Anatomy Trains

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Nous vous porposons de découvrir un extrait de l'ouvrage Anatomy Trains sur la ligne Spirale

Anatomy Trains

Présentation

La Ligne Spirale (LS) ( fig. 6.1 ) enveloppe le corps en deux hélices symétriques, droite et gauche, joignant chaque côté du crâne à l'épaule opposée par le haut du dos, puis tourne autour des côtes pour rejoindre la partie antérieure du corps avant de traverser une nouvelle fois au niveau du nombril et de mettre le cap sur la hanche. À partir de là, la LS est comme une « corde à sauter » ; elle longe la face antérolatérale de la cuisse et traverse le tibia pour rejoindre l'arche longitudinale médiale, passe sous le pied et remonte le long de la face postérolatérale de la jambe jusqu'à l'ischion et jusque dans le myofascia des érecteurs du rachis (de chaque côté, selon la posture ou la position) pour se terminer sur le crâne, tout près de son point de départ.

Fig. 6.1 La Ligne Spirale.

Fonction posturale

La LS fonctionne posturalement pour envelopper le corps dans une double spirale qui permet de maintenir l'équilibre dans tous les plans (fig. 6.2A–C et tableau 6.1). La LS relie les arches du pied à l'angle pelvien et contribue à déterminer un alignement efficace du genou au cours de la marche. Dans les situations de déséquilibre, la LS participe à la création, à la compensation et au maintien des torsions, rotations et bascules latérales du corps. Selon la posture et le mode de mouvement, notamment lorsque la jambe est sensiblement plus lestée, les forces en provenance des jambes peuvent remonter du même côté ou bien passer sur le côté opposé au niveau du sacrum, en particulier dans le mouvement controlatéral de la marche (voir le chapitre 10).
Une grande partie du myofascia de la LS participe aux autres méridiens cardinaux (LPS, LAS, LL) ainsi qu'à la Ligne Brachiale Postérieure Profonde (voir le chapitre 7). La LS est impliquée dans de multiples fonctions, de sorte qu'un dysfonctionnement de celle-ci peut affecter le bon fonctionnement de ces autres lignes. Comme la plupart des gens ont une main, une jambe et un oeil dominants et une main, une jambe et un oeil récessifs, la LS est rarement parfaitement équilibrée d'un côté à l'autre, mais elle est fonctionnellement adaptable avec des tolérances relativement larges.

Fig. 6.2 A. Voies et stations de la Ligne Spirale. B et C. Voies et stations de la Ligne Spirale vues par Primal Pictures. (Images B et C gracieusement fournies par Primal Pictures, www.primalpictures.com.)

Fonction du mouvement

La fonction globale du mouvement de la LS est de créer et gérer des spirales obliques et des rotations dans le corps et, en contraction excentrique ou isométrique, de stabiliser le tronc et la jambe pour leur éviter de se retrouver en collapsus rotationnel.

La Ligne Spirale en détail

Par commodité, nous changerons de tactique et commencerons par détailler la LS depuis sa partie supérieure, en gardant à l'esprit que, in vivo, chacune de ces lignes peut transmettre, et transmet, des forces myofasciales depuis l'une ou l'autre de ses extrémités ou pratiquement depuis chaque « voie » sur toute la longueur de son trajet.
La LS commence sur le côté du crâne, au niveau ou en supérieur du segment latéral de la ligne nuchale, à la jonction entre l'occiput et l'os temporal, plongeant sur le muscle splénius de la tête. En chemin, elle récupère le splénius du cou, rencontrant les processus épineux de C6 à T5 (fig. 6.3A).
En traversant les extrémités des processus épineux par une lame fasciale continue, nous récupérons de l'autre côté les muscles grand et petit rhomboïdes intégrés dans le même tissu (voir fig. Int. 10 et 2.6). (Un lien mécanique plus petit relie le muscle splénius au muscle dentelé postérieur et supérieur plus mince qui est sous-jacent aux rhomboïdes et s'insère sur les côtes juste en latéral des muscles érecteurs du rachis – fig. 6.3B) Les rhomboïdes nous emmènent le long de la même ligne de traction au-dessus du bord médial de la scapula, reliant ainsi le côté gauche du crâne à la scapula droite et vice versa (fig. 6.4).
À partir du bord médial de la scapula, on trouve une connexion fasciale directe avec le muscle infra-épineux et le muscle subscapulaire de la coiffe des rotateurs, que nous explorerons avec les Lignes Brachiales dans le chapitre suivant. La LS se poursuit toutefois sur une connexion fasciale moins évidente mais néanmoins très forte avec le dentelé antérieur, au-dessous de la scapula (fig. 6.5). En dissection, la connexion entre les muscles rhomboïdes et le muscle dentelé antérieur est plus forte et plus « charnue » que la connexion de chacun de ces muscles avec la scapula elle-même.

