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Présentation du livre Remédiation cognitive

France | 25 novembre 2021

Présentation du livre Remédiation cognitive

Par l’auteur : Pr Nicolas Franck

Nous vous proposons un extrait de l’interview du Pr Nicolas Franck, auteur de l’ouvrage Remédiation cognitive(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre).

Pr Nicolas Franck Médecin psychiatre Chef de pôle au centre hospitalier Le Vinatier – Lyon Responsable d’enseignement Université Lyon I

Remédiation cognitive

Remédiation cognitive

La remédiation cognitive : pour quels patients ? Par quels professionnels ?

Comment est née l'idée de ce livre ?

En fait l'idée du livre Remédiation cognitive date des années 2000 à peu près. A l'époque, ce type de technique n’était pas du tout diffusé en France. Nous étions un petit réseau, ce sont une partie des auteurs de l'ouvrage puisque c'est un ouvrage collectif que j'ai coordonné, la première édition ayant été publié en 2012 et celle de 2017, c'est la 2e édition. Donc à peu près vers la fin des années 2000, il a fallu - vu l'importance pour les patients - promouvoir vraiment ces techniques, les diffuser sur le territoire national donc pour ça il y a eu création d'une association, l'Association Francophone de Remédiation Cognitive(S’ouvre dans une nouvelle fenêtre),  d'un diplôme d'université, le diplôme d'université remédiation cognitive. Après des structures se sont créés derrière, avec un réseau qui s'est fédéré progressivement dans les années qui ont suivi avec des labellisations par les pouvoirs publics, par les agences régionales de santé et il fallait que les professionnels qui s'engagent dans ce mouvement disposent d'un ouvrage de référence qui décrive les principes théoriques et les modalités d'utilisation pratique, de déploiement pratique, de la remédiation cognitive. Donc cet ouvrage, il vient de là, il vient d'une nécessité pour les personnes qui travaillent sur le terrain dans ce domaine.

Pourquoi avez-vous senti le besoin de produire une seconde édition de l'ouvrage Remédiation cognitive ?

Il y avait eu des progrès, de nouveaux programmes qui étaient développés, et puis c'est aussi une demande de l'éditeur - moi j'aurais attendu volontiers 2-3 ans de plus - mais à l'époque mon éditrice m'a dit « Ah oui, ça va faire 5 ans, il est temps de mettre à jour, c'est important parce qu'il y a une demande importante, le domaine est en pleine progression ». J’ai accepté bien volontiers et finalement faire cette 2e édition, ça a été comme refaire le livre complètement : on a tout repris à zéro, les chapitres ont été retravaillés complètement à part un ou deux donc c'est un ouvrage tout à fait enrichi, mis à jour et tout à fait différent du premier.

Dans la 2e édition, vous avez ajouté un chapitre Remédiations cognitives dans l'alcoolo-dépendance et les lésions cérébrales. Pourquoivous a-t-il paru important d'ajouter cette thématique à l'ouvrage ?

Effectivement, à la première édition nous étions très centrés sur les troubles mentaux, les troubles mentaux sévères en particulier, parce que c'est la population à laquelle on a affaire. Mais en réalité, la remédiation cognitive s'applique à des situations bien différentes, bien plus larges et d'ailleurs la remédiation cognitive a été inventée pour des personnes qui ont subi des lésions cérébrales et qui ont des séquelles - qui avaient des séquelles dans la première moitié du 20e siècle - donc c'était très important que ce chapitre soit là parce que c'est l'histoire de la remédiation cognitive et il y a beaucoup de savoir-faire du côté de la réadaptation fonctionnelle donc la spécialité médicale qui s'occupe des personnes qui ont été cérébrolésées et qui favorise les procédures de rééducation. Puis l'alcoolo-dépendance, c'est parce qu'il y a un besoin de santé publique, l'alcoolisme c'est extrêmement fréquent et les séquelles - sans aller jusqu'au syndrome de Korsakoff où là il y a des lésions irrémédiables, définitives mais tout ce qui conduit au Korsakoff il est important de pouvoir le prendre en compte - donc c'est prendre en compte d'une part les troubles cognitifs qui sont consécutifs à la prise d'alcool qui lèse le cerveau mais c'est aussi agir sur des biais cognitifs qui favorisent la prise d'alcool donc c'est important à 2 niveaux pour travailler sur les troubles résiduels et pour favoriser l'abstinence.

