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Relation d'aide en soins infirmiers

3 juillet 2023

Par Monique Remillieux

Relation d'aide en soins infirmiers

Relation d'aide en soins infirmiers

Plan de l'ouvrage : 8 chapitres

  1. La problématique de la relation d'aide en soins infirmiers

  2. Le cadre réglementaire

  3. Le cadre conceptuel en soins infirmiers

  4. La relation soignant-soigné

  5. La relation d'aide en soins infirmiers : un acte qui ne s'improvise pas

  6. Les caractéristiques de la relation d'aide en soins infirmiers

  7. Les résultats attendus de la relation d'aide en soins infirmiers

  8. Relation d'aide et interdisciplinarité.

Plan du chapitre  7 Les résultats attendus de la relation d’aide en soins infirmiers

  • Bénéfices et conséquences pour la personne ou le groupe aidé

  • Bénéfices et conséquences pour l’infirmière

    • Réflexions personnelles/valeurs personnelles

    • Réflexions professionnelles

  • Bénéfices pour l’équipe de soins, l’institution, la santé publique

    • Bénéfices pour l’équipe de soins

    • Bénéfices pour l’institution

    • Bénéfices en termes de santé publique

Chapitre 7

Les résultats attendus de la relation d’aide  en soins infirmiers

Selon S. Baudrand, « la dynamique d’une telle démarche sert à la fois l’intérêt du soignant et du patient. Si bon nombre de conceptions de soins reposent sur la dynamique du changement chez le patient, il semble aussi nécessaire de l’envisager du point de vue des soignants».

La relation d’aide peut apporter une évolution, un changement, un mieux-être à la personne aidée. Parfois, le mieux-être est à peine perceptible sur le moment, particulièrement chez une personne angoissée, du fait qu’il peut être perçu par la personne aidée et non par l’infirmière.

Bénéfices et conséquences pour la personne ou le groupe aidé

La personne aidée peut, selon ses besoins, bénéficier d’une relation d’aide. Il ne faut pas oublier que cette dernière est bien souvent un maillon d’une famille, d’un groupe.

Un problème de santé touchant un membre de la famille a des répercussions sur l’ensemble du fonctionnement familial, voire parfois sur les membres eux-mêmes de l’entourage, sur les proches aidants. Ces derniers sont souvent peu reconnus dans cette fonction, voire en conflit avec les intervenants professionnels qui les cantonnent parfois dans ce seul statut d’aidant.

Différentes études témoignent de leur souffrance. Ainsi, d’après une étude de la Maison des aidants de 20162, 75 % d’entre eux notent un impact sur leur santé, 80 % ressentent du stress et 30 % prennent des traitements contre l’anxiété. Une autre étude3 précise que 61 % des aidants déclarent avoir des problèmes de sommeil depuis qu’ils sont aidants, 63,5 % avoir des problèmes de douleurs physiques et 59 % déclarent se sentir seuls. Enfin, près de 25 % des répondants déclarent avoir augmenté leur consommation de médicaments et 70 % ne pas s’accorder de temps pour les loisirs. Dans d’autres études, on retrouve également des problèmes de poids, de perte d’appétit, de dépression, etc.

Cas clinique

Monsieur L. souffre d’un cancer du pancréas en situation palliative. Son épouse et lui-même sont informés du diagnostic et il a exprimé le souhait qu’ils n’en sachent pas davantage. Les antalgiques le soulagent bien pour le moment, et il conserve une petite autonomie, poursuit les activités qui le fatiguent le moins. Au décours de soins prodigués à Monsieur L., son épouse confie à l’infirmière que la situation est difficile pour elle, car son mari ne veut plus en parler, en tous les cas pas avec elle, et elle pense qu’il ne lui fait plus confiance. Elle sait qu’il a échangé récemment avec le kinésithérapeute.

Dans cette situation, qui perturbe son sommeil et retentit sur son appétit, qui s’amenuise, l’accompagnement de Madame L. proche aidante du malade, fait partie du rôle infirmier. La soignante va s’organiser afin de pouvoir proposer un temps d’écoute et un espace de parole à cette aidante en dehors des soins prodigués à son conjoint. Ces temps dédiés vont permettre progressivement à Madame L. d’exprimer qu’elle a compris que son mari cherche à la protéger, mais que cela est difficile pour elle, car c’est lui qui est malade et considéré par elle comme fragile. Elle ajoute que, finalement, ne pas en savoir davantage permet aussi d’avancer au jour le jour.

