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Soigner par l’hypnose en milieu hospitalier

6 septembre 2023

Par Anne Claire Nonnotte

Soigner par l'hypnose 7e édition

Soigner par l’hypnose en milieu hospitalier

Introduction

Le recours à l’hypnose thérapeutique dans le milieu hospitalier exige de bien connaître la nature, les limites et les vertus de cette pratique, autant que la complexité et parfois même l’ambiguïté de son contexte. Ces préalables sont indispensables pour rendre la pratique de l’hypnose utile au patient dans sa quête d’un soulagement. Les différentes formes de demande de recours à l’hypnose sont à considérer à l’aune de la qualité de l’alliance thérapeutique entre ses protagonistes indispensable à son effet.

L’hypnose, une modalité relationnelle qui réalise la finalité du contexte

Institution apparue au xixe siècle, l’hôpital médical a pour mission de traiter les maladies et les traumatismes aigus et complexes. L’ensemble des procédures et des actes vise à objectiver la lésion ou la maladie indépendamment de ce qu’en ressent la personne malade ou blessée. S’appuyant sur un langage d’inspiration scientifique fait de techniques, de diagnostics, de mesures, d’indications cliniques et de traitements spécifiques, l’hypnose se présente le plus souvent comme un mode de traitement de maladies ou de lésions alors que sa finalité et ses effets sont tout autres. Cependant et cela prête souvent à confusion, la pratique de l’hypnose en milieu hospitalier ne vise nullement à traiter les maladies ou les lésions mais uniquement à soigner les patients qui les éprouvent en les accompagnant sur la voie d’un soulagement. Il importe dès lors de rappeler quelques faits saillants relatifs à l’usage de l’hypnose dans le contexte thérapeutique du soin :

  • l’hypnose n’est ni un agent actif, ni une force objective. Elle n’est donc ni une panacée, ni un traitement pouvant être prescrit et appliqué selon un protocole préétabli. Elle n’a aucune action spécifique mais, adéquatement utilisée, elle permet de potentialiser les effets non spécifiques de la relation thérapeutique en réalisant les intentions inhérentes au contexte. Le contexte étant compris ici comme une interaction sociale déterminée par la conjonction des intentions de ses acteurs. Dans ce sens, l’hypnose n’est finalement qu’une modalité relationnelle plus ou moins ritualisée effectrice du contexte ;

  • l’hypnose ne traite aucune maladie, aucune lésion. Elle ne répond dès lors pas à une indication diagnostique particulière. Elle n’est qu’une modalité relationnelle d’accompagnement attentif et bienveillant d’une personne souffrante et en détresse qui est en attente d’un soulagement ;

  • l’hypnose n’est pas un algorithme actionnant ou réparant par suggestion un quelconque système d’information ou automate psycho-nerveux. Elle n’agit ni par le contenu, ni par la précision des paroles exprimées mais par la qualité et l’intensité de l’intention, de l’attention et de la présence de ses acteurs. Les techniques de suggestion ont été conçues comme des protocoles de consignes à des fins de démonstration scientifique expérimentale ;

  • l’hypnose n’est pas et n’induit pas un régime spécifique d’activité, de perception ou de conscience du patient. La mesure de l’hypnotisabilité ou de la suggestibilité du sujet réalisée dans les laboratoires de psychologie expérimentale vise une discrimination qui n’est ni utile, ni appropriée dans le contexte thérapeutique. Catégoriser les patients en fonction de leur sensibilité ou de leur performance hypnotique revient à faire un tri éthiquement discutable en regard de l’égalité d’accès aux soins. L’hypnose n’est pas à considérer du point de vue des aptitudes du patient mais uniquement de celui de la disponibilité relationnelle du soignant. Elle doit être considérée comme un cadre relationnel permettant l’expression et la transformation spontanée de ce qu’éprouve le sujet hypnotisé lorsque son attention est absorbée dans ses perceptions immédiates ;

  • l’hypnose n’est ni un pouvoir, ni une expertise professionnelle de l’hypnotiseur, ni une spécialité, ni un modèle de thérapie, mais uniquement un cadre et une disposition relationnelle fondée sur l’attention portée aux perceptions éprouvées immédiatement. L’hypnose peut être à la fois définie et décrite comme l’accompagnement attentif et bienveillant qu’assure un soignant pour un patient qui éprouve de la difficulté à faire avec ce qu’il perçoit dans l’instant et qui attend de trouver la voie du soulagement.

