Attachement et adolescence

F. Atger , C. Lamas

Chapitre extrait de l’ouvrage L’attachement : approche théorique de N. Guedeney, A. Guedeney

Du point de vue de l’attachement, l’adolescence se caractérise par un remaniement des relations avec les figures d’attachements primaires, les parents, et par la création de nouveaux liens d’attachement pour la première fois depuis la petite enfance. Ces changements vont avoir un impact sur les modèles internes opérants (MIO) qui vont réciproquement influencer le processus d’autonomisation .

L’équilibre entre le système d’attachement et les autres systèmes motivationnels va être également profondément remanié. Le rôle des systèmes affiliatif et d’exploration grandit tout au long de cette période, dont la première phase est dominée par l’émergence du système sexuel et la seconde par celle du système de caregiving.

Nous insisterons d’emblée sur la place du système comportemental d’exploration , qui est au cœur du processus d’autonomisation : exploration du monde physique comme pendant l’enfance, mais surtout de nouveaux rôles sociaux, de nouvelles relations, de la sexualité , de soi-même, de son corps et de ses émotions. Or il existe une balance dynamique entre attachement et exploration, ce qu’illustre la notion de « base de sécurité » de Mary Ainsworth. Un attachement sécure favorisera l’exploration et donc le développement de l’autonomie, tandis qu’un attachement insécure sera susceptible de l’entraver.

L’émergence du système sexuel est un aspect majeur de cette période et il joue un rôle crucial dans les remaniements du système d’attachement.

Réciproquement, l’état d’esprit vis-à-vis de l’attachement va influencer les relations sexuelles et amoureuses.

La plupart des adolescents s’adaptent avec succès aux changements physiques, cognitifs et sociaux. Mais cette adaptation entraîne un mélange d’excitation et d’anxiété qui génère un sentiment d’insécurité. Face à cette insécurité, on observe une augmentation des stratégies d’adaptation actives et internes. Les adolescents ont de plus en plus recours à une régulation interne des émotions, dans laquelle les MIO construits pendant l’enfance jouent un rôle déterminant. À ces moyens de régulation interne vont s’ajouter les relations d’attachement avec les pairs . Il n’en reste pas moins que les parents vont continuer à jouer un rôle important, la distanciation ne signifiant pas le détachement. Si le fait d’être attaché à ses  parents peut paraître antinomique aux défi s développementaux auxquels l’adolescent doit faire face, il apparaît au contraire que la sécurité de l’attachement joue un rôle fondamental pour aider l’adolescent à surmonter ces défis.

Liens entre transformations cognitives et affectives
Sur le plan cognitif, l’adolescence se caractérise par l’émergence de ce que Piaget appelle les opérations formelles : l’adolescent devient capable de raisonner logiquement dans l’abstrait. Ses nouvelles capacités lui permettent de réfléchir différemment sur ses représentations de lui, des autres et des relations. Il peut alors développer ses facultés réflexives, ce que Mary Main (1991) appelle la métacognition .

Du point de vue affectif, ces nouvelles capacités cognitives vont avoir deux conséquences. Premièrement : la mise en place de modèles internes intégrés des relations. Avant l’adolescence, l’attachement est spécifique d’une relation. Les MIO de la relation avec la mère peuvent différer de ceux de la relation avec le père, en fonction des expériences relationnelles avec chacun d’entre eux. À partir de l’adolescence, ces expériences multiples avec chaque caregiver et les modèles internes qui y sont rattachés vont faire l’objet d’une intégration conduisant à la construction d’un modèle plus général des relations d’attachement. Patricia Crittenden (1990) parle de « méta-modèle », Mary Main (1991) « d’état d’esprit » vis-à-vis de l’attachement.

Ce modèle intégré et généralisé est le plus souvent mobilisé en cas d’activation du système d’attachement, sans que les modèles différenciés disparaissent tout à fait ; ils continuent à jouer un rôle dans certains contextes ou dans certaines relations. Il devient possible, à partir de cette période, d’évaluer l’attachement en termes d’organisation unique prédominante stable. C’est cette organisation que l’« entretien d’attachement de l’adulte » ( Adult Attachment Interview , AAI) élaboré par Mary Main ( Main et al., 2003 ), utilisable dès l’adolescence, permet d’évaluer.