Les parents, les proches s’occupent parfois de la personne malade. Ils peuvent venir la voir par affection, par fidélité, parfois par nécessité, par devoir. Entendre leurs difficultés, leur offrir un temps d’écoute, un espace de paroles pour les aider à « affronter » la maladie, la crise qui touche l’un des leurs relève aussi du rôle de l’infirmière qui, en les aidant, aide aussi la personne soignée.

Si l’infirmière rencontre, dans la majorité des situations, la personne malade ou la famille indépendamment dans une relation d’aide, elle peut être amenée à voir le patient et ses proches en même temps, notamment à domicile. Cette rencontre peut se faire à la demande de l’un ou l’autre, ou suite à un entretien d’aide.

Son rôle dans cette rencontre est, bien souvent, de permettre la circulation de la parole, d’être un médiateur.

Cas clinique

Madame Hortense, avant son hospitalisation, vivait avec une de ses filles à domicile. Son autre fille passait régulièrement. Elle ne pouvait pas envisager, en raison de son activité professionnelle et de ses obligations familiales, prendre le relais même ponctuellement pour offrir des temps de répit à sa sœur.

La demande réitérée de Madame Hortense est de rentrer à domicile. « Ma fille est là tous les jours. »

Les filles ont, de leur côté, demandé un placement en long séjour pour leur mère. Bien que l’état de santé de Madame Hortense exige une présence permanente à domicile, elle souhaite rentrer à la maison.

L’infirmière propose à Madame Hortense et à ses filles une rencontre commune pour aborder cette question.

L’infirmière, ce jour, introduit simplement l’échange : « Votre maman aimerait vous faire part de son désir pour l’avenir, mais ne sait pas comment vous en parler, ni ce que vous en pensez ».

Au cours de l’entretien, la mère exprime son désir de retour à domicile. Ses filles lui font part de leurs réserves.

Régulièrement, durant l’entretien, les unes et les autres prennent l’infirmière à témoin qui, sans amener de réponse, renvoie la question : « Qu’en pensez-vous ? ».

À la fin de l’entretien, les deux sœurs prennent contact avec l’assistante sociale pour envisager avec leur mère ce projet de retour à domicile dans les meilleures conditions possibles.

Ce projet n’a pas pu se réaliser car l’état de santé de Madame Hortense s’est dégradé très rapidement, mais elle a pu parler de ce qui lui tenait à cœur avec ses filles ; elles ont entendu sa demande.

Une telle situation a permis à chacune de prendre part à la dynamique familiale, d’échanger, de parler en confiance sans non-dits.

Le fait d’avoir remis en lien les membres de la famille a permis aux filles de se sentir incluses dans les projets concernant leur mère, de se sentir entendues dans leurs propres difficultés, leur a offert le sentiment d’avoir fait tout ce qu’elles pouvaient jusqu’au dernier moment

Tout ce qui est fait pour la famille ou le groupe aidé rejaillit sur la personne et inversement.

Pour Isabelle Marin : « Le soignant se sent avant tout au service du malade, la famille bien souvent semble faire écran, elle est rarement idéale, trop proche ou trop désinvestie, posant de mauvaises questions ou soulevant de faux problèmes. Accepter le malade comme une personne signifie d’abord l’accepter avec et dans son entourage. Trouver une solution équilibrée entre famille, malade et soignants, sans exclusion, ni projection, est alors une nécessité4. »

La relation d’aide infirmière en tant que soin est thérapeutique dans le sens où elle permet à la personne aidée (et/ou au groupe aidé) :

  • d’être reconnue en tant que sujet quel que soit son état de santé, la nature de la crise qu’elle traverse ;

  • de devenir partenaire dans les soins, de faire ses choix ;

  • d’oser prendre la parole sur ce qui lui arrive ; de se sentir accueillie et acceptée en tant que personne unique et singulière ;

  • de se sentir écoutée et d’être entendue ; de devenir sujet de la situation vécue ; de se sentir en confiance ;

  • de se sentir soutenue, accompagnée dans la crise qu’elle traverse ; d’identifier son besoin en vue d’un changement, mais aussi de décider si elle veut ou non changer (autonomie de choix).

