Le billet de Julien: La maltraitance- mode d’emploi

Julien est un ESI de 3ème année qui s’exprime chaque mois sur un sujet de son choix.

On connaît tous la maltraitance, du moins, nous sommes à peu près toutes et tous capables de la définir, chacun et chacune à sa manière. Certains d’entre vous ont peut-être même été le témoin direct d’une maltraitance en service, face à un patient désarmé le plus souvent, impuissant de par sa situation.

Mais la maltraitance, ce n’est pas que ce que l’on peut parfois voir dans des reportages immersifs, dans des structures où des soignants aux visages floutés molestent leurs victimes. Elle n’est pas non plus que institutionnelle. J’ai d’ailleurs tendance à penser que si ce type de maltraitance est la plus répandue, c’est aussi une excellente excuse pour ceux qui ne respectent plus le patient. Non, la maltraitance, ce ne sont pas que les coups, les insultes, ou l’institution.

En fait, en nous, on est tous un peu maltraitants.

Mais le savoir, c’est déjà être en capacité de l’éviter.

Parce que la maltraitance, c’est aussi quand le patient, on l’appelle papinou ou maminette, alors qu’ils ne sont pas de notre famille, et qu’en plus, ils ont un nom !(à ce sujet, je ne peux que recommander l’article de @Babeth_as sur ce thème … à méditer)

La maltraitance c’est aussi le jugement de valeur facile (Il est homosexuel ? Bah on va lui faire une sérologie VIH, hein ! Ou le mec alcoolo qui l’a cherché, lui aussi …) On l’a tous déjà entendu au cours de nos études.

La maltraitance, c’est aussi quand on croit que le patient  est un peu limité, et qu’on lui parle fort et comme à un imbécile sous prétexte qu’il est âgé. (Mais qu’il n’est ni sourd, ni dément).

La maltraitance, c’est aussi quand on va proposer à un patient un “vaccin” homéopathique alors qu’aucune preuve scientifique ne prouve l’efficacité face au vaccin réel et efficace, lui. A ce sujet, le code de déontologie infirmier interdit strictement l’usage de méthodes et de dispositifs qui n’ont pas été validés scientifiquement. C’est une perte de chance pour le patient.

C’est de la maltraitance.

“Je vous préviens si vous ne faites pas la prise de sang, c’est même pas la peine de …” ou “si vous faites pas ça, tant pis pour vous, faudra pas venir vous plaindre si …” Chantage au soin. Oui, vous l’avez compris, c’est de la maltraitance aussi.

Quand on est en binôme, et qu’on s’occupe d’un patient en racontant ses dernières vacances à Marrakech / en se plaignant de la cadre et de son planning de merde / en parlant des dernières séries sans faire attention à ce dernier, ça aussi, c’est maltraitant.

C’est quand vous avez du MEOPA dans le service, que vous avez eu la formation pour l’utiliser, mais que vous n’avez pas le temps de chercher la bouteille pour faire une induction 5 minutes, ce qui éviterait facilement une douleur pour le patient. C’est de la maltraitance ça aussi, parce que c’est évitable. “Oui mais j’ai pas le temps !” Est ce vraiment une excuse ?

Vous l’avez compris, moi le premier je peux tomber dans un ou plusieurs de ces cas de figures. Mais le plus important, c’est qu’une fois qu’on le sait, on est plus vigilant. Et l’essentiel, c’est de toujours réfléchir à ce que l’on fait. Pour soi, et entre collègues. Et c’est comme ça qu’on devient des champions de la bientraitance. Pas en laissant faire … mais quand on n’est que l’étudiant … c’est une autre histoire !

Bon mois d’avril à toutes et à tous !

29 ans, ESI promo 2017
Master II en gestion et management
créateur du site www.wikifsi.com
Twitter @Martinez_J_

Toujours là pour t’agacer, mais jamais pour penser à ta place 😉

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