La prise en compte de ces quelques préalables sur la nature de l’hypnose devrait permettre au soignant hospitalier de s’initier à cette modalité relationnelle en s’adressant au patient comme à son principal partenaire, guide et compagnon. Sa seule boussole dans cet univers relationnel focalisé sur les perceptions éprouvées spontanément étant le patient lui-même !

Rendre le contexte hospitalier thérapeutique

Le milieu hospitalier est un système soignant complexe (Bonvin, 2003) dans lequel les interventions spécialisées organisent et structurent l’itinéraire de traitement de la maladie dont le malade est le porteur. Il s’agit donc d’un contexte à la fois complexe et ambigu : complexe parce qu’il réunit de très nombreux intervenants dont l’activité doit être minutieusement organisée et coordonnée ; ambigu par ses acteurs qui sont amenés à se rencontrer et à collaborer avec des intentions et des attentes souvent différentes. Le milieu hospitalier est notamment caractérisé par une ambiguïté fondamentale entre, d’une part, ses soignants dont l’intention et la vocation principales sont d’investiguer et de traiter des maladies et, de l’autre, les patients qui y cherchent principalement un soulagement à la souffrance qu’ils endurent.

L’hôpital est particulièrement efficace lorsque les patients se trouvent soulagés par le traitement de la maladie administré par les soignants. Cependant, lorsque l’équation de base, c’est-à-dire lorsque le traitement de la maladie apporte un soulagement, n’est pas réalisée, le milieu hospitalier peut rapidement devenir hostile ou déshumanisé et plonger certains patients, tout comme certains soignants, dans le désarroi ou la détresse. Lorsque toute l’attention des soignants se focalise sur la maladie, sans prêter gare à ce que perçoit et éprouve le patient, ce dernier peut se sentir réifié, nié et isolé tout en étant en situation d’impuissance angoissante. Le patient éprouve alors une détresse souvent entretenue et amplifiée dans un cercle vicieux dans lequel les soignants le rendent encore plus impuissant, seul, angoissé et résistant aux traitements qui lui sont ainsi infligés.

Situations propices à l’instauration d’une relation hypnotique

En milieu hospitalier, trois situations sont propices à l’instauration d’une relation hypnotique : en situation de détresse, lorsque le patient en fait la demande expresse et lorsque celui-ci est adressé par un autre professionnel.

Soigner et accompagner le patient en situation de détresse

L’engagement d’une relation hypnotique est particulièrement indiqué lorsque s’installe le cercle vicieux de la détresse chez le patient et, par ricochet, chez le soignant qui ne sait généralement pas comment accompagner une personne en détresse. L’hypnose est en l’occurrence à considérer comme une modalité relationnelle de recadrage consistant à accorder l’intention de soigner du soignant avec l’attente de soulagement du patient. Elle n’est pas considérée comme une technique administrée pour traiter un symptôme ou une maladie mais comme l’instauration d’une simple relation profane et bienveillante avec une personne qui se sent isolée et impuissante. Elle n’exige du soignant que de maintenir un lien et une présence humaine dans l’attente que le patient trouve par lui-même, à son rythme et à sa façon, le chemin qui le conduira vers son soulagement.

Lorsque le patient demande un soutien relationnel pour faire face à son épreuve

Certains patients expriment spontanément, pour autant que les soignants les écoutent, leur besoin d’être accompagnés et soutenus durant une intervention, un examen, un moment difficile ou tout simplement leur séjour hospitalier. La réponse à une telle demande n’exige pas de mentionner l’hypnose, mais de s’engager à être présent pour le patient et à l’accompagner avec assurance durant l’épreuve et cela jusqu’à ce qu’il puisse y faire face à sa manière. L’hypnose ne constitue pas une réponse spécifique ou exclusive pour ces situations mais elle n’en est pas moins une modalité relationnelle appropriée, pour autant qu’elle soit établie avec tact et sollicitude.

