Des activités physiques et sportives en faveur des aînés

Pratique des activités physiques en faveur des personnes avançant en âge

La lutte contre la sédentarité et la pratique des activités physiques pour les personnes avançant en âge s’inscrivent au cœur des enjeux de santé publique

Elles ont pour but de préserver la santé des aînés, d’éviter la surenchère des soins et de prévenir la perte d’autonomie.

Mots clés – activité physique; autonomie; personne âgée; prévention; santé publique

Daniel riviere

Professeur coordonnateur du groupe de travail Interministériel – Hôpital Larrey, Service d’exploration de la fonction respiratoire et de médecine du sport, Clinique des voies respiratoires Hôpital Larrey, 24 chemin de Pouvourville, TSA 30030, 31059 Toulouse cedex 9, France

Promoting exercise and sports activities among the elderly. The fight against sedentariness and encouraging older people to exercise is a major public health objective. The aim is to preserve the health of the elderly, to avoid the excessive cost of care and to prevent the loss of autonomy.

Keywords – autonomy; elderly person; physical activity; prevention; public health

Dans la droite ligne du rapport de Jean-Pierre Aquino, gériatre, “Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société” [1], Valérie Fourneyron et Michèle Delaunay ont installé le 3 juillet 2013, un groupe de travail interministériel: “Dispositif d’activités physiques et sportives en direction des âgés”, et lui ont demandé d’être force de propositions innovantes.

Ce groupe de travail a ainsi effectué un repérage des actions en cours, des freins et des leviers à la pratique des seniors, évalué la qualité des parcours de prise en charge des personnes. Il a porté une attention particulière à la compétence des professionnels, associée à une reconnaissance des rôles de chacun.

Le document remis aux pouvoirs publics et présenté publiquement en janvier 2014 a rassemblé les éléments de synthèse des travaux du groupe, appuyés sur des auditions d’experts mais aussi sur des fiches d’expertise de structures impliquées dans la promotion de la pratique des activités physiques en faveur des personnes avançant en âge. Le présent article a pour but d’en faire un résumé, le rapport complet et ses annexes figurant sur les sites des ministères [1]. Il est nécessaire pour le lecteur d’appréhender que ce texte concerne un rapport présenté début 2014 qui repose sur des travaux et constats antérieurs à cette date ; depuis d’autres travaux ont été consacrés à la population avançant en âge, reprenant pour certains les propositions du groupe de travail.

Le contexte

La population âgée augmente d’année en annés. C’est ce que Jean-Marie Robine, démographe à Montpellier, dénomme la « révolution de la longévité » [2]. Eurostat, l’office statistique de l’Union européenne (UE), précise que la population européenne devrait continuer à vieillir, la part des 65 ans et plus devant passer de 17 % en 2010 à 30 % en 2060, et celle des 80 ans et plus devant progresser de 5 % à 12 % au cours de la même période [3].

L’espérance de vie à la naissance dans l’UE est généralement plus élevée que dans la plupart des autres régions du monde. Elle était en moyenne de 79,7 ans en 2009, atteignant 82,6 ans pour les femmes et 76,7 ans pour les hommes. La progression du niveau de vie ainsi que l’établissement et l’amélioration des systèmes de santé en Europe sont à l’origine de cette augmentation continue. L’espérance de vie à la naissance a augmenté, dans l’UE, d’environ dix ans sur les cinquante dernières années. Les prédictions annoncent que 24 % de la population européenne aura plus de 65 ans en 2020. Se pose donc avec acuité le problème de la dépendance en raison de l’âge. Le taux total de dépendance liée à l’âge est la combinaison des taux de dépendance des jeunes et des personnes âgées. Il s’établissait en 2011 à 49,6 % dans l’UE, signifiant donc que l’on comptait environ deux personnes en âge de travailler pour une personne dépendante. Le taux total de dépendance liée à l’âge le plus bas a été observé en Slovaquie (38,9 %) et le plus élevé en France (54,5 %).

Cette population âgée, si nombreuse, se divise aujourd’hui en 3 groupes avec des formes de passage évolutives:

  • Personnes en bonne santé ou “robustes”
  • Personnes fragiles
  • Personnes dépendantes

Le défi est donc finalement triple: maintenir la population des personnes âgées en bonne santé, “inverser” si possible le statut de personne fragile; donner aux personnes “dépendantes” le plus d’autonomie possible. En d’autres termes apporter à tous la “santé”, telle que définie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS): « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité » [4].

