Le couple en thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle

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Découvrez un extrait du chapitre 3 de l'ouvrage Le couple en thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle

Le couple en thérapie comportementale, cognitive et émotionnelle

Acceptation et changement, thérapie comportementale intégrative de couple

Auteur de ce chapitre : François Allard

Détresse du couple

Polarisation du couple

Hasard et fatalité

Dès leur rencontre, les partenaires doivent faire des compromis. Quoi que l’on fasse, les partenaires que nous choisirons seront différents de nous, ce sera ensuite une des sources majeures de ressentiments. Avec un maximum d’intérêt commun, on est moins exposé, mais la probabilité de se convenir dans trois domaines majeurs n’est que de 17 %. L’entente réside dans la sagesse ; ce qui a pu nous attirer au début pourra aussi présenter des inconvénients ; quelqu’un doit lâcher quelque chose ! (Christensen & Jacobson, 2012). Un jour, on trouvera qu’il y a peu de choses en commun ! Si l’incompatibilité est une certitude, trop de similarité peut être aussi source de conflit. Les compétences et des intérêts similaires qui ont rapproché peuvent pousser à se concurrencer ; des différences utiles peuvent faire contrepoids (Allard, 2011).
L’aggravation des différences en incompatibilités pousse à voir l’autre non plus comme différent, mais déficient psychologiquement, inapte aux relations humaines, incapable d’aimer, plutôt que s’allier pour résoudre les problèmes (Christensen & Jacobson, 2012). Le combat contre les différences s’engage et chacun maîtrisera de mieux en mieux ses réponses punitives.

Attribution des responsabilités et des blâmes

La perception des événements biaise la recherche des causes lors des disputes (Christensen & Pastch, 1993 ; Doherty, 1981 ; Fincham & Bradbury, 1987 ; Tremblay et al., 2008).

  • Processus primaire : l’attention initiale, sélective, s’étaye sur des attentes envers le partenaire, reliées à des normes sur ce que doit être la relation, selon des standards individuels. Question : le comportement du partenaire est il approprié ?
  • Processus secondaire : les recherches de causalité, s’étayant par des jugements sur la personnalité de l’autre, expliquant sa mauvaise volonté, se transforment en attribution des responsabilités, suscitant le devoir d’assigner un blâme ; les attentes d’efficacité des punitions aggravent les conflits. Question : ma réponse est-elle suffisamment bien adaptée à la hauteur de l’attaque ?

Des deux bords, les attributions de blâme envers le partenaire jugé responsable des problèmes dépendent de l’interprétation des comportements de l’autre comme menaçants, occultant la compréhension des véritables intentions.

Processus de coercition

Processus majeur de destruction du couple (Patterson, 1982 ; Patterson & Hops, 1972) ! Un partenaire A impose à l’autre son exigence par une attitude aversive répétée, jusqu’à ce que l’autre, B, réagisse, soit en se soumettant, ce qui conforte la posture du coerciteur A, soit en s’y opposant, ce qui met éventuellement fi n à la coercition ou la suralimente. Les partenaires adoptent un comportement aversif pour marquer des points dans le but d’obtenir un changement (Christensen et al., 2015). Cette stratégie pathogène est une tentative de contrôle punitif de l’autre (Allard, 2007 ; 2011), renforcée naturellement de manière intermittente. Les partenaires l’apprennent l’un de l’autre en se façonnant réciproquement . L’apparition de la coercition dans le couple est probable parce que l’existence des incompatibilités est plus que probable ( Jacobson & Christensen, 1996 ). Les condamnations verbales s’incrustent mécaniquement, chaque partenaire se sentant de plus en plus justifié à réformer l’autre, lui-même est de plus en plus opposant ( Christensen et al., 2015 ). Les interactions négatives augmentent au fil du temps, dès le début des échanges jusqu’à une mutualité coercitive, de plus en plus immédiate. Chacun pouvant atteindre certains objectifs à court terme en forçant le partenaire à une concession, la répétition de ce processus ne cessera que lorsque la souffrance à exercer cette coercition sera plus grande que celle de la subir ( Jacobson & Christensen, 1996 ).

