Egalité enfants handicapés

Enfants handicapés, à quand une réelle égalité?

Clarisse Grataloup: Élève de terminale économique et sociale

Alicia Violet: Élève de terminale littéraire

Si la maladie et le handicap blessent la vie de bien trop d’enfants, certains subissent une autre violence, invisible mais bien réelle. Entre handicap et éducation, la véritable injustice se situe en effet bien souvent dans l’impossible accès à des structures adaptées.

Mots clés – citoyen; droits de l’homme; école; enfant; handicap. When will there be real equality for disabled children? While disease and disability affect the lives of far too many children, some are subjected to another, invisible but nonetheless real, form of abuse. Between disability and education, the real injustice often lies in the lack of access to adapted structures.

Keywords – child; citizen; disability; human rights; school

Imaginez une petite fille parmi tant d’autres, avec ses rêves et ses angoisses, ses illusions et ses tentations, ses défauts et ses qualités. Imaginez une petite fille encore innocente, la peur du regard des autres inexistante et le goût de vivre sur les lèvres. Imaginez une petite fille assoiffée de connaissances, d’expériences et de réussite. Mesdames, Messieurs, permettez-nous de vous soumettre cette question: qu’est-ce qui, d’après vous, distingue cette petite fille d’une autre?

« Impossible de le savoir », nous direz-vous. En effet, à première vue cette description pourrait convenir à chaque enfant, ce que nous concevons, seulement nous avons omis une information. Une donnée qui, dans ce monde, fait toute la différence. Un élément constructeur de barrières et destructeur de liens. Cette enfant, prénommée Lydie, souffre d’un handicap psychomoteur, qui l’empêche d’avancer dans la vie simplement. C’est ici que réside la distinction entre Lydie et ses camarades: elle ne peut pas construire son avenir comme la plupart d’entre eux. Et l’un des murs auxquels se heurte Lydie, comme plus de 20 000 autres enfants porteurs de handicap en France, c’est la scolarisation.

Depuis toujours l’école a joué un rôle fondamental dans le développement intellectuel comme social de l’enfant, le guidant vers la réussite et le poussant à voler de ses propres ailes. Pourtant, et il est malheureux de voir que cela se révèle vrai, elle reste l’endroit où les enfants souffrant d’un handicap sont le plus rejetés. Rejetés par leurs camarades eux-mêmes, mais aussi et surtout par le système scolaire français, inadapté à leur situation. Une aide inestimable, un soutien plus appuyé leur est pourtant nécessaire pour progresser. Cependant, la réalité est une toute autre situation. Ce combat contre l’inégalité est redoutable, parents et enfants doivent chaque jour se battre pour enfin avoir le droit d’accéder à une éducation. Cette lutte acharnée se compte en mois, en années, pour obtenir ne serait-ce qu’un rendez-vous ou recevoir l’autorisation de visiter un établissement spécialisé. Mesdames, Messieurs, pensez-vous que cela soit juste dans une société proclamant l’égalité, la liberté et la fraternité comme étant ses valeurs ? Nous, non. Cette situation est une atteinte aux droits de l’homme contre laquelle nous avons le devoir de nous indigner.

Oui, nous nous offusquons tout d’abord de cette lutte démesurée, acharnée, absurde, éreintante menée pour la scolarisation de Lydie. Du haut de ses 11 ans, elle est une petite fille comme toutes les autres, avec ses qualités et ses défauts. Elle est hyperactive, ne cesse jamais de parler et pose des questions sans aucun sens la plupart du temps. Beaucoup se demandent alors s’ils n’ont pas devant eux un futur clown ou un extraterrestre venu jauger la bêtise humaine. Mais elle, elle n’a pas la chance de pouvoir faire tout ce qu’elle aimerait accomplir dans la vie.

Depuis son plus jeune âge, les écoles ne lui ouvrent pas leurs portes facilement alors que la Convention relative aux droits des personnes handicapées, signée et ratifiée par la France, stipule, selon l’article 24, que « les États Parties font en sorte que le système éducatif pourvoie à l’insertion scolaire à tous les niveaux et offre, tout au long de la vie, des possibilités d’éducation » [1]. Comment peut-on alors refuser un enfant à l’école maternelle si de telles lois existent? Et comment voulez-vous qu’un enfant se sente à sa place dans la société si même le système scolaire le rejette? Il aura fallu plus de six années de combat, d’accès de colère et de coups de téléphone anxieux pour que Lydie ait enfin accès à un établissement spécialisé. Comment peut-on laisser des parents vivre dans l’inquiétude, la tourmente quant à l’instruction de leur enfant? Ces questions, Mesdames, Messieurs, ne sont pas récentes et malheureusement, nous continuons de nous interroger aujourd’hui encore. Car oui, les parents de Lydie font face à l’incertitude quant à son avenir. Elle atteindra l’an prochain ses 12 ans et sera donc contrainte de quitter l’Ulis1, qui l’avait accueillie jusque-là. Une demande a pourtant été faite il y a plus d’un an pour un IME2, dispositif adapté à ses besoins, mais aucune réponse n’a été donnée à ce jour, faute d’avoir obtenu l’accord de la MDPH3.