Tous les indicateurs montrent aujourd’hui que l’un des facteurs les plus délétères pour la santé est la sédentarité (qualifiée outre-Atlantique de Sedentary Death Syndrome) et le manque d’activité physique régulière. En effet, il est habituel de différencier aujourd’hui la sédentarité, état dans lequel les mouvements sont réduits au minimum, la dépense énergétique à peu près égale au métabolisme énergétique de repos (comportement physiquement passif), de l’inactivité physique, caractérisée par une absence d’activité physique de loisir chez un sujet actif dans sa vie quotidienne, c’est-à-dire par une activité physique inférieure aux recommandations pour la santé [5]. Le moyen le plus évident pour prendre en compte ce phénomène est donc double: il s’agit à la fois de lutter contre la sédentarité au quotidien mais aussi de pratiquer des activités physiques et sportives (APS) structurées. Depuis dix ans, l’intérêt pour la population avançant en âge a été de plus en plus marqué (encadré 1).

Encadre 1

Les Plans de santé publique en faveur des activités physiques et sportives

2003: Le premier programme national “Bien Vieillir” est mis en place sous l’égide du ministère de la Santé et de la Protection Sociale.

2007: Ce programme devient un plan triennal, le “Plan national Bien vieillir 2007-2009” (PNBV). L’axe 3, “Promouvoir les activités physiques et sportives”, a pour objectif de proposer des mesures pour organiser et inciter à la pratique des activités physiques et sportives chez les personnes âgées de 55 à 75 ans.

2010: Fin du plan “Bien Vieillir”. La thématique qui relevait de l’axe 3 est intégrée à la demande de la direction des Sports, au sein du “Plan national nutrition santé 2011-2015” (PNNS). La thématique est identifiée sous l’axe 2 “Développer l’activité physique et sportive et limiter la sédentarité”.

2013: Michèle Delaunay, ministre déléguée auprès de la ministre des Affaires sociales et de la Santé, chargée des Personnes âgées et de l’Autonomie, confi e une mission au Dr Jean-Pierre Aquino, président du “Comité avancée en âge”, afin qu’il procède à un état des lieux et qu’il propose une synthèse des bonnes pratiques en matière de prévention et d’accompagnement des seniors. Son rapport “Anticiper pour une autonomie préservée : un enjeu de société” [1] a été remis le 11 mars 2013 au Premier ministre. La pratique des APS fait l’objet de la fi che action 12 du rapport. Les APS sont reconnues comme facteurs positifs de santé et participent au renforcement des liens sociaux. Cette fiche identifie 8 mesures qui s’adressent aux personnes de plus de 50 ans. Il est mentionné qu’elles ont pour objectif d’amener les personnes avançant en âge, à atteindre au moins les niveaux de pratique d’activité physique recommandés pour la santé, tout en veillant à réduire les inégalités sociales de santé. Elles visent à les soutenir dans cette démarche, et à créer un environnement propice à la pratique d’activités physiques et sportives [1]. C’est à ces 8 mesures que le Groupe de travail s’est attaché à répondre en termes de propositions pratiques.

La synthèse des travaux

Un constat commun aux 3 groupes de personnes âgées (la mission concernait les plus de 50 ans) a été établi dans le rapport [1] sur la complexité à définir parfaitement ces trois catégories de public, la nécessaire définition des compétences et de la formation nécessaire pour prendre en charge les âgés, la difficulté d’accès vers les offres d’APS, le manque de coordination des acteurs de la santé et du sport et la prise en charge financière des APS dans un parcours de prévention et de soin.

À partir de ce constat, le rapport s’est articulé autour de 3 notions pour la prise en charge de ce public : information sur l’intérêt de lutter contre la sédentarité et de pratiquer des APS, développement des actions adaptées et prise en charge personnalisée, encadrée et prescrite. De plus des travaux de recherche ont été préconisés pour une meilleure connaissance des phénomènes du vieillissement.