Lorsque le patient demande à « faire de l’hypnose »

La demande de « faire de l’hypnose », formulée par un patient ou un professionnel qui adresse celui-ci, est fréquente. Avant d’y répondre, le praticien en hypnose doit s’assurer que le patient concerné exprime préalablement ce qu’il en attend et vérifier que cette attente soit congruente au contexte du soin. Une fois cette attente exprimée, le praticien portera toute son attention sur l’accompagnement qu’il peut offrir au patient afin que ce dernier parvienne par lui-même à la réalisation de celle-ci. Si le patient insiste sur la technique hypnotique, il est toujours intéressant de lui proposer de l’accompagner afin qu’il induise et accède par lui-même à cette « hypnose » qu’il se représente, en prenant surtout le temps d’imaginer intensément l’effet qu’il en attend.

Lorsque le patient est adressé pour hypnose par un autre professionnel du soin

Une telle demande doit être traitée avec précaution. Elle se fait souvent en ultime recours pour traiter une maladie ou des symptômes qui n’auraient pas cédé au traitement habituel. Or, l’hypnose n’agit ni sur une maladie, ni sur un symptôme mais donne plutôt un cadre relationnel permettant à un patient de faire avec ceux-ci. C’est en effet uniquement la qualité de la relation entre soignant et soigné qui détermine son effet et il est dès lors indispensable qu’ils établissent une alliance singulière. Le fait que le patient soit « adressé » par un collègue ne permet pas d’en déduire implicitement qu’une telle alliance est établie, or celle-ci doit être scellée explicitement entre les acteurs engagés dans une relation hypnotique. En d’autres termes, la relation thérapeutique ou hypnotique doit répondre à l’attente du patient hypnotisé et non pas à celle du professionnel qui l’adresse à l’hypnotiseur pour traiter un symptôme. La matrice et le secret de la relation hypnotique résident entièrement dans cette alliance de sympathie bienveillante qui est scellée entre hypnotiseur et hypnotisé dans le contexte qui les unit. Celle-ci doit être inédite, explicite et totalement indépendante du collègue qui adresse le patient et de la maladie ou des symptômes que présente ce dernier. Toute l’attention et la sollicitude du soignant hypnotiseur doivent se focaliser sur la relation qu’entretient le patient avec l’expérience perceptive qu’il éprouve et sa transformation vers un soulagement. La démonstration de ses compétences à des collègues ou la recherche d’une maîtrise de la maladie et de ses symptômes ne peuvent que détourner l’attention de l’hypnotiseur au détriment du patient qui risque de s’enfoncer dans le cercle vicieux de la détresse en se sentant à la fois seul et impuissant face à ce qu’il perçoit.

Vous venez de découvrir un extrait de l'ouvrage Soigner par l'hypnose(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre)

Soigner par l’hypnose(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre) Approches théoriques et cliniques

Les auteurs Éric Bonvin et Gérard Salem† 7e édition

Collection « Pratiques en psychothérapie »

Dans la même collection

Interventions et thérapies brèves : 10 stratégies concrètes(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre), 2e édition, par Y. Doutrelugne, O. Cottencin, J. Betbèze, L. Isebaert, D. Meggle, 2016, 304 pages. Psychothérapies des hallucinations(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre), Renaud Jardri, Jérôme Favrod, Frank Larøi, 2016, 352 pages. La psychothérapie centrée sur les émotions(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre), U. Kramer, E. Ragama, 2015, 240 pages. Psychothérapies du sujet âgé, J. Palazzolo, C. Baudu, A. Quaderi, 2016, 352 pages

Dans la même collection – Série « Santé psy et travail »

Stress et risques psychosociaux au travail(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre). Comprendre, prévenir, intervenir, par B. Lefebvre et M. Poirot. 2015, 216 pages. Psychanalyse du lien au travail(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre). Le désir de travail, par R. Guinchard. 2011, 216 pages. Bases psychologiques du coaching professionnel(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre), par P. Barreau. 2011, 128 pages.