Cours pour les ECN

Item 32 – UE 2 – Allaitement maternel

Item 32 – UE 2 – Allaitement maternel

I Introduction
II Physiologie de l’allaitement
III Composition du lait maternel
IV Bénéfices de l’allaitement maternel
V Pratique de l’allaitement
VI Contre-indications
VII Arrêt
VIII Complications

Objectifs pédagogiques

  • Expliquer les modalités et argumenter les spécificités de l’allaitement maternel.
  • Préciser les complications éventuelles et leur prévention.

I Introduction

Le lait maternel (LM), aliment naturel du nourrisson, est le modèle de l’alimentation à cet âge, satisfaisant à lui seul les besoins du nourrisson pendant les 6 premiers mois de vie. L’enfant allaité est considéré comme la référence en matière de croissance et de développement.

L’allaitement maternel (AM) est une pratique intime, dont la décision est de la responsabilité de chaque femme. C’est également une question de santé publique, à la lumière des bénéfices scientifiquement démontrés, à court, moyen et long terme, pour la santé de l’enfant et de sa mère. La prévalence et la durée de l’AM en France demeurent cependant parmi les plus faibles d’Europe et ce malgré une augmentation récente. En 2010, le taux d’initiation de l’AM en maternité était de 65 % et la durée médiane de l’AM était de 10 semaines ; l’allaitement n’était poursuivi à l’âge de 4 mois que dans 5 % des cas en France. Les femmes qui allaitent sont souvent plus âgées, primipares, étrangères, avec une profession qualifiée, et ont accouché dans les maternités de grande taille où l’on favorise la proximité du bébé la nuit.

Dans le respect absolu des convictions de chaque femme et pour lui permettre de prendre sa décision dans les meilleures conditions possibles, il est de la responsabilité des professionnels de santé de donner une information claire, objective et loyale sur la pratique de l’allaitement et sur ses bénéfices.

II Physiologie de l’allaitement

Le sein est un organe encore immature à la fin de la puberté. Il est constitué d’un réseau de canaux galactophores drainant des bourgeons épithéliaux non fonctionnels. Au cours de la grossesse le sein va terminer son développement par deux processus :

  • La mammogenèse: par multiplication cellulaire, les bourgeons épithéliaux se transforment en alvéoles, tandis que les canaux collecteurs s’allongent et se ramifient
  • La lactogenèse: les cellules glandulaires se différencient et les éléments nécessaires à la synthèse des constituants du LM se mettent en place

Ces phénomènes sont sous la dépendance d’un ensemble d’hormones: prolactine, œstradiol, progestérone, cortisol, insuline, hormone lactogène placentaire, hormone de croissance placentaire. La sécrétion lactée est alors inhibée par l’effet freinateur sur la sécrétion de prolactine et par action directe sur le sein de l’œstradiol et la progestérone, d’origine placentaire. De ce fait, la lactation ne pourra débuter qu’après la délivrance, où la chute brutale des taux d’œstradiol et de progestérone stimule la sécrétion de prolactine. La lactation s’installe en 2 à 3 jours : c’est la montée laiteuse. Les seins gonflent, deviennent tendus et sensibles, la femme peut présenter une fébricule passagère à 38 °C.

Les tétées vont stimuler la lactation grâce à un réflexe neuro-hormonal partant des terminaisons nerveuses du mamelon, qui provoque à chaque tétée un double pic sécrétoire:

  • De prolactine, qui active la synthèse et la sécrétion des constituants du lait (galactopoïèse)
  • Et d’ocytocine, qui favorise l’éjection du lait en agissant sur les cellules myoépithéliales. Cette sécrétion d’ocytocine a un effet secondaire, celui de stimuler les contractions utérines au décours des tétées

III Composition du lait maternel

Comparativement au lait de vache, elle se caractérise pour le lait mature (au 15e jour) par (tableau 5.1):

