Être soignant en contexte de menace terroriste

Regards sur la radicalisation

Depuis 2012, la France a été violemment touchée par différents attentats. Des centaines de morts et de blessés sont à déplorer, des milliers de personnes sont endeuillées et toute une population, bouleversée. Les conséquences sont multiples, notamment celles liées aux pathologies post-traumatiques, connues pour s’inscrire dans le temps et hypothéquer durablement la vie des personnes impliquées.

Si les milieux judiciaires et socio-éducatifs ont été rapidement mobilisés pour tenter de comprendre les causes de la radicalisation, les soignants sont restés, dans un premier temps, en retrait, concentrés sur leur coeur de métier : le soin. Pourtant, l’État demande leur implication croissante et a désigné dans chaque agence régionale de santé un “référent radicalisation” chargé d’impliquer les soignants et de constituer le lien avec les préfectures et les autres structures concernées. Le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb a annoncé sur RTL fin août 2017, suite aux attentats de Barcelone, qu’il souhaitait la « mobilisation des psychiatres et des services de psychiatrie dans la lutte contre la radicalisation » avec la volonté d’établir des « protocoles » ; propos que la ministre des Solidarités et de la Santé Agnès Buzyn, interrogée depuis par Hospimédia1, a atténué en tentant de rassurer les professionnels de la psychiatrie sur sa volonté de poursuivre la lutte contre la stigmatisation des patients présentant des troubles mentaux.

Décréter une obligation d’attention aux signes d’une éventuelle radicalisation de patients ne va pas de soi et ne saurait être suffisant pour envisager des interventions adaptées. Déjà mis à mal par les multiples réformes de santé, nombre de professionnels se sentent perplexes, démunis, voire en colère, face aux injonctions actuelles, souvent comprises comme des demandes ne relevant pas de leur champ d’intervention et les mettant en difficulté dans la relation de soins établie avec les patients.

Dans ce contexte délicat, il est essentiel d’apporter aux professionnels de santé un regard pluriel sur la radicalisation, afin de disposer de repères permettant de mieux comprendre cette problématique complexe qui les engage en tant que soignants et citoyens.

1 Cordier C. Le ministère de la Santé exclut toute modification du cadre d’exercice de la psychiatrie. Hospimédia. 25 août 2017.

Déclaration de liens d’intérêts L’auteur déclare ne pas avoir de liens d’intérêts.

Hélène Romano Docteur en psychopathologie, psychothérapeute HDR, université de Paris X-Nanterre c/o Soins, Elsevier Masson SAS, 65, rue Camille-Desmoulins, 92442 Issy-les-Moulineaux cedex, France Adresse e-mail : romano.helene@orange.fr (H. Romano).

Vous venez de lire l’avant propos du dossier sur la Radicalisation de la revue SOINS d’octobre 2017

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