Deuxièmement, le développement des capacités réflexives va également permettre une plus grande souplesse dans le « partenariat corrigé quant au but » ( Kobak et Duemmler, 1994 ). L’adolescent peut intégrer ses propres besoins et désirs de façon plus souple et se représenter plus finement ceux de ses parents. De plus, ses capacités de communication se développent. Ces acquisitions permettent qu’il modifie ses comportements d’attachement en tenant compte de l’état d’esprit de ses parents.

Cette sophistication des relations explique en partie le recours moins fréquent aux parents comme figures d’attachement. Les interactions « observables » sont plus ponctuelles mais leur rôle reste important pour assurer le sentiment de sécurité interne.

Remaniements de l’attachement aux parents
Au début de l’adolescence, il existe une prise de distance vis-à-vis des parents. Les adolescents passent moins de temps avec leurs parents et plus de temps avec leurs pairs. On note également une diminution des activités partagées et des manifestations physiques d’affection entre les adolescents et les parents, ainsi qu’un besoin accru d’avoir un jardin secret. De plus, les désaccords et les disputes à propos de la vie quotidienne se multiplient, et s’ils permettent de développer les capacités de négociation, ils contribuent à un désengagement.

L’AAI met en évidence certains aspects de cette distanciation. De 10 à 14 ans, les tendances à dénigrer les parents et les difficultés à évoquer des souvenirs des relations d’attachement de l’enfance s’accroissent, tandis que les parents sont de plus en plus perçus comme rejetants ( Ammaniti et al., 2000 ). Beaucoup d’adolescents de la catégorie autonome présentent une restriction dans l’expression des sentiments d’attachement, même s’ils parlent de façon cohérente de leurs relations ( Scharf et Mayseless, 2007 ).

En dépit de ces marques d’éloignement, les liens d’attachement restent intenses avec les parents ( Bowlby, 1969 ), même s’ils « imprègnent moins d’aspects de leur vie qu’ils ne le faisaient avant » ( Ainsworth, 1989 ). Les nombreux travaux sur ce point confirment l’importance de la qualité du lien d’attachement actuel avec les parents dans le processus d’autonomisation.

Il existe une forte corrélation entre la présence de comportement de recherche d’autonomie chez les adolescents et des indices d’une relation positive avec les parents ( Allen et al., 1994 ). La plupart des adolescents continuent à se tourner vers leurs parents en situation de stress très intense et les parents sont encore très souvent utilisés comme figures d’attachement par les jeunes adultes.

La notion de « base de sécurité » permet de comprendre le rôle des parents pour favoriser l’autonomie. À l’adolescence, il est essentiel que le système d’exploration soit hautement activé pour permettre que le sujet développe ses compétences physiques, intellectuelles et sociales et pour qu’il puisse nouer de nouvelles relations. La construction de l’autonomie de l’adolescent repose sur l’exploration, qui n’est optimale que si le système d’attachement n’est pas trop activé, c’est-à-dire dans le contexte d’une relation proche toujours avec ses parents lorsqu’il la demande. Mais la pression vers l’autonomie est telle que les risques qu’attachement et exploration entrent en conflit sont beaucoup plus grands. Pour faire face à ces tensions, les nouvelles capacités cognitives de l’adolescent vont jouer un rôle important. Réciproquement, l’autonomisation influence les capacités de l’adolescent à réévaluer et réaménager ses relations d’attachement avec ses parents. La distance créée par le mouvement d’autonomisation joue un rôle au moins aussi important que le développement des capacités cognitives pour permettre de repenser les relations d’attachement. Mary Main propose la notion d’« espace épistémique » pour qualifier cette liberté cognitive et émotionnelle donnée par l’autonomie ( Main et al., 2003 ). Réciproquement, la réévaluation des relations d’attachement avec les parents peut permettre de surmonter certaines des difficultés dans les relations avec eux et donc de développer l’autonomie. Un cercle vertueux apparaît donc le plus souvent dans le développement normal.