  • Une teneur remarquablement faible en protéines, entre 8 et 12 g/L. Ceci témoigne d’une excellente biodisponibilité et d’une parfaite adéquation du profil des acides aminés du LM aux besoins du nourrisson. Le LM contient 3 fois moins de protéines et 6 fois moins de caséine que le lait de vache. Le pourcentage élevé de protéines solubles (60 %) et les micelles de caséine de petite taille expliquent la coagulation plus fine du LM dans l’estomac du nourrisson, contribuant à sa vidange plus rapide. Qualitativement, le LM est caractérisé par sa richesse en α-lactalbumine et sa teneur en lactoferrine, en immunoglobulines, en particulier les IgA de type sécrétoire (0,5 à 1 g/L), en lysozyme et lipase, et β-défensine 1. La β-lactoglobuline, prédominante dans le lait de vache, est absente du LM. Les caséines sont différentes. Il s’agit surtout de la caséine β dont l’hydrolyse conduit à des peptides (caséomorphines) à propriétés opioïdes et de la caséine κ hautement glycosylée, dont la fraction C terminale a des effets bifidogènes. En outre, les composants azotés non protéiques du LM (acides aminés, urée, polyamines, nucléotides) constituent une fraction plus importante de l’azote total (25 %) que dans le lait de vache
  • Une teneur en lipides(35 g/L en moyenne) proche de celle du lait de vache, mais avec une digestibilité et un coefficient d’absorption très supérieurs (80 % contre 60 % pour le lait de vache dans les premiers jours, atteignant rapidement 95 % contre 80 % à 3 mois). Ceci est lié, d’une part à la présence dans le LM d’une lipase activée par les acides biliaires du nouveau-né qui compense, au niveau duodénal, l’insuffisance des lipases pancréatiques, et d’autre part à la structure différente des triglycérides, 70 % de l’acide palmitique (25 % des acides gras totaux) étant en position 2 sur le glycérol, d’où une meilleure absorption sous forme de monoglycérides. Les triglycérides constituent 98 % des lipides du LM, avec une absence presque complète d’acides gras à moins de 10 atomes de carbone et une prédominance des acides gras en C16:0, C18:1, et C18:2. Le LM est particulièrement riche en acides gras essentiels (acide linoléique C18:2 n-6 et α-linolénique, C18:3 n-3) et aussi en leurs homologues supérieurs, en particulier l’acide arachidonique (AA : 0,46 g/100 g d’acides gras) dans la série linoléique (n-6) et l’acide docosahexaénoïque (DHA : 0,25 g/100 g d’acides gras) dans la série α-linolénique (n-3), qui jouent tous deux un rôle important dans les fonctions cérébrales et rétiniennes. Le LM est plus riche en cholestérol (20 à 30 mg/100 mL) que le LV (5 à 10 mg/100 mL). Le cholestérol joue un rôle important dans la structure des membranes, comme précurseur hormonal, et dans le développement cérébral. Cet apport élevé de cholestérol en période néonatale pourrait être bénéfique, en réprimant l’HMG-coA réductase (enzyme clé de la synthèse de cholestérol), ce qui induirait à l’âge adulte une réduction du risque d’hypercholestérolémie
  • Une teneur en glucides de 75 g/L, dont 63 g de lactose et 12 g d’oligosaccharides, alors que le lait de vache ne comporte que du lactose. Ces oligosaccharides constituent une autre originalité majeure du LM. Constitués de 5 sucres élémentaires (glucose, galactose, N-acétylglucosamine, fucose, acide sialique), de structure ramifiée, ils sont au nombre de plus de 200. Ils représentent de véritables prébiotiques et jouent un rôle essentiel dans la mise en place de l’écosystème bactérien colique dominé, chez l’enfant au sein, par les bifidobactéries en particulier Bifidobacterium bifidum, et de ce fait dans la protection vis-à-vis des infections. Ils jouent aussi un rôle important dans la trophicité de la muqueuse colique, par l’intermédiaire des acides gras à courte chaîne, en particulier de l’acide butyrique, libérés par leur métabolisme bactérien
  • Une moindre teneur en sels minéraux (2,5 g/L), 3,5 fois moins que le lait de vache. Ceci, associé à la teneur relativement faible en azote, permet de limiter la charge osmolaire rénale (93 mOsm/L contre 308 mOsm/L pour le lait de vache). Il en résulte une moindre déperdition hydrique par le rein immature, inapte à concentrer les urines pendant les 2–3 premiers mois après la naissance. Il faut souligner la meilleure biodisponibilité d’oligoéléments comme le fer et le zinc en raison de la présence de ligands dans le LM qui facilitent leur absorption ;
  • La présence de facteurs non nutritionnels spécifiques:

– enzymes: présence notamment d’une lipase qui va faciliter la digestion des lipides,

