Parasitoses et mycoses des régions tempérées et tropicales

Les Référentiels des Collèges

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L'ouvrage Parasitoses et mycoses des régions tempérées et tropicales se compose de quatre parties :

  • I Parasitoses
  • II Ectoparasitoses
  • III Mycoses
  • Entraînement

Nous vous invitons à lire le chapitre 12 Ascaridiose, de la première partie.

Ascaridiose

I. Épidémiologie

II. Physiopathologie

III. Clinique

IV. Diagnostic biologique

V. Traitement et prévention

Item 168 Parasitoses digestives : giardiose, amoebose, téniasis, ascaridiose, oxyurose
Item 170 Pathologie infectieuse chez les migrants adultes et enfants
Item 171 Voyage en pays tropical de l'adulte et de l'enfant : conseils avant le départ, pathologies du retour : fièvre, diarrhée, manifestations cutanées
Item 172 Diarrhées infectieuses de l'adulte et de l'enfant
Item 173 Prescription et surveillance des anti-infectieux chez l'adulte et l'enfant (voir item 326)
Item 175 Risques sanitaires liés à l'eau et à l'alimentation. Toxi-infections alimentaires
Item 214 Éosinophilie
Item 282 Diarrhée chronique chez l'adulte et l'enfant

L'ascaridiose est une helminthose intestinale due à un nématode de grande taille à sexes séparés : Ascaris lumbricoides. Parasitose du péril fécal, elle est fréquente dans les pays tropicaux avec des structures de traitement des eaux usées insuffisantes, de plus en plus rare dans les pays tempérés.

I. Épidémiologie

A. Agent pathogène

1. Adultes

Les adultes sont caractérisés par leur taille et leur mobilité. Les mâles mesurent 12 à 17 cm de long et 2 à 4 mm de diamètre ; leur extrémité postérieure est recourbée en crosse. Les femelles mesurent 20 à 25 cm de long et 3 à 6 mm de diamètre et peuvent pondre jusqu'à 200 000 œufs par jour. De couleur rosée, ronds, les ascaris adultes vivent de 6 à 18 mois dans le jéjunum où ils ingèrent les particules alimentaires (fig 12.1).

Fig. 12.1. Ascaris lumbricoides, adultes : mâle (12–17 cm) en haut, femelle (20–25 cm) en bas.

PARASITOSES

2. Œufs

Les œufs ovoïdes non embryonnés, mesurant 60 à 70 μm de long par 40 à 50 μm de large, sont évacués avec les fèces. Ils sont entourés d'une double coque brune, d'aspect mamelonné très caractéristique, qui les rend très résistants dans le milieu extérieur (fig. 12.2).

Fig. 12.2. Ascaris lumbricoides, œuf mamelonné fécondé (60 × 40 μm).

PARASITE OEUF

B. Cycle

Après ingestion d'un œuf embryonné (crudités, fruits, ou eau souillée), la larve est libérée dans le tube digestif. Elle va effectuer une longue migration tissulaire. Elle traverse la paroi intestinale et gagne le foie où elle séjourne 3 à 4 jours, y subissant une mue, puis atteint le poumon par voie sanguine. La larve traverse alors la paroi de l'alvéole pulmonaire (au 10e jour), remonte l'arbre bron­chique jusqu'au pharynx où elle est habituellement déglutie, et gagne le jéjunum où elle devient adulte. Les femelles commencent à pondre 2 à 3 mois après la contamination. L'embryon infectant n'apparaît qu'après un séjour de quelques semaines dans le milieu extérieur. Il n'y a pas d'auto-infection possible. Sa maturation est facilitée par une température et une hygrométrie élevées.

Le cycle évolutif, monoxène long, d'Ascaris lumbricoides est résumé sur la figure 12.3.

Fig. 12.3. Cycle évolutif de l'ascaris.
1 et 2 Maturation des œufs dans le milieu extérieur. 2 à 5 Migration larvaire tissulaire. 6 et 7 Phase intra-intestinale (phase d'état).

CYCLE DU PARASITE

II. Physiopathologie

La migration tissulaire des larves détermine une réaction humorale et toxiallergique à l'origine de toux, d'opacités labiles pulmonaires et d'hyperéosinophilie (syndrome de Löffler).

