Changement d’heure

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Changement d’heure : adopter l’heure d’hiver permanente est une évidence chronobiologique

"Le changement d’heure semestriel, très impopulaire en Europe, est remis en question. La France rendra son avis en avril 2019. Mais faut-il conserver l’heure d’hiver ou l’heure d’été et qu’en est-il des conséquences sur la qualité de notre sommeil ?"  L’avis du rédacteur en chef de la revue Médecine du Sommeil.

Médecine du sommeil


À la suite du choc pétrolier, en 1976 et afin de réaliser des économies d’énergie en réduisantnotamment les besoins d’éclairage en soirée, la France a adopté le changement d’heuresemestriel.
Nos horloges sont donc, par rapport à l’heure solaire, en avance d’une heure environen hiver et de deux heures environ en été. Plus de 70 pays dans le monde ont adopté lechangement d’heure et cette pratique biannuelle touche plus de 1500 millions de per-sonnes. Aucune étude épidémiologique prospective n’a vraiment démontré l’effet néfastedu changement d’heure, sur le bien-être, la qualité de vie et la santé ! De plus il existe trèspeu d’études rétrospectives qui mettent en avant les effets néfastes de ce changementd’heure semestriel (moins de 50 études sur 40 ans). Néanmoins, c’est surtout le chan-gement d’heure en été qui provoque, la semaine qui suit le décalage, plus d’accidentsautomobiles [1] plus d’infarctus du myocarde [2] et plus d’états dépressifs [3]. Pour ladurée et la qualité du sommeil, les résultats sont moins évidents. Si on s’appuie sur la revuede Harrisson (2013) [4] qui analyse les résultats de 13 études, on peut conclure que la duréedu sommeil est réduite pendant la semaine qui suit le changement que ce soit au printemps (liée à une augmentation de la latence d’endormissement et de l’augmentation de l’éveilintra nuit) mais cette réduction du sommeil est également observée en automne. Ces modi-fications du sommeil touchent essentiellement les sujets qui se plaignent habituellementde leur sommeil ou qui sont sensibles au décalage horaire.
L’étude de Kantermann et al. (2007) [5] montrerait que le système circadien humainne s’adapte pas à l’heure d’été. En effet en hiver, l’heure de lever est calée avec l’aubeet, en été, l’heure de lever est retardée de 3 h par rapport à l’heure de l’aube. Ainsi,le changement d’heure modifierait la relation de phase entre aube et heure de lever. End’autres termes, si le système circadien était réellement adapté à l’heure d’été, les êtreshumains devraient se lever vers 4h30.
Même si le changement d’heure permet des économies en énergie (entre 340—440 GWh)et CO2 modestes (Ademe 2014, https://presse.ademe.fr/2014/10/les-impacts-du-changement-dheure.html), le régime de changement d’heure est très impopulaire :84 % des européens s’opposent au changement d’heure le jugeant très « négatif »(http://europa.eu/rapid/press-release IP-18-5302 fr.htm). Face à ce constat le présidentde la commission européenne, Jean-Claude Junker, a annoncé la fin des changements d’heure et a demandé à chaque état membre de déterminer l’heure qu’il souhaite conserver : heure d’été ou heure d’hiver permanente. Un sondage révèle que 56 % des franc¸ais souhaiteraient adopter l’heure d’été permanente. Dans ce cas les mois d’hiver le soleil se lèverait en fonction de la région (entre Strasbourg et Brest) entre environ 9 et 10 heures du matin et se coucherait entre 17 et 18 heures !! ! (si on reste sur l’heure d’hiver permanente il faut soustraire 1 heure).
La SFRMS, la SFC (Société française de chronobiologie), l’ESRS (European Sleep Research Society), l’EBRS (European Biological rhythms Society) et la SLTBR (Society for Light Treatment and Biological Rhythms) ont déjà pris position en privilégiant l’heure d’hiver permanente (CET, Central European Time, UTC+1 h). Ce choix imposera plus de lumière le matin en hiver et moins de lumière le soir en été ce qui favoriserait une meilleure synchronisation/harmonisation de nos horloges biologiques au calendrier solaire. Cette meilleure synchronisation favoriserait l’atténuation du fameux jetlag social [6]. Il est vrai que le choix de l’heure d’été favorise déjà le retard de phase en été des adolescents et sujets de chronotype vespéral, mais il l’accentuerait également en hiver, cette constatation ne prend pas en compte l’effet de la lumière artificielle en hiver. D’un point de vue chronobiologique, le meilleur choix serait d’adopter l’heure d’hiver permanente.