– facteurs de croissance comme l’insulinelike growth factor (IGF-1), le transforming growth factor (TGF), les facteurs de croissance leucocytaire (G-CSF) et surtout l’epidermal growth factor (EGF), qui a une action trophique sur les muqueuses gastrique et intestinale,

– cytokines pro-inflammatoires (TNFα, IL-1β, IL-6, IL-8, IL-12, IL-18, MIF) et anti-inflammatoires (IL-10, TGFβ2),

– nucléotides, qui interviendraient au niveau du métabolisme intermédiaire et de l’immunité,

– cellules immunocompétentes (200–300 000/mL) : macrophages, polynucléaires. lymphocytes T et B,

– galacto-oligosaccharides,

– mais aussi érythropoïétine, protéines de liaison des folates, vitamines, dont la vitamine B12, et hormones, en particulier thyroxine et corticostéroïdes.

Tableau 5.1 Compositions comparées du lait maternel et du lait de vache.

Ainsi, le LM n’est pas un simple véhicule de nutriments; il correspond à un véritable produit biologique.

Sa composition varie dans le temps, selon le stade de la lactation, le moment de la tétée, le terme et l’âge de l’enfant:

  • Le colostrum (sécrétion des 3 premiers jours) est moins riche en lipides et en lactose, avec une densité énergétique moindre (450 à 480 contre 650 à 700 kcal/L).Il est riche en protéines (22 g/L), essentiellement en ce qui concerne les protéines solubles fonctionnelles (IgAs, lactoferrine, différents facteurs de croissance, cytokines), alors que les caséines sont pratiquement absentes, en oligosaccharides (2 fois plus), en sodium, en IgA et en cellules immunocompétentes (10 fois plus), et pauvre en graisses. Tous ces éléments contribuent à protéger l’enfant pendant cette période néonatale précoce où il est particulièrement vulnérable aux infections. Puis, petit à petit, un lait de transition de plus en plus riche en graisses va précéder le lait mature (15e jour environ)
  • La concentration en protéines et en acides gras polyinsaturés (AGPI) est plus élevée dans le lait de mère d’enfant prématuré
  • Au cours de la tétée, les concentrations en graisses et en micelles de caséine augmentent au fur et à mesure que l’enfant tète, contribuant à l’acquisition de la satiété
  • L’alimentation de la mère a peu d’influence sur la composition du LM, à l’exception de la teneur en graisses (en particulier en AGPI), en iode, sélénium, vitamines A et du groupe B
  • La qualité du lait ne dépend pas de l’état nutritionnel de la mère, sauf en cas de carence en vitamine B12 dans l’alimentation maternelle (régime végétalien).

La production de lait représente un coût énergétique pour la mère, compensé par une augmentation des apports énergétiques et surtout une mobilisation des graisses stockées au cours de la grossesse entraînant une perte de poids moyenne d’environ 800 g/mois.

IV Bénéfices de l’allaitement maternel

Les effets bénéfiques de l’AM dépendent du degré d’exclusivité de l’AM, de sa durée et de l’environnement dans lequel il est exercé.

Dans les pays où les conditions économiques et d’hygiène demeurent précaires, l’AM est associé à une réduction considérable de la mortalité infantile, d’autant plus marquée que les enfants sont plus jeunes.

En l’absence d’AM, le risque de décès est respectivement 5,8 fois et 2,6 fois plus élevé chez les enfants âgés de 2 à 3 mois et ceux âgés de 6 à 8 mois.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’AM pratiqué de façon optimale (allaitement exclusif les premiers mois, à la demande, avec tétées fréquentes et introduction appropriée d’aliments de diversification) éviterait plus d’un million de décès d’enfants chaque année.

Dans les pays industrialisés, l’AM est associé, à condition de durer plus de 3 mois, à un moindre risque de diarrhées aiguës, d’otites aiguës et d’infections respiratoires sévères, génératrices d’hospitalisations chez le nourrisson. Cet effet tend à s’estomper à l’arrêt de l’allaitement, et il est moindre après l’âge de 6 mois.

