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Syndrome allergie pollens-aliments aux PR10 et rôle du changement climatique

France | 13 juin 2023

Par Anne Claire Nonnotte

Revue Française d-Allergologie

Revue Française d-Allergologie

Nous vous proposons ici de découvrir un article de la Revue Française d'Allergologie

Syndrome allergie pollens-aliments aux PR10 et rôle du changement climatique

Pollen-food allergy syndrome related to PR10 and climate change

G. Wintrebert a b,  J.F. Fontaine b

a Service de pédiatrie générale et spécialisée, American memorial hospital, CHU de Reims, France b Service des maladies respiratoires et allergiques, CHU de Reims, France

Mots clés

Syndrome allergie pollens-aliments

Bouleau

PR10

Changement climatique

Anaphylaxie

L’allergie aux pollens de bétulacées est la cause principale de syndrome allergie pollens-aliments (SAPA) en Europe du Nord. Longtemps considérée comme une pathologie des adultes et adolescents, elle touche aujourd’hui jusqu’à 50 % des enfants souffrant d’une rhinite allergique aux pollens de bétulacées ou graminées [1]. La sensibilisation au pollen de bouleau augmente d’années en années et avec elle la prévalence du SAPA, principalement médié par les pathogenesis-related proteins de type 10 (PR10) dans le Nord de la France [2].

Les protéines PR10 sont des protéines de stress impliquées dans les mécanismes de défense du règne végétal et sont donc théoriquement présentes dans la majorité des espèces bien que leur pertinence clinique soit loin d’être systématique (ou connue) à l’heure actuelle. De nouvelles PR10 sont identifiées régulièrement et il apparaît que les SAPA médiés par les PR10 s’étendent à d’autres familles que les classiques rosacées.

Classiquement, les symptômes sont déclenchés par la consommation de végétaux crus. Cependant, la thermolabilité de certains allergènes PR10 n’est pas constante, rendant la prise en charge plus délicate ; c’est le cas du soja, du céleri, de la noisette et de la carotte.

1. Un risque de réaction systémique

Bien que le SAPA médié par les PR10 soit généralement bénin, les cas de réaction systémique voire d’anaphylaxie fleurissent dans la littérature et concerneraient 1 à 10 % des SAPA toutes causes confondues [1]. Ces patients se rencontrent aujourd’hui fréquemment dans notre pratique courante et les facteurs de risque ne sont pas clairement identifiés, ni la prise en charge codifiée. Si les premiers cas décrits s’expliquaient systématiquement par la présence d’un cofacteur : inhibiteurs de la pompe à protons, effort, prise sous forme liquide, jeune, alcool… ils sont aujourd’hui absents dans près de la moitié des cas [3], [4].

Quelques facteurs de risque ont été identifiés chez l’enfant : la dermatite atopique, l’urticaire chronique, un nombre élevé d’aliments pourvoyeurs de SAPA [5], mais l’anaphylaxie est fréquemment inaugurale (93 % des cas du Réseau d’Allergo-vigilance) et il n’est pas possible à l’heure actuelle de véritablement identifier un phénotype clinico-biologique permettant de distinguer les enfants à risque [4].

L’anaphylaxie peut d’ailleurs survenir dès 2 ans, chez des enfants qui n’ont donc été exposés qu’à 2 ou 3 saisons polliniques, posant la question d’une autre voie de sensibilisation, d’une augmentation de la sensibilité individuelle aux allergènes environnementaux, d’une augmentation de la production de pollen ou de la modification de son allergénicité.

2. Le rôle de l’environnement

La pollinisation du bouleau est largement affectée par le changement climatique et en est un des marqueurs principaux aujourd’hui. L’élévation moyenne annuelle de la température est estimée à 0,05 °C/an et si certaines espèces comme les graminées ou l’armoise ont vu leur durée de pollinisation croître, le cas du bouleau est particulier. En effet, ces dernières décennies ont été constatés un retard de début et une fin précoce de pollinisation des bouleaux. Malgré ce raccourcissement, le nombre théorique de jours à risque allergique est passé de 3 à 11 jours en une quarantaine d’année. De fait, l’intégrale pollinique annuelle du bouleau augmente, avec un taux moyen annuel de progression compris entre 21 et 126 grains/m3.

Outre le réchauffement climatique, l’exposition aux polluants, notamment au dioxyde de carbone (CO2), est associée à l’augmentation de la masse et du diamètre du chaton et par conséquent à une plus forte production pollinique, chez des arbres de plus en plus jeunes et jusqu’à un âge tardif [6].

