DENTISTERIE ESTHÉTIQUE

traitements mini-invasifs

Il est illusoire de penser que la dentisterie fondée sur la mutilation minimale équivaut toujours à des interventions de dentisterie opératoire minimes se limitant aux procédures les plus simples. Comme le démontre ce cas, une intervention de dentisterie restauratrice fondée sur la mutilation minimale ne fait pas obstacle à l’application de procédures potentiellement complexes telles que la dentisterie implantaire. Une patiente âgée de 58 ans consulte suite à l’absence de l’incisive centrale maxillaire droite (fig. C1.1.1). Cette dent, perdue depuis de nombreuses années à la suite d’un traumatisme, a été remplacée par une prothèse amovible partielle en résine acrylique.

La patiente souhaite vivement envisager une alternative de remplacement pour améliorer l’apparence et la caractérisation de la dent par rapport à celle de la prothèse dont elle dispose jusque-là.

L’examen clinique révèle l’absence de l’incisive centrale maxillaire droite et des quatre dents de sagesse. La denture actuelle est saine et présente de petites restaurations. Aucune carie active n’a été diagnostiquée. Une prothèse amovible partielle en résine acrylique remplace l’incisive manquante. Le feston marginal est correctement ajusté au niveau de l’incisive latérale maxillaire droite et de l’incisive centrale maxillaire gauche adjacente. La prothèse est retenue par un crochet enserrant la première molaire. La dent prothétique est inadaptée, tant du point de vue de la teinte que de la forme et de la taille par comparaison avec les dents adjacentes.

La muqueuse de la crête édentée adjacente aux dents sous la selle de la prothèse est enflammée. Le contour du feston de la prothèse autour des dents adjacentes est un facteur de rétention de la plaque bactérienne causant une perte de l’attache parodontale, la formation de poches de 5 mm de profondeur et l’hémorragie au sondage. Au sourire, on observe une rétraction de la lèvre au niveau du tiers gingival de la denture maxillaire, sans exposition du bord gingival. À la fermeture, le surplomb incisif est augmenté avec une propulsion incisive de 2 mm.

L’examen radiographique (fig. C1.1.2) confirme la perte de support osseux au niveau des dents adjacentes et la réduction du contour alvéolaire au site de la dent absente à la suite de la perte ancienne de la dent. Toutefois, le volume osseux résiduel suffisant permet d’envisager un traitement implantaire.

Des options ont été discutées pour aborder le coût des différentes solutions du remplacement de l’incisive centrale maxillaire:

  • proposition d’une nouvelle prothèse partielle amovible dont la conception préviendra la rétention de la plaque bactérienne et dont le matériau de la dent de remplacement sera personnalisé pour améliorer l’apparence de la nouvelle dent prothétique. Cependant, la patiente souhaite éviter ce type de prothèse bien qu’elle reconnaisse que l’apparence peut être améliorée avec une dent personnalisée
  • proposition d’un pont prothétique fixé en résine collée sur les incisives adjacentes. Cependant, le faible support parodontal des dents adjacentes est préoccupant compte tenu des effets à long terme de la charge supplémentaire exercée sur celles-ci pendant leur utilisation, en tant que telles ou en en tant que piliers de pont prothétique. En outre, l’augmentation du surplomb incisif n’offre pas la surface dentaire nécessaire à l’appui de la prothèse au moyen des ailettes collées sans être obligé de préparer une dent pilier ou d’autres dents ou encore de réduire les incisives antagonistes. La restauration de l’espace occlusal est possible au moyen de traitements orthodontiques ou avec la technique de Dahl dans les cas d’intrusion dentaire
  • traitement implantaire : l’évaluation de l’espace alvéolaire a révélé un volume et une densité osseux suffisants pour placer une racine implantaire. Bien que la hauteur des tissus durs et des tissus mous soit diminuée dans cette région de l’arcade dentaire, la position de la ligne de la lèvre au sourire atteste que le résultat final de la restauration ne posera pas de problème esthétique.

La décision de la restauration implantaire intervient après un entretien bien documenté entre le praticien et la patiente (fig. C1.1.3). L’intervention chirurgicale débute en réclinant un petit lambeau muco-périosté ; elle se poursuit par la préparation du site de l’ostéotomie à l’aide d’une série de fraises appropriées pour se terminer par la pose de l’implant radiculaire dentaire. Le pilier de cicatrisation est ajusté au moment de la pose de l’implant pour éviter une seconde intervention chirurgicale. Pendant la phase primaire de l’ostéointégration, un pont prothétique provisoire collé compense l’absence de la dent. Le traitement des poches parodontales et la mise en œuvre d’un programme d’hygiène bucco- dentaire entraîneront la guérison de l’inflammation des tissus mous de la région des incisives maxillaires et la réduction de la profondeur des poches à 2 mm au bout de trois mois.

Après une période de trois mois d’ostéointégration (fig. C1.1.4), un pilier personnalisé sera préparé pour servir de soutien à une couronne céramo-métallique. Cette dernière sera caractérisée pour harmoniser toute la denture existante et la forme de contour évitera toute interférence pendant les mouvements d’excursion de la mandibule. L’usage de la photographie clinique permet une bonne caractérisation des détails devant être reproduits dans la restauration finale (fig. C1.1.5). Le contour proximal autorisera un nettoyage inter-dentaire aisé et efficace.

Ce cas démontre une approche fondée sur la mutilation minimale pour remplacer une dent en respectant la biologie des tissus de la bouche. En respectant les demandes de confort et d’apparence de la patiente, un implant dentaire peut être placé avec une seule procédure chirurgicale sans être obligé de compenser une perte de tissus mous et minéralisés existants.

Avijit Banerjee Professor of Cariology and Operative Dentistry Honorary Consultant/Clinical Lead, Restorative Dentistry Head, Conservative and MI Dentistry King’s College London Dental Institute at Guy’s Hospital King’s Health Partners London, UK

Pour la version française : Gérard Lévy Doyen honoraire Professeur émérite ondotologie conservatrice, endodontie Faculté de chirurgie dentaire, Laboratoire Éducations et Pratiques de Santé (LEPS EA 3412) Université Paris 13, Université Sorbonne Paris Cité.

© 2017, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

extrait de l'ouvrage DENTISTERIE ESTHÉTIQUE : TRAITEMENTS MINI-INVASIFS

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