L’AM est associé:

  • À une diminution du risque d’asthme et d’eczéma pendant les 2–3 premières années de la vie chez les enfants à risque d’allergie (ayant au moins un parent du premier degré – père, mère, frère ou sœur – allergique), sous réserve d’une durée d’allaitement d’au moins 3 mois
  • À une diminution du risque de surpoids et d’obésité, de diabète de types 1 et 2, de maladie cœliaque, de maladies inflammatoires du tube digestif et de mort inattendue du nourrisson
  • À une diminution modérée de la cholestérolémie et de la pression diastolique, sans qu’ait été mise en évidence de réduction de la morbidité ou de la mortalité cardiovasculaire

L’OMS a pu montrer que des enfants allaités exclusivement pendant au moins 4 mois, puis partiellement jusqu’à l’âge d’un an, diversifiés à 6 mois et bénéficiant de bonnes conditions d’hygiène et de développement dans un environnement favorable ont, jusqu’à l’âge de 5 ans, une croissance en poids et en taille étonnamment identique malgré la diversité ethnique des populations étudiées.

L’étude a été menée dans six pays géographiquement et culturellement éloignés (Brésil, États-Unis, Ghana, Inde, Norvège et Oman).

L’AM favorise une relation mère-enfant de bonne qualité.

Chez les enfants prématurés, l’alimentation avec le LM (ou du lait de femme provenant de donneuse via un lactarium) favorise la maturation des fonctions digestives et la tolérance à l’alimentation par voie orale.

Elle diminue le risque d’infections en période néonatale et d’entérocolite ulcéro-nécrosante, et contribue à améliorer les performances développementales des nouveau-nés très prématurés.

L’AM a également des effets bénéfiques pour la santé de la mère.

  • La perte de poids et la diminution de la masse grasse sont plus rapides dans les 6 premiers mois du post-partum.
  • L’AM est associé à une diminution de l’incidence du cancer du sein avant la ménopause et du cancer de l’ovaire, du diabète de type 2 et de dépression du post-partum.
  • Il est également associé à une réduction du risque de pathologies métaboliques et cardiovasculaires.

Au total l’OMS recommande un AM exclusif pendant les 6 premiers mois de la vie, et la poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de 2 ans et au-delà si la mère et l’enfant le souhaitent.

V Pratique de l’allaitement

L’information de la mère et du père à ce sujet doit être faite principalement pendant le dernier trimestre de grossesse.

  • À la naissance, il faut privilégier le contact peau à peau le plus tôt possible entre le nouveau-né et la mère, et mettre en route l’allaitement précocement, si possible en salle de travail, selon la demande du nouveau-né et non de schémas d’administration rigides et délétères. Il faut encourager la proximité mère-bébé 24 h/24.
  • La position choisie par la mère doit être la plus confortable possible (assise ou couchée). Le bébé est face à sa mère, ventre contre elle. La bouche du nouveau-né doit prendre largement l’aréole et non le seul mamelon.
  • Hygiène de vie : il faut privilégier des boissons abondantes et une alimentation variée et équilibrée, et éviter tabac, alcool et excitants (café, thé).

Il n’existe aucun médicament ou régime susceptible d’influencer favorablement la sécrétion lactée.

La multiparité, la catégorie socioprofessionnelle du père élevée, l’acquisition du dernier diplôme de la mère à un âge supérieur ou égal à 19 ans et la proximité du bébé la nuit à la maternité sont associés à une durée plus longue de l’AM.

En revanche, le sentiment pour la mère que son lait n’est « pas bon » ou en quantité insuffisante pour son enfant, et l’utilisation de biberons de complément en maternité sont associés à une durée plus courte de l’AM.

Le rôle de l’entourage familial et des professionnels de santé est essentiel.

Certains apports complémentaires sont indispensables, du fait de la faible teneur du LM en ces nutriments :

  • Vitamine K : 2 mg à la naissance, puis entre le 4e et le 7e jour et à un mois
  • Vitamine D : 800 à 1 000 UI/j
  • Les prématurés et les nouveau-nés allaités de faible poids de naissance doivent bénéficier d’une supplémentation en fer à partir de 3–4 mois

La conservation du LM doit répondre à des conditions précises:

  • 4 heures maximum à température ambiante (20–25 °C), 48 heures maximum au réfrigérateur à une température ≤ 4 °C
  • 4 mois au congélateur à une température de – 18 °C. Il ne faut pas congeler du LM qui a déjà été conservé au réfrigérateur. Le LM décongelé doit être consommé dans les 24 heures et jamais recongelé
  • Le LM doit être transporté dans une glacière ou un sac isotherme pour respecter la chaîne du froid.