Vous avez fait appel à plus d'une quarantaine d'auteurs pour rédiger Remédiation cognitive. Pourquoi vous a-t-il semblé important d'inclure autant de spécialistes dans le processus de rédaction ?

Il est important que la personne qui est compétente dans tel domaine ou tel domaine, tel programme ou tel programme, telle pathologie ou telle pathologie, puisse s'exprimer sur ce qu'elle connaît. Personne ne maîtrise complètement ce champ de compétence parce qu'il est extrêmement vaste. D'ailleurs vous l'avez dit vous-même, travailler sur l'alcoolo-dépendance et les troubles cognitifs associés ou consécutifs, c'est différent de travailler sur la schizophrénie ou le trouble bipolaire ou l'autisme. Donc en fait j'ai vraiment voulu impliquer tous les meilleurs spécialistes francophones pour avoir un ouvrage très complet.

A qui est destiné l'ouvrage Remédiation cognitive ?

Le Livre Remédiation cognitive est destiné non seulement aux thérapeutes qui ont besoin de connaître les programmes, maîtriser les différents aspects en termes d'organisation, de contenu des séances mais aussi à tout professionnel de santé mentale qui doit savoir que ces outils existent et qui peut simplement en parler au patient pour l'inciter à y recourir donc je pense que c'est un livre qui a un public extrêmement large potentiellement.

La remédiation cognitive doit-elle être demandée par le patient ou peut-elle être imposée ?

Ça ne peut pas être imposé. Comme la plupart des soins en psychiatrie, par exemple les psychothérapies : vous ne pouvez pas imposer à quelqu'un d'avoir un regard différent sur lui-même, de considérer sa relation au monde pour la modifier s'il ne le souhaite pas. Et là vous ne pouvez pas imposer à quelqu'un de changer ses stratégies pour traiter les informations qui sont sur une feuille, sur un écran ou dans le contexte autour de lui, il faut qu'il en ait envie, il faut qu'il en sente le besoin donc ça part toujours du patient. Alors bien sûr on peut l'engager à considérer ce besoin et à en prendre conscience mais on ne peut pas le forcer, ça c'est très important. Ce sont toujours des soins qui sont demandés par les patients. Soit on va l'inciter avec du motivationnel en amont, soit d'emblée il y aura une demande mais il y a toujours au minimum une plainte cognitive pour que ça fonctionne (…) et ça c'est assez transversal, autant les gens même qui ont des troubles psychotiques très marqués avec des troubles cognitifs associés ne se plaignent pas par exemple des hallucinations, parce que pour eux c'est la réalité, ils n'ont pas de plainte par rapport à ça, en revanche ils se plaignent de pas pouvoir mémoriser quelque chose, de pas pouvoir être attentif ça a toujours été le cas. Et j’ai été extrêmement heureux quand la remédiation cognitive s’est développée parce qu'on a répondu à un besoin qui était évident : ça part du patient et ça répond à une plainte qu'il faut mettre en évidence. En fait, l’enjeu c'est ça, c’est de de montrer la difficulté qui en général est ressentie et vraiment présente dans l'esprit du patient.

Pouvez-vous rappeler l'importance de repérer et de prendre en charge les déficits cognitifs dans certaines pathologies psychiatriques en raison d’handicaps qu'ils peuvent générer ?