Selon la situation, le rythme de la personne aidée (et/ou du groupe aidé), la relation d’aide infirmière peut permettre à la personne :

  • de prendre le temps de réfléchir sur elle-même ;

  • de se connaître, se comprendre, se découvrir au travers de ce qu’elle exprime ; de nommer et d’exprimer ses émotions (colère, peur, désespoir, culpabilité, etc.), ses inquiétudes et désirs ; de se sentir libre d’orienter ses choix, d’exister pour et par elle-même ;

  • de faire un lien entre ses émotions et la situation ; de comprendre comment elles influencent sa qualité de vie au quotidien (« Je suis triste parce que… ») ;

  • de repérer certains mécanismes de défense, attitudes et comportements ;

  • de trouver des ressources qu’elle ne soupçonnait pas, de les mobiliser et de les exploiter de manière adéquate (« Je ne m’en croyais pas capable ») ;

  • de se questionner, de rechercher du sens à ce qui lui arrive ; de clarifier son vécu immédiat (« Pourquoi ça m’arrive à moi ? », « Pourquoi moi ? ») ;

  • de trouver ses propres solutions, des personnes ressources et d’accepter leur aide, qu’elle soit transitoire ou à plus long terme ;

  • de retrouver confiance en elle ; d’assumer ses décisions : la personne se positionne, fait des choix, des projets ;

  • d’être capable d’en parler aux personnes impliquées dans la situation (famille, proches, amis) ;

  • de diminuer son anxiété en mobilisant son énergie sur la recherche de sens, les ressources, etc. ;

  • de se reconstruire dans sa dimension globale dont parfois elle s’est éloignée, par la rencontre de multiples spécialistes, le passage dans différents services ; de retrouver un certain équilibre de santé sur le plan physique, psychologique, mais aussi social et spirituel ;

  • de vivre un changement dans sa façon d’appréhender la maladie, le handicap, mais également dans sa vie de tous les jours ;

  • de se réinvestir dans des groupes si tel est son désir ;

  • de trouver et mettre en place des éléments pour passer d’un état de spectateur de sa propre vie (dépendance) à un état d’acteur (autonomie).

Cas clinique

À 13 heures, ce jour-là, les copines de Patricia arrivent à l’infirmerie du lycée en la soutenant. Elle est ivre. Entre deux vomissements, en pleurant, elle lance à l’infirmière qu’elle est enceinte. Elle s’endort. À son réveil, l’infirmière demande à Patricia si elle souhaite reprendre la conversation, dont elle ne se souvient pas. « Je crois avoir compris que tu étais enceinte, mais j’ai pu mal entendre ? » « Je suis enceinte de 5 mois, je ne l’ai pas dit à mes parents. Je ne peux pas… Je ne peux plus rentrer chez moi… » Elle pleure, l’infirmière s’approche un peu plus près, la prend par les épaules. « Qu’est-ce qu’ils vont me dire ? Ils ne voudront plus de moi. Comment faire ? Aidez-moi ». « Que souhaites-tu vraiment ? » « J’aimerais tant qu’ils le sachent… ».

« Que penses-tu d’appeler ta mère et de lui en parler, ici ? » « Je ne sais pas. » « Tu peux y réfléchir et nous en reparlons demain. »

Le lendemain, Patricia demande à l’infirmière d’appeler sa mère et de rester pendant qu’elle lui annonce la nouvelle.

Cas clinique

Lors d’un conseil de classe, les professeurs s’inquiètent de la chute des notes de Vincent et s’interrogent sur son changement d’attitude.

Dans la journée, l’infirmière s’arrange pour croiser Vincent. Tous deux s’assoient sur un banc au fond de la cour, parlent de tout et de rien. L’infirmière glisse dans la conversation : « Je suis inquiète pour toi. Tu me sembles fatigué, tes résultats sont moins bons cette fin de trimestre ». Elle reste quelques instants avec lui et l’informe de sa disponibilité. Le lendemain, le surlendemain, il vient lui dire « Bonjour ». À la fin de la semaine, il parle de cannabis, de ses peurs, de sa solitude, etc. L’infirmière l’écoute. Il ne sait pas comment faire tout seul ; elle lui propose de le mettre en relation avec le centre médico-psycho-pédagogique. Il y commence un travail. Il continue à venir la voir.

Tous deux ont instauré un climat de confiance avec ses parents. Le soutien a duré toute l’année scolaire, sa santé s’est améliorée, les notes sont remontées. Il s’est inscrit à une activité sportive qui lui tient à cœur.

