’on sait que l’accumulation de mutations ou « charge mutationnelle », est un des éléments de réponse à l’immunothérapie, par les néoépitopes immunogéniques qu’elles engendrent. L’approche logique et émergente de l’analyse conjointe des altérations somatiques et du microenvironnement devra peu à peu s’intégrer à nos pratiques, avec les agencements structuraux et fonctionnels que cela suppose.

Le but de ce numéro thématique des Annales de Pathologie est de sensibiliser notre communauté à cette nouvelle discipline, séduisante dans son concept et dans les résultats qu’elle obtient. Pour ce faire, nous vous proposons quelques articles de synthèse sur l’immuno-oncologie, ses principes et une approche par organe, illustrant les stratégies d’aujourd’hui et de demain ainsi que les challenges que nous devrons relever. Cela va entraîner inévitablement quelques superpositions entre les domaines couverts, mais qui sont le reflet de la transversalité de cette discipline, et qui permettront au lecteur d’aborder ce numéro thématique en toute liberté, en retrouvant les prérequis de l’immuno-oncologie à chaque article. La morphologie sera-t-elle oubliée dans ce grand débat? Certainement pas ! L’histoire rebondit et gageons que les nouvelles approches en oncologie permettront d’isoler de nouvelles entités en pathologie… ou inversement. N’oublions pas que Jeremy Jass, pathologiste anglais, avait il y a déjà 30 ans, souligné l’importance de l’infiltrat immun dans les cancers colorectaux [1]. L’histoire n’est qu’un éternel recommencement… »

  1. Jass J.R., Atkin W.S., Cuzick J., et al. The grading of rectal cancer: historical perspectives and a multivariate analysis of 447 cases Histopathology 1986 ;  10 : 437-459

F. Bibeau, C. Badoual

Cliquer ici pour accéder au numéro thématique complet

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