Griffure de lapin et dermatose neutrophilique du dos des mains

Dermatose neutrophilique du dos des mains après une griffure de lapin

K.-C. Ahogoa,∗,b, M. Bataillea, A. Laseka,M. Wantza, D. Lebasa, P. Modianoa

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Neutrophilic dermatosis of the dorsum of the hands after a rabbit scratch

La dermatose neutrophilique du dos des mains est une variante topographique de syndrome de Sweet dont la première description date de 1995 par Struton et al. [1]. Comme le syndrome de Sweet, elle peut être associée à des maladies systémiques (maladies inflammatoires du tube digestif, néoplasies, hémopathies). Un phénomène de pathergie a déjà été rapporté. Nous rapportons un cas original de dermatose neutrophilique du dos des mains dans les suites d’une griffure de lapin chez une patiente présentant une maladie cœliaque.

Observation

Une femme de 63 ans, agricultrice à la retraite, ayant pour antécédent une maladie cœliaque diagnostiquée deux ans plus tôt, consultait aux urgences pour un placard ulcéré du dos de la main gauche évoluant depuis trois semaines. Les lésions étaient apparues une semaine après qu’elle ait été griffée par son lapin domestique. Dans l’hypothèse d’une origine infectieuse, une antibiothérapie probabiliste par amoxicilline-acide clavulanique (1 g × 3/j) avait été prescrite par son médecin traitant pendant 15 jours, sans amélioration.

À l’examen clinique, on notait un placard violine du dos de la main gauche, infiltré et ulcéré en périphérie (Fig. 1). La patiente était apyrétique, avec un état général conservé.

Griffure de lapin et dermatose neutrophilique du dos des mains_1

L’examen somatique ne mettait pas en évidence de placard de dermo-hypodermite, d’adénopathie satellite ou d’arthrite. Il n’y avait pas de signe clinique d’activité de la maladie cœliaque. Les examens biologiques courants étaient normaux, sans hyperleucocytose à polynucléaires neutrophiles ni syndrome inflammatoire biologique. Les prélèvements étaient négatifs en bactériologie standard, mycobactériologie et mycologie. L’examen histologique d’une biopsie cutanée montrait une infiltration dermique massive par des polynucléaires neutrophiles parfois altérés, sans vascularite (Fig. 2). Les colorations spéciales (PAS et Grocott) étaient négatives. La recherche d’une néoplasie ou d’une hémopathie associée était négative (numération formule sanguine, électrophorèse des protéines sériques et tomodensitométrie thoraco-abdomino-pelvienne normales). Les auto-anticorps de la maladie cœliaque étaient positifs (IgA anti-endomysium à 1/160, IgA anti-transglutaminase à 41 U/mL, N < 7 U/mL), témoignant d’un non-respect du régime sans gluten. La patiente refusait toute exploration digestive de sa maladie cœliaque. Le diagnostic de dermatose neutrophilique du dos des mains était retenu. Une corticothérapie systémique à la dose de 1 mg/kg/j de prednisone était introduite, avec une évolution rapidement favorable. La cicatrisation était obtenue en une semaine, maintenue après arrêt du traitement avec un recul de 4 mois sans récidive.

Griffure de lapin et dermatose neutrophilique du dos des mains_2

Discussion

La dermatose neutrophilique du dos des mains est une entité caractérisée par une topographie préférentielle sur le dos des mains et une image histologique comportant un infiltrat neutrophilique dense. Elle a été initialement dénommée « vasculite pustuleuse des mains » en 1995 par Struton et al. [1], devant l’existence d’une vascularite histologique chez les six premiers patients décrits. En 2000, Galeria et al. [2] ont proposé le terme de « dermatose neutrophilique du dos des mains », car la présence histologique de la vascularite est inconstante. De nombreuses formes cliniques ont été décrites : plaques violines, papulo-nodules, vésiculo-pustules. L’atteinte du dos des mains, souvent bilatérale et symétrique, prédomine sur le bord radial. La polynucléose neutrophile et le syndrome inflammatoire biologique sont inconstants [3]. Un phénomène de pathergie a déjà été décrit après piqûre d’insecte [4,5], traumatisme par des épines [6], brûlure [6,7], perfusion [2], prise de sang [8], morsure ou griffure de chat [8]. Le Tableau 1 résume les caractéristiques de ces huit cas où un phénomène de pathergie est documenté. Nous pensons que le terme de dermatose neutrophilique du dos des mains est plus approprié que celui de syndrome de Sweet acral car les aspects cliniques de différentes dermatoses neutrophiliques peuvent être mêlés, comme ici celui du pyoderma gangrenosum.

L’association d’une dermatose neutrophilique du dos des mains et d’une entérocolopathie inflammatoire (maladie de Crohn, rectocolite hémorragique) est bien connue. Les dermatoses neutrophiliques ont en revanche rarement été associées à une maladie cœliaque ; on n’en trouve que deux cas décrits dans la littérature, l’un avec un pyoderma gangrenosum [9] et l’autre avec un syndrome de Sweet [10], mais aucun spécifiquement avec une dermatose neutrophilique du dos des mains.

Les mécanismes responsables de l’infiltration neutrophilique tissulaire ne sont pas connus. Une prédisposition génétique, des agents infectieux et des facteurs néoplasiques ou immunitaires seraient responsables d’un dysfonctionnement des polynucléaires neutrophiles. De façon intéressante, les immunoglobulines de type IgA pourraient avoir un rôle dans l’activation des neutrophiles dans certaines dermatoses neutrophiliques telles que l’erythema elevatum diutinum [11], la pustulose sous-cornée [12] ou le pyoderma gangrenosum [13]. En effet, les polynucléaires neutrophiles portent des récepteurs spécifiques pour les IgA. Par leur capacité de liaison aux polynucléaires, les IgA pourraient entraîner une activation des polynucléaires neutrophiles et un relargage des cytokines inflammatoires [13]. Chez notre patiente, l’hypothèse d’une activation des polynucléaires neutrophiles par les auto-anticorps de type IgA de la maladie cœliaque, favorisée par un phénomène de pathergie, pourrait être envisagée.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

Références

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Vous venez de lire un article de la revue Annales de Dermatologie et de Vénéréologie

© 2017 Published by Elsevier Masson SAS.

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