La dégradation du pollen au contact des polluants engendre également une fragmentation des grains de pollen, augmentant la biodisponibilité des allergènes en raison d’une meilleure pénétration de ces plus petites particules dans le tractus respiratoire. Les modifications s’observent également au niveau protéique puisque la concentration en Bet v1 du pollen serait positivement corrélée à la concentration en microparticules fines PM10, ce qui est susceptible d’augmenter le risque allergique chez les patients vivant dans les zones urbaines [7].

3. Quelles solutions disponibles ?

Ralentir le changement climatique semble malheureusement utopique, cependant certaines mesures environnementales semblent accessibles dans le cadre de la prévention primaire de la sensibilisation au pollen de bouleau : la diminution du tabagisme passif, la végétation des zones urbaines avec des espèces d’arbres plus diverses et moins allergisantes, la diminution de relargage de microparticules par le trafic routier…

Dans la continuité de la prévention primaire, un bon contrôle de la dermatite atopique paraît indispensable et pourrait prévenir, théoriquement, la sensibilisation à des aéroallergènes. L’intérêt d’une immunothérapie sublinguale en prévention de la survenue d’une rhinite allergique n’a pas été démontré et n’est pas recommandé par l’EAACI. Son intérêt dans la prévention de la survenue d’un SAPA chez les patients avec une rhinite allergique n’a pas été étudié et son efficacité dans le traitement du SAPA est largement controversée.

Accessible dès aujourd’hui et facilement réalisable, financièrement comme techniquement, l’induction de tolérance orale à la pomme apparaît comme le traitement de choix pour les patients motivés. Son efficacité est appuyée par plusieurs études ayant montré une augmentation du seuil de tolérance de la pomme mais aussi des autres fruits contenant des PR10, ainsi qu’une amélioration des symptômes de conjonctivite allergique printanière [8].

En conclusion, le SAPA médié par les PR10 est aujourd’hui une problématique de santé publique de par sa fréquence en constante augmentation et le risque grandissant de réaction systémique associée. Cette progression pourrait être expliquée par une exposition importante à la pollution et le réchauffement climatique et par conséquent exploser ces prochaines décennies. Des mesures de prévention primaire et secondaire sont nécessaires afin d’endiguer cette « épidémie » et une prise en charge plus active doit être encouragée pour éviter des évictions étendues altérant la qualité de vie.

Déclaration de liens d’intérêts

Les auteurs déclarent ne pas avoir de liens d’intérêts.

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Références

[1] C. Mastrorilli, F. Cardinale, A. Giannetti, C. Caffarelli Pollen-food allergy syndrome: a not so rare disease in childhood Medicina (Mex), 55 (2019), p. 641 View article CrossRefView in ScopusGoogle Scholar [2] C. Loraud, C.T. Ménonville, M. Bourgoin-Heck, N. Cottel, S. Wanin, J. Just Emergence of pollen food allergy syndrome in asthmatic children in Paris Pediatr Allergy Immunol, 32 (2021), pp. 702-708 View article CrossRefView in ScopusGoogle Scholar [3] R. Asero, R. Ariano, A. Aruanno, C. Barzaghi, P. Borrelli, M. Busa, et al. Systemic allergic reactions induced by labile plant-food allergens: seeking potential cofactors. A multicenter study Allergy, 76 (2021), pp. 1473-1479 View article CrossRefView in ScopusGoogle Scholar [4] D. Sabouraud-Leclerc, E. Bradatan, L. Boustany, B. Bénabès, S. Tscheiller, G. Pouessel, et al. Anaphylaxies aux PR10 chez l’enfant, les données du Réseau d’Allergo-Vigilance® depuis 2022 Rev Fr Allergol, 62 (2022), p. 306 View PDFView articleGoogle Scholar [5] M. Kim, Y. Ahn, Y. Yoo, D.-K. Kim, H.-J. Yang, H.-S. Park, et al. Clinical manifestations and risk factors of anaphylaxis in pollen-food allergy syndrome Yonsei Med J, 60 (2019), p. 960 View in ScopusGoogle Scholar [6] J.-P. Besancenot, C. Sindt, M. Thibaudon Pollen et changement climatique. Bouleau et graminées en France métropolitaine Rev Fr Allergol, 59 (2019), pp. 563-575 View PDFView articleView in ScopusGoogle Scholar [7] H. Sénéchal, N. Visez, D. Charpin, Y. Shahali, G. Peltre, J.-P. Biolley, et al. A review of the effects of major atmospheric pollutants on pollen grains, pollen content, and allergenicity Sci World J, 2015 (2015), pp. 1-29 View article CrossRefGoogle Scholar [8] B. Nothegger, N. Reider, C.E. Covaciu, V. Cova, L. Ahammer, R. Eidelpes, et al. Oral birch pollen immunotherapy with apples: results of a phase II clinical pilot study Immun Inflamm Dis, 9 (2021), pp. 503-511 View PDF This article is free to access. CrossRefView in ScopusGoogle Scholar