Florence Policard

Cadre de santé formatrice à Clermont-Ferrand nous parle de l’importance de la simulation

Présentez-vous rapidement.
Je m’appelle Florence Policard, je suis cadre de santé formatrice à l’IFSI de Clermont-Ferrand, après avoir été infirmière puis cadre en service de réanimation. Je suis titulaire d’un master 2 en ingénierie pédagogique et actuellement doctorante en sciences de l’éducation. Ma thèse porte sur la simulation clinique et les pratiques pédagogiques des formateurs dans ce format.

Qu’est-ce qui vous plait dans la profession de formateur ?
Tout ! Je trouve que c’est une profession vraiment riche sur le plan des rencontres humaines (tout comme l’est la profession d’infirmière, mais dans un autre registre). J’apprends beaucoup, tous les jours, dans mon métier et c’est ce qui fait que je ne m’y ennuie jamais ! J’aime concevoir des séquences pédagogiques qui soient le plus possible attractives et innovantes, pour donner envie aux étudiants de s’impliquer.

J’aime aussi animer des travaux dirigés parce que je trouve que ce format me permet de mieux comprendre quels sont les besoins d’apprentissage des étudiants, leurs difficultés mais aussi leurs potentiels. J’apprécie de travailler avec eux en petit groupe parce que cela crée une relation de proximité et de l’échange. Ce qui me plait tout particulièrement, c’est l’animation de groupes d’analyse de pratiques, parce que cela me permet d’aider les étudiants à trouver du sens dans les situations – souvent complexes et parfois difficiles – qu’ils vivent sur le terrain.

Que ce que vous aimeriez le plus transmettre à vos élèves ?
Transmettre est un mot que j’évite un peu… Je n’ai plus envie d’être un enseignant qui transmet (même si j’aime toujours faire des cours magistraux !)… Mais au fond, je me sens plutôt un accompagnateur. Ce qui m’importe, c’est d’aider les étudiants à apprendre, les aider à se construire pour devenir des professionnels responsables, autonomes, respectueux des autres et centrés sur le patient.

Mon job, c’est de leur donner des outils, des méthodes pour leur permettre de trouver eux-mêmes des ressources dans leur environnement, même si celui-ci n’est pas toujours très favorable. Cela me semble important pour faire face à un contexte de travail difficile, en mutation, et en accélération permanente. Je voudrais aussi leur donner envie de s’engager pour faire avancer la profession, et pour cela les amener à comprendre à quel point la recherche infirmière est fondamentale pour notre avenir professionnel. Mais j’ai confiance, je crois que les étudiants sont plutôt sensibles à ça !

Qu’est-ce que la simulation apporte aux étudiants ?
La simulation peut être un outil pédagogique formidable, et vraiment puissant. Elle est utilisée en formation initiale mais aussi de plus en plus en formation continue, et des études commencent à en démontrer l’efficacité pédagogique. La pratique simulée permet de se mettre en action pour gérer une situation-problème, sur la base de scénarios cliniques les plus proches possible des situations de la vie réelle. Ainsi, elle nous fait nous interroger sur les compétences nécessaires pour comprendre une situation clinique, pour mettre en œuvre des actions coordonnées en équipe, et cela de manière très concrète.

Bien sûr, la simulation ne remplace pas les stages et l’expérience que l’on vit auprès des patients et des équipes de soins. Mais vous savez que l’on n’apprend pas systématiquement de son expérience. En revanche, on apprend plus sûrement lorsqu’on se pose pour réfléchir ensemble à ce qui a guidé notre action, nos paroles. C’est là tout l’intérêt du débriefing lors des séances de simulation. On essaie de comprendre non seulement ce qui a fait que l’on s’est trompé, par exemple, ou que notre action n’était pas adaptée, mais aussi ce qui a fait que l’on a été efficace. En prendre conscience permet de construire des repères pour l’action future, dans la vraie vie cette fois !

Pourquoi les étudiants doivent prendre la simulation au sérieux ?
Ceux qui l’ont expérimentée la prennent au sérieux parce qu’ils comprennent à quel point c’est fort, parce qu’ils se sont immergés au point d’oublier parfois qu’ils n’étaient pas avec un vrai patient ! Parce qu’ils ont éprouvé de vraies émotions, et que l’émotion est aussi un vecteur d’apprentissage, lorsqu’elle peut se vivre et s’exprimer dans un environnement sécurisant et non jugeant.

Je suis toujours émerveillée de voir un étudiant qui a vécu une situation avec un patient simulé dans un contexte de refus de soin, par exemple, et qui comprend à quel point il peut sans crainte utiliser le silence pour construire une relation de confiance… Alors c’est vrai que ça a l’air d’un jeu, mais c’est un jeu très sérieux ! C’est aussi un exercice difficile, parce qu’on s’expose au regard des autres, et c’est normal d’appréhender cet exercice. Les formateurs le savent bien, et ils font en sorte de construire un climat de bienveillance. Des études démontrent aujourd’hui l’impact positif de la simulation pour développer la confiance en soi afin de pratiquer dans les milieux cliniques. Pour moi, c’est déjà un bel atout !

Un conseil, une astuce à donner aux étudiants?
Le savoir est partout, il est accessible à tous. Mais tout l’enjeu, et c’est un enjeu tout au long de la vie, c’est d’apprendre à apprendre ! Et toujours remettre en question ses certitudes…

Share
Tweet
Share
Share