Ses parents devront-ils cesser toute activité professionnelle pour s’occuper d’elle, de la même façon que les parents de Mario, 14 ans, un ancien camarade et ami de Lydie, ont dû cesser de travailler? Devront-ils renoncer à la scolarisation et à l’épanouissement de leur enfant dans la société? Mais surtout, devront-ils encore accepter que les droits de leur fille soient bafoués? Lydie est malheureusement confrontée à ce problème, et nous sommes tous angoissés quant à la réponse que recevront ses parents à la fin de l’année. Pourtant, cette petite fille a droit à un avenir, à une chance de s’épanouir dans la vie adulte. Elle a le droit à des relations sociales, à des camarades de classe… au bonheur, tout simplement. Il est inadmissible que les rêves d’un enfant soient brisés sans argument recevable.

Vous nous direz alors que des lois existent. Il est vrai que le gouvernement français a fait des efforts, et nous le concevons. La loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, contenue dans le Code de l’action sociale et des familles, en est l’exemple même. En affirmant dans l’article 19 « que lui soit assuré un parcours de formation adapté, chaque enfant, adolescent ou adulte handicapé, a droit à une évaluation de ses compétences, de ses besoins et des mesures mises en oeuvre dans le cadre de ce parcours » [2], elle montre la volonté du gouvernement d’améliorer la situation des élèves porteurs d’un handicap. Toutefois, bien que le nombre de postes d’AVS4 et d’enfants handicapés scolarisés ait plus que doublé, nous ne pouvons pas nous empêcher de porter notre regard sur l’inefficacité de cette loi pourtant décrite comme « un changement historique ». Sont-ce les 20 000 enfants encore déscolarisés que nous devons inscrire dans l’histoire, ou bien ces dix années d’attente après 2005 pour obtenir l’obligation d’adapter tout établissement aux normes ? Non, notre gouvernement se doit de respecter sa devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Il se doit aussi de respecter les conventions qu’il a signées et notamment l’article 26 de la Déclaration universelle des droits de l’homme [3]. Il affirme que « Toute personne a droit à l’éducation » ou encore que « L’éducation doit viser au plein épanouissement de la personnalité humaine et au renforcement du respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ». Le système français pense-t-il réellement que la crainte de la déscolarisation pour les enfants porteurs de handicap permet leur développement personnel et renforce leur liberté? Ou bien ferme-t-il les yeux sur ces lois? Cet État démocratique va-t-il enfin nous expliquer pourquoi il tolère que la dignité humaine de ces enfants soit malmenée?

Ainsi, aujourd’hui nous ne plaidons pas seulement pour la scolarisation des enfants souffrant d’un handicap. Nous plaidons pour l’égalité. Nous plaidons pour l’acceptation de toute différence quelle qu’elle soit. Il est temps pour nous, citoyens français, de nous révolter contre les injustices de notre société. Notre gouvernement doit aller au bout de ses actes et affirmer pleinement son désir d’intégrer le handicap dans notre société. Il doit consacrer encore plus de temps et de budget scolaire à cette cause, pour augmenter la capacité d’accueil des établissements spécialisés mais surtout garantir une formation complète et aboutie aux enseignants et aux AVS. De plus, les parents ne peuvent plus vivre dans la préoccupation permanente quant à l’examen de leur dossier par la MDPH. Des délais maximums doivent être fixés par l’État. Enfin, et c’est là que se trouve pour nous l’une des principales failles de ce système, les liens sociaux entre les différents acteurs du parcours de l’enfant doivent être renforcés. Parce que, comme l’affirme l’enseignante de Lydie, « Nous ne sommes pas supposés agir séparément pour le développement de l’enfant, mais en équipe. Notre but n’est pas de se liguer les uns contre les autres, mais de s’unir pour trouver une solution adéquate ».

Il est difficile de grandir avec un handicap, quel que soit le pays où l’on vit. Aussi, nous vous invitons à veiller à ce que chacun accepte la différence comme une richesse et non comme un fléau. Ne perdons pas de vue notre identité commune et affirmons comme Victor Hugo que « L’Humanité a un synonyme: Égalité » [4]. »5

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

http://dx.doi.org/10.1016/j.revssu.2016.04.002

Vous venez de lire l’article Enfants handicapés, à quand une réelle égalité?, extrait de La revue de santé scolaire & universitaire

Références

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