Lactariums

Ce sont des centres de collecte de lait provenant de donneuses bénévoles. Leurs missions sont en outre d’analyser (vérification de la composition et de l’authenticité, contrôles bactériologiques et virologiques), de traiter (pasteurisation) et de distribuer (essentiellement aux services de néonatologie) le lait recueilli. Les techniques actuelles de pasteurisation (58 °C) et de conservation (congélation ou lyophilisation) permettent de conserver environ 90 % des propriétés immunologiques du LM.

VI Contre-indications

Les contre-indications à l’AM sont rares.

A Liées à une pathologie de la mère

Affection viscérale grave, séropositivité pour le VIH (dans les pays industrialisés) et l’HTLV, tuberculose active. L’infection par le virus de l’hépatite B n’est pas une contre-indication, sous réserve de la vaccination et de l’injection de gammaglobulines spécifiques dès les premières heures de la vie. L’infection par le virus de l’hépatite C n’est pas non plus une contre-indication. Il n’y a pas de consensus sur la conduite à tenir pour l’infection maternelle à CMV en cas de prématurité (< 32 semaines).

B Liées à une pathologie de l’enfant

Galactosémie (déficit complet en galactose-1-phosphate uridyl transférase – Gal-1-PUT). En cas de déficit partiel en Gal-1-PUT ou de phénylcétonurie, de petites quantités de LM peuvent être tolérées, à apprécier dans ce dernier cas en fonction de l’évolution du taux de phénylalanine.

C Liées aux prises médicamenteuses

Il faut d’abord confirmer la nécessité indiscutable de la thérapeutique maternelle et choisir, à efficacité égale, un médicament sans risque pour l’enfant. Même si la plupart des médicaments passent dans le lait, seule une fraction du médicament présent dans le sang sera excrétée dans le lait.

Les médicaments formellement contre-indiqués en cas d’AM sont très peu nombreux : produits radioactifs, lithium, amiodarone, phénindione, néomercazole, rétinoïdes, sels d’or, antimitotiques, amphétamines, xénobiotiques non évalués (phytothérapie « sauvage »).

En cas de prescription de médicaments à une femme allaitante, il faut favoriser les sources d’information spécialisées, actualisées et fiables comme le site de référence sur les agents tératogènes.

D Liées à la pollution environnementale

Les polluants organiques peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire (bisphénol, dibenzofuranes, dioxines, phtalates…), être consommés par la mère et passer dans son lait. Aucun effet adverse n’a cependant été décrit. Les effets bénéfiques du LM surpassent les potentiels effets délétères, ce qui ne doit pas freiner les efforts pour tenter de diminuer l’exposition à ces polluants.

VII Arrêt

L’arrêt tardif de l’allaitement (plus d’un mois après l’accouchement) ne nécessite aucun support médical. Il suffit d’espacer progressivement les tétées en passant par une phase d’AM partiel.

L’arrêt précoce de l’AM (juste après l’accouchement ou après quelques jours) nécessite des moyens médicaux puisque la sécrétion basale de prolactine élevée risquerait d’entraîner rapidement un engorgement mammaire en l’absence de tétées. On utilise un agoniste dopaminergique, inhibiteur de la sécrétion de prolactine : bromocriptine (type Parlodel®) : 2 cp/j pendant 2 à 3 semaines après un début progressif. Ce traitement est contre-indiqué en cas d’hypertension artérielle et peut avoir comme effets secondaires nausées, vertiges, et hypotension orthostatique.

VIII Complications

A Insuffisance de lait

C’est une des principales causes d’arrêt injustifié de l’AM. Ce n’est qu’en cas de stagnation pondérale documentée que l’on évoque une réelle insuffisance d’apports.

  • Insuffisance de lait dite primaire liée à une incapacité maternelle d’origine anatomique ou hormonale à produire du lait en quantité suffisante pour le nourrisson, est exceptionnelle.
  • Insuffisance de lait dite secondaire due à une conduite inappropriée de l’allaitement (faible nombre de tétées) et/ou à une succion inefficace de l’enfant.

La perception inappropriée d’une insuffisance de lait est la situation la plus fréquente. Ce n’est qu’après avoir apporté des conseils et un soutien visant à restaurer la confiance de la mère dans ses compétences et ses capacités, que sera envisagée la prescription de biberons de complément, uniquement en cas de mauvaise prise de poids.

B Engorgement mammaire

Il est contemporain de la montée laiteuse et résulte d’un asynchronisme entre la lactogenèse et les mécanismes d’éjection du lait, encore inefficaces.