Par exemple dans la schizophrénie, les troubles cognitifs, les troubles dits neurocognitifs - c'est à dire les troubles de la mémoire, de l'attention, des fonctions exécutives, des fonctions visuo-spatiales -touchent 4 personnes sur 5 ayant une schizophrénie. Ils ont un impact très fort sur les possibilités de s'insérer dans la société. Les troubles de la cognition sociale également : leur impact est encore plus fort, c'est à dire la capacité à comprendre les états mentaux d'autrui, ce que ressent autrui, ce que veut autrui, mais aussi à décrypter les émotions qui s'affichent sur son visage. Donc tous ces troubles cognitifs sont très présents dans la schizophrénie, ils ont un impact très fort en termes d'insertion sociale, professionnelle, d'accès aux activités, enfin quelque chose qui est extrêmement handicapant pour eux. Et pourtant ça n'était pas traité jusque-là. Ce qu'il faut faire, c'est pouvoir les mettre en évidence en s'appuyant sur la plainte du patient, comme je le disais auparavant, ensuite les quantifier grâce à des tests qui ont été bien normés qui sont mis en œuvre par des neuropsychologues et puis ensuite la personne naturellement va en comprendre le retentissement et va souhaiter se traiter et là on va pouvoir lui proposer de la remédiation cognitive.

La remédiation cognitive s'inscrit généralement dans un dispositif de soins plus large du patient. Existe-t-il une temporalité particulière ou des moments plus favorables à cette technique ?

Il y a déjà trois conditions pour proposer la remédiation cognitive. Premièrement qu'il y ait des troubles cognitifs, c'est à dire une plainte cognitive et puis des troubles cognitifs objectivés par un bilan neuropsychologique. Deuxièmement, il faut qu'il y ait un retentissement de ces troubles cognitifs et troisièmement que ce retentissement ne soit pas compensé, que ça gêne la réussite du projet du patient. Donc tout ça pour dire qu'il faut d'abord que ces trois conditions soient réunies mais surtout que la remédiation cognitive sera plus efficace s'il y a un projet, c'est à dire que si elle est mise en œuvre pour favoriser la réussite par exemple d'un projet professionnel, d'un accès à un logement indépendant, de l'accès un foyer, de l'accès à un groupe d'entraide mutuelle, à un club-house, à des études enfin il faut qu'il y'a quelqu'un objectif concret dans la vie du patient, il faut que ça ait un sens pour lui et dans ce cas-là ça a toutes les chances d'être particulièrement utile et de réussir.

Les troubles cognitifs sont associés à de nombreuses pathologies psychiques. Quelles sont ici les principales indications de la remédiation cognitive, celles pour lesquelles la preuve de son efficacité a été faite ?

Les études les plus nombreuses en psychiatrie ont été conduites dans la schizophrénie. Vous avez des études dans la dépression, des études dans le trouble bipolaire, des études dans l'autisme. Il y a très peu d'études dans les troubles du comportement alimentaire alors qu'il y a des troubles cognitifs associés, il y a un besoin. En addictologie, il y a quelques études mais ce n'est pas encore un champ qui est extrêmement développé. Vraiment la majeure partie des études, ça a été pour la schizophrénie parce que c'est là que l'impact est probablement le plus évident avec une proportion de rétablissement, un taux de rétablissement qui est beaucoup trop faible. Donc rapidement les psychiatres et les équipes de santé mentale se sont rendu compte qu'il fallait ouvrir la palette thérapeutique et proposer de nouvelles actions et celle-ci était particulièrement importante donc ça s'est développé dès les années 1970/80 et ça a pris énormément d'ampleur dans les années 2000.

Qui pratique la remédiation cognitive et quelles sont les formations actuellement ?