Processus de polarisation

Cible majeure de l’IBCT ! Lorsque les partenaires ont examiné leur relation en focalisant sur leurs différences, ou la personnalité de l’autre, chacun se retranche sur sa position, se polarise sur son point de vue, selon ses standards personnels, et réagit négativement aux demandes de changement (Christensen et al., 1995 ; Allard, 2011). On choisira alors l’évitement ou l’engagement dans les disputes, même si les représailles encourues aggravent notoirement les interactions ( Christensen, 1988 ; Christensen & Pasch, 1993 ; Napier, 1978 ).
Chaque réponse d’un partenaire ajoutant alors un problème réactionnel au confl it de base, celui-ci ne peut qu’empirer (Christensen et al., 2014b). À chaque fois, un peu plus de la même chose ! Les partenaires s’éloignent fanatiquement l’un de l’autre, en s’acheminant vers l’aliénation du couple (Christensen & Shenk, 1991). La scission s’accroît toujours des mêmes tentatives, de plus en plus alimentée par le désespoir de ne pas réussir à venir à bout du problème, et de se sentir seul à vouloir un changement, avec le même stress d’efforts inutiles (Allard, 2011). Le piège mutuel se referme (Jacobson & Christensen, 1996).

Patterns d’interaction

Les comportements individuels destructeurs s’activent dans des patterns d’interactions destructeurs selon des stratégies dyadiques destructrices d’engagement ou d’évitement, sauf un ( Christensen, 1988 ).

Pattern prototypique demande/retrait

C’est un marqueur de détresse (Eldridge & Christensen, 2002) nommé : pattern harcèlement/retrait (Watzlawick et al., 1979), poursuivant-distanciateur (Fogarty, 1979), intrusion/rejet (Napier, 1978) et approche/repli (Wile, 1981). Christensen l’a développé comme demande/retrait par le rôle qu’y tiennent les différences : un partenaire veut discuter ou exige un changement, l’autre tente d’éviter et se retire. Ce pattern d’interaction peut s’activer sur tout thème relationnel ou confl it d’intérêts ; il est préférentiellement associé au thème relationnel proximité/distance. Chacun campe sur sa position quant au changement à obtenir ou pas. Le demandeur, qui a besoin d’un changement, utilisera tous les moyens pour l’obtenir : requêtes, critiques ; le distanciateur se replie car le statu quo lui convient (Christensen, 1988 ; Christensen & Heavey, 1990). On peut aussi le nommer attaque/ fuite.

Engagement négatif mutuel : attaque/attaque

Hostilité ! verbalisations négatives, stratégies de rivalité (Christensen, 1987) ; chacun tente de défaire l’autre ou réagit par un contre-plaidoyer (Christensen et Pash, 1993 ; Weiss & Heyman, 1997). Dans ces interactions, le traitement cognitif automatique rapide s’impose (Schneider & Shiffrin, 1977), en court-circuitant la conscience ; cela peut dégénérer (Fincham et al., 1991).

Évitement mutuel

Si l’engagement dans un confl it constructif permet d’en apprendre davantage sur soi et sur le partenaire (Christensen & Pasch, 1993), pour Wile (1981) , les partenaires qui évitent les conflits entrent dans des types classiques d’interactions dysfonctionnelles. L’échec des tentatives antérieures de rapprochement apportant des preuves d’incompatibilité , la mise à distance est signe d’un désengagement (Eldridge & Christensen, 2002).

Engagement positif mutuel

Posture prosociale qui signale les couples heureux ! La recherche de compromis facilite la résolution de problèmes . Les partenaires peuvent déployer leurs compétences pour trouver des solutions si les attentes d’efficacité reposent sur des expériences antérieures réussies (Doherty, 1981). L’ouverture à la discussion (Christensen & Shenk, 1991), est corrélée à des affects positifs, et à la satisfaction conjugale (Christensen & Jacobson 1997 ; Weiss & Heyman, 1997).

Quel remède contre la détresse ?

Comprendre comment des couples, heureux au début, aboutissent, pour la moitié, à la discorde est complexe (Christensen & Jacobson, 2012). On sait que les points de vue négatifs sur le partenaire sont prédictifs de détresse (Noller et al., 1997). L’acceptation dans le couple (Cordova, 2001) entraîne des réponses interrelationnelles qui, n’étant plus dirigées par des opinions négatives, acquièrent la fonction d’améliorer la relation.