Création de nouvelles relations d’attachement
Relations avec les pairs
Les relations avec les pairs pendant l’enfance ne sont pas des relations d’attachement, elles relèvent essentiellement du système affiliatif (voir chapitre 4 ). C’est à partir de l’adolescence que certaines relations avec les pairs vont jouer un rôle du point de vue de l’attachement.

Les études montrent que les adolescents se sentent de plus en plus soutenus par leurs amis pendant cette période. Ce soutien est même parfois perçu comme plus important que celui des parents. Certaines amitiés à l’adolescence se caractérisent par la loyauté, l’intimité, la confiance, ce qui correspond à des aspects caractéristiques des relations d’attachement.

Les pairs peuvent procurer un sentiment de sécurité dans les moments de besoin et aider à réguler la détresse dans les situations suscitant l’alarme ou la peur. La recherche de proximité et la détresse lors de la séparation peuvent être orientées vers des pairs.

Mais les relations avec les pairs n’ont pas la même intensité que les relations d’attachement avec les parents. Sans doute est-ce lié au fait qu’il devient rare à l’adolescence de faire appel à un proche dans des situations de menace physique vitale ou de désorganisation émotionnelle. C’est pour des besoins d’attachement plus subtils, moins urgents, que le recours à un pair est utilisé. Les relations amicales sont aussi moins durables, elles sont marquées à l’adolescence par une certaine instabilité. Ainsworth (1989) suggérait que certaines amitiés comportent une « composante d’attachement » et que certaines, mais pas toutes, deviennent des liens affectifs durables. C’est à la fin de l’adolescence ou au début de l’âge adulte que des relations à long terme se mettent en place dans lesquelles les pairs deviennent des figures d’attachement stables.

Si les relations avec les pairs ne sont pas de relations d’attachement au sens plein, elles jouent néanmoins un rôle important dans le développement du système comportemental d’attachement à l’adolescence ( Scharf et Mayseless, 2007 ). L’utilisation des pairs comme figures d’attachement dans les situations d’activation modérée du système d’attachement permet d’éviter le recours aux parents. Les pairs permettent de se distancier et de diminuer l’investissement de la relation avec les parents, afin de trouver une autre voie de régulation interpersonnelle des sentiments de détresse. De plus, l’expérience de certaines fonctions de l’attachement dans les relations avec les pairs ouvre la voie à l’apprentissage de relations d’attachement plus réciproques, où chacune des parties offre et reçoit soutien et protection. Ces relations réciproques seront essentielles dans les relations de couple et leur pratique à l’adolescence favorise donc le développement des relations d’attachement qui prévaudront chez l’adulte. Les relations avec les pairs peuvent donc être considérées comme un espace d’entraînement pour établir ensuite des relations d’attachement équilibrées à l’âge adulte.

Enfin, le développement de relations d’attachement avec les pairs permet de tisser un véritable réseau relationnel qui lui donnera une plus grande souplesse pour faire face aux situations de stress ( Scharf et Mayseless, 2007 ). Au lieu d’un investissement centralisé caractéristique de la relation d’attachement pendant l’enfance, les investissements des adolescents sont plus larges, tournés vers différentes figures pour satisfaire les besoins d’attachement.

Cette tendance à la diversification peut prendre d’autres aspects importants que les relations avec les pairs. Elle peut expliquer l’affiliation de certains adolescents à un groupe , une bande , ou la mise en place de relations d’attachement avec d’autres adultes que les parents : mentors, entraîneurs, professeurs, etc. Ces relations diffèrent des relations d’attachement par le moindre degré d’implication qu’elles comportent, mais ont des « fonctions d’attachement », en particulier dans la régulation des émotions négatives ou comme base de sécurité. Les relations distantes ou symboliques avec des figures idéales peuvent également servir cette fonction de diversification de l’investissement émotionnel.

