Le congrès de la SFAR : l’art de mettre en forme un fond indispensable

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L'art de mettre en forme un fond indispensable

Valérie Billard 1,a, Karine Nouette-Gaulain 2,3,a

1. Service d'anesthésie et USCC, institut de cancérologie Gustave Roussy (IGR), 114, rue Édouard-Vaillant, 94805 Villejuif, France
2. CHU Bordeaux, service d'anesthésie-réanimation Pellegrin, hôpital Pellegrin, Place Amélie Raba Léon, 33000 Bordeaux, France
3. Université de Bordeaux, inserm U12-11, laboratoire de maladies rares, génétique et métabolisme (MRGM), 176, rue Léo Saignat, 33000 Bordeaux, France

Correspondance :
Valérie Billard, Service d'anesthésie et USCC, Institut de cancérologie Gustave Roussy (IGR), 114, rue Édouard-Vaillant Villejuif, 94805, France

The SFAR Congress: The art of shaping the basic data

a Comité Scientifique de la SFAR.

Un médecin anesthésiste qui va bientôt bénéficier de sa retraite aujourd'hui a complété sa formation initiale dans les années 1980. À cette époque, le brassard à tension artérielle était un appareil mécanique gonflé à la main à l'aide d'une poire, l'hypotension à l'induction était surveillée en mettant un doigt sur le poignet, et la désaturation artérielle en oxygène était annoncée par le chirurgien quand le sang devenait noir. La réversibilité et la maniabilité de l'anesthésie étaient limitées en l'absence du sevoflurane, du desflurane, du remifentanil et de l'anesthésie à objectif de concentration. La surveillance de la profondeur de l'anesthésie et de sa variabilité entre patients reposait sur les stades de Guedel. Ni l'opérateur, ni l'anesthésiste ne disposait de l'échographie, nouvellement apparue pour guider leurs pratiques.
Notre futur retraité a donc dû, pendant 35 ans, faire des efforts répétés pour mettre ses connaissances à jour, afin de satisfaire à l'obligation de moyens qui lie un praticien à ses patients. Pour cela, l'anesthésiste-réanimateur a acheté des livres qu'il n'a souvent pas entièrement lus, et qui sont aujourd'hui déjà obsolètes. Plus récemment, il a pris l'habitude de surfer sur la toile, perdant ainsi de nombreuses heures à télécharger des travaux d'élèves mal digérés, avant de les distinguer des documents de qualité qui lui étaient réellement utiles.
Heureusement, notre collègue est aussi allé dans des congrès, comme celui de la SFAR, la société savante des anesthésistes-réanimateurs français, congrès qui a fêté l'an dernier sa 60e édition [1].
Notre anesthésiste-réanimateur a de multiples motivations pour y participer. Concernant le contenu du Congrès, il est assuré d'y trouver les meilleurs spécialistes français, voire internationaux dans chaque domaine, et de recevoir une information aussi bien moderne qu'exhaustive [2].
Lui sont présentées, en conférences d'actualisation (CA dans le programme en ligne) ou en sessions à thème (ST), les nouveautés des connaissances médicales ou des progrès technologiques (développement durable, épargne morphinique, anticoagulation, Réhabilitation Rapide, etc.) Les conférences d'essentiel (CE), quant à elles, lui apportent des points d'étape en reprenant les bases incontournables.
Pour être encore davantage à la pointe de la connaissance, il peut faire le lien entre la recherche et la clinique à travers plus de 600 abstracts, présentés en e-poster ou en communication orale (CL, EP).
Des sessions communes (SC) avec les cardiologues, les infectiologues et les pharmaciens lui offrent une ouverture et des clés de communication sur d'autres spécialités, voire d'autres disciplines (conférences exceptionnelles).
La présentation des recommandations formalisées d'experts (RFE) lui fournit la position officielle recommandée par la SFAR dans des domaines ciblés de pratique clinique, et permet à tous les anesthésistes français de partager ces référentiels et d'offrir aux patients des soins modernes, reproductibles d'une structure à l'autre et de grande qualité. Notre anesthésiste a ainsi pu, depuis 35 ans, suivre les innovations, échanger avec les experts et compléter ses connaissances année après année.
Mais notre futur retraité n'est pas venu au Congrès de la SFAR uniquement par devoir, mais aussi bel et bien par plaisir. Les formats de présentation ayant évolué vers l'interactivité avec le reste de la société, il peut faire et voir faire de façon ludique au cours d'ateliers (AT), live demos (LD) ou serious games (SG), et conforter ses pratiques ou discuter ses interrogations grâce aux cas cliniques (CC) ou aux EXTRAS [3]. L'ensemble de ces échanges permet de tisser des liens interprofessionnels et contribuer à renforcer le sentiment d'appartenance à notre communauté d'anesthésistes-réanimateurs.
Le Congrès de la SFAR est aussi l'occasion d'une prise de conscience collective des grandes thématiques. Depuis quelques mois, le groupe développement durable éveille notre attention au risque de pollution associée à nos pratiques professionnelles. Ainsi, cette année, nous nous lancerons tous ensemble à la recherche du diamant vert. Le Congrès est un moment propice pour sensibiliser la communauté aux messages écoresponsables.
Enfin, le Congrès de la SFAR est un lieu de rencontre. Notre futur retraité peut y retrouver ses condisciples d'études et échanger sur le temps qui passe, ou se frotter, à l'occasion des différents types de sessions., à d'autres générations (groupe jeunes), et catégories de professionnels (IADE, IDE de réanimation ou d'urgence). Il prend le temps de discuter innovations technologiques ou pharmacologiques auprès des partenaires industriels nouveaux ou fidèles. Le Congrès de la SFAR est donc un lieu unique d'échanges intergénérationnels, dans les salles ou sur les stands, dont la convivialité fait, chaque année, l'objet de toutes les attentions. Le Congrès de la SFAR est vraiment une belle manifestation de la maison de l'anesthésie-réanimation. Toutes les générations appartiennent à la famille de l'anesthésie- réanimation, et peuvent se réjouir ensemble de la santé de la société représentée par notre président, du fonctionnement des comités animés par des bénévoles au service de tous, et de la promotion des jeunes qui reçoivent une bourse pour réaliser un beau projet d'anesthésie ou de réanimation.
Ainsi, en venant au Congrès, l'anesthésiste presque retraité d'aujourd'hui, tout comme les jeunes diplômés et praticiens de demain, viennent trouver en 3 jours l'actualisation de leurs connaissances, la simulation ludique de leurs pratiques, de même que la rencontre de leurs pairs à travers un congrès d'une extrême richesse, à la fois par ses contenus et formats proposés.
La SFAR ayant la ferme volonté de continuer à assurer ces missions, il n'est pas illusoire de penser que le futur médecin anesthésiste retraité de 2050 pourra profiter de ce Congrès annuel jusqu'à la fin de sa carrière.

Déclaration d'intérêts : les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d'intérêts.

© 2019 Société française d'anesthésie et de réanimation (Sfar). Publié par Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.

Références

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