Adoucir les émotions interrelationnelles

Adoucir les émotions est une pierre angulaire. La détresse des couples se manifeste, et s’explique, par l’expression verbale d’émotions dures , défensives qui ponctuent les disputes. Les émotions dures sont secondaires à des émotions douces, dites primaires ( Jacobson & Christensen, 1996 ). Exprimer verbalement des émotions douces apaise, et permet d’accéder lucidement, sans jugement, à la racine des problèmes.
Pour amoindrir les ressentis et adoucir les expressions verbales dures vers l’expression souple d’émotions douces, parfois couvertes, le thérapeute va nommer verbalement des ressentis équivalents : honte, ennui, solitude, etc., même déclencher ces émotions primaires affleurantes, pour aider à leur expression. Lors des échanges durs d’émotions secondaires (colère, rejet), ses reformulations adoucissantes, moins susceptibles de renforcer l’agressivité de l’agent, amoindrissent la réactivité défensive du destinataire cible : leur expression devient acceptable. Les processus verbaux d’acceptation relient le stimulus aversif à un stimulus incompatible avec l’aversion.
Ayant progressivement appris la valeur fonctionnelle de l’acceptation, génératrice d’émotions douces autorisant la compassion, la collaboration, les couples généraliseront naturellement l’expérience en dehors des séances. Il apparaîtra ensuite peu logique pour chaque partenaire de créer des obstacles aux besoins individuels de l’autre, et plus logique d’accepter de développer des intérêts communs.
Une phase d’autorégulation améliore l’échange social. Changer soi-même et améliorer pertinemment son propre relationnel facilitent un accroissement de la satisfaction mutuelle. Ce self-control porte sur la réaction émotionnelle aux comportements indésirables de l’autre.
Pallier ses propres frustrations, changer son approche, sans illusion sur un donnant-donnant, s’organise dans la durée par un change thyself ; pour changer l’autre, il faut d’abord changer soi-même ! (Gurman & Fraenkel, 2002).

Langage d’acceptation

Selon la théorie des Cadres Relationnels du langage ( Hayes et al., 2001 , Villatte & Monestès, 2010 ), le processus d’acceptation se traduit par des modifi cations verbales servant d’indice sur le processus psychothérapeutique.

L’IBCT est une thérapie verbale
Cordova a exploré l’application de deux techniques d’acceptation avec des grilles d’observation et de cotation ( Cordova et al., 1998 ) :

  • la réunion empathique . La proximité émotionnelle empathique permet l’ expression d’émotions douces primaires, SE ( Soft Expression) : compassion, peur, versus l’ expression d’émotions dures , secondaires, HE ( Hard Expression ) : hostilité, intolérance, qui génèrent défenses et représailles ;
  • le détachement unifié – DT . Analyser objectivement ensemble le problème, plutôt que s’engager dans les patterns destructeurs, permet de s’en détacher émotionnellement , il y a moins d’ engagement (frontal) dans le problème, EP.

En explorant la satisfaction (MSI ou Marital Satisfaction Inventory) de Snyder (1979) , on compare les deux processus (changement/acceptation) en cotant SE , DT , EP et HE (SE et HE, indices d’acceptation).

Impact du processus d’acceptation sur la communication en séance de thérapie de couple

Le changement en séance sur chacune des variables de l’acceptation est corrélé avec plus de satisfaction conjugale, une décroissance de HE, une progression des SE avec augmentation des discussions sans blâmes, et une décrue de la détresse conjugale. L’IBCT a des effets sur la communication des couples en séance, augmentant la fréquence des verbalisations autour des problèmes insolubles sans se critiquer, ni faire pression pour un changement. La TBCT (ex-BMT-T), par ses techniques formelles, supprime normativement l’expression émotionnelle, plutôt qu’elle ne promeut une amélioration verbale, là où l’IBCT autorise l’expression authentique d’affects négatifs et l’évocation des comportements problématiques, pour les comprendre, en les désactivant.
Les thérapeutes peuvent objectivement décider quelles techniques ils utiliseront : restaurer la collaboration par l’acceptation, ou poser des règles pour éviter rapidement les conflits et les sensations désagréables.

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Sous la direction de

François Allard : Psychologue clinicien, psychothérapeute en exercice libéral à Paris, responsable de la diffusion de l’IBCT en Europe francophone, fondateur de l’ADTCCF (Association pour le développement des thérapies comportementales de couples et des familles)
Pascal Antoine Professeur de psychopathologie à l’Université de Lille, UMR SCALab, Laboratoire de sciences cognitives et affectives, et psychologue dans le service de psychiatrie de l’hôpital Saint-Vincent à Lille

Préface de Andrew Christensen

© 2018, Elsevier Masson SAS

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