Pour résumer, la distance qui se met en place dans les relations d’attachement avec les parents à l’adolescence ne conduit pas à leur remplacement par les pairs. C’est bien plus à une diversification des moyens d’assurer un sentiment de sécurité que l’on assiste à l’adolescence, et les relations avec les pairs jouent, de ce point de vue, un rôle essentiel ( Scharf et Mayseless, 2007 ).

Relations amoureuses

L’un des aspects les plus importants des relations avec les pairs à l’adolescence est représenté par les relations amoureuses. Ces relations ne relèvent pas uniquement de l’attachement ; il est évident que le système sexuel en est une composante essentielle. Ce système émerge au début de l’adolescence, en lien avec les changements hormonaux et il est tout aussi biologiquement ancré que le système d’attachement ; il a comme lui un rôle essentiel dans la survie de l’espèce. Le système d’attachement et le système sexuel poussent tous les deux à l’établissement de relations amoureuses ( Allen et al., 2008 ). La composante sexuelle de ces relations représente sans aucun doute un facteur déterminant dans la création d’un nouveau lien d’attachement, puisqu’elle apporte une motivation importante pour entrer en relation, suscite des affects intenses, amène une grande intimité, physique et psychique, et permet ainsi une expérience unique partagée. Il est vraisemblable que les expériences d’attachement antérieures, et les modes d’organisation des pensées et des émotions en rapport avec l’attachement, vont de leur côté modeler ces relations.

Dans les pays occidentaux et industrialisés, les relations amoureuses changent considérablement au cours de l’adolescence en termes de fréquence, d’importance et de qualité. Au début de l’adolescence, ce sont d’abord la recherche d’un statut, l’expérimentation sexuelle, le divertissement qui priment, traduisant surtout l’activation des systèmes affiliatif et sexuel. À la fin de l’adolescence et au début de l’âge adulte, les systèmes d’attachement et de caregiving deviennent prédominants. Pour Ainsworth (1989) , « les changements hormonaux, neurophysiologiques, cognitifs conduisent le jeune à commencer à chercher un partenariat avec un pair du même âge, habituellement du sexe opposé — une relation dans laquelle les systèmes de reproduction et de caregiving , ainsi que le système d’attachement, sont impliqués ». Hazan et Zeifman (1994) ont décrit un transfert progressif des différentes fonctions de l’attachement des parents aux pairs et finalement à un partenaire amoureux. Mais cette vision paraît trop réductrice. La trajectoire développementale normative comporte en fait deux processus majeurs : la diminution de l’importance des relations attachement pour la survie de l’individu, et la diversification des relations d’attachement. Elle est manifeste dans l’augmentation du nombre de figures d’attachement, le plus faible niveau de centralité accordé à chaque figure, et la spécialisation de différentes figures en fonction des situations ou des conditions ( Scharf et Mayseless, 2007 ). Ainsi, les besoins d’attachement peuvent être tournés vers plusieurs personnes qui se différencient d’un point de vue qualitatif, elles sont sollicitées dans des contextes différents (douleur physique, détresse psychologique…) ou pour des fonctions différentes (base sécure, havre de sécurité…) et, d’un point de vue quantitatif, certaines seront recherchées pour de bas niveaux d’activation du système, tandis que d’autres permettront d’apaiser les détresses les plus intenses.

Influence des modèles internes opérants sur le processus d’adolescence

Généralités
Les modèles internes issus des expériences précoces, qui se complexifient et se consolident tout au long de l’enfance, vont infl uencer le déroulement du processus d’adolescence. Au cours du processus d’autonomisation, les situations susceptibles de générer un sentiment d’insécurité se multiplient.

L’humeur instable, les relations changeantes, les tensions, l’indépendance émotionnelle croissante vis-à-vis des parents peuvent se conjuguer pour entretenir une activation chronique du système d’attachement. Les stratégies d’attachement que l’adolescent met alors en place vont jouer un rôle déterminant dans son développement. Les MIO incluent des attentes concernant le soi et les autres dans les relations proches, et jouent un rôle dans les compétences sociales et la régulation individuelle des émotions.

