L'édito de Julien : "t'inquiète c'est psy"

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Julien est un jeune IDE (diplomé en 2017) qui s’exprime chaque mois sur le sujet de son choix.

Une douleur abdominale, un cœur qui se serre, des nausées… c’est sûrement l’angoisse. Regardez comme il est stressé. Et puis... “c’est pas pour rien qu’il est ici, en psy”.

La psychiatrie… rien qu’à l’évocation de ce mot, la clinique du patient se modifie mystérieusement. Les signes somatiques se transforment en manifestations histrioniques, les symptômes évoquant une pathologie organique deviennent soudainement la conséquence d’un mal-être ou d’une angoisse intérieure. Le patient de psychiatrie n’a pas le droit, semble-t-il, au cumul des maladies, si tant est qu’elles ne soient pas psychiques.

Un jour dans mon service un patient en pré-choc : déshydraté, inconscient par intermittence, il se retrouva rapidement avec une tension avoisinant les 70/50. A la relève, on m’expliqua le problème et comment il était parti aux urgences la veille au soir. A l’évocation de sa tension particulièrement préoccupante, une collègue s’exclama : “7/5 ! C’est incroyable comme les patients hystériques peuvent simuler des symptômes”. Elle était persuadée qu’une personne pouvait simuler ce genre de choses… ce qui est bien sûr complètement faux.

Un bon clinicien en psychiatrie, c’est d’abord un clinicien tout court. Je n’en peux plus d’entendre chaque année des étudiants qui disent “Je ne suis peut-être pas bon en ci ou en ça, mais moi, ça ne m’intéresse pas, le somatique. Ce que je veux faire c’est de la psychiatrie”. Comment peut-on dire ça alors que pour les patient.e.s qui souffrent de troubles psychiques, il a été démontré que leur espérance de vie est diminuée de 10 à 25 ans ! (Chesney E & Al, 2014)

Sont en cause le nombre plus important de suicide bien sûr mais aussi la difficulté de prendre soin de leur santé au sens large et de bénéficier de soins somatiques. Enfin les addictions et les impacts de ces dernières sur leurs organismes...

La psychose, certes, pousse les patient.e.s dans certaines extrémités. Une personne peut, en crise, simuler un coma jusqu’à même se faire intuber. Mais tous ne font pas ça, et les paramètres vitaux et la clinique somatique restent de bons indicateurs pour alerter un médecin. Personne ne simule une tension basse, une saturation inquiétante ni une fièvre à 39,8°C.

Gardez toujours en tête que les patient.e.s en psychiatrie sont des malades comme les autres, vous pourriez sûrement leur sauver la vie.

Découvrez tous les édito de Julien


Julien

31 ans, IDE - Master II en gestion et management

Créateur du site www.thérapeutiqueactive.wordpress.com - Twitter @Martinez_J_

"Toujours là pour t’agaçer, mais jamais pour penser à ta place"
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