Concours IFSI: exercice pratique guidé

Sujet

Ici aussi, vous allez travailler sur le texte, en lecture dynamique : lisez, annotez et préparez vos réponses aux questions. Fixez-vous une durée plus courte que pour le premier exercice : 10 à 15 minutes. À la fin de votre lecture, vous noterez les idées principales et construirez votre tableau pour dégager une problématique.
Le tout ne doit pas durer plus de 25 à 30 minutes.

Question 1 Dégagez les idées principales du texte et énoncez sa problématique. (4 pts).

Question 2 Commentez la phrase du dernier paragraphe : « “Aimez-vous les uns les autres !” Pratiquons ce splendide principe de fraternité jusqu’au terme de la vie. Pourquoi est-il criminel de soulager son prochain ? » (6 pts).

Question 3 Présentez un argumentaire s’opposant au point de vue de l’auteur. (8 pts).

(2 pts sont réservés à l’orthographe et la présentation)

Conception du sujet : ©2C Convergences

Lecture active

Le crayon à la main, voici ce qu’on obtient. Notez le peu de lignes ou d’expressions soulignées. Remarquez aussi les annotations dans la marge.

Idées principales et problématique

L’idée principale est exposée dans le titre, et les idées directrices, les trois valeurs de le République sont placées en tête de chacune des trois grandes parties.
Voyons l’agencement du texte.
◗À lui seul, le titre est déjà indicateur de l’idée majeure de ce texte.
◗Après une introduction qui présente le contexte, notamment l’historique législatif de la fin de vie (nous sommes en 2012, 7 ans après la Loi Leonetti et 4 ans avant la Loi Claeys-Leonetti).
◗ Le plan est ensuite très simple : le texte est structuré en trois parties, correspondant aux trois principes de la devise de la République.
◗ Chaque partie développe alors une analyse du problème selon le principe annoncé.
◗ La conclusion s’ouvre sur deux valeurs fondamentales de l’humanité : le respect et la fraternité.
Devant un plan thématique aussi simple et des idées aussi nettes, il n’est pas utile de construire un tableau analytique : utilisez directement vos notes de lecture active (termes soulignés ou surlignés) pour rédiger votre devoir (en vous aidant de votre feuille volante).
Ce doit être réglé en 25 minutes.
Voici ce que cela donne.

Exemple de corrigé

Question 1

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Question de commentaire

Dans la phrase à commenter, on trouve deux références implicites : l’éthique (le « principe de fraternité ») et le juridique (« il est criminel de soulager son prochain »). Nous allons donc construire un plan thématique selon ces deux axes.

Ce tableau a été réalisé en 20 minutes : il reste à rédiger l’introduction. Sur un tel sujet, dont la législation a récemment évolué, il faut situer dans le temps la question posée, en y introduisant un élément d’actualité (Vincent Lambert), et bien marquer les deux axes de réflexion, c’est-à-dire les annoncer dans l’introduction.
Comme vous concluez sur la nécessité de faire évoluer la loi, vous commencerez par présenter l’aspect éthique (le fondement de votre réflexion) pour terminer par l’aspect juridique (les conséquences de votre réflexion).
Maintenant que vous savez à quelle conclusion vous aboutissez, vous pouvez rédiger votre introduction, et le traitement de la question.

Question 2

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Il n’est pas nécessaire, dans votre commentaire, de développer longuement les contenus des lois citées, ou vos propres expériences : le correcteur n’a pas pour mission d’évaluer vos connaissances, il n’est pas formé à cet effet. En revanche, il va juger votre plan et l’enchaînement de vos idées.
C’est la raison d’être des connecteurs disposés au début des paragraphes :
◗ introduction et annonce du plan ;
◗ du point de vue éthique/définition/de plus…/ dans ce contexte… ;
◗ face à cela/considérons d’abord/considérons ensuite/notons enfin… ;
◗ ces deux angles/or nous savons/c’est enfin…

Question d’argumentation

La consigne est de « développer un argumentaire s’opposant au point de vue de l’auteur » ; il faut donc d’abord déterminer ce point de vue (ce qui a été fait dans la question d’analyse), puis le réfuter. Nous allons donc, en introduction, énoncer ce point de vue (sous forme d’affirmation), puis le réfuter en construisant un plan dialectique : arguments pour/arguments contre/ synthèse et conclusion.
Pour cette question, nous devons commencer par rédiger cette introduction présentant le point de vue de l’auteur, afin de clarifier les bases de notre raisonnement. Puis nous construisons notre tableau d’argumentaire.