Les recommandations

Trente-deux recommandations sont détaillées dans le rapport, divisées en deux parties:

  • Celles “à mettre en place en urgence”
  • Celles “à initier vite mais dont les résultats s’inscrivent dans le temps”

L’ensemble de ces recommandations est valable pour toutes les personnes dites “valides” et celles en situation de handicap, moteur et/ou sensoriel, mental et/ou psychique, avec des adaptations précises. La majorité de ces actions peut s’intégrer dans les Plans sport-santé bien-être, en s’appuyant sur les réseaux et associations locales, ce qui implique un recensement et une reconnaissance de ces structures en fonction d’indicateurs précis.

De façon urgente, il faudrait intégrer, dans le cadre des actes de prévention des contrats responsables des complémentaires santé, la prise en charge d’une consultation préventive d’évaluation de la condition physique, au même titre que le contrôle de l’audition pour les plus de 55 ans. De même, intégrer la prise en charge, par l’Assurance maladie et/ou les mutuelles, des prescriptions et des pratiques d’APS pour les pathologies pouvant conduire à la dépendance chez toutes les personnes en affection de longue durée (ALD).

Il faudrait également mettre en place des campagnes d’information pour les seniors en précisant ce qu’est la lutte contre la sédentarité et en proposant des solutions pour les activités structurées, y compris avec des mesures permissives et/ou incitatives (chèques-activité, mise à disposition gratuite de vélos par les municipalités, ..)

Pour les aînés sans risques de santé identifiés, les principales recommandations sont:

  • D’intégrer dans le cadre des actes de prévention des contrats responsables collectifs la prise en charge d’une consultation préventive d’évaluation de la condition physique, en particulier, dans le cadre des consultations de préretraite
  • De mettre en place un carnet de suivi à partir de 50 ans pour seniors actifs, véritable carnet de “santé sportive”
  • * De s’appuyer sur le monde sportif et sur les commissions Sport et Santé des Fédérations, afin de répondre de façon spécifique aux besoins de la personne et de “mutualiser” les équipements sportifs (locaux de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur, des collectivité locales, des clubs et associations recevant des subventions publiques)

Concernant les personnes fragiles, il est préconisé notamment de reconnaître et de valoriser les actions des aidants par des avantages professionnels et/ou pécuniaires (crédit d’impôts), d’intégrer les APS dans les Soins de suite et réadaptation (SSR) en complémentarité avec les professionnels de la rééducation et d’intégrer auprès des acteurs de proximité (médecin généraliste de premier recours, pharmacien…) la notion d’activité physique pour la santé dans le cadre du Parcours de santé des personnes âgées en risque de perte d’autonomie (Paerpa).

Maintenir l’intégrité et la santé

L’accueil des professionnels qui travailleront en lien avec les équipes soignantes des établissements, en particulier le médecin coordonnateur et le cadre infirmier coordonnateur, en totale complémentarité avec les masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes et psychomotriciens, doit être généralisé.

Il serait judicieux d’inscrire au programme de formation continue du personnel des Ehpad, des formations spécifi ques concernant la pratique d’APS et le maintien des bons gestes au quotidien et de préférence en interprofessionnel.

La place des APS dans l’éducation à la santé, que cela soit dans le cadre des enseignements primaire, secondaire et universitaire, en s’appuyant sur les professeurs d’EPS, mais aussi au cours des études des métiers de la santé et du monde sportif doit être développée.

Il est préconisé également de former les “aidants” à domicile et les auxiliaires de vie. Il serait judicieux d’adapter l’environnement urbain aux modes de déplacement “doux”, comme le vélo, afin de faciliter les activités physiques quotidiennes sans danger pour les personnes vieillissantes, et de promouvoir les travaux de recherche multi-domaines, incluant les études de terrain.

Conclusion

Ce rapport d’étape devrait avoir une suite pour mettre en place le cahier des charges à la base d’une éventuelle labellisation des encadrants et des structures, organiser la réflexion sur les campagnes d’information à destination des âgés, finaliser le recueil des actions pour constituer un annuaire “exhaustif”, assurer un rôle de veille et proposer de nouvelles actions en fonction de l’évolution de la société.

Déclaration de liens d’intérêts

L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Cet article est extrait de la revue Soins Gérontologie N°120 – Juillet/Août 2016

Références

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