Oral du concours infirmier : le parcours de Christelle

Vous connaissez maintenant l’enchaînement « faits – sentiments – opinions »:

  • J’ai vécu → j’ai découvert, j’ai fait
  • J’ai ressenti → j’ai aimé ça, je me suis senti reconnu, je me suis réalisé
  • J’ai compris → c’est un métier que j’aime
  • Alors j’ai décidé de…

Mais est-ce si facile quand il s’agit de vous-même et de votre propre expérience?
Notamment: est-ce si facile de déterminer à quel besoin j’ai répondu, quel besoin a été satisfait au cours de cette séquence?

Pour exposer avec clarté votre parcours synthétique et vos motivations, vous devez impérativement situer votre niveau actuel de besoin : quelle satisfaction recherchez-vous? Quel est votre moteur, quelle est votre valence?

Nous allons étudier plusieurs parcours (authentiques) et voir comme on peut les « lire », c’est-à-dire comprendre leurs caractéristiques et, à travers les péripéties, faire apparaître le fil conducteur. Nous ferons aussi ressortir les insuffisances relatives et les manques impardonnables.

Nous verrons aussi ce qui départage un parcours correct (qui vous place en liste d’attente) d’un très bon parcours (qui vous fait admettre en liste principale).

1. Parcours 1 – Christelle

Christelle, 21 ans, célibataire, vit chez ses parents, village péri-urbain. Concours IDE.

Exposé du parcours

« Bonjour, je m’appelle Christelle, j’ai 21 ans et je veux devenir infirmière.

Ma mère est ADV et, quand j’étais petite, je l’ai suivie dans son travail (sauf les toilettes). J’avais 14 ans et j’ai remarqué le respect envers la personne âgée, la bienveillance, le souci de la sécurité et du confort.

Mais j’ai aussi constaté l’impuissance face à la maladie, alors j’ai voulu m’orienter vers médecine, donc j’ai choisi un Bac S.

J’ai fait la PACES* pendant 1 an: j’ai beaucoup appris (anat-physio) et j’ai mûri.

Pendant cette année, j’ai été hospitalisée et, là, j’ai pris conscience du rôle de l’IDE. Je me suis remise en question. Surtout que j’ai échoué à mon concours de médecine.

Alors, au lieu de retenter ma PACES, je me suis orientée vers une prépa pour devenir IDE.

En prépa, j’ai fait un stage en EHPAD: j’ai suivi les AS et les IDE, j’ai vu les soins d’hygiène et de confort, et j’ai même pu assister les IDE.

Cela m’a beaucoup apporté, j’ai même été félicitée par les IDE pour mon comportement
relationnel.

Et voilà. »

La candidate répond ensuite à toutes les questions du jury, sans se déstabiliser, mais on a l’impression qu’elle raconte plus qu’elle n’explique : elle a réponse à tout, elle a bien préparé son parcours. Mais cela ressemble plus à un exposé bien léché qu’à un entretien spontané, à base d’échange: cela ne comble pas les manques (notamment la réponse à la question « Pourquoi IDE? », et le bilan de ses stages).

Analyse

On a un très bon début de présentation: sa mère est ADV et la candidate explique ce qu’elle a vu et ce qui l’a attirée. Elle explique de même son choix de médecine.

Cela se dégrade ensuite du fait que, passé cette bonne introduction, il n’y a plus de lien entre l’évènement (hospitalisation) et son choix :

  • Qu’a-t-elle vu du rôle IDE , comment la prise de conscience s’est-elle déclenchée?
  • En quoi a consisté sa « remise en question »?

En clair: qu’est-ce qui l’a décidée à devenir IDE? Nous n’en saurons rien…

Enfin, elle reste très floue sur son bilan de stage en EHPAD: « Cela m’a beaucoup apporté », sans aucune précision. Reconnaissons que, sans le vouloir, elle a introduit là un « bouton-poussoir » (voir chap. 14, paragraphe « Les « boutons-poussoirs » »): le jury l’a interrogée sur cette expression et elle n’a pas su réellement en profiter.

Elle développe ses actions (« je suis entrée dans le métier, j’ai suivi les soignantes au quotidien, j’ai pu rendre service et participer à la vie d’équipe »), mais ne détaille aucun lien entre « vécu » et « décision »: nous ne savons toujours pas pourquoi elle a choisi IDE.

En outre, ce qui est maladroit, c’est de mettre en avant les félicitations des IDE alors même qu’elle n’a rien dit de ce qu’elle a fait (« j’ai même été félicitée par les IDE… »).

Dernier point: il n’y a pas de conclusion, et cela aboutit au fatal « Et voilà ». Il fallait clore par un embryon de projet, du moins une perspective d’avenir.

Au total, il s’agit d’un parcours linéaire, et non d’un parcours interrompu: on y repère des évolutions rapides, mais pas de remise en cause du choix soignant. C’est surtout un parcours mal expliqué: là où on devrait constater une progression, on a juste une juxtaposition de décisions.

Il manque certains « détails », quelques phrases courtes, mais qui sont en fait des éléments essentiels: ceux qui expliquent le déclic, cette « prise de conscience » dont elle parle trop peu.

De surcroît, la candidate n’est pas aidée par son exposé de culture générale, assez confus: manque de précisions dans le sujet, manque de précisions dans sa présentation. Elle aboutira en liste d’attente, trop loin pour espérer passer.

Concours infirmier – Épreuve orale – IFSI 2017–2018

Vous venez de lire le premier parcours du  Chapitre 15: Élaborer son parcours de la PARTIE 4 Entraînements et exercices de l’ouvrage Concours infirmier – Épreuve orale – IFSI 2017–2018. Les clés pour convaincre le jury

Auteur: Pierre Montagu, Infirmier, cadre de santé, Formateur en classe préparatoire

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