3 questions au Docteur Jean-Pierre Monassier

auteur de Vie et mort du myocarde

Docteur Monassier, pourquoi avez-vous écrit ce livre?

Depuis le début des années 1980 à la suite des travaux de Peter Rentrop en Allemagne (Göttingen) suivi par Alain Cribier (Rouen) et Bernard Valeix (Marseille) en France je me suis consacré sur le plan clinique (par thrombolyse puis angioplastie) et scientifique au traitement de l’Infarctus du Myocarde avec sus-Décalage de ST. Malgré une diminution considérable de la mortalité hospitalière, de nombreux domaines me sont apparus incomplètement résolus. En particulier j’ai eu l’occasion de rapporter pour la première fois la survenue de Lésions de Reperfusion qui détruisent des cellules myocardiques du fait même du rétablissement du flux. Elles sont susceptibles dans certains cas, rares mais dramatiques , de provoquer le décès du patient sur la table de cathétérisme ou au cours des heures suivantes (chocs cardiogéniques différés). Après avoir coordonné plusieurs ouvrages coopératifs (1984 , 1996) , dont le dernier (en collaboration avec le Professeur Martial Hamon – CH Mulhouse puis CHU de Caen ) (3 volumes) a obtenu le “Grand Prix du Livre Médical” en 1997, j’ai ressenti le besoin de reprendre l’ensemble d’un sujet que beaucoup considèrent comme résolu et dont j’ai pensé qu’il devait être repensé.

L’Infarctus du Myocarde détruit des cellules au sein d’un organe post-mitotique dont les capacités de renouvellement sont particulièrement limitées. Il fallait donc comprendre les mécanismes qui mènent à cette évolution et qui ne se résument pas à la “Nécrose” dont d’ailleurs le terme est inadapté et devrait être remplacé par celui d’Oncose. L’Apoptose et l’Autophagie participent, elles aussi, négativement au bilan myocardique.

J’ai eu la chance de collaborer avec l’équipe de Michel Ovize (Lyon) qui m’a amené à me concentrer sur la protection du myocarde reperfusé.

J’ai donc tenté, dans ce dernier livre, de faire la synthèse des connaissances anciennes et des plus récentes avant de proposer une approche individualisée de l’angioplastie primaire basée sur l’évaluation initiale du patient ainsi que des techniques “originales” de désobstruction qui tiennent compte des acquis fondamentaux et cliniques les plus dernières années. L’opérateur est en mesure , par la stratégie qu’il met en oeuvre, d’épargner un nombre le plus élevé possible de cardiomyocytes. Le livre s’achève sur les étapes qui restent à franchir y compris la thérapie cellulaire .

Quelle est votre expérience la plus marquante en matière de myocarde?
Le premier patient (10 Avril 1981) dont l’artère circonflexe occluse depuis moins de 2 heures a répondu à quelques bolus intracoronaires d’urokinase . Son évolution clinique optimale est à l’origine de mon engagement dans cette direction.

Quelques patients plus tard , l’un d’entre eux se plaignit d’une violente douleur thoracique alors que l’IVA se reperméabilisait . Parallèlement le sus-décalage du segment ST s’accroissait . Le tout dura quelques dizaines de minutes mais aboutit à une fraction d’éjection basse. Je venais d’affronter, impuissant, le paradoxe de la reperfusion que j’appelai “Ischémie de Reperfusion” et que d’autres confirmant son caractère péjoratif considérèrent, de façon moins engagée sur le plan physiopathologique, comme “le Pic de ST” contemporain du retour du flux anterograde.

Ces deux évènements sont à l’origine de mes réflexions concernant la vie et la mort de la cellule ischémique . Elle doit être reperfusée mais sa réponse n’est pas automatiquement favorable .

Un message pour vos lecteurs?
Il faut éviter que l’Infarctus Myocardique Aigu ne devienne le parent pauvre de l’angioplastie. Ouvrir l’artère en “Tout ou Rien” sans autres précautions est le garant d’un résultat parfois très favorable mais aussi décevant voire dramatique. N’oublions pas que l’angioplastie primaire est la seule forme de revascularisation percutanée qui sauve des vies à court terme ! Son déroulement mérite toute notre attention si on veut optimiser le prognostic vital, diminuer l’incidence des “mauvais VG illégitimes” et les insuffisances cardiaques différées voire certaines morts subites tardives.

Vous venez de lire l’interview du Docteur Jean-Pierre Monassier, auteur de l’ouvrage Vie et mort du myocarde, De l’ischémie à la reperfusion.

L’auteur: Docteur Jean-Pierre Monassier

  • Cardiologue Interventionnel
  • Fellow of the ESC
  • Membre Titulaire de la SFC
  • Ancien Président du GACI
  • Président Honoraire du Collège National de Cardiologues des Hopitaux (CNCH)
  • Praticien Hospitalier – Ancien Chef de Service

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