Tableau 6.1 Ligne Spirale : les « voies » myofasciales et les « stations » osseuses ( fig. 6.2 )

Fig. 6.3

Fig. 6.4 A

Fig. 6.5 Ensemble, les rhomboïdes et le dentelé antérieur, la continuité dans la Ligne Spirale

Les muscles rhomboïdes sont reliés à une bonne portion du dentelé, qui est un muscle complexe avec de nombreuses directions des fibres qui le composent. La voie de la LS, comme décrit ci-dessus, traverse d'abord la portion inférieure du muscle dentelé antérieur. Le dentelé a son origine sur la face profonde du bord médial de la scapula et des insertions sur les neuf premières côtes, mais la partie qui s'insère sur les côtes 5 à 9 assure la continuité spirale que nous suivons (voir la Discussion 2, Ligne Spirale supérieure et posture « tête en avant », en fin de chapitre, pour suivre l'une des autres directions au sein du muscle dentelé). En dissection, la continuité fasciale avec les muscles rhomboïdes est très claire. Si nous pouvions replier la partie glénoïdienne de la scapula et révéler ainsi le muscle dentelé sous-jacent, nous verrions clairement que c'est un seul muscle – le muscle rhomboïde-dentelé, pour ainsi dire –, avec le bord médial de la scapula enchevêtré dans son fascia à mi-chemin environ de son trajet depuis les processus épineux des vertèbres thoraciques supérieures jusqu'aux côtes latérales (fig. 6.6). Si la scapula est détachée des tissus sous-jacents, la connexion entre les rhomboïdes et le dentelé reste très forte (fig. 6.7).

Fig. 6.6

Fig. 6.7

Considérations générales pour la thérapie manuelle

La LS traverse de nombreuses autres lignes en « parasite », ce qui signifie que la plupart des structures impliquées dans la LS participent également aux autres lignes. Les techniques à appliquer au muscle splénius de la tête, au tenseur du fascia lata et aux muscles fibulaires (péroniers) sont présentées au chapitre 5. On trouvera plus de détails sur les rhomboïdes avec la Ligne Brachiale Postérieure Profonde au chapitre 7, sur le muscle biceps fémoral et les muscles érecteurs du rachis au chapitre 3 , et sur le muscle tibial antérieur et les muscles abdominaux au chapitre 4 . Dans ce chapitre, nous nous centrerons sur des techniques complémentaires axées sur des zones propres à la Ligne Spirale.
Les schémas courants de compensation posturale associés à la LS sont les suivants : pronation/supination de la cheville, rotation du genou, rotation pelvienne sur les pieds, rotation de la cage thoracique sur le bassin, épaule surélevée ou inclinée antérieurement, et bascule, inclinaison ou rotation de la tête.

Muscle rhomboïde-dentelé

Le muscle rhomboïde-dentelé (l'écharpe rhomboïdedentelé antérieur) montre souvent un déséquilibre médiolatéral ou latéro-latéral qui peut être corrigé manuellement.

