Le bégaiement en action

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Nous vous proposons de découvrir un extrait de la partie Exercices du chapitre 10 Le bégaiement en action de l''ouvrage Les bégaiements, comprendre et agir Plus de 300 exercices de Françoise Estienne et Henny-Annie Bijleveld.

Sommaire

  1. Bégaiement et cerveau
  2. Consultation
  3. Thérapies
  4. Cas particuliers
  5. Démarche thérapeutique : gérer sa parole
  6. Place de l’entourage
  7. Efficacité
  8. Que retenir ?
  9. Conclusion
  10. Le bégaiement en action

plan du chapitre 10 :

  • 10.1. Comment imaginer, créer, adapter des jeux en rapport direct avec nos objectifs de rééducation et les besoins des patients
  • 10.2 . Jeux
  • 10.3. Exercices

Françoise Estienne

Une première brassée de 160 exercices


L’ensemble des exercices est issu d’une pratique de longue date avec les personnes qui bégaient. Ils sont utilisables en situation individuelle et dans les groupes de parole. Ils ne prennent sens que si les personnes concernées ont compris leur signifi cation comme moyen pour recadrer leur bégaiement, si elles sont décidées à changer, s’engagent à s’exercer en dehors des séances et les mettent en pratique dans leur vie quotidienne.

Préliminaires : bien-fondé des exercices, utilité et mode d’emploi

Si l’on part du postulat que le bégaiement est le résultat d’un geste corporel mandaté par le mental (ce que l’on se dit) et par le ressenti émotionnel, prendre conscience de ce geste (manifestation corporelle) pour le remplacer par une autre façon de faire et de penser prend tout son sens. Il s’agit donc pour la personne qui bégaie d’apprendre à gérer sa parole… ce qui ne va pas sans s’exercer. L’exercice constitue la base de tout apprentissage (sportif, artistique, langagier). La personne bègue s’est conditionnée à bégayer : elle a mis en place des gestes corporels et mentaux inadéquats (bloquer sa respiration, fuir le regard, éviter certains mots). Elle doit donc apprendre une nouvelle didactique de la parole faite de prises de conscience, d’exercices et d’automatisation de l’acte de parler et de communiquer. L’objectif final est que la personne bègue se donne une parole libérée, libre, qu’elle devienne son  "porte-parole". Il ne s’agit pas de l’enfermer dans un carcan rigide qui demanderait de faire telle ou telle chose avant de parler ou en parlant… Quand on parle, on parle mais on ne se dit pas qu’il faut faire ça… ou ça… (se dire sa phrase dans la tête !). Un danseur ne pense plus à ses pieds, un pianiste à ses doigts, un chanteur à sa voix… L’objectif est de s’exprimer en dansant, jouant, chantant. Pour atteindre ce plaisir, il a bien fallu s’exercer encore et encore, seul, avec ses professeurs, affronter le public, surmonter son trac en en faisant un allié…

Les exercices proposés vont dans le même sens : prendre la personne bègue par la main et lui proposer d’expérimenter une série de supports et de mise en situation qui vont l’aider à revoir sa façon de parler, de se dire, d’entrer en contact, de s’exprimer avec son corps, sa voix, sa parole, ses émotions, etc., aller au-devant de ses peurs, trouver le plaisir de parler, de rencontrer l’autre, les autres dans un dialogue où ne s’interpose plus le bégaiement…

Contenu

  • Une première partie d’exercices est destinée aux enfants bègues et à leurs parents.
  • Une deuxième partie prend davantage en compte les adolescents et les adultes.

Les exercices ne suivent pas une progression bien établie, ils ne sont pas classés par thèmes ; chacun peut les utiliser selon ses besoins et ses désirs. L’idéal est d’en combiner plusieurs au cours d’une même séance.

Les enfants et leurs parents

  • Une première série d’exercices s’adresse aux parents et se réalise avec l’orthophoniste. Ces propositions ont pour but de donner l’occasion aux parents de comprendre le bégaiement de leur enfant et d’en parler. L’idéal est que les deux  parents fassent l’exercice. À défaut, on peut demander au parent présent quelle serait la réponse de l’autre parent ; on peut aussi proposer de refaire l’exercice à la maison. Point de départ d’échanges à propos de l’enfant et de son bégaiement.
  • Une deuxième série est destinée aux parents, à l’enfant et aux orthophonistes.

Première série : les parents (non reproduite ici)

Deuxième série : Les parents, l’enfant, l’orthophoniste

Il importe de :

  • Privilégier la répétition : répéter plusieurs fois les mêmes mots, les mêmes phrases sur tous les tons ;
  • Chanter des comptines, moduler la voix, mobiliser tout le corps, danser ;
  • Parler clairement, à son aise, et inviter les parents et l’enfant à faire de même ;
  • Enregistrer les exercices pour les réécouter avec l’enfant et les parents ;
  • Rassurer l’enfant en butte à un accès de bégayage, lui expliquer que ce n’est pas grave, qu’on est là pour l’aider ;
  • L’aider à structurer sa phrase ou son récit à l’aide de questions ;
  • Ne jamais laisser un enfant en panne de mot (on peut poser une question et en même temps donner la réponse) ;
  • Ne jamais l’obliger à répéter. L’enfant répète spontanément quand il s’en sent capable ;
  • Ne jamais lui dire respire, "dis d’abord ta phrase dans la tête". Cela le fixe davantage sur son bégaiement ;
  • Donner beaucoup de compliments et d’encouragements ;
  • Lui demander comment il a parlé, lui donner notre avis, manifester le plaisir qu’on a de jouer avec lui.