La France devra transmettre son choix avant fin avril 2019. Actuellement les pays de l’union européenne sont regroupés en trois fuseaux horaires différents : l’heure de l’Europe occidentale (Irlande, Portugal, Royaume-Uni), l’heure de l’Europe centrale (17 pays) et l’heure de l’Europe orientale (Bulgarie, Chypre, Estonie, Finlande, Grèce, Lettonie, Lituanie et Roumanie). Si la France opte par exemple pour l’heure d’été et le Luxembourg, la Belgique ou la Suisse pour l’heure d’hiver, un décalage horaire d’une heure apparaîtra entre ces pays. Ce décalage va toucher un grand nombre de travailleurs frontaliers qui vont obligatoirement subir un jetlag quotidien et avoir possiblement des problèmes de santé associés. Supprimer le changement d’heure, ce n’est pas seulement résoudre les problèmes qu’il pose, mais c’est aussi, renoncer aux avantages qu’il présente, avantages souvent oubliés des débats.
Loin de cette agitation médiatique et populaire, Nature [7] vient de publier un article sur les décisions morales que devront prendre les outils animés par une intelligence artificielle capable d’améliorer/augmenter notre bien-être. Cette étude basée sur une enquête online a proposé plusieurs scénarios d’accidents impliquant les passagers d’un véhicule autonome et différents types de piétons ou obstacles. Plus de 39 millions de personnes de plus de 233 pays se sont connectées sur le site. Les résultats ont porté sur les réponses de moins de 500 000 personnes. Les résultats montrent que les personnes interrogées préfèrent épargner les enfants, les femmes surtout si elles sont enceintes et les personnes ayant un statut social élevé (médecin). À l’opposé, les animaux de compagnie, les criminels, les SDF, les personnes âgées ou obèses sont plus facilement sacrifiés. Ces choix sont modifiés en fonction des variations éthiques interculturelles et trois grands groupes de pays apparaissent : l’est, l’ouest et le sud. Étonnamment la France se trouve dans le groupe « pays du sud » contrairement à la plupart des pays européens et d’Amérique du nord qui font partie du groupe « pays de l’ouest ». Au-delà des résultats, ce travail démontre qu’il sera possible de contribuer à l’élaboration de principes mondiaux et socialement acceptables pour l’éthique des machines. Ceci est d’autant plus important que nous entrions dans une ère où les objets connectéss ont pour mission de promouvoir le bien-être, de diminuer les dommages, mais également de répartir le bien-être qu’elles créent ainsi que les dommages qu’elles ne peuvent éliminer.
La répartition du bien-être et du préjudice crée inévitablement des compromis dont la résolution relève du domaine moral. Dans l’article de Marc Rey, s’agissant du sommeil, apparaissent des solutions, qui, potentiellement, vont améliorer nos performances de sommeil et/ou nos performances cognitives
Au-delà de l’aspect moral quasiment inexistant de ces solutions, prétendant améliorer nos performances de sommeil et souvent élaborées par des multinationales ou des start up, un problème éthique se pose : comment ces entreprises vont-elles utiliser nos données personnelles ? Ces solutions seront-elles utilisées par des catégories de personnes bien précises et favoriseront-elles l’émergence d’humain augmenté ?

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur n’a pas précisé ses éventuels liens d’intérêts.

Références

En savoir plus

Auteur : J. Taillard
CNRS, USR 3413, 33076 Bordeaux cedex, France

© 2018 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Vous venez de lire un article de la revue Médecine du Sommeil Volume 15, Issue 4 de décembre 2018

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