Prenons d'abord les différences médio-latérales : un schéma courant est que les rhomboïdes sont verrouillés en position étirée (excessivement étirés, chargés excentriquement) avec les dentelés verrouillés en position raccourcie (chargés concentriquement), éloignant la scapula du rachis. Ce schéma se manifestera couramment chez les bodybuilders et chez les personnes qui ont une tendance à la cyphose rachidienne (courbure thoracique antérieure). Dans ce cas, le thérapeute s'efforce d'allonger les dentelés tandis que le patient engage les rhomboïdes.
Faites asseoir votre patient sur une table basse ou sur un banc, avec les pieds au sol et les genoux plus haut que les hanches. Demandez-lui de se pencher légèrement en avant, en flexion de buste à mi-poitrine. Placez-vous derrière lui de façon à ce que votre thorax soit proche de son dos. (Mettez un oreiller entre vous si cette situation est inconfortable, mais vous devez être très près de lui pour que cette technique soit supportable pour le praticien et qu'elle fonctionne pour le patient.) Placez vos poings ouverts de chaque côté de la cage thoracique, juste à l'extérieur ou juste sur le bord latéral de la scapula et sur le bord latéral du muscle grand dorsal. Vos phalanges proximales sont posées sur les côtes du patient et parallèles à elles, et vos coudes sont écartés et projetés vers l'avant autant que possible pour que la situation reste confortable. Étirez les tissus qui entourent la cage thoracique vers votre poitrine et vers le dos du patient, en ramenant avec vous le grand dorsal et la scapula en direction de la ligne médiane postérieure. Ne plongez pas dans la cage thoracique ; ramenez plutôt la structure entière de l'épaule autour des côtes. Dans le même temps, demandez au patient de soulever sa poitrine vers l'avant avec une inspiration profonde et fière. Avec un peu de pratique, cela étirera les myofascias du dentelé antérieur et encouragera les rhomboïdes à adopter le bon tonus.

S'il y a un déséquilibre droite-gauche entre les deux scapulas, utilisez le même positionnement, mais accentuez simplement la pression pour créer un changement d'un côté tout en stabilisant à la fois le patient et vous-même de l'autre côté.
Le schéma inverse est moins fréquent, mais encore fréquemment rencontré, lorsque les muscles rhomboïdes sont verrouillés en position raccourcie et les dentelés verrouillés en position étirée. Dans ces cas, les scapulas ont tendance à être hautes et proches des processus épineux, un schéma qui accompagne souvent un rachis thoracique plat (allongé).
Pour aborder ce schéma dans la LS, demandez à votre patient assis de se pencher légèrement en avant (de manière à ce qu'il puisse poser ses coudes sur ses genoux) pour exposer la zone entre le rachis thoracique et le bord vertébral de la scapula. Debout derrière lui, travaillez depuis la ligne centrale en direction de la scapula en utilisant vos jointures de doigts (au niveau des articulations métacarpophalangiennes) ou vos coudes, et réalisez un allongement dans les deux directions en s'éloignant du rachis. Le patient peut aider de deux façons : en repoussant votre pression par un appui sur ses pieds, favorisant ainsi le maintien d'un dos solide et créant plus de rotondité (flexion). Pour obtenir un étirement supplémentaire des muscles rhomboïdes, demandez au patient de s'étirer en avant et de croiser les bras l'un sur l'autre comme s'il donnait une grande et lente accolade à quelqu'un.
Pour insister sur un côté plutôt que sur l'autre, augmentez simplement la pression sur le côté le plus court. Ou alors, croisez vos mains l'une sur l'autre, l'une contre plusieurs processus épineux thoraciques et l'autre contre le bord vertébral de la scapula, puis, en écartant vos mains, induisez un étirement dans les rhomboïdes et le trapèze.

Le complexe des obliques externe et interne

À partir des insertions inférieures du muscle dentelé, notre route est claire : le muscle dentelé antérieur a une forte continuité fasciale avec l'oblique externe (fig. 6.7 et 6.8). Les fibres de l'oblique externe se mêlent à la lame de l'aponévrose abdominale superficielle, qui se poursuit jusqu'à la ligne blanche, où elles rejoignent les fibres de l'oblique interne controlatéral (fig. 6.7). Cela nous amène à notre prochaine « station », l'épine iliaque antérosupérieure (EIAS), et nous donne l'occasion de rejoindre brièvement une voie d'évitement ou, dans ce cas, une rotonde (voir le paragraphe suivant).
Dans l'abdomen, un complexe oblique externe/interne (des côtes abdominales vers le bassin controlatéral) peut être visiblement plus court que l'autre (fig. 6.9). Positionnez la pulpe des doigts dans les couches superficielles du fascia abdominal et soulevez-les en diagonale vers le haut en direction des côtes opposées. Cela servira habituellement à corriger ce déséquilibre, bien que les schémas de compensation plus complexes impliquent souvent aussi le muscle psoas (voir le chapitre 9).