Selon M. Nuss : « […] s’il y a prise en charge du handicap, le sujet est ignoré ou du moins réduit à ses besoins primaires et à ses inaptitudes. L’accompagnement, au contraire, prend en compte l’individu comme une entité responsable et autonome qui a besoin certes de voir ses déficiences physiques, sensorielles et/ou mentales être compensées, mais qui intègre avant tout ses aptitudes et ses désirs. Accompagner un être dépendant, c’est aller à la rencontre de l’autre à travers soi et de soi à travers l’autre. S’engager dans cette voie compatissante et humaniste demande de la disponibilité, de l’attention, de la réactivité, de l’adaptabilité, de l’ouverture d’esprit et de la tolérance. L’accompagnement ne consiste ni à subir, ni à imposer, mais à partager».

Bénéfices et conséquences pour l’infirmière

Réflexions personnelles/valeurs personnelles

La rencontre avec des personnes singulières, chaque fois uniques, permet à l’infirmière de s’interroger, d’être confrontée à des problématiques nouvelles ou, du moins, qu’elle n’avait pas vraiment approfondies. Elle réfléchit, s’enrichit, s’ouvre à ces nouvelles expériences non dans le seul but d’amener des réponses ou des solutions, mais pour connaître comment cela la touche, la fait réagir. Par exemple, une infirmière qui change d’orientation et qui arrive dans un service où se pratique l’interruption volontaire de grossesse est amenée à réfléchir autour de cette problématique pour pouvoir être disponible dans l’écoute et le soutien de la personne qu’elle rencontre dans cette situation.

À travers les différentes rencontres, l’infirmière, en tant que personne, apprend sur elle-même, se connaît un peu plus. La relation d’aide est source de croissance. La confrontation à la souffrance, au handicap, à la maladie, à la mort interroge et permet de cheminer. Elle s’accompagne pour l’infirmière d’un questionnement sur ses propres ressources ; quel que soit le cadre de référence – par exemple rogérien, psychanalytique, infirmier –, la question des limites de sa propre subjectivité dans les situations d’écoute est posée6. Dans cette ouverture à soi, l’infirmière va ainsi apprendre à mesurer quelles peuvent être ses forces et ses limites. Les postures nécessaires à la relation d’aide (disponibilité, authenticité, etc.) s’inscrivent dans une connaissance de soi existentielle.

La mise en place de développement personnel peut faciliter l’adaptation à ces situations complexes. Le constat d’adaptation de ce que peut l’humain est encourageant et rassurant.

Réflexions professionnelles

La relation d’aide ouvre à une réflexion sur les soins infirmiers, le travail d’équipe, l’engagement, le positionnement.

Une fois que la relation est établie, que la personne est identifiée comme sujet et acteur, elle conserve cette position pour tous les soins. La relation d’aide infirmière permet une qualité des soins, une réflexion sur le sens des soins. Elle représente un outil intéressant pour l’infirmière qui lui permettra d’assumer sa présence auprès de la personne soignée. Les gestes des soignants lors des soins de la continuité de la vie, des mobilisations, des pansements ne s’inscrivent plus dans la routine, mais deviennent personnalisés.

La richesse de ce soin est qu’il ne peut pas être « protocolisé » ; il laisse toute sa part d’initiatives à l’infirmière.

C’est la personne qui guide, l’infirmière la suit dans son cheminement et découvre dans chaque situation une part d’imprévu. La relation d’aide permet ainsi de développer une capacité d’adaptation relationnelle.

L’infirmière échappe à la routine, laisse la place à la rencontre. La relation se construit à deux, au fur et à mesure des paroles échangées et comporte un côté créatif, attractif.

La relation d’aide permet un échange plus équilibré, où il n’y a pas de pouvoir de l’un sur l’autre. Le professionnel n’est pas celui qui sait ce qui est bon pour l’autre. Il s’agit d’une relation duelle entre adultes où chacun a sa part de responsabilité.

La personne se confie. L’infirmière est valorisée de cette confiance, digne dans le sens de reconnaissance7 en tant que sujet/acteur dans la réflexion, dans son champ d’autonomie. Elles sont responsables l’une l’autre de cette relation.

L’infirmière est confortée sur sa propre capacité relationnelle, mais reste humble dans sa position de tiers extérieur.

Elle participe au développement d’une philosophie du prendre soin.

La relation d’aide permet de développer un travail d’équipe, l’infirmière étant reconnue dans sa pratique relationnelle.