Mode d’emploi

Les activités proposées peuvent se réaliser avec :

  • l’enfant et l’orthophoniste;
  • l’enfant, l’orthophoniste et les parents au cours d’une séance de thérapie ;
  • Les parents ou autres adultes et l’enfant à la maison.

Elles seront réalisées dans le plaisir et la souplesse :

On choisira des activités à contenu langagier minimum et on augmentera la difficulté au fur et à mesure que l’enfant devient capable de gérer sa parole.

Ces activités sont valables à partir de 3 ans jusqu’à environ 12 ans, moyennant les adaptations déterminées par l’âge et les centres d’intérêt de chaque enfant.

Exercices

10. La bouche dans tous les sens

  • Inviter l’enfant à explorer sa bouche (devant un miroir) et faire des grimaces avec lui (un concours de grimaces).
  • Ouvrir et fermer la bouche.
  • Serrer les lèvres.
  • Claquer de la langue.
  • Serrer les dents.
  • Gonfler les joues.

11. Bruits de bouche

  • Inviter l’enfant à émettre des bruits avec la bouche.
  • Happer de l’air.
  • Faire  " pf… pf…  ch… ch…"
  • Soupirer en disant  " ouf " .

12. Les onomatopées

Inviter l’enfant à :

  • Miauler se représenter un chat en posant des questions :
    • " Tu veux un petit ou un grand chat ? "
    • " De quelle couleur ? Blanc ? Noir ? "
    • " Où est-il ?  »  » Dans le jardin ? sur le toit ? "
    • On dessine le chat au fur et à mesure. Puis le chat se met à miauler tout doucement plus fort un miaulement bref, long…
  • Aboyer : on choisit ensuite un chien ;
  • hennir comme un cheval ;
  • bêler comme un mouton ;
  • reproduire l’eau coule en faisant "glou-glou".

13. Chacune son nom

  • On choisit une dizaine d’images (plus ou moins selon les enfants et leur âge) que l’on aligne.
  • On nomme avec l’enfant chaque image lentement sans les déterminants.
  • L’enfant les nomme ensuite tout seul.

14. Les images chantent

On refait l’exercice en chantant et en rythmant chaque image.

15. Sont-elles dans ma tête ?

On retourne les images et on essaie de se les rappeler les yeux fermés.

16. Chacune son genre

On renomme les images en ajoutant le déterminant le - la - un - une.

17. Un petit mot en plus (adjectif)

On reprend les mêmes images en ajoutant un adjectif.

Exemple : une balle rouge, une grosse balle.

18. Plusieurs adjectifs

On ajoute cette fois plusieurs adjectifs.

Exemple : une grosse balle ronde.

19. Que font-elles ?

On reprend chaque image et on ajoute plusieurs verbes : la balle roule, rebondit…

20. À quoi servent-elles ?

On reprend chaque image et on indique  " pour " une balle pour …

21. Répondre aux questions

Avec le même matériel on peut poser des questions diverses.

Exemples :  " Quelle est la couleur de la balle ? Où se trouve le chat ? Que fait-il ? " .

22. Un jeu de loto très riche

On part d’un jeu de loto qu’on exploite de plusieurs façons en augmentant chaque fois la complexité langagière.

  • Mettre l’image sur l’image en disant le mot.
  • Trouver l’image à partir de questions.
  • Trouver l’image à partir de la définition.
  • Se rappeler les images.

23. Jouer à la balle avec des mots

  • On prend une image (exemple : une pomme).
  • On envoie la pomme à l’enfant en glissant l’image sur la table et en disant  " pomme " .
  • L’enfant la renvoie en disant  " pomme " .
  • On la renvoie à nouveau en redisant  " pomme " . C’est un échange sur tous les tons.
  • Ensuite, on envoie des pommes enrichies. Exemple : une bonne pomme, une pomme ronde.  " Je mange une pomme. "  "Aimes-tu mes pommes ?  " L’enfant répète ou répond ou enclenche de nouveaux éléments. Le geste de glissement facilite la fluidité de la parole.
  • Ces exercices sont extraits de l’ouvrage Les bégaiements, comprendre et agir – Plus de 300 exercices

    Les bégaiements, comprendre et agir – Plus de 300 exercices
    © 2020 Elsevier Masson SAS
    Tous droits réservés.

    Auteurs

    Henny-Annie Bijleveld , professeure émérite de neurolinguistique à l’Université libre de Bruxelles, Belgique.

    Françoise Estienne, philologue et logopède, professeure émérite à l’Université catholique de Bruxelles, Belgique.

Les bégaiements, comprendre et agir
Plus de 300 exercices
Françoise Estienne, Henny-Annie Bijleveld
ISBN: 9782294770098
2020

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francoise estienne

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