C’est d'abord quelque chose qui naturellement est destiné aux neuropsychologues parce qu'ils sont formés aux troubles cognitifs, à leur évaluation, pas tellement à la mise en œuvre de la remédiation cognitive mais ils ont tout le bagage nécessaire pour se former très rapidement et le pratiquer avec efficacité. Donc il y a un diplôme d'université qui avant tout est destiné à ces professionnels mais pas seulement parce que si on ne confie la remédiation cognitive qu’aux neuropsychologues, on n’arrivera pas à répondre aux besoins de santé publique puisque ce sont des centaines de milliers de personnes en France qui en ont besoin donc très rapidement on a donné l'accès de ce diplôme d'université - d'ailleurs dès sa création en 2009 - à des infirmiers, à des ergothérapeutes et à des médecins, c’est-à-dire à un certain nombre de professions qui vont acquérir les compétences nécessaires pour mettre en œuvre ces techniques. En fait ça dépend vraiment de la structuration de telle ou telle équipe, très souvent c'est confié à des infirmiers puisque c'est la profession la plus nombreuse et qui, sous la responsabilité d’un neuropsychologue, met ça en œuvre de manière tout à fait adéquate. Donc ce sont infirmiers/ergothérapeutes ceux qui pratiquent en priorité, les neuropsychologues ne sont pas très nombreux donc ils couvrent moins de besoins, mais ce sont toujours eux qui font les évaluations, ce sont toujours eux qui sont en supervision comme je l'ai dit pour la pratique de de la remédiation cognitive qui est délivrée par d'autres professions. Les médecins souvent se forment pour connaître la remédiation cognitive mais ils n'ont pas le temps de pratiquer eux-mêmes, ils la délèguent et puis après certaines autres professions peuvent être impliquées : orthophonistes, parfois certains éducateurs. Donc deux professions principales au premier plan : infirmier, ergothérapeute.

Retrouvez l’intégralité de l’interview en vidéo

+ Présentation de l’auteur

+ Création du Centre ressource de réhabilitation psychosociale

Thumbnail - Interview Psychiatrie Remediation cognitive par le Pr Nicolas Franck

Interview Psychiatrie Remediation cognitive par le Pr Nicolas Franck

Remédiation cognitive Nicolas Franck ISBN 9782294750069 2e édition, 2017 Extrait de l'ouvrage

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Remédiation cognitive

Remédiation cognitive

Tables des matières

Introduction (chapitre 1)I Contexte (chapitres 2 à 5)II  Remédiation des fonctions neurocognitives (chapitres 6 à 8)III Remédiation de la cognition sociale (chapitres 9 à 13)IV  Remédiation cognitive chez l’enfant et l’adolescent (chapitres 14 à 16)V Remédiation cognitive dans l’alcoolo-dépendance et les lésions cérébrales (chapitres 17 à 19)VI Remédiation cognitive dans les dépressions et les démences (chapitres 20 0 22°VII  Enjeux et perspectives (chapitres 23 et 24)

  1. Introduction

  2. Place de la remédiation cognitive dans le dispositif de soin

  3. Bilan neuropsychologique

  4. Facteurs subjectifs et remédiation cognitive dans la schizophrénie

  5. Remédiation cognitive et vie quotidienne

  6. Programme RECOS

  7. Cognitive remediation therapy (CRT)

  8. Programme CIRCuiTS

  9. Métacognition et théorie de l’esprit

  10. Remédiation de la théorie de l’esprit

  11. Entraînement métacognitif

  12. Programme GAÏA

  13. Programme intégratif IPT

  14. Remédiation cognitive dans le TDA/H

  15. Entraînement cognitif dans l’autisme

  16. Remédiation cognitive dans les troubles neurogénétiques : l’exemple de la microdélétion 22q11.2

  17. Troubles cognitifs dans l’alcoolo-dépendance

  18. Remédiation cognitive dans l’alcoolo-dépendance

  19. Rééducation cognitive après une lésion cérébrale acquise

  20. Remédiation cognitive dans la dépression

  21. Pour une remédiation à distance

  22. Remédiation cognitive dans la maladie d’Alzheimer

  23. Remédiation et neuro-imagerie fonctionnelle

  24. Coût et rapport investissements/bénéfices

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