Question 3

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On peut être tenté de répondre à chaque argument, au fur et à mesure ; sur un écrit relativement court (60 lignes, soit deux pages), il est préférable de conserver un développement en deux parties, plus conforme à ce que le correcteur attend. Cela évite aussi « l’effet yoyo » lié au passage permanent d’une thèse à l’autre avec argumentation/réfutation.
Dans la thèse de l’auteur, on n’a retenu que les arguments principaux, de même que, dans l’antithèse, beaucoup de possibilités ont été seulement effleurées (par exemple le suicide assisté) ; vous n’aurez pas le temps de développer et, de toute façon, ce serait se tromper de cible : le correcteur attend de la clarté et de la méthode.

Aller plus loin

On peut évidemment tirer beaucoup plus d’idées et d’arguments d’un texte aussi riche, mais ce n’est pas ce que l’on vous demande, ni que vous pouvez faire en 2 heures. Outre ce qui figure déjà dans cette correction, voici quelques-unes des réflexions que l’on pouvait intégrer à ce devoir (en les reformulant) :
◗ « Le suicide n’est plus condamné en France » → c’est l’assistance au suicide qui est illégale.
◗ « Le tracé de la frontière entre les qualificatifs d’euthanasie passive et active […] est difficile » → avec le refus de « l’obstination déraisonnable », la notion d’euthanasie passive est caduque.
◗ « Un dogme n’a pas à s’exprimer devant la liberté d’un choix personnel… » → nécessite que vous définissiez « dogme ».
◗ « Devant la mort, nous ne sommes pas égaux en faits » → la fin de vie n’est pas la même pour tous, la mort ne nous rend pas égaux (contrairement à une idée répandue).
◗ « Les médecins occupent une position-clé dans le débat […] nombreux s’opposent à la pratique de l’euthanasie » → en fait, ce débat va bien au-delà des seuls médecins, mais l’auteur est médecin.
◗ « Mais ne soyons pas de ceux qui savent sans avoir pratiqué… » → cette affirmation est contestable : on peut développer une réflexion éthique même si l’on n’est pas confronté directement au problème posé.
Ce qu’il faut en revanche éviter, c’est de se focaliser sur des éléments qui relèvent de l’illustration :
◗ « Ce refus [des déchéances] peut être exprimé […] de façon anticipée par la rédaction d’une précieuse déclaration… » → il s’agit évidemment des déclarations anticipées, un moyen parmi d’autres d’exprimer sa volonté ;
◗ « En Belgique et aux Pays-Bas […] le ressenti des praticiens […] » → il est utile de regarder les résultats de la légalisation, mais il vaut mieux apporter un élément tiré de vos recherches : il y a des dérives.

Pour ce qui est de l’extrait à commenter, on pouvait envisager de développer la première phrase (« Aimez-vous les uns les autres !… ») pour montrer l’ironie de l’auteur, qui dénonce les « lobbys religieux », mais utilise une de leurs maximes pour la retourner contre eux. Cette option est intéressante, mais n’est pas réaliste dans une réponse de 50 à 60 lignes.
Pouvait-on choisir un autre angle d’étude de la question : « Pourquoi est-il criminel de soulager son prochain ? » ? Deux axes étaient envisageables : le religieux et le professionnel. La thématique religieuse est toujours délicate à aborder dans un devoir de concours ; elle est à éviter.

L’abord professionnel était envisageable, sauf que vous ne vous adressez pas à un professionnel de santé (le correcteur). Donc, de même que nous n’avons pas retenu les arguments relevant strictement du domaine médical, nous ne retiendrons pas les arguments relevant d’une éventuelle expérience soignante¹.
Quant à la question d’argumentation, il ne fallait surtout pas se tromper sur la position de l’auteur : bien que, au tout début du texte, il affirme « je ne suis ni pour ni contre », sa conclusion est bien « Pratiquons ce splendide principe de fraternité jusqu’au terme de la vie ». Il fallait donc développer un argumentaire, non pas forcément anti-euthanasie, mais permettant de dépasser la contradiction « pour/contre » et d’ouvrir sur une autre vision. C’est typiquement la synthèse d’un plan dialectique.
Ce pouvait être le suicide assisté, ce sera en fait la loi de 2016 : on voit ici tout l’intérêt de situer le texte dans le temps.

¹. En revanche, vous devrez impérativement les utiliser à l’oral.

Vous venez de lire le chapitre 8 Exercice pratique guidé n° 2 Approche détaillée de l’ouvrage Concours Infirmier – Les clés pour réussir – IFSI 2018 Tout-en-un : écrit et oral

Auteurs

Pierre MONTAGU

Cadre infirmier

Formateur en classe préparatoire

Hervé CUBERO

Formateur en classe préparatoire

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