La cohérence du discours et de la pensée à propos des expériences et des affects, caractéristiques de l’adolescent sécure, permet qu’ils soient traités dans les relations avec les pairs, et au-delà dans les relations sociales d’une manière souple et cohérente ( Allen et al., 2008 ). Au contraire, l’exclusion défensive des informations concernant l’attachement qui caractérise les organisations insécures peut entraîner une distorsion des échanges et des expériences négatives avec les autres.

Adolescents sécures
Un adolescent sécure dispose de ressources optimales pour faire face aux multiples changements de cette période.

Il existe une relation entre la sensibilité des parents et la sécurité de l’attachement de l’adolescent ( Allen et al., 2003 ). Mais si la sensibilité des parents favorise la sécurité, réciproquement les adolescents sécures permettent à leurs parents d’être plus sensibles parce qu’ils communiquent plus facilement sur leurs états émotionnels.

La sécurité de l’attachement est associée à un équilibre entre autonomie et maintien de la qualité des échanges avec les parents ( Allen et al., 2003 ). Elle est positivement corrélée avec la désidéalisation de la mère, le soutien et l’accordage avec elle. Les adolescents sécures ( Kobak et al., 1993 ), sont capables de discuter de manière plus constructive de sujets diffi ciles, en rapport avec l’attachement, avec leurs parents. Ils évitent moins de s’engager dans le conflit et montrent moins de colères dysfonctionnelles . Ce qui est caractéristique est qu’ils tempèrent les moments conflictuels par des comportements qui visent à maintenir et à préserver la relation avec leurs parents.

Une étude longitudinale (Becker-Stoll et Fremmer-Bombik, 1997, cité in Allen, 2008 ) a montré que la sécurité de l’attachement évaluée à un an dans la Situation étrange est plus prédictive à l’adolescence de la qualité de l’interaction avec la mère que de l’état d’esprit évalué avec l’AAI. La sécurité de la relation parents-adolescent est distincte de la sécurité de l’état d’esprit de l’adolescent et ces deux aspects doivent probablement être pris en compte pour évaluer la sécurité de l’attachement à l’adolescence.

Les relations avec les pairs des adolescents sécures se caractérisent également par leurs aspects positifs : aisance vis-à-vis de l’intimité émotionnelle, capacité de régulation des émotions lors des conflits ( Zimmermann, 2004 ).

Les interactions avec leurs partenaires amoureux sont le plus souvent positives. En ce qui concerne le comportement sexuel, ils attendent souvent un âge plus avancé que les adolescents insécures pour avoir leurs premières relations sexuelles, ils ont un moins grand nombre de partenaires et ont plus souvent recours à la contraception ( Moore, 1997 ).

Du point de vue de leur entourage extrafamilial (amis, professeurs…), les adolescents sécures apparaissent plus forts psychologiquement (« egorésilients »), moins anxieux et moins hostiles que les insécures ( Larose et al., 2005 ).

La sécurité de l’attachement a été reliée à des compétences sociales plus larges : intégration dans leur groupe, acceptation sociale (« populaires »), réseau amical ( Allen et al., 1998 ).

Adolescents insécures

Les adolescents insécures, et surtout les préoccupés , sont plus en difficulté pour affronter l’adolescence ( Scharf et Mayseless, 2007 ). Ils ont plus de mal à communiquer sur leurs émotions avec leurs parents, que ce soit de leur fait ou du fait du manque de sensibilité de leurs parents.

Les adolescents préoccupés sont le plus souvent empêtrés dans des conflits avec leurs parents qui sapent leur autonomie. Ils ont plus de difficultés à quitter la maison pour l’université ( Bernier et al., 2005 ). La crispation des interactions familiales peut retentir sur le degré de sécurité de l’attachement. Dans les relations avec les pairs, les adolescents préoccupés apparaissent peu sûrs d’eux, anxieux.

Les adolescents détaché s sont ceux qui montrent le moins d’autonomie mais aussi de connexion dans l’interaction avec leurs parents. On peut penser qu’un retrait vis-à-vis des expériences d’attachement peut notablement altérer le processus de renégociation des relations avec les parents. De plus, les familles d’adolescents détachés ont tendance à être moins réactives à leurs adolescents que les familles d’adolescents préoccupées.