Bénéfices pour l’équipe de soins, l’institution, la santé publique

La relation d’aide, en ce qu’elle contient d’attention et d’écoute portées à autrui, va induire généralement une « plus-value » pour l’équipe de soins, avoir un retentissement positif sur le service (voire l’institution). Elle peut également avoir des effets bénéfiques en termes de prévention, s’inscrivant en cela dans un objectif de santé publique.

Bénéfices pour l’équipe de soins

Prendre en compte la relation d’aide au sein d’une équipe de soins, c’est souvent apprendre à travailler ensemble autrement, en introduisant davantage d’écoute de la personne soignée, mais aussi de respect du travail d’autrui, quelle que soit sa fonction dans l’équipe. Si la relation d’aide permet le cheminement, la croissance de la personne aidée, sa pratique reconnue dans un service permet à l’équipe de « grandir » ensemble dans une communication souvent plus authentique. Elle permet des échanges autour des valeurs, des limites de chacun, du rôle et de la place des différents professionnels. Elle invite à parler de ses émotions, à apprendre à les reconnaître.

La pratique de la relation d’aide au sein d’une équipe se conçoit difficilement en termes de projet individuel, mais bien en tant que projet d’équipe et suppose, pour être bénéfique à l’équipe (et au patient), l’instauration d’une confiance mutuelle ainsi que le soutien des soignants impliqués. La pratique de la relation d’aide n’est pas anodine ; elle engage chaque soignant à ce titre mais aussi en tant que personne qui accepte de dévoiler un peu d’elle-même. Identifier des bénéfices pour et par l’équipe suppose que celle-ci ait construit un projet de service où l’utilité de cette relation d’aide ait été reconnue.

Le témoignage des personnes malades et de leur famille renvoie souvent vers l’ensemble de l’équipe la qualité de l’écoute (même si personnes et proches n’ont pas rencontré l’intégralité de cette équipe) et valorise l’équipe dans son souci d’humanité.

Bénéfices pour l’institution

Lorsqu’ils sont interrogés sur la qualité des prestations fournies dans un service, les malades (et leurs proches) évoquent les réponses techniques, mais aussi la qualité relationnelle dont ils ont ou non bénéficié. Les questionnaires de satisfaction permettent de retrouver le témoignage des bénéfices ressentis grâce à la relation d’aide, dans un contexte où les établissements de santé représentent souvent un cadre inhospitalier, associé à des ruptures sociales, familiales, à des pertes, des deuils. La relation d’aide peut les aider à supporter ces difficultés, ces souffrances et ainsi rendre plus humaine l’institution.

La relation d’aide demande du temps, mais peut en faire gagner : une personne qui se sent écoutée, comprise participe davantage ; elle est moins dans la plainte et l’appel à tout instant. Le travail d’équipe s’en trouve amélioré.

Le travail reposant sur la relation d’aide relève aussi d’une éthique personnelle par le respect de l’autre qu’il impose. Cette exigence éthique peut s’intégrer dans des propositions pour établir le projet de soins, celui du service et, plus largement, le projet d’établissement.

Les bénéfices pour l’institution apparaissent également sur le plan de la certification. La Haute autorité de santé (HAS) évalue la qualité des soins des établissements de santé. La certification est une procédure indépendante d’évaluation obligatoire du niveau de qualité et de sécurité des soins dans les établissements de santé, publics et privés. Elle est réalisée tous les 4 ans par des professionnels (des pairs), les experts-visiteurs mandatés par la HAS.

En 2020, la procédure de certification s’est profondément transformée pour répondre encore mieux aux enjeux actuels de qualité et de sécurité des soins. La nouvelle certification des établissements de santé pour la qualité des soins est simplifiée, ancrée dans les pratiques des soignants et centrée sur les résultats de la prise en charge pour le patient8. Le « patient traceur » est une des méthodes d’évaluation qui permet de connaître le vécu des patients de l’hospitalisation et leurs connaissances sur la maladie, les traitements proposés et leurs enjeux. Les experts examinent également les dossiers pour valider les déclarations faites par les soignants concernant la prise en soin du patient.

La démarche qualité est souvent perçue comme contraignante ; ici, elle prouve la réelle valeur ajoutée de la relation d’aide, une technique de soin souvent invisible.