Fig. 6.8

Fig. 6.9 Les connexions de la Ligne Spirale en action dans l'abdomen

La rotonde : l'épine iliaque antérosupérieure

La LS passe au-dessus de l'épine iliaque antérosupérieure (EIAS), atteignant là une station, avant de descendre le long de la jambe. L'EIAS est d'une importance capitale pour l'analyse structurelle en général, et pour la théorie de la continuité myofasciale en particulier, et nous devons là marquer une pause pour repérer les diverses tractions mécaniques à partir de ce point. L'EIAS peut être comparée à une horloge ou une boussole, mais comme nous sommes pris dans les représentations ferroviaires pour cet ouvrage, nous l'appellerons une rotonde (voir fig. 2.11B).
L'oblique interne tire l'EIAS dans une direction supéromédiale (voir fig. 2.11A). D'autres fibres de l'oblique interne ainsi que les fibres du transverse de l'abdomen tirent directement en direction médiale. D'autres fibres de l'éventail de l'oblique interne, plus la corde fibreuse du ligament inguinal, tirent en direction inféromédiale. Le muscle sartorius, qui s'insère sur l'EIAS sur son trajet vers la partie médiale du genou, tire principalement en inférieur et légèrement en médial. L'iliaque, qui s'insère sur le bord médial de l'EIAS, tire vers le bas en direction de la face médiale du fémur.
Le droit fémoral, comme nous l'avons noté dans la discussion sur la Ligne Antérieure Superficielle, ne s'insère pas sur l'EIAS chez la plupart des gens ; il exerce toutefois une traction inférieure en antérieur de la hanche à partir de son insertion, un peu plus inférieure, sur l'épine iliaque antéro-inférieure (EIAI). Le tenseur du fascia lata tire en inférolatéral sur son trajet en direction de la face latérale du genou. Le moyen glutéal tire en inféropostérieur en direction du grand trochanter ; le transverse de l'abdomen tire en postérieur quasi à l'horizontale le long de la crête iliaque ; et l'oblique externe tire en supéropostérieur en direction du bord inférieur de la cage thoracique.
Parvenir à équilibrer toutes ces forces autour de l'avant de la hanche à la fois en position debout et à la marche nécessite un oeil attentif, un travail progressif et beaucoup de patience. Cet équilibre implique au moins trois des lignes des Anatomy Trains : cette Ligne Spirale, la Ligne Latérale, la Ligne Antérieure Profonde et, par connexion mécanique, la Ligne Antérieure Superficielle. Une bonne évaluation implique de prendre en considération une ronde de tractions sans cesse changeante, créée par une multitude d'unités myofasciales au travers de chaque hémibassin semi-indépendant.
Du fait des nombreuses tractions et trajectoires en compétition pour fixer la position de l'EIAS, la LS ne parvient pas toujours à communiquer entre sa trajectoire supérieure (le tronçon allant du crâne aux côtes et des côtes à la hanche que nous venons d'aborder) et sa trajectoire inférieure (la « corde à sauter » autour des arches que nous allons aborder maintenant). En conséquence, nous évaluons et nous considérons souvent séparément les deux moitiés de cette ligne.

Anatomy® Trains
© 2018, Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés

Vous venez de découvrir un extrait de l'ouvrage Anatomy® Trains, Les méridiens myofasciaux en thérapie manuelle

Licensed Massage Therapist (LMT)
Nationally Certified in Therapeutic Massage and Bodywork (NCTMB)
Certified Rolfer® (ARP)
Practitioner and Lecturer
Director, Kinesis Incorporated
Maine, États-Unis

Illustrations par Graeme Chambers, Debbie Maizels, Philip Wilson
Traduit de l'américain par IPAC GROUPE INTERNATIONAL - KRAUS BIOMEDICAL
Relecture scientifique Philippe Gadet, D.O

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