Dans les relations avec les pairs, le malaise par rapport aux affects entraîne leur mise à distance, particulièrement de ceux qui pourraient devenir des amis proches ( Kobak et Sceery, 1988 ). Ce sont l’hostilité et le manque de compétence sociale qui dominent dans l’image qu’ils donnent à des tiers, beaucoup plus que l’anxiété ( Kobak et Sceery, 1988 ).

Enfin, dans l’étude de Moore (1997) , les adolescents ayant des stratégies détachées étaient ceux qui avaient les relations sexuelles les plus précoces.

Continuité de l’attachement à l’adolescence

Les données évoquées jusqu’ici montrent que les stratégies d’attachement à l’adolescence sont modifiées par le processus de l’adolescence, et que ce processus est lui-même dépendant des modalités d’attachement.

Toutefois, un certain nombre de questions restent ouvertes sur ce qu’est l’attachement à l’adolescence : quel est le lien entre l’organisation de l’attachement chez l’adolescent et l’attachement à d’autres moments de la vie, en particulier l’enfance ? comment et pourquoi existerait-il une relation longitudinale ? que devient le système d’attachement à l’adolescence ?

De l’enfance à l’adolescence, ou de la Situation étrange à l’AAI, la continuité entre les mesures chez le même sujet est faible. Elle apparaît plus clairement lorsque l’environnement est stable ( Weinfield et al., 2004 ). Par ailleurs, les corrélations entre l’état d’esprit de l’adolescent et celui de sa mère sont beaucoup plus faibles que celles qui existent entre le comportement de l’enfant dans la Situation étrange et la sécurité de sa mère à l’AAI ( Allen et al., 2004 ). Ces résultats ne peuvent être expliqués par l’instabilité de l’attachement pendant la période de l’adolescence elle-même. En effet, différents travaux ont montré que la stabilité test-retest était forte ( Ammaniti et al., 2000 ). On peut donc conclure que l’attachement, tout en étant stable pendant l’adolescence, reste très sensible à l’environnement psychosocial. La première interprétation de ces observations est que la stabilité observée pendant l’adolescence ne fait que refléter la stabilité des stratégies d’attachement des parents et qu’il n’existe pas de véritable stabilité interne de l’attachement ( Belsky et Fearon, 2002 ). La seconde interprétation ( Allen et al., 2008 ) est que les mesures ne portent pas sur la même chose. La Situation étrange permet l’évaluation d’une relation. L’AAI, même adapté à l’adolescent, évalue un état interne, un « état d’esprit ». On est à deux niveaux d’analyse radicalement différents : l’un intrapsychique, l’autre dyadique ou relationnel. De plus, l’AAI permet de prévoir si un caregiver aura un enfant sécure ou insécure.

Il est évident que les systèmes d’attachement et de caregiving sont intrinsèquement liés, mais ils ne sont pas isomorphiques : bien que les attentes concernant la satisfaction de ses besoins d’attachement soient liées à la capacité de satisfaire les besoins d’attachement de quelqu’un d’autre, les deux ne sont pas équivalents. La distinction va émerger à l’adolescence, lorsque le sujet passe d’une position dans laquelle il reçoit de l’attention à une position où il offre aussi attention et réconfort. L’AAI pourrait donc être plus fortement lié au fonctionnement de l’adolescent avec des pairs qu’avec les relations avec les parents, parce qu’il mesure mieux les capacités à satisfaire les besoins d’attachement de l’autre, qui jouent un rôle dans les relations avec les pairs et non dans les relations avec les parents. Il pourrait donc être plus approprié de considérer que le système d’attachement s’étend et évolue sous des formes multiples à l’adolescence, allant de fonctions d’attachement apparaissant temporairement dans des relations transitoires à une variété complexe de relations à long terme ( Allen et al., 2008 ).

Conclusion
L’étude de l’attachement chez l’adolescent en est à son tout début. Elle donne une nouvelle signification aux nouvelles tâches du développement que doit surmonter l’adolescent et revisite le dilemme attachement/éloignement.

Références

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