Il se traduit vers le 3e jour du post-partum par des seins durs, tendus, très douloureux, associés à une fébricule à 38 °C.

Le traitement consiste à rassurer la mère et à préconiser des douches chaudes sur les seins, des massages circulaires des seins avant les tétées et des pansements antiphlogistiques (type Osmogel®).

L’engorgement régresse généralement en 24 à 48 heures.

C Crevasses du mamelon

Elles sont favorisées par une technique d’AM incorrecte. Il n’y a pas de fièvre, mais la tétée est très douloureuse. L’inspection du mamelon retrouve des érosions superficielles. Il faut réexpliquer les modalités pratiques de l’allaitement, en prenant soin de bien positionner le bébé. L’utilisation de crèmes cicatrisantes n’a pas montré de réelle efficacité. On peut, à la fin de la tétée, étaler sur le mamelon et l’aréole un peu de colostrum ou de lait, aux vertus cicatrisantes et anti-infectieuses.

D Lymphangite ou mastite

Il s’agit d’une inflammation du sein qui peut éventuellement se compliquer d’une infection.

Les signes cliniques sont habituellement unilatéraux. Une partie du sein est rouge, chaude et douloureuse, avec souvent une fièvre élevée (39–40 °C) et/ou un syndrome pseudo-grippal. Elle est souvent favorisée par des crevasses. Le lait est de couleur normale, non purulent.

Il faut vérifier la prise de sein et la technique de succion du bébé.

L’AM peut être poursuivi, sous réserve de bien vider le sein après chaque tétée, en s’aidant éventuellement d’un tire-lait jusqu’à la guérison.

Le traitement symptomatique repose sur l’éventuelle prescription d’antalgiques, l’éventuelle application de chaud ou de froid sur le sein, et sur le repos.

La lymphangite guérit habituellement en 24 à 48 heures. Négligée, elle peut évoluer vers une galactophorite. Les antibiotiques sont inutiles.

E Galactophorite

Elle s’installe progressivement 10 à 15 jours après l’accouchement.

Le sein atteint est globalement douloureux et plus ferme que le sein controlatéral, tandis qu’existe une fièvre modérée autour de 38,5 °C.

Surtout le lait est mélangé à du pus. Il doit donc être tiré et jeté jusqu’à guérison, l’allaitement avec le sein atteint étant suspendu.

Une antibiothérapie per os, active sur le staphylocoque et compatible avec l’allaitement, type pénicilline M (Bristopen®, Orbénine®), sera prescrite pendant 8 jours, associée à des anti-inflammatoires.

F Abcès du sein

Exceptionnel, il est tardif et complique une galactophorite négligée.

Les douleurs et la fièvre se sont majorées.

Le sein est devenu volumineux, rouge, tendu, très douloureux. L’allaitement doit être arrêté.

Le traitement est chirurgical: incision drainage, et antibiothérapie adaptée au germe.

Points clés

  • La prévalence et la durée de l’allaitement en France sont parmi les plus faibles d’Europe.
  • Le lait maternel satisfait à lui seul les besoins du nourrisson pendant les 6 premiers mois.
  • La composition du lait maternel varie selon le terme et l’âge de l’enfant, le moment de la tétée et le stade de la lactation.
  • Le lait maternel contient des facteurs non nutritionnels spécifiques (facteurs de croissance, hormones, cytokines, cellules immunocompétentes…) : c’est un véritable produit biologique.
  • Le principal bénéfice de l’allaitement pour la santé du nourrisson est la réduction du risque de pathologies infectieuses (diarrhées et otites aiguës).
  • L’Organisation mondiale de la santé recommande un allaitement exclusif pendant les 6 premiers mois, et la poursuite de l’allaitement jusqu’à l’âge de 2 ans et au-delà si la mère et l’enfant le souhaitent.
  • Le nourrisson allaité doit recevoir une supplémentation en vitamines D et K.
  • Les contre-indications de l’allaitement sont exceptionnelles, qu’elles soient liées à la santé de l’enfant ou de sa mère.
  • Très peu de médicaments justifient l’arrêt de l’allaitement.
  • Les principales complications de l’allaitement (crevasses du mamelon, mastite) sont prévenues par le respect des bonnes pratiques d’allaitement, en particulier le bon positionnement du bébé.
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