Au stade adulte, le nombre et la grande taille des vers (troubles du transit, douleurs, occlu­sions…), leurs migrations ectopiques (rejet de vers, égarement dans le sphincter d'Oddi, per­foration…) expliquent les symptomatologies parfois bruyantes.

III. Clinique

Les manifestations cliniques dépendent de l'importance du parasitisme. Elles sont habituelle­ment absentes en cas de pauciparasitisme et la découverte du parasite est souvent fortuite par émission de vers avec les fèces ou lors d'un vomissement.

La phase de migration larvaire, souvent silencieuse, associe à des degrés divers des signes allergiques (urticaire, bronchite asthmatiforme…) au syndrome de Löffler.

La phase d'état est fréquemment marquée par des troubles digestifs (épisodes diarrhéiques, douleurs abdominales diffuses), exceptionnellement des signes nerveux (irritabilité, troubles du sommeil, voire convulsions).

Des complications chirurgicales, bien que plus rares actuellement, peuvent être obser­vées par migration aberrante et/ou accumulation d'adultes donnant des signes d'angiocholite fébrile, de pancréatite aiguë hémorragique, d'appendicite, d'occlusion intestinale, de volvulus, d'étranglement herniaire, de perforation intestinale (péritonite).

IV. Diagnostic biologique

Une hyperéosinophilie apparaît quelques jours après la contamination. Elle atteint son maxi­mum au bout de 3 semaines (phase de migration larvaire) puis décroît progressivement (phase d'état avec les adultes dans l'intestin grêle).

Un ascaris adulte, facilement identifiable du fait de sa taille, permet parfois le diagnostic lorsqu'il est évacué avec les fèces ou par la bouche ou le nez.

Le plus souvent, le diagnostic repose sur la découverte des œufs dans les selles, au mini­mum 2 mois après la contamination, aisément retrouvés du fait de leur grand nombre.

Le diagnostic sérologique n'a pas d'intérêt.

V. Traitement et prévention

Les traitements médicamenteux sont très efficaces. On utilise de préférence des benzimidazolés :

  • le flubendazole (Fluvermal®), comprimé ou suspension : 100 mg matin et soir, pendant 3 jours ;
  • l'albendazole (Zentel®), comprimé ou suspension : 400 mg en cure unique.

Le pamoate de pyrantel (Combantrin®), 12 mg/kg en cure unique, est une alternative. L'iver­mectine prescrite pour une autre verminose sera efficace sur une ascaridiose concomitante (hors AMM) (fig. 12.4).

Fig. 12.4. Expulsion d'Ascaris lumbricoides après traitement par l'ivermectine.

ECNI PARASITOSES

La prophylaxie repose sur l'hygiène personnelle et alimentaire (lavage des mains, des crudi­tés et des fruits avant consommation) et la lutte contre le péril fécal (installation de latrines, égouts, traitement des eaux usées, interdiction des engrais d'origine humaine pour les sols des cultures maraîchères).

Points clés

  • L'ascaridiose est une des parasitoses les plus fréquentes du monde intertropical. Elle est en rapport avec le péril fécal.
  • Le cycle est caractérisé par une phase larvaire tissulaire (allergie, syndrome de Löffler), suivie d'une phase d'installation des vers adultes dans l'intestin grêle (troubles digestifs et, exceptionnellement, complica­tions chirurgicales).
  • Le diagnostic évoqué devant une hyperéosinophilie au début de l'infestation repose, 2 mois après l'infec­tion, sur la présence d'œufs dans les selles.
  • Les médicaments benzimidazolés sont très efficaces et la prophylaxie collective dépend de la gestion difficile du péril fécal.

Vous venez de lire le chapitre 12 de l'ouvrage Parasitoses et mycoses des régions tempérées et tropicales de l'ANOFEL.

Parasitoses et mycoses des régions tempérées et tropicales, 6e édition, par l'ANOFEL - Association française
des enseignants et praticiens hospitaliers de parasitologie et mycologie médicales.
© 2019, Elsevier Masson SAS
Tous droits réservés.

Parasitoses et mycoses
des régions tempérées et tropicales

Réussir les ECNi
ANOFEL
ISBN: 9782294764288
A paraître le 20 novembre 2019

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