Cas clinique

Un patient aveugle a des problèmes pour uriner. Il refuse qu’une sonde vésicale soit mise en place après que l’équipe lui a proposé la mise en place d’un étui pénien. Une infirmière discute avec le patient et explore les raisons pour lesquelles il refuse le geste. Celui-ci explique qu’il ne veut pas être envahi par des dispositifs qu’il estime contraignants et dégradants par rapport à son autonomie. L’infirmière discute avec le patient et la solution retenue est finalement de mettre à disposition du patient un urinal à portée de main, pour que celui-ci puisse en disposer facilement. La soignante consigne ces événements dans le dossier de soins, éléments repérés par les experts visiteurs qui en déduisent que les critères « maintien de l’autonomie » et « prise en charge du handicap » ont été respectés. C’est bien la relation d’aide qui a permis à l’équipe de comprendre les besoins du patient. Les transmissions ciblées ont permis de montrer les effets bénéfiques de la relation d’aide pour le patient et de démontrer la qualité des soins prodigués par l’équipe.

Bénéfices en termes de santé publique

Dans le système de santé actuel, l’idée de démocratie sanitaire renvoie à l’implication des usagers et des malades comme acteurs de leur propre santé. Sur un mode personnalisé, la relation d’aide renvoie à un paradigme du même ordre, confiant à la personne aidée le soin de faire émerger ses propres ressources. Pour E. Mounier : « Le traiter comme un sujet, comme un être présent, c’est reconnaître que je ne peux le définir, le classer, qu’il est inépuisable, gonflé d’espoirs, et qu’il dispose seul de ces espoirs ; c’est lui faire crédit9 ». La relation d’aide introduit un questionnement sur l’implication de la personne par rapport à sa propre santé.

Le soin apporté aux populations vulnérables représente un enjeu de santé publique majeur. Ainsi, en 201010, le refus de soins chez les personnes dépourvues de ressources a été analysé et des recommandations émises, notamment : rétablir la confiance, développer le lien entre usager et professionnel. Des soignants formés à la relation d’aide pourraient intervenir de manière adaptée auprès de ces populations. La prise en compte de la souffrance des personnes vulnérables –  personnes âgées dépendantes, personnes atteintes de maladie psychiatrique, personnes handicapées, enfants – nécessite un accompagnement chaque fois réfléchi en fonction de la personne ; la relation d’aide a toute sa place pour maintenir et rendre l’autonomie à ces personnes.

Du côté des professionnels de santé, la relation d’aide s’inscrit dans le champ du soin, mais aussi de la prévention. Dans des situations de deuil, par exemple, la relation d’aide peut éviter des deuils pathologiques. En ce sens, elle peut être génératrice d’économies de système en évitant parfois des hospitalisations ou d’en prolonger d’autres.

Notes

1. S. Baudrand, « À propos de la relation d’aide », Objectif Soins, n˚ 19-1994/01, p. 41-44. 2. Les aidants à domicile, pour une éthique de la reconnaissance du proche-aidant. Petit guide à l’usage des professionnels du soin, Espace de Réflexion Éthique Occitanie, 2016, p. 5. 3. Association française des aidants et UNR Santé, juin-septembre 2015, 200 aidants. 4. I. Marin, médecin EMSP, hôpital Delafontaine, Saint-Denis. 5. M. Nuss, La présence à l’autre. Accompagner les personnes en situation de dépendance, Paris, Dunod, coll. « Action Sociale », 2005. 6. J. Ardoino, « L’écoute de l’autre », Nouvelle Revue de Psychosociologie, 2008/2, n˚ 6, p. 291-302. 7. C.-E. Gamassou, V. Moisson-Duthoit, « Le travail des professionnels de la relation d’aide : jongler avec des gratifications et des souffrances », Gestion, 2012/2, n˚ 37, p. 65-71. 8. « Comprendre la certification pour la qualité des soins », HAS, novembre 2020, https:// www.has-sante.fr/jcms/c_411173/fr/comprendre-la-certification-pour-la-qualite-des-soins. 9. E. Mounier, Le personnalisme, Paris, PUF, 1982, p. 41. 10. Rapport annuel sur le respect des droits des usagers du système de santé adopté en séance plénière de la Conférence nationale de santé le 10 juin 2010

Relation d’aide en soins infirmiers © 2023 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés Auteurs SFAP Société française d’accompagnement et de soins palliatif Comité de rédaction : Marie-Claude Daydé, Chantal Pascal, Idriss Farota-Romejko, Adeline Schilling

Relation d'aide en soins infirmiers SFAP, M-C.Daydé, C.Pascal, I.Farota-Romejko, A.Schilling ISBN 9782294777004 4e édition, 2023

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